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CLEMENCEAU SUR LE FRONT

(Section photographique de l 'Armée. ;

ç32 I Q T 4. — LA GUIÎRRE DU DROIT.

Plus que jamais, la France avait besoin d'un gouvernement fermement rc'solu à hâter la victoire. La brusque démission de M. Ribot qui, au ministère des Affaires étrangères, apportait la même dignité et le même dévouement qu'au ministère des Finances, troubla l'opinion parce qu'elle paraissait inexplicable. On savait confusément que, dans les séances secrètes, plusieurs députés avaient reproché à M. Ribot de ne pas les avoir tenus au courant des offres de paix faites indirectement par l'Allemagne. M. Barthou remplaça M. Ribot.

Un mois après, le ministère présidé par M. Painlevé était renversé par la Chambre. On se disait : « Pour liquider les affaires scandaleuses de commerce ou d'intelligence avec l'ennemi, de découragement intéressé ou de trahison, c'est-à-dire pour assainir l'arrière comme a été assaini le front, il faut un homme capable d'assumer toutes les responsabilités ». Aussi, les yeux se tournaient-ils vers M. Clemenceau.

Il prit la présidence du Conseil avec le ministère de la Guerre. Le ministère des Affaires étrangères fut confié à M. Pichon; le ministère de l'Armement, auquel on rattacha l'Aviation, à M. Loucheur; le ministère de l'Intérieur à M. Paras, qui, en 191 3, avait recueilli un si grand nombre de voix aux élections pour la présidence de la République; le ministère des Finances, à M. Klotz; le ministère de la Justice, à M. Nail; le ministère du Blocus, à M. Albert Lebrun.

Dès son arrivée au pouvoir, Clemenceau réunit, à Paris, les représentants des Alliés. Dans cette conférence fut enfin constitué, le 29 novembre 191 7, l'organe nécessaire à la concordance de leurs étions : le Comité de guerre militaire interallié, qui siégea à Versailles. La France y était représentée par le général Weygand, ancien chef d'état-major de Foch. Dans sa déclaration ministérielle, M. Clemenceau disait : « Toutes les nations civilisées sont engagées dans la même bataille contre les formations modernes des vieilles barbaries. En France, il y a eu des crimes contre la France : ils se sont soldés par un surplus de sang français. Nos armées ne seront pas prises entre deux feux. La justice pisse ».

Le 12 décembre, la Chambre, ayant entendu la lecture d'un réquis'toire signé par le gouverneur militaire de Paris, autorisa des poursuites contre M. Caillaux, ancien président du Conseil, « pour crimes ou délits contre la sûreté extérieure de l'Etat ». Déjà, sur un discours véhément de M. Clemenceau au Sénat, M. Malvy, ministre de l'Intérieur, avait été appelé « à s'expliquer sur ses actes devant la Haute-Cour ».

Dans tous les départements ministériels, dont M. Clemenceau avait choisi les titulaires, on retrouvait, aux moments critiques, l'énergie du grand chef civil.

Ce grand chef civil paraissait, depuis longtemps, destiné à travailler d'accord avec le grand chef militaire. C'était lui qui, président du Conseil en 1907, avait dit à Foch : « — Vous êtes nommé directeur de l'école de guerre — Impossible, monsieur le Président, avait répondu Foch. — Pourquoi donc? — Parce que j'ai un Irère jésuite et que je vais à la messe. — Je m'en moque. D'ailleurs, général, je ne vous demande pas si vous acceptez : je vous annonce votre nomination ».

Authentiques ou non, les mots de Clemenceau circulaient partout, en réveillant les esprits par leur brusquerie et en les réconfortant par leur gaieté.

De cette gaminerie patriotique, toujours superbe sous les obus et qui alors séduisait tout le monde, le plus saisissant spécimen est assurément le premier entretien de Clemenceau avec Cas telnau. Jamais Clemenceau n'avait rencontré Castelnau, mais il avait parfois parlé de lui. Un jour, par son humeur de polémiste, il s'était laissé entraîner à l'appeler : capucin botté. Quand Castelnau vit Clemenceau le chercher du regard, il lui dit ; « — Le capucin botté, c'est moi. — Ah! répliqua

LA GUERRE ri U DROIT.

Clemenceau, je n'ai jamais embrassé de capucin. Il y a commencement à tout ■»

La devise de Clemenceau était : « Je fais la guerre ». Parfois, pour ceux qui l'obsédaient de questions étrangères à ce sujet et par conséquent absolument vaines, il ajoutait : « Je fais la guerre : donnez-moi la paix! »

L'armée se répétait de tels mots, sans les analyser ni les contrôler. Ils étaient si bien faits pour elle! Les soldats les goûtaient d'autant mieux, qu'ils se sentaient profondément aimés par cet étrange ministre de la Guerre qui semblait ne se trouver bien qu'au milieu d'eux.

De loin, ils reconnaissaient son vieux chapeau mou, ses grosses moustaches blanches, son teint jaune, ses ardents yeux noirs. Un de ses meilleurs portraits ne tient-il pas en cinq petits mots : deux charbons sur une omelette ! Tout près du front, s'arrêtait l'automobile. L'homme en descendait. Tout de suite, les soldats se pressaient autour de lui. « Cela va bien, les petits? » Et les soldats répondaient : « Oui, monsieur Clemenceau ». Ils ne disaient pas : « Monsieur le Ministre ». Encore moins : « Monsieur le Président ». Nos soldats n'ont guère plus que lui le sens du protocole.

Cette réponse : «Oui, monsieur Clemenceau », futjusau'à l'armistice, et même un peu plus longtemps, le mot d'ordre de la France.

L'anarchie russe sauve l'Allemagne en 1917.

Depuis le mois de novembre 191 7, la Russie, malgré de nobles effortstrop isolés, s'abandonnait à une anarchie que l'Allemagne favorisait de tout son pouvoir.

Égarement monstrueux de la Révolution russe! La Révolution française, dont, en Russie, l'anarchie osait parfois se recommander, avait eu pour idéal le salut de la France, fille aînée de la Justice, de la France « soldat du Droit », de la France rayonnante vers qui se tournent les yeux de tous ceux qu'on opprime. Au contraire, les révolutionnaires russes prenaient leur inspiration en Allemagne. Ils mettaient, par conséquent, leurs forces neuves au service de la plus vieille puissance d'oppression, de conquête et de ténèbres.

Dans la seconde quinzaine d'octobre 1917, l'Allemagne, grâce à son influence croissante en Russie, occupait les îles d'Œsel, de Dago, deMolm, et par conséquent saisissait les clefs du golfe de Riga. Ce fut pour elle un jeu que de refouler les quelques vaisseaux russes et les quelques régiments russes où subsistait le sentiment de l'honneur, seule'raison de vivre pour une armée et une marine.

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