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UNE SÉANCE DU CONSEIL DE GUERRE DES SOVIETS

Photo Berthtl.

pratiques bizarres et même ses brutalités le servaient. Il conduisait ses fidèles dans des établissements de bains où il appliquait au pied de la lettre le précepte évangélique : « Lavez-vous les uns les autres ». Dénoncé au Saint-Synode, il se défendit par un sophisme banal : « Je prouve ainsi mon empire sur moi-même. » Le tribunal ecclésiastique composé d'évêques l'acquitta.

Depuis iqi3, ce faux moine s'était vendu à l'Allemagne. Depuis io,i5, il avait écrit sur la porte de son cabinet : « Bureau de la paix ». Il se croyait au-dessus de toutes les lois. Dans une lettre, il se vantait d'avoir pour maîtresses la Tsarine et la fille aînée de la Tsarine. Cette lettre fut communiquée au gouvernement français. Mais le gouvernement français ne voulut pas user d'une telle arme, même contre un tel traître. Justice fut faite de lui parla vengeance d'un grand seigneur russe qui l'attira chez lui, le frappa mortellement et le jeta à la Neva.

Certes, les scandales et les troubles de Pétrograd avaient eu des échos en France. Mais pouvait-on croire qu'ils aboutiraient si vite à une si complète catastrophe?

Le général Pau, qui avait accompli une si longue mission en Russie, avouait ;

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« Nous voyions l'agitation grandir. Pourtant, nous nous persuadions que le gouvernement russe durerait au moins jusqu'à la fin de la guerre. »

C'était ce que l'Allemagne ne vou'ait pas On n'avait jamais vu autant d'Allemands à Pétersbourg que depuis que Pétersbourg s'était appelée Pétrograd. Les « Originaires d'Allemagne » s'y réunissaient en Congrès pour déclarer que désormais, ils discuteraient de leurs intéièts dans leur langue nationale. Pendant ce temps, les déserteurs circulaient gratuitement sur toutes les voies ferrées.

A ce propos, M. Gérard,, ancien ambassadeur des États-Unis à Berlin, nous disait: <. Dès le mois de juillet 191 b, j'ai su que les Allemands choisissaient parmi les nombreux prisonniers russes des révolutionnaires ardents et leur remettaient de l'argent, de faux passeports, des papiers en règle, pour retourner en Russie et y fomenter la Révolution. »

A la cour de Russie, l'élément germanique était resté très puissant. Quand le Tsar alla au Caucase, les gens du pays, en voyant tant d'Allemands autour de lui, disaient: « Notie auguste maître a sans doute voulu nous montrer les prisonniers de marque que nos troupes ont faits. » La Tsarine entretenait une correspondance presque quotidienne avec son frère, le grand-duc de Hesse, et avec sa sœur, la femme du prince Henri de Prusse. Par tous les moyens, l'Allemagne a préparé, stimulé, étendu et précipité la Révolution dans le peuple et surtout dans l'armée russe. Les agitateurs les plus suivis étaient des agents allemands.

Quant à la doctrine que la révolution russe prétendait appliquer, c'était le collectivisme poussé jusqu'à ses extrêmes conséquences. Les mots : extrémistes, maximalistes, bolchevistes, ont au fond le même sens. Lénine est un disciple intransigeant, mais fidèle, de Karl Marx : il représente l'extrême gauche de la sociale démocratie.

Tout d'abord, les ouvriers, réunis en Soviets, c'est-à-dire en comités, avaient engagé l'action contre les forces de la police. Bientôt, aux soviets d'ouvriers se joignirent des soviets de soldats.

La Douma tenta de diriger le mouvement de façon à ne pas interrompre la vie de la nation. Elle constitua à Pétrograd un gouvernement qu'elle intitula « national ». Pour le maintien de l'ordre et l'exécution des décisions gouvernementales, elle demanda le concours des Zemslvos, conseils régionaux de propriétaires agricoles et de paysans.

Mais le Soviet central, en permanence en face de la Douma, n'admettait pas que sa révolution se terminât ainsi. D'ailleurs les agents de l'Allemagne exploitaient sans merci le succès dont ils avaient le droit d'être fiers.

A la Douma, qui déclarait sa volonté de continuer la guerre jusqu'à la victoire et qui tentait de réorganiser le commandement, le Soviet répondait en discutant sur « les buts de guerre ».

Lorsque le gouverneur militaire de Pétrograd, général Khabalov, ordonna à l'armée de rétablir l'ordre, les soldats répondirent : « Nous ne tirerons pas sur nos

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