LÉNINE
(Photo Manuel.)
I Q t 4 — LA GUERRE DU DROIT.
frères qui demandent du pain. » Le régiment Volinski, qui faisait partie de la garde, arbora le premier le drapeau rouge. On envoya contre ia caserne de Volinski le régiment Preobrajenski dont le chet est le Tsar. Avant de monter sur le trône, le Tsar portait l'uniforme de ce régiment. Les Preobrajenski firent cause commune avec les révolutionnaires.
Le Tsar, arrêté, fut transporté d'abord à Tsarskoïe-Selo, puis enSibérie. Les Alliés, dans l'espoir que le nouveau gouvernement russe resterait fidèle aux engagements de la Russie, n'hésitèrent pas à le reconnaître. Mais la révolution n'avait pas, en Russie, le caractère patriotique qu'ils lui attribuaient.
Dans toute l'armée russe, au matin du Ier mars, avait été distribué cet ordre du jour, imprimé en secret : « Désormais, les officiers seront élus par les soldats. Chaque
régiment aura un comité, élu par les soldats, composé d'officiers et de soldats, qui réglera toutes les affaires concernant le régiment. »
D'autres ordres du jour encore plus précis suivirent coup sur coup. « Dans chaque compagnie, bataillon, régiment, dépôt, batterie, escadron, bureau d'administration, navire, un comité de délégués militaires sera élu. En même temps, les unités de l'armée enverront un délégué au Soviet. Les militaires doivent obéissance au Comité. Les Comités des bataillons doivent garder les armes en dépôt et, en aucun cas, ne les livrer aux officiers. L'obligation du salut est supprimée. Le tutoiement est interdit aux officiers. »
Cette « charte valable pour toute l'armée » fut promulguée, en mai, par Kerenskiavec les articles suivants :« Droit de répandre oralement et par écrit des idées politiquesetsociales. Droit au secretdela correspondance età la lecture des (Photo Roi.) journaux. Droit de s'habiller en civil, sauf sur le
front. Droit de sortir librement en dehors des heures de service. Aucun militaire ne peut être puni sans être mis régulièrement en jugement. Abolition des punitions qui peuvent attenter à l'honneur et à la dignité ». Ainsi, dès le premier jour, la révolution russe tombait dans l'erreur capitale que la Révolution française avait su éviter. En 1792, des « congrès militaires » ayant été formés dans les régiments par des soldats « affiliés à des sociétés », la discipline en avait paru ébranlée. Le 1 8 septembre 1 792, au défilé de Grandpré, en Argonne, une panique faillit amener un désastre. Dumouriez, qui commandait en chef, rétablit l'ordre, arrêta les fuyards, fit raser les cheveux et les sourcils à une trentaine d'entre eux qu'il chassa de l'armée. Le surlendemain, 20 septembre, il remportait sur l'armée prussienne commandée par le duc de Brunswick, la victoire de Valmy. La Convention inscrivit dans la Constitution de 1793 cette formule admirable : « Nul corps armé ne peut délibérer. » Même pensée exprimée en Amérique par le libérateur Washington : « Dans une armée, le pouvoir absolu est de rigueur ».
Dans le premier gouvernement révolutionnaire russe, la majorité, qui pourtant voulait continuer la guerre, laissait l'armée se désorganiser. D'autre part, elle rencontrait une vive opposition chez les partisans de la « paix blanche ». Et toujours, autour du gouvernement, la propagande allemande redoublait d'eflorts.
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L'Amérique entre en lice.
En Russie, chez les ouvriers comme chez les soldats, l'anarchie se de'veloppa sans limite, dès le premier jour de la révolution.
Les journaux officieux de Berlin publiaient triomphalement cette proclamation des socialistes russes aux ouvriers : « Ne vous fiez pas aux promesses des bourgeois. Vous tenez dans vos mains le sort de l'armée. Soyez prêts à exécuter les ordres que vous donnera le Comité ouvrier. Nous réclamons l'ouverture immédiate des pourparlers de paix. »
Et les journaux officieux de Vienne concluaient : « Quel que soit le cours que prenne la révolution russe, la Russie n'existe plus comme facteur de guerre ».
Déjà les Empires centraux annonçaient que la Russie avait déchiré le pacte de Londres.
En France, le mot répugnant des agents allemands: « La Russie vous lâche » pénétrait jusqu'au cœur du peuple.
Par bonheur pour le Droit, dont la cause semblait compromise, l'impudence scélérate de l'Allemagne hâta l'entrée en lice des Etats-Unis. Le président Wilson prit une résolution qui l'honorera toujours dans l'histoire. Il réunit le Congrès de Washington et lui demanda de déclarer la guerre à l'Allemagne « qui violait toutes les lois de l'humanité ».
Il s'écriait en un très noble langage :
« Debout pour la justice et la liberté ! Comment hésiterions-nous à verser notre sang pour les principes mêmes d'où les Etats-Unis d'Amérique sont nés ? »
Par acclamation, le Congrès de Washington vota l'état de guerre. Quant au peuple américain, il allait répéter d'une commune voix, sous la foi du serment, la parole de son glorieux président, Lincoln :
« Les Etats-Unis d'Amérique ne tirent l'épée du fourreau que pour la justice et ne la remettent au fourreau que dans la victoire. »
Ce mouvement sublime eut sa répercussion dans tout le nouveau monde. II devait peu à peu entraîner l'Amérique du Sud.
Le 6 avril 191 7, M. Poincaré, président de la République, remercia par un télégramme, les États-Unis, au nom de la France. Tous les vrais Français se félicitaient de l'intervention américaine, sachant bien que, si cette intervention avait, pour cause occasionnelle, la barbarie déployée par l'Allemagne, elle avait, pour cause efficiente, les sentiments inspirés parles victoires françaises de la Marne, de l'Yser, de Verdun.
A la question de M. Wilson sur « les buts de guerre », le gouvernement français avait répondu si loyalement : « Il ne peut pas y avoir de paix juste et solide, sans réparations pour le passé et sans garantie pour l'avenir. »
En même temps, le Président de la République avait communiqué au peuple américain ce commentaire de la réponse française :
«Pour que les ententes internationales tellesque la Société des Nalionsk laquelle aspire M. Wilson, puissentproduire plus tard leur effet bienfaisant, il faut commencer par restaurer les droits et par prémunir l'Europe contre une paix qui contiendrait le germe de nouveaux attentats. Nous avons parlé de la restitution des provinces arrachées par la force, contre le gré des populations. Pendant quarante-quatre ans, la France a étouffé la douleurque lui causaientses anciennes blessures. Quelque cuisant regret qu'elle en eût éprouvé, la France n'aurait jamais voulu iaire une
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guerre de revanche. Elle savait trop, hélas 1 ce qu'une guerre coûterait à l'humanité. Elle s'est montrée patiente et résignée. Elle a supporté des piovocations comme celles de Tanger, d'Agadir, et beaucoup d'autres. Mais aujourd'hui que, sans motifs, on lui a déclaré la guerre, aujourd'hui que son sang a coulé par la faute d'autrui, comment pourrait-elle ne pas élever une revendication fondée sur le Droit ? »
Ainsi, les États-Unis, en venant combattre aux côtés de la France, savaient parfaitement que la France ne cesserait la lutte que le jour où elle aurait obtenu, non seulement des réparations et des garanties, mais la restiiution de ses deux provinces.
Recul allemand sur le front franco-britannique.
Les Alliés avaient achevé, en France, sur leur front, d'extraordinaires travaux. Par eux, tout était préparé, en vue d'une offensive, avec une méthode et des moyens