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ON MET E.N DEFENSE LE BOIS DES CORBEAUX

Dans le bois des Caures, le colonel Driant, député de Nancy, dirigeait la retraite. Il mourut, comme un commandant de navire à son bord, en faisant passer tous ses chasseurs avant lui.

Herbebois tenait encore. Nos tranchées étant nivelées, nos hommes organisaient les entonnoirs. Sur les assaillants toujours plus nombreux, ils déchargeaient leurs fusils presque à bout portant. Mais, le 23, après la prise du bois de Wavrille, ils furent forcés de se replier. Pendant la nuit, le bombardement ayant redoublé depuis Ornes jusqu'à Brabant, nous dûmes abandonner Brabant pour gagner Samogneux, à deux kilomètres en arrière. Le 24, vers huit heures du matin, deux régiments allemands pénétraient dans la partie sud du bois des Caures et dans le village de Beaumont, à cinq kilomètres de Douaumont.

Nos hommes défendaient opiniâtrement chaque parcelle du sol, sans avaler une bouchée de pain ni une goutte d'eau. Ce que leurs bidons pouvaient encore contenir servait à refroidir leurs canons. Derrière eux, sous les obus, leurs camarades creusaient et aménageaient en hâte des tranchées.

Pendant la nuit du 24 au 23, nous évacuâmes, dans la Woëvre, nos positions détruites. Notre ligne était repoussée jusqu'au pied des côtes de Meuse. Laissant XLVUI,

aux mains de l'ennemi dix mille prisonniers, mais lui infligeant de graves pertes, nous nous établissions sur nos positions de seconde ligne : la côte de Talou, la côte du Poivre, la Vauche, le bois d'Hardaumont.

A chacune de ces mauvaises nouvelles, Paris entendait dire : « C'est la lime avec ses lenteurs. Elle passe et repasse, enlevant chaque fois quelque élément de

[Ph ucMeurissé.]

résistance. Verdun est perdu. » On disait cela à Paris. On disait cela à Rome et à New-York. On ne disait pas cela à Verdun. A mesure qu'on s'éloigne du danger, le danger inquiète et déprime davantage. Le pessimisme estun gaz asphyxiant qui ne sévit qu'à l'arrière.

Notre plan de résistance

Le général de Castelnau, major-général de l'armée, muni des pleins pouvoirs du général Joflre, avait quitté Paris, le 24 février, à dix heures du soir. Il était arrivé à Bar-le-Duc, le 25, vers trois heures du matin, et, à Douaumont, vers sept heures.

Là, il conféra avec le général Pétain que Joffre envoyait devant Verdun avec ses belles troupes de réserve, pour défendre notre vieille forteresse coûte que coûte.

— La situation est grave, n'est-ce pas? avait dit Castelnau.

— Elle est surtout délicate, avait répondu Pétain.

Cette attaque allemande qui, depuis le 21, se développait si furieusement, pouvait, malgré tout, n'être qu'une feinte. Etait-ce vraiment du côté de Verdun que l'ennemi voulait porter son principal elfort, et devions-nous, par conséquent, engager là nos réserves d'armée? Depuis quelques temps l'ennemi sondait à grands coups tout notre front, de la mer du Nord aux Vosges : attaquant les positions anglaises

ii) 14. — La GUERRE du droit. ~&q

dans le secteur d'Ypres, le 16 février; attaquant nos po?itions près de Steenstraete, le 20; attaquant, avec sept bataillons, nos positions à la cote 140, au sud-ouest de Givenchy, le 20 et le 21 ; attaquant nos positions, au nord de Lihons-en-Santerre, le 21, sur sept kilomètres, après un bombardement prolongé et une émission de gaz suffocants; attaquant nos positions, en Alsace, le 22.

Entre temps, il répandait le bruit que sa véritable attaque, sa grande offensive préparée à fond, serait dirigée vers Compiègne et dans la Somme.

Un indice, pourtant. Le 21, il avait tenté de détruire la voie ferrée de Paris à Chàlons-sur-Marne, au nœud le plus proche de Verdun. Un Zeppelin, le Z-77, lança des bombes à Revigny. Nos artilleurs spéciaux l'abattirent.

Le 24 au soir, comme le passage de la Meuse, à Verdun, paraissait de plus en plus menacé, l'autorité militaire fit évacuer la ville et les villages. Pas de wagons de voyageurs. Sur des wagons plats, hommes, femmes et enfants se verraient sous la neige. Chaque fois que les trains d'évacués croisaient des trains de soldats, les soldats ouvraient leurs musettes et donnaient des vivres aux enfants. A l'arrivée, plusieurs de ces enfants les plus jeunes étaient morts dans les bras de leurs mères. Malgré tout, le 25 au matin, l'évêque, Mgr. Ginisty partit, une valise à la main. Il passa l'après-midi dans les environs, à bénir les soldats. La nuit venue, n'ayant ni train ni véhicule, il gagna à pied un village où se trouvait un hôpital. Le lendemain, il célébra la messe dans une étable convertie en chapelle.

Parla route de Bar à Verdun où, nuit et jour, les automobiles « faisaient la

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