LE ROI D'ITALIE A VERDUN
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français. Il passa en revue nos soldats à Massevaux, à Verdun, à Coucy-le-Chàteau. A Massevaux, en réponse au salut de M. Raymond Poincaré, président de la République, il dit : « Je salue la partie déjà libérée de l'Alsace ; en même temps, j'adresse le même salut au reste de l'Alsace et de la Lorraine à qui la même libération est réservée ». Le souverain qui prononçait ces nobles et loyales paroles devait, avec tout son peuple, connaître la pire des épreuves, dans la nuit du 24 au 25 octobre.
En grand secret, les forces austro-allemandes s'étaient ainsi disposées : à l'ouest, au débouché du Trentin, l'armée commandée par Hoetzendorf; devant les Alpes Carniques, l'armée commandée par Krobatin ; dans la région du Haut-lsonzo, l'armée commandée par Below; devant le plateau de Bainsizza et devant le Carso, l'armée commandée par l'archiduc Eugène.
Rappelons que les Italiens étaient postés : face au nord, depuis le Trentin jusqu'au crochet de l'Isonzo, près de Tolmino : face à l'est, sur le plateau de Bainsizza et sur le Carso.
Peu à peu, l'État-Major italien, établi à Udine, se persuada que l'attaque allemande se porterait surtout contre le plateau de Bainsizza et le Carso. Aussi y réunit-il ses troupes les plus solides. Au premier rang, sa 2e et sa 3° armées, illustrées par de récents succès.
Au nord, son flanc était défendu par des régiments échelonnés au bord de l'Isonzo, dont la vallée remonte brusquement, vers l'ouest, de Tolmino à Plezzo. Ce terrain rend la défense encore plus difficile que l'attaque, parce qu'il est extrêmement défavorable à la manœuvre des réserves.
L'attaque allemande dirigée par Below, le 24 novembre, au milieu d'un brouillard épais et d'une pluie mêlée de neige débuta, à deux heures du matin, par un bombardement sans pareil, auquel s'ajoutaient des liquides enflammés et des gaz suffocants. L'objectif de l'attaque était, depuis Tolmino jusqu'à Plezzo, le coude si long et si mince que dessinait le front italien.
La ruée allemande y produisit une panique qui s'élargit vite aux cris de « Vive la paix ! » et de « Sauve qui peut ! » Des torrents de fuyards roulaient vers Caporetto. Pendant ce temps, l'armée de Krobatin appuyait, de tout son poids, l'armée allemande de Below qui, crevant le front italien, s'enfonçait vers Cividale, à 16 kilomètres d'Udine, et vers Gemona, où s'embranche la ligne de Venise par Casarsa- Portogruaro.
Les deux armées ennemies prenaient ainsi à revers l'armée italienne établie sur le plateau de Bainsizza, tandis que l'armée autrichienne de l'archiduc Eugène l'attaquait de front. L'armée italienne dut battre en retraite précipitamment, en abandonnant sa magnifique artillerie. La 3e armée, établie du Carso à la mer, fut forcée de suivre le mouvement général, mais sa retraite, parles chemins de la côte, n'eut pas le caractère d'une fuite.
Quand on avait enfin averti les Italiens du point menacé, ils n'avaient pas cru à la gravité du péril. Quoi ! l'ennemi viserait la ligne des crêtes qui, le long de l'Isonzo, atteint jusqu'à 1 641 mètres d'altitude. Le 23 octobre au soir, ces sommets étaient pris. Les canons et les avions allemands accablaient de projectiles les masses éperdues où toutes les armes se confondaient et qui bientôt furent sans armes. Et pourtant l'ennemi, dans les proclamations envoyées aux soldats italiens, avait écrit : « Si les Italiens renoncent à se battre, leurs adversaires, au lieu de faire feu, fraterniseront avec eux pour arrêter la guerre ! »
Le 26 et le 27, la ruée allemande vers le haut Tagliamento faisait vaciller le front italiea.
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« Toussez ferme par les deux ailes. Capturez toutes les troupes italiennes qui restent sur la rive gauche de l'Isonzo ». Tel était l'ordre allemand. Pour le 10 novembre, l'ennemi avait fait 60000 prisonniers. Pour le icr décembre, il avait atteint le Tagliamento sur tout son cours, en aval de Tolmezzo.
La presse allemande, en annonçant « l'effondrement de la résistance talienne », se répandit en descriptions grossièrement exagérées, auxquelles se mêlaient quelques détails malheureusement trop exacts.
Sur les routes d'Italie, une foule de soldats, parmi lesquels on distinguait des officiers en voiture, s'imaginant que la guerre se terminait ainsi, « rentraient chez eux ». Des groupes égarés allèrent, en fuyant, jusqu'aux portes de Rome.
Toutes les cloches d'Allemagne et d'Autriche avaient fêté la reprise de Gorizia; Inprise de l'antiqueet gracieuse ville d'Udine; l'entrée des Prussiens, des Bavarois et des Wurtembergeois à Dignano et à Codroipo; la victoire des Brandebourgeois et des Silésiens à Latisana. « Je prie très humblement Votre Majesté, télégraphiait Hindenburg a Guillaume II, de faire pavoiser en Prusse et en Alsace-Lorraine ». Et Guillaume II répondait : « Notre ancien allié félon a appris ce dont est capable la colère allemande. En avant, et avec Dieu ! »
Aucun soldat, en aucun temps, ne lira sans une émotion douloureuse, le communiqué du généralissime italien, après la rupture du front : « Je désigne à l'éternel mépris de la nation et du monde entier les brigades Roma, Piacenza, Gaeta, qui ont ignominieusement abandonné à l'ennemi les armes qu'on leur avait données pour défendre le sol sacré de la patrie. Ces quatre brigades de l'Italie centrale, en faisant défection, assurèrent la victoire de l'ennemi ».
Cadorna ordonnait par décret à tous les soldats dispersés en Italie de se présenter
dans les cinq jours, sous peine de mort. Les généraux Btusati, Zupelli, Marone, étaient disgraciés.
Il fallait, sans une minute de retard, restaurer le front et redresser les volontés.
C'est à quoi les Alliés consacrèrent leurs eflorts. Français et Britanniques, avec une puissante artillerie, apparurent immédiatement dans la plaine du Va. Cette superbe diligence fut une nouvelle prouesse de notre État-Major et de nos voies ferrées.
Le Comité de guerre s'était réuni le 28 octobre, à 16 heures. Deux heures après, tout un plan de campagne était arrêté : on enverrait 120.000 hommes en Italie, avec l'artillerie et le matériel nécessaires. Combien faut-il de temps pour le transporter? La compagnie de Paris- Lyon-Méditerranée répondit « Dix-huit heures. Et dans une demi-heure, les ordres seront donnés ».
A la tête des forces, venues ainsi à la rescousse, était le général Foch. Une fois de plus, Foch réalisait, dans le danger suprême, l'unité de commandement qui avait sauvé les Alliés sur l'Yser et sur la Somme.
M. Painlevé et M. Lloyd George se rendirent à Rome, pour cimenter cette