Hippeau, Op. cit
3. La statistique de 1865 montre que sur 77 lycées, 16 occupaient des bâtiments construits pour leur destination actuelle, 33 étaient installés dans d'anciens collèges de jésuites, 28 dans des couvents, qui « laissent beaucoup à désirer sous le rapport des dispositions inté-
s, et même de l'état des bâtiments. »
que dans les installations du lycée de Caen 1 , ou de l'École de Cluny, par exemple 2 .
On dut se contenter souvent de constructions abandonnées, de ruines à relever, à restaurer, travail qui aurait demandé beaucoup d'argent, et aussi beaucoup de goût! Il fallut, pour s'agrandir, adjoindre à ces premiers bâtiments des maisons achetées ou prises à loyer, artificiellement réunies, à mesure que la population scolaire augmentait.
Mais, à commencer par le provisoire, on s'expose à continuer longtemps de même : on hésite plus lard à sacrifier les dépenses d'appropriation, d'installation, on ne veut pas compromettre une clientèle faite, risquer un déplacement toujours chanceux.
Si encore il n'y avait que la dignité de l'enseignement qui eût à souffrir de cet état de choses ; mais la santé des enfants n'est-elle pas compromise dans ces locaux, où l'espace, où l'air font défaut? J'ai vu quelque part de vieilles chambres réunies tant bien que mal, pour former un des dortoirs d'un important collège : il n'y avait de fenêtres que d'un côté! Quand on songe que les familles s'inscrivent plusieurs années à l'avance pour que leurs enfants aient l'espoir d'obtenir une place dans la rangée de cellules qui
1. Ce lycée est installé dans les bâtiments de l'ancienne abbaye de Saint-Étienne, domaine de plus de -14000 mètres de superficie, dont 7900 mètres bâtis, et 36104 mètres libres.
2. Il n'existe en France, peut-être même en Europe, aucun établissement d'instruction publique comparable à Cluny, pour la grandeur de l'installation et la rare couvenance du. cadre. Un vaste bâtiment formant cloître d'un côté, s'ouvre de l'autre par une large et belle façade, sur des prairies en pente, qui, sillonnées par une rivière, mènent aux forêts dont les montagnes perçant l'horizon sont couronnées. Une chapelle et des dépendances de la meilleure époque de l'art chrétien se lient au bâtiment principal. (Rapport de la commission chargée de l'inspection de l'Ecole normale de Cluny, 1865.)
regarde ce côté favorisé d'une pièce, dans laquelle une autre rangée de cellules adossée à la première n'a pour vis-à-vis qu'un mur sans ouverture, sans lumière et sans air: le tout avec une hauteur de plafond plus qu'insuffisante!
Ce sont là des conditions déplorables, ce sont là des logements insalubres. — Provisoires, dira-t-on! — Il faut que l'on sache bien qu'il n'y a pas de provisoire en matière d'insalubrité. Si les commissions ou les villes consentent à subir l'influence de cet argument indéfiniment renouvelable, et sans doute toujours convaincant pour elles, la maladie ne reconnaît pas ces distinctions subtiles, et ne s'arrête pas devant ces améliorations tant de fois promises et tant de fois ajournées.
S'agit-il d'un établissement libre? Une autorisation préalable est nécessaire pour l'ouverture de la maison. Le plan du local doit avoir été déposé entre les mains de l'inspecteur d'académie; une enquête a dû être faite *.
S'agit- il de lycées, il y a des règles déterminées. Nous
1. Art. 60 et 64 de la loi du 15 mars 1850. L'art. 60, g 3, exige le dépôt du plan du local entre les mains de l'inspecteur d'académie.
Art. 64. « Pendant le mois qui suit le dépôt des pièces... l'inspecteur d'académie, le préfet et le procureur de la république peuvent se pourvoir devant le conseil départemental et s'opposer à l'ouverture de l'établissement, dans l'intérêt des mœurs publiques ou de la santé des élèves. »
Voilà pour les mesures préventives.
