CHAVIGNON. — L ENTPEE DU VILLAGE
Le soir même, nous organisions notre ligne nouvelle, depuis le Mont des Singes iusqu'à Chavignon.
Suivirent plusieurs assauts non moins heureux. Nous nous emparâmes de Pinon et de Pargny-Filain, à trois kilomètres de Chavignon.
Ainsi, notre nouvelle ligne était avancée jusqu'au canal de l'Oise à l'Aisne.
L'ennemi ne pouvait plus, sans de grands risques, se tenir sur la rive sud de l'Ailette. Le ier novembre, il nous abandonna toute cette rive avec Courtecon, Cerny-en-Laonnois, Ailles, Chevreux.
Comme trophées, nous avions, avec un important butin de guerre, près de 1 2 000 prisonniers dont 200 officiers où se distinguaient trois colonels et états-majors de régiments.
En tout le cours de l'opération, nos hommes avaient senti autour d'eux, outre la cordialité agissante de leurs officiers, l'attention assidue et paternelle du grand chef, le général Pétain. Ils aimaient à rappeler que, à la fin de chaque effort, en
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parvenant au but, ils trouvaient, presque sous leur main, des provisions pour les réconforter.
Pétain avait, en effet, d'admirables qualités d'administrateur. Quand il était colonel du 33e, à Arras, les inspecteurs de l'intendance disaient de lui : « Il est digne d'être intendant. » L'un d'eux ajouta même : « L'histoire enseigne que Bonaparte a été vainqueur dans la campagne d'Italie, parce qu'il faisait preuve de ces qualités-là. » Or, la victoire de la Malmaison était aussi difficile à gagner que celle de Rivoli.
Ludendorff avoue, dans ses Mémoires, que l'évacuation d'une région dont la garde lui avait coûté si cher, lui fut fort pénible. Il aurait voulu éviter les conséquences de l'attaque française en ramenant ses lignes au nord de l'Ailette. Tout se gâta par l'obstination du chef qui avait fait fortifier la Malmaison ainsi que les positions voisines, et qui croyait pouvoir répondre de tout.
La perte de quelques nouvelles divisions sur le front franco-britannique était chose grave pour le Haut Commandement allemand. Les échanges d'unités avec le front russe avaient beau se multiplier, jamais n'arrivaient assez vite et assez nombreuses les troupes aptes à la bataille véritable.
Clemenceau prend le pouvoir.
Après la victoire de la Malmaison, M. Clemenceau, président de la commission sénatoriale de l'armée, se rendit auprès des vainqueurs. Cette visite le remplit d'un enthousiasme qu'il exprima avec la plus brûlante sincérité. A le lire, la France vit nos soldats partir pour l'assaut, pleins de confiance en leurs chefs; elle vit leurs prodiges de vaillance et de patience; elle vit aussi l'effet de leur héroïsme sur l'ennemi : une forêt de bras levés, et ces officiers de la Garde impériale qui criaient : « Vive la République ! »
De telles pages ramenèrent à leur auteur la presque unanime sympathie que la France avait ressentie pour lui- au début de la guerre.
L'ennemi, pour affoler le pays, bombardait alors les villes du front, particulièrement Nancy et Bar-le-Duc; les villes des côtes, particulièrement Dunkerque, Calais et Boulogne. C'est dans une entreprise criminelle de ce genre qu'il avait perdu, le 20 octobre, cinq de ses meilleurs dirigeables.