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Circulaire pour les commissions d'hygiène

De fâcheuses comparaisons ont pu être faites. Des adversaires des internats ont prononcé les mots de « prisons, de geôles, de couvents, de casernes ! . » Pour atteindre le but, il. faut parfois aller au-delà. Même en faisant la part d'une exagération justifiée par l'excellence de l'intention, si le parallèle ne portait que sur la discipline, sur sa rigueur, sur les privations imposées, il était peu flatteur pour les internats. S'il porte sur les conditions physiques, matérielles, est-il plus exact? Du moins, cette fois, ce ne sont plus les pensionnats qui auraient le droit de se plaindre de la comparaison! On se demande combien de nos internats pourraient soutenir avec avantage le parallèle avec la plupart de ces établissements, prisons ou couvents, auxquels on les compare, au point de vue de l'emplacement, du choix du site., de l'exposition, de l'aération, de l'ampleur des proportions, ou du mérite des installations relativement à 1 hygiène?

Étrange tant que Ton voudra, il est malheureusement trop vrai que l'on s'est plus occupé de ceux que l'on sépare de la société, les prisonniers par exemple, que des générations qui doivent demain lui apporter, le contingent si nécessaire et si opportun de corps robustes et d'esprits sains et valides.

Ce n'est pas chose facile, assurément, que de donner aux différentes parties .de la construction une distribution convenable eu égard aux nombreux services que contient l'internat.

Ici encore, on peut regretter que dans les constructions ou appropriations de bâtiments à l'usage des internats, la seule préoccupation qui semble avoir existé, soit moins de

1. Victor de Laprade, l'Éducation libérale, et V Education homicide. Paris, Didier, 1868 et 1873. — Le R. P. Lescœur, VÉtat maitre de pention. Paris, Douniol, 1872. — Jules Simon, la Réforme de l'enseignement secondaire. Hachette, 1874.

diviser, de distribuer les différents services que de les Féunir dans un même local, la plupart du temps insuffisant, dût-on les y entasser de la manière la moins logique et la moins conforme aux règles les plus élémentaires des convenances ou de la salubrité.

J'ai vu dans une construction toute nouvelle une cuisine située précisément au-dessous de l'infirmerie. Celle-ci en reçoit continuellement les émanations incommodes;

Ailleurs, dans d'anciennes constructions, des réfectoires situés dans des salles obscures, humides, sans air;

Des dortoirs n'ayant pour l'éclairage et la ventilation que des jours de souffrance.

Des latrines, établies dans le voisinage des salles de classe, répandaient une odeur infecte dans des cours semblables à des puits; les enfants en souffraient pendant leur travail, comme pendant leurs jeux.

Dans beaucoup de cas, les communications entre les différents services ne peuvent se faire qu'en traversant des cours, où l'on n'a ménagé ni un passage couvert ni un trottoir bitumé : état de choses aussi fâcheux pour le personnel que pour les élèves.

Voilà pour la salubrité.

Ailleurs, la surveillance est compromise par une distribution qu'il serait bien aisé de modifier^ qu'il eut été plus sage de ne pas adopter. Un surveillant général a été logé au quatrième étage, à l'extrémité d'une des ailes du bâtiment principal, là où il lui devient impossible de rien surveiller.

Dans un autre établissement, on a pris, pour rendre la surveillance plus facile, une mesure radicale, en supprimant la moitié des ouvertures destinées à aérer et à éclairer les pièces occupées par les élèves.

Singulier moyen d'assurer la surveillance aux dépens de l'hygiène !

C'était un important collège communal, où, dans des pièces (réfectoires, salles d'étude) ayant des fenêtres opposées, on avait supprimé les fenêtres d'un côté, parce qu'elles donnaient sur une rue assez étroite, et que Ton pouvait craindre de voir ces ouvertures servir à l'évasion des élèves, ou à des communications avec le dehors. A coup sûr, la difficulté était susceptible d'une solution meilleure, mais l'exemple n'en montre pas moins l'importance de la question du voisinage.

La division des bâtiments et des cours, réglementaire dans les établissements publics, fait défaut dans un trèsgrand nombre d'internats, où les différents âges, où internes, demi-pensionnaires et externes sont mélangés, au péril de la discipline et des mœurs.

La distribution des bâtiments de l'internat est donc d'un haut intérêt. Elle touche à une multitude de points où le bien-être et la santé des élèves et du personnel sont singulièrement intéressés, et elle mériterait bien d'occuper davantage ceux qui préparent les plans de l'internat et ceux qui les font exécuter.

Absence d'architecture spéciale — L'architecture spéciale aux établissements d'enseignement secondaire, à internats, n'existe pas encore. Singulière exception. La religion a ses temples, la justice ses palais, tous les services publics ont leur architecture, bonne ou mauvaise ; n'y a-til pas aujourd'hui une architecture de chemins de fer, de bourses, de halles, de marchés, etc. *?

1. Quand je dis que cette architecture n'existe pas, je ne veux pas exprimer le regret de l'absence d'un type uniforme. Bien loin de là. Il ne s'agit nullement de réglementer la nature, l'espèce des matériaux à employer, l'orientation; toujours, partout la môme, des bâtiments, leur disposition suivant une formule unique, applicable partout. Je constate que l'architecture ne tient pas assez de compte des exigences de l'hygiène. Or, celles-ci peuvent varier suivant la latitude, le climat,

Seules, il semblerait que les maisons d'éducation et d'enseignement n'eussent pas inspiré l'art. Nous avons déjà signalé cette lacune par rapport aux écoles *.

L'enseignement secondaire n'est pas mieux pourvu, et c'est à propos des installations de l'enseignement supérieur que l'on a pu dire : « Nulle part on n'a fait de. si grandes choses avec des instruments si misérables et si misérablement installés 2 . »

La vérité est que, le plus souvent, les maisons affectées aux besoins de l'enseignement n'ont point été construites pour cet objet.

Lycées, collèges, pensionnats se sont installés dans des bâtiments quelconques, le plus souvent dans les restes, ou même les ruines d'anciennes abbayes ou dans des couvents... appropriés, — le mot va au delà, de ce que je veux exprimer, — à cette nouvelle destination :J .

Ce fut pourtant parfois une bonne fortune que d'utiliser ces spacieuses demeures, aux cours entourées de portiques et de promenoirs couverts, avec de splendides réfectoires, d'immenses salles de travail, de vastes jardins et de précieux potagers. Mais on ne fut pas toujours aussi heureux

les conditions locales. L'architecture, comme l'hygiène, doit se plier à ces besoins variables.

De même qu'une économie bien entendue conduira à adopter les meilleurs matériaux de la localité, au lieu de s'astreindre à certains matériaux, excellents sans doute, mais aussi rares et aussi chers dans tel département, qu'ils sont communs et à bas prix dans tel autre.

1. Hygiène scolaire, Influence de V école sur la santé des enfants. Paris, Hachette, 1874..

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