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TRANCHÉE DE PREMIÈRE LIGNE DANS SOISSONS

(Section photographique He l'Armcc.)

victorieuses. Quand on approche de Soissons, après avoir répondu aux innombrables interrogatoires des gendarmes vigilants, ce qu'on aperçoit tout d'abord, ce sont les ruines de Saint-Jean-des-Vignes. magnifique iaçade gothique qui se détache sur le vide. Les ruines de l'édifice semblent d'hier. En réalité, elles sont l'œuvre du temps et non des hommes. Cependant, Saint-Jean-des-Vignes a eu sa part du marivre actuel. Les deux merveilleuses tours du xve et du xvie siècle portent des cicattices toutes fraîches. La tour du xvie siècle, la plus haute, -jb mètres, est à demi décapitée. Au milieu de la ville s'élève un monument en l'honneur de nos soldats morts en 1870-71. Quel monument assez pieux élevera-t-on jamais aux soldats morts de 191 4-1 5- 16- 17 ! Chers aînés déjà lointains de 1870 71. sur le monument de vos vengeurs, ce n'est plus « Gloire aux vaincus » qu'on lira, mais « Gloire aux vainqueurs! » Saluons maintenant une grande morte de la guerre de 191 4. la cathédrale. Elle a été suppliciée, crucifiée, achevée par l'ennemi. Tout d'abord

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une de ses magnifiques colonnes, tranchée à la base par un obus comme un épi de seigle par une faux, tomba, brisée en tronçons dont la taille dépasse l'imagination humaine. Dans la nef principale, toiture et voûtes se sont anéanties. La pluie et le soleil entrent à flots. De là, sur des monceaux de décombres, de si lamentables taches vertes ! De là, sur les murs, un jour cru si douloureux ! Pauvre cathédrale violée, souillée, éventrée! En vain, nous y cherchons le mystère émouvant de la demiobscurité." En vain, cette enivrante odeur de moisissure, de salpêtre et d'encens qui est comme l'âme même de nos chères églises respectées. Le transept et le chœur de Soissons ont toujours été considérés comme des choses sans pareilles : ils forment

DANS LES RUINFS DF CBOUY.

(Section photographique de l'Armée.)

une église dans l'église, une merveille dans la merveille. Nous les retrouvions alors à peu près intacts, avec leur tribune, leur triforium, leur chapelle à deux étages, si vastes que toute une armée pourrait y entendre la messe. Dans cette partie de l'édifice, on a rangé ce qu'on a pu en sauver. Sur un autel de bois doré, des vases se serrent les uns contre les autres. Pauvres vases de Soissons qui avaient survécu 1 Une partie des vitraux du choeur ont été mis en lieu sûr. Mais la partie supérieure, joyaux étincelants où se mêlent des verts d'algues et de vagues, des bleus de ciel et de prunelles, des rouges de flamme et de sang, demeure exposée aux coups Pour l'enlever, il aurait iallu un échafaudage, et les ouvriers, en y travaillant, auraient servi de cibles aux barbares. Dans un coin de l'église est roulé un matelas. — Qui donc couche ici? — Un dessinateur venu pour un jour. Trouvant l'église si pittoresque et si pathétique, il a déclaré : > Je ne m'en vais plus ». Et on lui a prêté ce lit. — C'est une hospitalité vraiment sacrée. Du haut de la tour unique, pareille

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à une des tours de Notre-Dame de Pans, on découvre la cote 184 On se rappelle que l'ennemi établi sur la hauteur gênait notre ravitaillement. Le générai Berthelot la lui enleva. Ce (ut un important succès qu'on voulut pousser davantage. Inquiet, l'ennemi prépara une attaque que la crue de l'Aisne favorisa, en empêchant l'arrivée de nos renforts. Le général Berthelot aurait voulu que l'on s'en tînt à la prise de la cote 134. Mais le général Maunoury, son chef, lui ordonna de pousser plus avant. Inutilement, le général Berthelot rappela ce qui nous manquait en hommes et en artillerie. Une discussion éclata entre les deux généraux, debout

près de leurs automobiles. Berthelot dut obéir.

Voilà lesaillant de Saint-Paul.

Voilà Crouy, Braye, Bucy-le- Long, Missy-sur-Aisne, Vailly, Soupir. Les noms de ces villages résonnent dans toutes les mémoires. Peu à peu, nous approchons de Craonne. Certains de ces noms sont prononcés par les gens du pays d'une façon si spéciale qu'on ne les reconnaît plus. Vailly, c'est Vely\ Craonne, c'est Cranne.

Le long de la route, une maison en ruines dresse sa façade intacte.

L'inscription qui taisait connaître le nom de son propriétaire et la nature de ce qu'on y vendait a été enlevée par l'ennemi qui,â la place, avec une patience scrupuleuse, a inscrit en gigantesques • lettres blanches : Gott strafe England, (Que Dieu punisse l'Angleterre!) Prière blasphématoire, obsession sacrilège, dont l'Angleterre doit sourire. Les nombreuses ambulances que nous renconttons dans la région ont toutes leur caractère propre. Celle-ci est établie dans un château ancien qui porte, à son fronton, ce rappel à la modestie, un peu ironique en l'épreuve que nous subissons : Caveas ne quid nirnis (prends garde à tout excès). Cette autre est établie dans un château moderne qui a été occupé pendant quelques jours par l'ennemi. Les officiers allemands se sont amusés à découper des carrés de toile dans les tableaux qui décoraient les appartements. Ces découpures stupides semblent de sinistres cartes de visite. Cette autre ambulance campe au pied du mont Notre-Dame. Le mont se couronne d'une église gothique, sœur de la cathédrale de Soissons, qui, perdue en pleine campagne, doit son salut à son isolement. Cette autre se développe en pleine forêt. Sous ses blanches tentes, de blancs lits et de blanches tables d'opérations attendent les blessés. Ses services se perfectionnent sans cesse. On demande aux médecins ce qui peut leur être le plus utile. « — Des planches. — Quoi! Dans cette forêt? — Oui. Sans doute nous

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