LA GRANDE ROUTE DE ROYE A AMIENS
tSeclion photographique de l'Armée.)
^i; Ce mot nous a été rapporté par un prisonnier.
052 10 14- — LA GUERKE 1) U H KOI T.
puissantes remplaçaient et dépassaient, ass iut que soutenaient non seulement l'artillerie lourde, mais des mitrailleuses plus nombreuses que jamais, d'excellentes batteries légères de « canons d'accompagnement », et ces terribles engins qui, à côté des mortiers de tranchées (mïneniverfer) sur roues, lançaient des liquides en feu, des gaz suffocants, des bombes asphyxiantes et des nuages destinés à dissimuler l'avance des assaillants !
Tout semblait conspirer avec l'ennemi : les vastes plis du terrain comme le vent du nord-ouest. L'attaque avait été, depuis longtemps, fixée au 20 mars. Les préparatifs en furent achevés en grand secret. Ludendorff attendait que le vent devînt favorable à l'emploi de ses gaz. Le 21, à quatre heures du matin, sa grosse artillerie écrasa les batteries de la défense, puis elle se reporta sur les tranchées à enlever. A neuf heures, fut donné le grand signal de l'assaut, que protégea un barrage roulant au rythme réglé avec une science parfaite.
Ce fut la Ve armée britannique qui reçut le choc le plus accablant. Les 42 divisions de von Hutier firent plier, bousculèrent et débordèrent ses 14 divisions qui s'appuyaient, à gauche, sur la IIIe armée britannique, près de Gouzeaucourt, et, à droite, sur les troupes françaises, près de Barisis, au sud de la Fère. Elle s'était d'abord repliée sur certaines positions préparées par elle. Illusoire tentative ! Bientôt elle iut forcée de continuer son repli vers le canal Crozat et la Somme.
L'artillerie allemande, avant l'assaut, avait tiré, en 78 minutes, autant d'obus que pendant toute la guerre de 1870-71; exactement bboooo. Le bouleversement atmosphérique, fumée > et vapeurs mêlées à un brouillard intense, était tel que « les artilleurs apercevaient à peine la tète des chevaux traînant leurs pièces ». Les fantassins franchissaient le> réseiux sur des ponts portatifs démontables en trois pièces.
L'ennemi s'était emparé de Tergnier, de Morchies, de Ham, position imporiante ; il avait franchi le canal Crozu, à la dix-septième tentative; il s'était emparé de la hauteur de Sailly-Saillisel ; il avait franchi le canal de la Somme; il s'était emparé de Guiscard et de Chauny. Partout, il recueillait des prisonniers par centaines et de magnifiques dépôts d'approvisionnement.
Ainsi, au début, son plan se réalisait point par point. La ruée allemande prenait une allure de curée. A peine si, de temps en temps, quelques petites fractions britanniques, en se dévouant, la ralentissaient un peu.
Certes, le repli ne se transforma pas en débâcle. La Ve armée ne cessa pas d'être en liaison avec la IIIe (général Bing). Cependant, l'effet de ce repli pouvait avoir des conséquences fatales. Dans la vallée de l'Oise, une trouée s'ouvrait sur le cœar menu de la France. Il fallait à tout prix boucher la fissure qui, entre la droite des troupes britanniques et la gauche des troupes françaises, devenait plus profonde, à chaque pas que les Britanniques faisaient en arrière.
Le général Pétain y dirigea en hâte des troupes. Mais ces troupes arriveraientelles assez vite ?
Alors, il fit ce qu'on fait, en un péril de naufrage, pour obstruer une voie d'eau : il prit tout ce qui tombait sous la main.
Nos aviateurs, par nuées, avec toutes leurs bombes et toutes leurs mitrailleuses, attaquèrent sur la ligne de la Somme. Une véritable charge, exé:utée par soixante avions français, arrêta de gigantesques colonnes allemandes. Nos cavaliers accoururent au galop; puis, sautant de cheval, combattirent avec l'acharnement des plus ter:rces fantassins. « Magnifique exemple d'esprit de sacrifice », lit-on dans leur citation.
Enfin apparut notre infanterie. Ses canons n'avaient pas encore pu la suivre. Les hommes ne disposaient que des munitions qu'ils portaient sur eux. Allaient-ils
loi ;.
LA GUERRE l'U DROIT.
donc m >nqncr de cartouches ? Nos aviateurs leur en lancèi ent des paquets. La route de Paris était défendue!
Le général Pelle avait dirigé ce premier effort de sauvetage. Vint ensuite le général Humbert, chef de notre IIP armée. Vint enfin le général Debenev, avec notre Ve armée et des troupes de toutes sortes amenées de Lorraine, par camions et par wagons. Nos cheminots avaient, de nouveau, accompli la tâche surhumaine que la France attendait d'eux. Nous vîmes, sur la grande voie de Nancy à Paris, les trains se succéder sans interruption, de dix en dix minutes. C'était l'armée de Debenev que nous saluions. Ces troupes, dirigées à l'ouest de notre IIP armée, vers la Somme, dès qu'elles avaient mis pied à terre, après le plus fatigant voyage, entraient dans la fournaise.
Bientôt l'œuvre de salut fut, en son ensemble, organisée par le général Fayolle.