Les mesures répressives sont également formulées pour les établissements libres indûment ouverts.
Les contraventions une fois constatées et réprimées par un jugement du tribunal, le jugement doit être suivi de la fermeture de l'établissement d'instruction primaire ou secondaire, par mesure administrative. [Instruction du 4 février 1851.)
Aux termes de la Circulaire du 17 mai 1856, « le ministre n'autorise, l'organisation d'un lycée, qu'après que les bâtiments ont été complète-
avons indiqué plus haut celles qui se rapportent à notre sujet.
Que dans aucun cas, l'autorisation ne soit donnée qu'en présence de conditions scientifiquement reconnues bonnes.
Accepter, pour le moment, des conditions insuffisantes ou mauvaises, c'est le plus souvent consacrer la perpétuité du mal. Une bonne construction devient trop tôt insuffisante ou mauvaise : une mauvaise construction ne devient jamais bonne.
Avec un peu plus de fermeté sur les principes, on obtiendrait, je ne dis pas la perfection, mais le bien, et on n'aurait pas un lycée, un pensionnat, un élève de moins. Toute la différence consisterait à n'accepter ces établissements que dans de meilleures conditions, dès le début.
Pédagogues, architectes et hygiénistes. Compétence. —
11 faut bien le dire, il n'y aura à cet égard de règles dignes de ce nom, il n'existera une véritable architecture spéciale, que le jour où la science, et en particulier l'hygiène, sérieusement consultées, en. auront arrêté les principes et déterminé les conditions particulières. Trop d'argent a été dépensé pour des façades *. La forme ici n'a de valeur qu'autant qu'elle témoigne de l'adaptation aussi parfaite que possible
ment appropriés à leur destination, et que le mobilier usuel et scient ifope, tel qu'il est indiqué par les programmes officiels, a été fourni. I* procès-verbal de la réception du bâtiment et du matériel est dressé en bonne forme par un délégué du ministre, et ce n'est que sur le vu de cette pièce que l'ouverture du lycée peut avoir lieu. »
Quant aux collèges communaux, pour la construction, l'entretien et b réparation des bâtiments, l'achat et l'entretien du mobilier, ils sont wumis aux mêmes règlements que les lycées. (Circulaire du 7 septembre 1838.)
t. Parfois, l'œuvre architecturale consiste en une façade monumen- We recouvrant des intérieurs exigus, obscurs, mal aérés, à planchers "régaux, parfois une série de vieilles maisons réunies, des rutafet*. ^\v\-
du bâtiment à la destination et aux besoins auxquels il doit répondre. Si la pédagogie a plus d'un utile renseignement à fournir sur un sujet qui l'intéresse si vivement, l'hygiène mérite aussi d'être consultée; or, malgré les. travaux des Pavet de Courteille, des Pointe, des Vernois ; malgré l'institution et le fonctionnement plus ou moins régulier des commissions d'hygiène, créées par l'arrêté du 15 février 1864, c'est encore l'autorité que j'appellerai pédagogique qui examine, qui inspecte, au point de vue de la salu-, brité et de l'hygiène, les établissements d'enseignement secondaire, comme les établissements d'enseignement primaire *.
' Quand voudra-t-on admettre que, si l'hygiéniste n'est pas le meilleur examinateur de lettres ou de sciences que l'on puisse choisir, le professeur de lettres ou de sciences n'est pas le juge le plus qualifié pour déterminer, au point de vue sanitaire, les conditions les plus favorables d'un local habité?
