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De son côte, la Turquie, sans protester, ou pour mieux dire sans publier >'e protestations, se confinait de plus en plus dans une politique exclusivement turque. Vainement, l'Allemagne la pressait de ne pas se montrer si violemment hostile à tout ce qui est arabe. Enver Pacha avait promis un changement d'attitude. Mais Enver Pacha oubliait ses promesses quand on ne lui menait pas le poignard sur la gorge. D'ailleurs, il n'avait alors en tête qu'une chose : obtenir de l'Allemagne toujours plus d'argent, de charbon et de matériel de guerre.
Le Haut Commandement allemand répondait : Le peuple turc peut, en matière de combustible, se suffire par ses propres ressources, mais il montre, en toutes matières, cette indifférence inouïe dont la preuve la plus frappante est son agriculture préhistorique.
Après l'anéantissement du front russe, les Turcs étaient rentrés en Arménie, s'étaient enfoncés dans le Caucase et avaient pénétré jusqu'à la mer Caspienne. A qui se heurtèrent-ils ? Aux Britanniques, mais surtout aux Allemands. C'était l'Allemagne, leur ailiée, qui leur arrachait toutes les richesses de la région, par la bonne raison qu'elle en avait le plus pressant besoin et qu'elle était la plus forte. Ils s'en plaignaient amèrement.
En entendant l'écho de ces plaintes, Ludendorfl s'écriait avec une indignation qui n'était pas feinte : « Les Turcs n'ont pas le moindre souci de l'intérêt commun ». L'intérêt commun, pour Ludendorfl, c'était l'intérêt de l'Allemagne.
Et il s'en prit au gouvernement allemand qu'il jugea trop débonnaire à l'endroit des Tuics. D'ailleurs, le Haut Commandement n'était d'accord avec le gouvernement, ni en ce qui concernait la région de Kiev et d'Odessa que l'Allemagne occupa en mars 19 18, ni en ce qui concernait la Ciimée que l'Allemagne occupa en avril. Il s'était même montré si dur dans ses récriminations que le chancelier avait télégraphié a Guillaume II : « Nous vous supplions de réagir contre les menées militaristes ». Et Ludendorfl", au nom du Haut Commandement, avait répliqué : « La politique du chancelier est d'un pacifisme déraisonnable. Quant à l'esprit de Berlin, il s'imprègne non seulement de bureaucralisme, mais de schématisme ». Sans doute, ce dernier mot était la suprême injure.
En décembre 1917, dès que les négociations furent engagées à Brest-Litowsk avec les bolcheviks, Ludendorff indiqua les moyens les plus propres à résoudre tous les problèmes en faveur de l'Allemagne.
Trotsky, en apparence moins accommodant que Lénine, semblait vouloir traîner l'affaire en longueur. Aux plénipotentiaires allemands, qui étaient le ministre von Kuhlmann etlegénéral Hoffmann, Ludendorfl' enjoignit de dénoncei l'armistice et d'annoncer que « les troupes allemandes étaient prêtes à marcher sur Pétrograd et sur Moscou ».
Hésitation du gouvernement allemand. Colère de Ludendoiff. Dans un rapport à l'Empereur, il lui reprocha une excessive mansuétude, « si préjudiciable aux intérêts de la couronne ». Au général Hoffmann, il dicta ainsi la conduite à tenr : « Avec un Trotskv, on ne négocie pas. On lui impose sa volonté ». Et, respectueux de la consigne, Hoffmann donna sur la table de la conférence un tel coup de poing que la presse allemande en fut secouée. Les plus grands journaux de Berlin déclarèrent : Si l'Allemagne est ainsi bafouée par une poignée d'anarchistes, jamais un Clemenceau et un Lloyd George ne voudront traiter avec elle. Ludendorfl était entendu.
D'abord, l'Allemagne traita directement avec l'Ukraine. Cette Ukraine n'était elle pas le grenier ou l'Allemagne espérait puiser tout ce qui lui manquait?
Sur les instances de Ludendot If, les plénipotentiaires allemands 1 eçurent l'ordre
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de rompre l'armistice, vingt-quatre heures après la conclusion de la paix ukrainienne. D'ailleurs, Trotzky avait commis l'imprudence d'inviter, parla télégraphie sans fil, les soldats alleminds à la désobéissance. Excellent piétexte pour reprendre: les hostilités. Force à la loi d'airain :
L'Allemagne y gagna maint avantage nouveau : indépendance de l'Ukraine, indépendance de la Finlande, annexion de la Courlande, annexion de la Lithuanie, annexion de la Pologne, occupation prolongée, c'est-à dire annexion, de la Livonie et de l'Esthonie. Ludendorff avait le ferme propos de faire, dans ces territoires, de la colonisation à la prussienne, et d'y assurer ce qu'il appelait l'avenir du