VUE GENERALE DU POSTE DE COMMANDEMENT
(Section photographique de l'Armée.)
par Georg Michaëlis, autre fonctionnaire prussien qui, jusqu'au moment de la déclaration de guerre, pour se préparer à un rôle plus élevé, passait quelques jours, presque tous les mois, dans une villa près de Paris, à Villemomble. Depuis 1916, ce Michaëlis exerçait les fonctions de commissaire des vivres en Prusse. De naissance obscure, il affectait des sentiments démocratiques. Il avait même résisté assez violemment aux exigences du ministre de l'Agriculture von Schorlener, créature des grands propriétaires agricoles.
En prenant le pouvoir, ri déclara que la guerre serait poussée à fond. La presse demanda des actes De là une offensive déclenchée, en même temps, sur le front russe, le front britannique et le front français.
Nos troupes furent attaquées près de Saint-Quentin, au plateau du Chemin des Dames, et, avec une opiniâtreté furieuse, entre Craonne et Hurtebise.
19I4- — LA GUERRE DU DROIT. g03
A ce combat qui dura quatre jours, prirent part deux des meilleures divisions allemandes ramenées de Roumanie et la Garde Impériale. Elles se heurtèrent au 64e et au 24e bat liions alpins de la division Brissaud-Desmaillets, au 3e et au 28e chasseurs, au 49e et au 18e régiments d'infanterie de la division Paquette. Les Allemands pénétrèrent un moment sur le plateau de Californie; mais notre artillerie les y décima; puis d'un élan, le 64* et le 28e bataillon rejetèrent pêle-mêle les survivants.
A la fin de juillet, la lutte se développa surtout à l'ouest de Hurtebise et près du Mont- Haut, en Champagne. Pendant les premiers jours d'août, le Kronprinz lança ses régiments d'élite sur tout le front de l'Aisne, particulièrement près de Cerny. Le combat reprit entre Avocomt et la cote 304 ; puis, en Champagne, dans le secteur du mont Cornillet ; puis, dans le secteur du plateau de Californie; puis, au nord de Verdun, dans le bois des Caures. La Garde et les troupes de choc étaient soutenues par une grosse artillerie toute neuve et par des détachements exercés à lancer, tantôt des gaz asphyxiants, tantôt des liquides enflammés.
Et toujours nos troupes parvenaient à rattraper, morceau par morceau, le terrain que l'ennemi avait payé si cher.
Au front du Chemin des Dames, depuis Laffaux jusqu'à l'Aisne, le Kronprinz avait, pour le 5 mai 1917, réuni 14 divisions. 11 dut bientôt en ramener les débris à l'arrière, et les remplacer par d'autres, puis par d'autres encore. Jusqu'au 20 août, rien que sur le front de l'Aisne, 49 divisions allemandes furent mises hors de combat.
Ainsi, grâce au courage indomptable de nos soldats, au dévouement de leurs officiers et à l'habileté de leur grand chef Pétain, notre campagne de l'été 1917, malgré tant de traverses, a obtenu le principal résultat que la France en attendait: elle usait largement les forces allemandes.
De Soissons à Craonne sous le vol des taubes.
Soissons a encore reçu, ce matin de juillet, quarante obus. Les habitants de la ville les ont comptés avec un calme dédaigneux. Compterons-nous les habitants de la ville? Ce serait beaucoup moins long que de compter les obus tombés sur Soissons en un mois. Avant la guerre, Soissons avait iSooo âmes. Aujourd'hui, elle n'en a pas 1 400. Mais, comme dans toutes les villes du front, Dunkerque, Arras, Compiègne, Reims, Bar-le-Duc, Nancy, Lunéville, Saint-Dié, Thann, ce sont des âmes éprouvées et passées à la flamme.
Depuis longtemps, nous connaissions Soissons. Jamais nous ne l'avons trouvée plus digne d'amour et d'admiration. Impossible d'imaginer une ville arborant plus fièrement les stigmates d'une plus effroyable torture. Ses solides maisons de pierre ont toutes reçu des projectiles: fusants, percutants, shrapnels. Beaucoup d'entre elles, frappées à mort, sont des cadavres, des cendres, des fantômes de maisons. Variété prodigieuse et poignante des ruines! Voici des murailles perforées. Voilà des façades constellées. Voilà des loques de rideaux à des fenêtres sans vitres. Voilà, au-dessus des magasins déloncés, des stores pareils à des drapeaux en charpie. Voilà des toitures arrachées comme par une démoniaque curiosité. En voilà d'autres auxquelles on a appliqué un pansement provisoire en carton bitumé. Le bureau de la Poste et du Télégraphe, murs troués et lanterne bleue cassée, semble avoir soutenu un siège. Triomphalement, puisque des facteurs, au képi flambant neuf, en sortent avec leurs boîtes pleines!
Soissons est avant tout une ville de guerre. Ville très antique. Au temps de César, elle était la puissante capitale des Gaulois Suessions. C'est sous ses murs que notre Clovis battit le général romain Syagnus. Elle devint, vingt-cinq ans après, dans Fan de grâce 5n, la capitale de la Neustrie, c'est-à-dire le berceau de la monarchie française. Que de légendes militaires sont nées ici, pour prendre leur vol à travers le monde ! L'homme du monde qui sait le moins l'histoire, connaît pourtant, jusqu'au moindre détail, l'anecdote de ce vase que brisa d'un coup de hache, sous les yeux de Clovis, un soldat de mauvaise humeur. Il y a toujours eu des soldats de mauvaise humeur, même dans les armées les plus disciplinées et les plus