Cette question de compétence n'a-t-elle pas été tranchée par l'autorité elle-même, alors que, dans la statistique de 1865, le ministre de l'instruction publique faisait cette dé-
libert Delorme avait déjà traité comme il convient les faiseurs de façades :
« Il vaudrait trop mieux à l'architecte, selon mon avis, faillir aux ornements des colonnes, aux. mesures et façades (où tous ceux qui font profession de bâtir s'étudient le plus), qu'en ces belles règles de nature qui concernent la commodité, beauté et enrichissement des logis, faits seulement pour le contentement des yeux, sans apporter aucun fruit à santé et vie des hommes. »
1. Cependant pour ceux-ci, d'après l'art. 21 de la loi de 1850, les délégués cantonaux, quand il s'agit des écoles libres, ont mission ~" d'inspecter au point de vue de l'hygiène et de la salubrité, et à Paris et dans quelques grandes villes, des médecins sont chargés de ce soin: institution dont nous avons réclamé dans notre Hygiène scolaire la ratification légale, et la généralisation.
claration \ « Les médecins du service de sanlé militaire ont bien voulu nous prêter le concours de leurs lumières et visiter dans leurs tournées nos établissements au point de vue de l'hygiène. »
Remettre à.des médecins une inspection d'hygiène, c'était entrer dans la véritable voie. Mais l'hygiène du lycée n'est pas celle de l'armée. Et il n'était peut-être pas bien heureux, alors que les adversaires des lycées les comparent sans cesse à des casernes, de choisir pour les inspecter des médecins du service de santé militaire, et de paraître ainsi, au moins dans la forme, donner raison à la critique.
Bans tous les établissements publics, il y a des médecins qui, par goût ou par devoir, ont étudié ces questions : il ne saurait y avoir de meilleurs juges.
Les architectes sont-ils plus compétents que les autorités pédagogiques, pour déterminer, à eux seuls, les conditions d'hygiène propres à un internat? Ce n'est pas méconnaître leurs efforts, et mettre en doute leur talent, que de signaler les difficultés du problème, trop souvent nouveau pour eux, qu'on leur donne à résoudre.
; Nous avons vu un architecte fort instruit, très-conscien- , cieux, chargé par une grande ville de la construction d'un important collège. Nous avons eu tardivement connaissance j de tous les essais, de toutes les recherches auxquelles il s'était livré pour combiner les exigences de l'hygiène avec celles des autres nécessités du service.
Combien il eût pu épargner de travail, de temps, de peine, d'argent, de tâtonnements, de fautes, irréparables Même, s'il avait reçu ces utiles indications que l'on n'im-
[' provise pas, et qu'une expérience spéciale peut seule fournir!
I* capacité des Internats et le nombre des élèves. —
L'emplacement bien choisi, les constructions bien dis-
posées, il faut encore que l'admission illimitée des élèves ne vienne pas rendre illusoires les précautions prises, et d'un établissement bien aménagé, faire un établissement insalubre.
Nous avons visité des pensionnats dans lesquels une salle de classe renfermait 80 élèves, alors que, d'après ses dimensions, il n'eût pas élé possible d'y placer convenablement moitié de ce nombre. Or cette salle, servant à la fois de classe et d'étude, ne pouvait être ventilée dans le passage de l'un à l'autre exercice, et comme, en outre, il n'existait pas de préau couvert dans cette maison, les enfants devaient, quand le temps ne permettait pas l'exercice en plein air, occuper cette salle de cinq heures du matin à neuf heures du soir !
Sans doute, il y a des règlements, et un pareil état de
choses en est la violation la plus flagrante. Suppose-t-on
que par une insigne, mais dangereuse faveur, on tolère là
ce que l'on défend, et ce que l'on s'interdit si sagement
* ailleurs?
Eh bien, ne parlons plus d'établissements libres.
En ce qui concerne les établissements publics, M. le docteur Vernois, dans son Rapport de 1867, signalait 33 lycées sur 77, où l'encombrement existait.
L'encombrement. Le* dangers du succès. — Suffisant
aujourd'hui, et conforme aux justes exigences des règlements, le bâtiment cesse bientôt d'être assez grand pour les élèves qui y affluent, si l'établissement prospère, et il y a cela de regrettable, que plus le succès d'un internat est. grand, moins l'hygiène y devient favorable.
Le grand nombre d'enfants que cette bonne réputation
y attire, y détermine un encombrement, qu'une sage
prudence, imposée d'ailleurs par la Jégislation, devrait
éviter.
