JUILLET I9I
LES FUSILIERS MARINS PLACE DE LA BASTILLE. (Photo Roi.)
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doublé d'une résille protectrice. Tel autre est marqué de taches sombres. Du sang ! Seul, le sang vivant est rouge ; en séchant, il ajoute aux trois couleurs une quatrième couleur encore plus sacrée. Cet autre est décoloré, rongé par les gaz asphyxiants. Les yeux en larmes contemplaient, sur la soie, la trace visible de ces gaz qui, en une minute, rendaient noirs comme le sang séché les poumons de nos pauvres soldats !
Au passage de ces drapeaux, la foule, soulevée par la foi, cherchait un geste qui eût encore plus de signification que les mouchoirs déployés ou les chapeaux agités. Quel geste? Alors, les mères qui portaient des enfants dans leurs bras eurent une idée sublime: vers le drapeau, emblème sacré pour lequel les pères se battaient, elles tendirent leurs enfants, comme un soldat présente les armes.
Le général Foch tressaillit. Penché en avant, il communiait avec les héros qui sont morts sous les plis de ces drapeaux, et dont il connaît les tombes. Son fils en est.
Voici l'Ecole de Saint-Cyr et l'École polytechnique.
Les Saint-Cyriens, si jeunes qu'ils soient, sont déjà de vieux soldats et, parmi les glorieux vétérans, peuvent passer inaperçus. Pas de meilleur éloge pour eux. Quant aux Polytechniciens, ils ne semblent encore que de jeunes savants. Ils défilent d'un pas un peu inégal qu'explique l'extraordinaire inégalité de leurs tailles. Mais quoi! ces jeunes savants à lorgnon que l'étude acharnée a rendus maigres et pâles, deviennent vite des soldats dignes de Foch. Ainsi le veut la tradition de leui École.
Voici les pompiers. Ils ont gardé leur casque étincelant.
Voilà les zouaves. Ils ont repris pour un jour leur chéchia de pourpre.
En voyant les tusiliers marins, héros de Dixmude, la foule cria : « Vivent les pompons rouges ! »
En voyant les brancardiers, la foule cria : « Ah! ceux-là, quel terrible métier ils ont !... »
— Bravo, les Marocains ! » Parmi ces indigènes, combien de figures étrangement énergiques et ravagées, qu'on eût dit taillées dans de la lave: faces à large barbe d'apôtres guerriers, faces sombres et puissantes de nègres fiers de se soumettre à l'esclavage volontaire du devoir.
Les chasseurs à pied avaient obtenu la faveur de défiler, coiffés de leur béret. Foch avait-il quelque chose à leur refuser? Leur casque était attaché à leur sac, ce qui permettait à la foule de dire « qu'ils en avaient plein le dos ». Ils allaient de leur pas alerte vers le faubourg Saint-Antoine. Ce vieux faubourg a été leur parrain. C'est lui qui les a baptisés vitriers Pendant la Révolution de 1848,11s avaient reçu l'ordre de tirer sur le peuple. D'un seul geste, ils mirent en joue et firent feu. Mais le peuple n'eut ni un mort ni un blessé. En revanche, les carreaux des étages supérieurs lurent criblés de balles. « Bravo! cria-t-on. Ils n'en veulent qu'aux vitres. Vivent les vitriers ! » Aujourd hui, le vieux faubourg crie : « Vivent les vitriers ! Ils n'en veulent qu'aux Boches et affranchissent les peuples. »
Derrière eux. défilaient noblement leurs mulets bien bâtés, compagnons aux oreilles interrogatives, aux pieds délicats et sûrs, aux longs yeux songeurs. « Ah I les bonnes bêtes », disait la foule qui a le sens des nuances.
« Bravo le 22 1 Bravo le 37 ! Bravo le 6-7 ! Bravo le 6-9 ! Bravo le 1 1-4! Bravo le 170 ! Bravo le 201 ! Bravo le 2o5 ! Bravo le 224 1 Bravo le 267! Bravo le i5-2 : il défile avec la fourragère qu'il vient de recevoir I ».
Le 1 52e a une unité ardente, une âme, une volonté, une doctrine. « Premièrement, attaquer. Secondement, attaquer. Troisièmement attaquer. L'Allemand ne
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cède que si l'on saute sur lui. Rien de plus court et par conséquent de moins coûteux ».
