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COTE DU POIVRE. — UN POSTE TELEPHONIQUE

(Photo " l'Illustration ".)

Verdun? A la Chambre, cette question a été posée-et un député, M. Fabre, qui s'est écrié : « En automne dernier, le colonel Driant est venu ici-même, pour demander à être entendu par la Commission de l'Armée. Là, devant nos collègues, libérant sa conscience, il a réclamé, pour Verdun, des travaux, du matériel, du personnel. La Commission s'en émut; elle insista, pria, supplia. Cependant, le 21 février 1916 lorsque le rideau s'est levé sur le drame sanglant, presque rien n'avait été fait. »

En réponse à cette assertion, M. Lebrun, ancien ministre des Colonies et de la Guerre, quia servi comme chef d'escadron d'artillerie à Verdun, nous a déclaré, avec sa netteté habituelle: « Jamais le colonel Driant n'a parléde Verdun à la Commission de l'armée. Il y a parléde sa circonscription de Nancy. Comme il la jugeait insuffisamment défendue, on y a envoyé des inspecteurs, qu'il a d'ailleurs accompagnés. Rassuié, il est retourné à Verdun. Devant Verdun, depuis vingt mois, nos troupes travaillaient. Or, ce n'est pas dans l'air que leur travail s'accomplissait. C'était sur terre et sous terre. Vous pouvez être certain que le secteur de Verdun n'était pas

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moins bien dércn du que n'importequel autre. Si les Allemands avaient dirigé, contre unpoint quelconque du front, l'attaque qu'Us ont dirigéecontre Verdun, ils auraient obtenu les mêmes résultats. »

Signalons cependant un important aveu, publié, le 22 mars 1916, dans le Bulletin des Armées, organe officiel : « Nos troupes avaient deux lignes de défense et la* ligne des forts. Mais, ces forts situés à six kilomètres, on savait bien qu'ils ne pouvaient oflrir une résistance suffisante à l'artillerie lourde. Avait-on, pour les remplacer, disposé une ligne de fortifications réelles, tranchées, fils barbelés, chevaux de frise, etc.? Entre la seconde position et la ligne des forts, une organisation à contrepentes avait été esquissée de Douaumont à Louvemont, sur la côte du Poivre et la côte du Talou. »

— Esquissée? Qu'est-ce à dire? Voici l'explication de ce mot : « Dans la nuit du 24 au 25, un régiment reçut l'ordre d'occuper les pentes du fort de Douaumont. Transporté en automobiles, il n'avait que les munitions, les vivres et les outils portatifs. Il s'installa tant bien que mal sur un sol pierreux oh rien n'était plus difficile que de creuser des tranchées. Quant aux abris, impossible de les édifier avant d'avoir établi les fortifications élémentaires. »

Donc, cette ligne de Douaumont, à six kilomètres de Verdun, on n'avait pas songé à la fortifier? Malgré cette négligence, l'effort des Allemands contre Verdun échoua, et ce fut un désastre pour eux. Mais ce fut pour nous une tâche affreusement sanglante.

Nous avions eu à nous faire une nouvelle âme etun nouveau matériel de guerre. Dans les premiers combats devant Verdun, ce qui nous manquait le plus, c'étaient les moyens de transport. Le chemin de fer de la Meuse est à voie étroite. De là, un transbordement nécessaire. L'ennemi, pour soutenir son offensive, avait organisé les admirables voies ferrées que l'on sait. Certes, nous possédions cet excellent service d'automobiles auquel tant d'hommages ont été rendus. Sur la route, sans cesse réparée par nos bataillons d'étapes, le double courant ne s'interrompait pas. Le pneu est une arme comme le rail. Mais il eût été utile d'avoir aussi le rail. Les camions sur routes s'usent plus que les wagons sur voie ferrée. Combien d'automobiies nous avons vues, le long des chemins, lamentablement éclopées et mutilées! Mais quoi! si nous avions été mieux préparés à la guerre, la guerre n'aurait pas duré et même n'aurait-elle pas éclaté.

« Ils ne passeront pas. »

Dès le mois de mars, l'ennemi n'avança plus que lentement, sur des points isolés, et toujours au prix des plus lourds sacrifices.

Après une intense préparation d'artillerie, il attaqua le village de Douaumont, situé au nord-ouest du fort, et en occupa les ruines, le 4 mars. Pour se rapprocher de Verdun, il était obligé d'enlever les sommets de la rive gauche, la Côte de l'Oie, le Mort-Homme, la cote 004. Successivement, il s'empara du village de Forges,' de la Côte de l'Oie, de la cote 2b5, du bois des Corbeaux où le 92e fit la plus splendide résistance. Le 6 mars, la ligne de Verdun à Chàlons par Sainte- Menehould fut coupée près d'Aubréville. C'était cette ligne que, depuis plus d'un an, le Kronprinz visait sans répit. Le 7 mars, l'ennemi s'infiltra le long de la voie ferrée de Sedan. Le même jour, sur la rive droite, il entreprit l'attaque du fort de Vaux. Dès le 8 mars, il affirma officiellement que le fort avait été enlevé, dans un combat nocturne, par le 6e et le 1 9e régiment de réserve (de Posen), sous la direction du général d'infanterie von Guretzky-Cornitz, commandant de la 9e division de

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BOMBARDEMENT DE M\LANCOURT.

