ROOSEVELT
IQI \. — LA GtJF.RRE DU DROIT. gg3
de la guerre sous-marine, c'est-à-dire dans la joie de nuire, le ressort nécessaire pour accomplir certaines tâches dont elle ne paraissait plus capable : fabrication d'un matériel perfectionné surtout pour l'aviation de bombardement ; reconstitution des réserves destinées à remplacer sur le front les unités trop fatiguées; levée en masse de civils, destinés à remplacer les militaires « dans tous les emplois qui n'exigent pas que l'on tue. »
Pour tous ces efforts de la dernière heure, le gouvernement de Berlin exploitait sans meici la Pologne dont il se vantait d'avoir fait un royaume indépendant.
Démission du général Lyautey, ministre de la Guerre. Ministère Ribot-Painlevé.
Les complicités diverses dont l'Allemagne disposait en France étaient connues de certains Français qui avaient consacré leur vie à l'étude de la politique allemande. Ils voyaient, avec une impatience croissante, l'ennemi tirer profit de ce qui s'était révélé de plus significatif aux séances secrètes de la Chambre.
Le général Lyautey, ministre de la Guerre, dans un discours prononré à la tribune, crut devoir flétrir les indiscrétions si préjudiciables au pays. Interrompu avec violence, il quitta la tribune et donna sa démission.
A relire sa phrase qui a déchaîné le tumulte, on est tenté de penser qu'il en a dit à la fois trop et trop peu. Il jetait sur tous une si vague suspicion, alors qu'il semblait posséder des renseignements si précis sur quelques-uns ! Sa parole, dans l'improvisation, avait-elle mal traduit sa pensée? Nullement. Il restait toujours maître de sa parole. D'ailleurs son discours, depuis la première jusqu'à la dernière phrase, avait été écrit par lui, qui est un maître de la plume.
On a donc le droit de supposer que ce chef énergique, cet administrateur habile, ce patriote scrupuleux, a quitté le ministère à l'heure qu'il a jugée la plus opportune et de la façon qu'il a considérée comme la plus utile au pays.
Sa démission entraîna celle du président du Conseil, M. Briand, qui sentait sa majorité prête à lui échapper.
Sans retard, le général Lyautey alla reprendre, au Maroc, son poste de résident général, et le général Gouraud, qui l'y avait remplacé, alla reprendre son poste de commandement sur le front de Champagne.
La présidence du Conseil fut confiée à M. Ribot qui, au ministère des Finances, avait rendu de grands services par la confiance que le caractère inspirait. M. Painlevé, le mathématicien connu, passa du ministère de l'Instruction publique au ministère de la Guerre. Au ministère de la Marine demeurait l'amiral Lacaze .
Ce nouveau cabinet comptait quatorze ministres avec de nombreux soussecrétaires d'Etat, tous pris dans le Parlement. On put croire que le mathématicien Painlevé avait fait ses calculs pour résoudre le problème de la stabilité ministérielle.
Défection de la Russie.
La France voyait avec plaisir M. Ribot à la tête du nouveau ministère, non pas seulement parce qu'il était l'homme des opérations financières heureuses dans les temps les plus durs, mais parce qu'il représentait l'alliance russe en son origine même. A une époque où la République française semblait condamnée à l'isolement,
So6
li)l |. — LA GU-ËRRlî DU KROlT.
il avait comme président du Conseil et ministre des Affaires étrangères, noué, avec le Tsar, cette alliance sur laquelle, plus tard, devait se greffer l'amitié anglaise.
Tout à coup, la France apprit avec stupeur l'abdication du Tsar et la révolution russe.
L'aventure de Raspoutine avait contribué à enlever toute autorité à Nicolas II. Raspoutine, c'est-à-dire le dévoyé, de son vrai nom Grégoire Novych, fils de misérables paysans sibériens, après une enfance paresseuse et débauchée, prétendit avoir eu une vision : le saint thaumaturge Siméon lui aurait ordonné de s'enfermer, pendant deux ans, dans un monastère. Au sortir du monastère, il parcourut les sanctuaires fameux de Russie et acquit de l'ascendant sur les chefs du clergé. Il s'éleva bientôt jusqu'à la plus haute société et fut reçu chez l'Impératrice. Ses prophéties, ses