Cette doctrine, il la tient de Foch. Devant Nancy, ce régiment était composé presque exclusivement de Vosgiens. Peu à peu y entrèrent des hommes venus de presque tout le reste de la France. De grands vides s'étaient creusés dans ses rangs : en décembre 1 9 1 5 , au feu du Hartmannswillerkopf; en août, septembre et octobre 19 16, au feu de la Somme.
— C'est son 3e bataillon, sous les ordres du commandant Lacroix, qui a enlevé la Caverne du Dragon en faisant 33o prisonniers.
— Comment s'appelle son colonel ?
— Il s'est appelé successivement de Colligny, de Poumayrac, Jacquemot, Semaire. Il s'appelle maintenant Barrard. Le voilà qui passe à cheval, à la tête de la 6e compagnie. Derrière lui, ses trois commandants . Lacroix, Toussaint, Thierry. Des officiers que comptait le i52e au début de la guerre, un seul reste, le capitaine Jenoudet, spécialiste de la mitrailleuse. Vive le 1 5-2, ,1e régiment du diable, Teufels Régiment, comme disent les Boches.
Le général Foch, le général Pershing, le maréchal Joffre, saluaient de l'épée. Le salut de l'épée, levée vers le ciel pour attester le ciel de sa loyauté, puis abaissée largement vers la terre pour en prendre possession au nom de la France, c'est une belle chose. Le salut du drapeau qui s'incline un instant, c'est une chose sublime.
Dragons, chasseurs à pied, cuirassiersdéfilaient ensuite, tous coiffés du casque bleu des fantassins Ainsi se confondaient-ils, dans le torrent sacré de la guerre du Droit !
« Ah! les beaux soldats, les beaux chevaux, les belles armes! Carabine, revolver et sabre : tout cela au même homme. Il a de quoi faire ! •■
De temps en temps, un nom lancé d'une voix retentissante traverse l'air. C'est un ouvrier qui salue un soldat, un père qui salue un fils. Pas de réponse, sinon dans le cœur qui palpite et dans les yeux qui brillent.
Jamais la foule n'avait plus profondément fraternisé avec l'armée Entre l'armée et la nation, jamais il n'y avait eu communion plus intime. Ainsi s'évanouissaient les mauvais bruits de démoralisation que l'Allemagne propageait pour ralentir l'effort américain. Les gens qui prêchaient une paix infâme n'appartenaient en rien à la France.
« Le 14 juillet qui suivra la Victoire ne pourra pas être plus beau que celui-ci. » Voilà le cri qui sortait de tous les cœurs. Et, dans toutes les âmes, se gravait une certitude.
« Mes boys en seront! a disait avec fieité le général Pershing, en félicitant le Président de la République et le Chef d'état-major général.
Résultats de notre campagne d'été, en 1917.
Le jour du 14 juillet, notre effort militaire ne s'était pas interrompu. Le i5, le 16 et le 17, nous continuions à progresser au nord de Verdun et en Champagne. L'ennemi sentit alors le besoin d'une apparence de succès à exploiter.
Il marchait de déceptions en déceptions. Déception, en ce qui concernait la guerre sous-marine ! Le gouvernement allemand avait déclaré : « La guerre sousmarine va amener l'Angleterre à faire la paix » Or, les liens franco-anglais s'étaient resserrés et l'Amérique venait à nos côtés à travers l'Océan. Les navires allemands étaient saisis aux États-Unis ; le Brésil, puis la Chine, rompaient avec l'Allemagne.
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Déception alimentaire ! En juillet, Berlin avait lu cet avis officiel: « En échange de deux coupons blancs de la carte de pommes de terre, on pourra se laire délivrer, par semaine, une demi-livre par coupon, ou, à défaut de la livre de pommes de terre, 200 grammes d'articles de boulangerie ».
En vain, Guillaume II annonça, au même moment, que la Prusse allait enfin avoir une loi électorale « sur la base du droit de vote allemand » Son chancelier Bethmann-Hollweg devenait de plus en plus impopulaire. Les Allemands lui reprochaient le mot imprudent : chiffon de papier, que tous avaient applaudi du fond du cœur, et, dans ce vague personnage qu'ils traitaient de Magere Spargel (maigre asperge), il ne voyaient plus que le chancelier de la défaite. Il fut remplacé
HURTEB1SE.