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réserve. Pur mensonge. Pour donner le change, il prétendit ensuite que nous avions réussi à reprendre pied dans le fort.

Pour comprendre la méthode employée par le général Pétain et pour apprécier l'heureux choix qu'on avait fait en le nommant à la place de Langle de Cary, il suffit de lire ses ordres. Personne mieux que lui n'a noté ce qui avait permis l'avance de l'ennemi. Il écrivait, par exemple, le 7 mais :

« L'organisation de la première position, avant les attaques du S mars, sur le Iront Béthincourt, Forges, Regnevillc, comprenait une ligne avancée continue, occupée par de très faibles effectifs, et une ligne de résistance en arrière, composée de quelques centres solides, Béthincourt, Forges, Regneville, mais distants les uns des autres de plusieurs kilomètres. Les intervalles étaient plus ou moins mal garnis de défenses accessoires et flanqués seulement parquelquesmitrailleusesenpleinchamp. Résultat de cette organisation : les Allemands, le 5 mars, ont lacilement enlevé la ligne avancée — ce qui était prévu — et sont arrivés devant la ligne de centres résistants. Ils ont naturellement dû stopper devant ces derniers ; mais, trouvant entre eux des intervalles faiblement occupés, ils s'y sont infiltrés. Plusieurs bataillons sont ainsi passés, ils ont entouré les points d'appui convoités et la ligne de résistance de la 67e division est finalement tombée entre leurs mains. »

L'ennemi, en annonçant, avec toutes sortes d'exagérations, chacun de ses succès, insistait, avec emphase, surl'importancede leurensembleets'appliquaità représenter la France en proie au désespoir.

Lorsque les communiqués français ne contenaient que quelques sobres indications, la Galette de Cologne s'écriait (10 mars 1916) : c Aveu de défaite irréparable! » Lorsque la presse française discutait longuement les plans du Kronprinz, l'agence Wolffdéclarait(2o mars 1 9 1 6) : « Nervosité maladive. » Le jour où le général Galliéni, miné par une maladie mortelle, renonça à son poste de Ministre de la Guerre, la Gabelle du Rhin et de Westphalie annonça (21 mars): « Paris s'affole. Le Ministère s'effondre. L'Elysée tremble. » Quand la Chambre française repoussa un projet de médiocre importance proposé par le Ministère, la Galette de Cologne écrivit (11 avril): « Le haut commandement de Joffre et le régime Poincaré sont culbutés par cet échec. » En même temps, afin d'engager la France à conclure une paix allemande, les communiqués allemands et les dépêches de l'agence Wolff glorifiaient

» l'héroïsme de l'armée française ». Le Chancelier Bethmann-Holl\\eg,dans son discours du 5 avril, célébrait « un adversaire plein de bravoure et d'esprit de sacrifice ». Tout en continuant ses bombardements et ses émissions de gaz asphyxiants contre nos soldats qu'il couvrait de fleurs, l'ennemi s'efforçait d'aveugler et d'endormir chez nous les civils. Mais soldats et civils ont tenu. L'ennemi a dépensé son acier, son or et sa rhétorique en pure perte.

Cependant son avance, bien que plus lente et plus pénible que jamais, nes'interrempait pas encore.

Le 20 mars, il occupait le bois de Malancourt, puis le bois d'Avocoui t, puis Avocourt. Le 27 mars, il accablait Verdun de projectiles incendiaires. Les pigeons de la cathédrale voletaient en cercle autour de leur séculaire abri démantelé. Ils sem-

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blaient ne rien comprendre à un orage qui dépassait tout ce que la nature peut craindre de la foudre. Quant aux corneilles installées sur les poutres des maisons en ruines, elles n'avaient pas même un frémissement aux heures où éclataient les plus gros projectiles, elles qui, d'habitude, fuient à tire-d'ailes dès qu'un chasseur arme son fusil.

Le 1" avril, l'ennemi occupa Malancourt et, le 7, Haucourt. Mais, le 29 mars, nous avions repris le village d'Avocourt, si important par sa situation.

Notre effort défensif devenait toujours plus méthodique et plus efficace, sous le commandement du général Pétain, puis sous celui du général Nivelle.

Depuis le3o avril, legénéral Pétain ne faisait plus que surveiller les opérations en qualité de commandant de groupe d'armées. Promu au commandement des armées du Centre, il avait passé le commandement direct de la seconde armée au général Nivelle, arrivé devant Verdun, le 3 avril.

En remettant le commandement de cette armée de Verdun à Nivelle, le valeureux et heureux soldat de l'Alsace, de l'Ourcq, de l'Aisne, de la Picardie, Pétain lui dit:

— Le mot d'ordre a été, depuis le début de la bataille: « Ils ne passeront pas. » Je vous le transmets.

— Général, ils ne passeront pas, répondit Nivelle.

Dans le texte de la promotion qui élevait le général Pétain au grade de grandofficier de la Légion d'honneur, nous lisons le motif suivant : « Commande depuis quatre mois une année qui a résisté victorieusement aux attaques sans cesse renouvelées de l'ennemi. A supporté héroïquement les plus dures épreuves. A affirmé dans ce commandement, avec les plus brillantes qualités du chef, une énergie et une force de caractère qui ont puissamment influé sur le développement des opérations engagées sur tout le front. Après avoir enrayé l'avance de l'ennemi vers un objet devenu l'enjeu moral de la guerre, a repris l'offensive pied à pied et, par des attaques

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