MATÉRIEL D'ARTILLERIE DIRIGÉ SUR VERDUN
(Section Photographique de l'Armée.)
poulie», le 20e corps avec son digne chef, le général Balfourier, avait été amené à Douaumont, en douze heures, le 23 février. Dans ce corps, où Paris et beaucoup de provinces sont représentés, les Lorrains dominent. L'âme lorraine l'anime tout entier. Il était justement fier d'avoir battu Guillaume II, au Grand-Couronné de Nancy, et
iUkurp: du droit.
d'avoir perce les lignes allemandes, en Artois. Il sauva Verdun. Nous avons vu arriver ces soldats, bleuis de froid, rompus de fatigue. Autour de nous, on se demandait : « Combien leur !audra-t-il de jours de repos pour qu'ils soient en état de combattre? ». Le lendemain même, à dix heures du matin, ils se jetaient magnifiquement
dans la lutte et, le surlendemain, ils prenaient l'offensive à l'ouest de Douaumont. L'ennemi, qui se croyait sur de la victoire, allait être arrêté net.
Pour la journée du 24. l'horizon s'était encore assombri. C'est ce qu'envisageait le général de Castelnau, debout devant la mairie de Douaumont et fumant pipe sur pipe. Cet Aveyronnais est grand fumeur. Dans les circonstances obscures, on dirait que, premièrement, c'est sa pipe qu'il interroge. Il l'allume d'autant plus lentement que la situation lui semble plus embarrassante. Sa situation était celle de Bonaparte en 1 797, cherchant où était le vrai point d'attaque des Autrichiens. Après de longues hésitations, soudain Bonaparte vit clairet s'élança vers Rivoli. De même, à Douaumont, Castelnau, sa pipe étant bien allumée, comprit que l'offensive allemande avait vraiment pour objet Verdun, et rien d'autre. Donc, à fond, nos réserves d'armée !
La ville, si l'ennemi arrivait jusqu'à elle, devait être défendue maison par maison. Tout était prêt pour cette résistance suprême. Les moindres rues s'y prêtaient merveilleusement. On aurait vu ce que savaient (aire, en une telle occurrence, la rue des Gros-Deçrés et celle des Petits-Deqrés. Le chef de chaque secteur était un capitaine qui avait son poste dans une cave ou sous une voûte. Des indications sur les murs permettaient de trouver tout de suite les différents postes. Verdun, en se reconstruisant, conservera ces indications rappelant l'heure sublime où chacune de ses maisons avait l'âme d'un Beaurepaire.
La journée du 25 tut toute de neige et d'obus. C'est celle où nous avons perdu le plus de « coureurs ». Chargés d'assurer la liaison entre les unités de combat, quand les fils téléphoniques et télégraphiques sont rompus, les coureurs ont le devoir sacré
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de remplir leur mission, à tout prix, jusqu'au bout. Le succès de la bataille et la vie de leurs camarades dépendent d'eux. Pour que la liaison se maintienne, on envoie deux coureurs. Il est des jours où l'on en enverrait vingt... Honneur aux coureurs ! Honneurs aussi aux cuisiniers qui, à travers les entonnoirs, apportaient la soupe à leurs camarades! Dans quel état, sous les « marmites » meurtrières, arrivaient leurs marmites réconfortantes! Honneur aux vaguemestres qui, en même temps, apportaient le pain du cœuri
Toutes les routes se jonchaient de débris : chevaux morts, arbres fracassés, automobiles broyées. Une automobile ambulance venait d'être atteinte. Les blessés gémissaient. Un colonel mourut en disant : « Mon Dieu! Je n'avais jamais rêvé une aussi belle mort. »
Le 26, nos éléments avancés se replièrent entre Bezonvaux et Fresnes-en-\Yocvre. En moins d'une semaine, l'ennemi avait gagné vingt kilomètres.
Guillaume II s'avança jusqu'au nord d'Ornes. Ses Brandebourgeois étaient entrés dans le fort de Douaumont. Sur la chute imprévue du fort, le lieutenant Péricard, le vaillant Berrichon qui a lancé ce cri : «Debout les morts! » et qui, pour décrire la bataille de Verdun, a trouvé des mots si irappants : « Les obus tombaient en giboulées, le sol bouillait, le ciel se disloquait », notre ami Péricard nous communique, à ce sujet, un très curieux témoignage :
— En voyant tout à coup le fort entouré de zouaves, nous eûmes un moment d'hésitation. Etaient-ce bien des zouaves, ces soldats qu'avaient précédés p'usieurs fusées ennemies lancées en repère ? Un cri s'éleva dans nos rangs : « Tirons sur eux, pendant qu'ils sont si bien en vue. » Notre tir commençait. Alors les zouaves en question agitèrent les bras et hurlèrent : « Nous sommes Français. » Un de nos sousofficiers s'avança jusqu'au réseau de fils de 1er qui bordait le fort. Là, il entendit un de ces prétendus zouaves lui dire avec l'accent le plus caractéristique : Bose vussil (Pose fusil). Les Brandebourgeois, glorifiés parleur digne empereur, n'étaient arrivés à Douaumont qu'en nous volant nos uniformes.
En réalité, le fort n'avait pas de garnison sérieuse. Sans doute, on avait pensé à l'évacuer, quand on avait projeté un repli sur la rive gauche de la Meuse, et l'ordre de ne pas évacuer n'était pas arrivé à temps.
Ivre de joie, Guillaume II annonça qu'il avait remporté la plus grande des victoires.» Douaumont, c'est le pilier angulaire de la principale ligne de fortifications de défenses devant Verdun. Verdun est pris. Nos armées, fortes de plus de 800.000 hommes, marchent sur Paris. » A Berlin, l'Impératrice d'Allemagne, sortant du Palais impérial, était acclamée par la foule en délire.
Pendant que ces dépêches fanfaronnes circulaient à travers le monde, notre 20e corps reprenait l'offensive et dépassait le fort occupé par l'ennemi. Le général de Castelnau put retourner au grand quartier général. « Je pars, dit-il au général Pétain. Prenez le commandement. Je garde les responsabilités. »
Lourde tâche ! Grouper des forces, installer des canons, multiplier les communications, augmenter les défenses, restaurer les services téléphoniques, assurer les ravitaillements, jeter des ponts sur la Meuse, reprendre la maîtrise de l'air, tout cela sous un bombardement inouï, en face d'une immense armée ennemie excitée par tous les moyens et violemment stimulée par ses premiers succès.
Ce que nous avions ébauché précédemment, surtout pour l'organisation des transports par automobiles, devenait extrêmement utile. Circulèrent, en moyenne, par jour, 1 700 camions, dans toutes les directions. A ces 1700 camions quotidiens, s'aiouraient par centaines, les caissons, les fourgons, les fourragères, les prolonges, le& voitures d'état-major, les motocyclettes, les bicyclettes, pour tous les services de
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l'armée qui contribuaient à la défense de nos positions sur la rive droite et la rive gauche de la Meuse.
Le général Pétain présidait à tout avec sa clairvoyante et calme autorité. Quand il avait été placéà la tête de l'armée de Verdun, il avait appelé ses généraux au téléphone et leur avait dit simplement : « Je prends le commandement. » Et tous, comme s'ils s'étaient donné le mot avaient répondu : « Alors, tout va bien. »
Partout, on créait des lignes de défense, des emplacements de batteries, des abris, des routes, des canaux, des voies ferrées, des chantiers.
— Est-il vrai que, avant cette date, on eût négligé de faire des tranchées devant