.La rapidité avec laquelle le nombre des élèves a aug-
mente, dans les établissements publics et libres ', explique, sans la justifier, l'insuffisance de la plupart des locaux actuellement affectés à ce service.
La suppression d'un certain nombre d'établissements publics a encore accru le péril.
Dans le Rapport statistique de 1805, le ministre constatait, en se félicitant de ce résultat, que de 1812 à 1805 le nombre des établissements publics d'instruction secondaire avait élé.constamment en diminuant, en même temps que la nombre des élèves avait été toujours en croissant. De 1842 à 1805, on trouve 30 établissements publics de moins, et environ 2000 élèves de plus.
Un résultat de ce genre atteste sans doute la faveur pu- Jb/ique. C'est la marque du succès.
i. ïl n'est pas sans intérêt de montrer dans quelle mesure et avec quelle rapidité s'est accrue depuis près de 70 ans, la population des é:ablissements d'enseignement secondaire.
Eu 1803, 35 lycées contenaient :
5927 internes et demi-pensionnaires; 3. 141 externes.
Total .... 9 068 élèves.
En 1850, 56 lycées contenaient :
8 650 internes et demi-pensionnaires ; 1 1 803 externes.
Total .... 20 453 élèves.
En 1865, 77 lycées contenaient :
18 135 internes et demi-pensionnaires; 14 495 externes.
Total .... 32 630 élèves.
fCc chiffre est mon^é à 36 1 12 en 1867.)
En 1842, il n'y avait que 112 internes en moyenne dans les collèges royaux; en 1865, la moyenne d'internes est de 160, et celle des deniipensionnnires est de 43 au lieu de 14.
Les collèges communaux, qui, en 1842, contenaient 26581 élèves, en avaient 33038 en 1865.
Si Ton réunit les lycées et les collèges communaux, on Vxouxfc.» cav
L'hygiène ne saurait applaudir à une combinaison dans laquelle le chiffre des élèves s'accroît toujours dans un nombre d'établissements de plus en plus restreint. C'est l'encombrement, et par conséquent le danger.
nécessité d'établir un maiimun d'élèves pour chaque
établissement. — On impose aux inspecteurs chargés de visiter les établissements libres d'enseignement secondaire . l'obligation de s'informer du nombre de pensionnaires, demi-pensionnaires et externes qu'ils renferment *.
comparant les trois époques 1842, 1850 et 1865, les chiffres suivants. Nombre d'élèves dans les lycées et collèges réunis :
/ internes 20 155
En 1842 ) externes 25126
( Total 45 281
internes 21 287
En 1850 } externes 31 468
Total 52 755
(internes 30 728 externes 34 940 ^ Total 65 668
De 1842 à 1865, le nombre des internes s'est accru dans les établissements publics de 10573; et le chiffre total des élèves, de 20 387.
Nous avons donné plus haut le chiffre des élèves des établissements de l'enseignement libre. Ils contenaient en 1842, 36816 élèves, et 77 906 en 1865.
Aujourd'hui (décembre 1876), le nombre des élèves des établissements publics (lycées et collèges) de France dépasse le chiffre donné pour 1865. La proportion des élèves internes aux élèves externes est la suivante :
Dans les lycées, il y a 20 internes pour 19 externes; dans les collèges communaux, il y a 15 internes pour 21 externes.
Une semblable progression du nombre total d'élèves, et une proportion analogue pour l'internat ou le demi-pensionnat comparé à l'exter» nat, sont constatées dans les établissements libres.
1. Instruction relative à V inspection des établissements libres , 10 mai 18.51.
• D'autre part, l'administration doit posséder le jaugeage de ses propres établissements. Ces renseignements peuvent être utilisés. Il est indispensable qu'un chiffre maximum d'élèves soit scientifiquement déterminé par chaque établissement et ne soit en aucun cas dépassé. C'est une mesure qui n'importe pas moins à la qualité des études et à la bonne discipliné qu'à la salubrité de l'internat.
L'enseignement de l'hygiène a été récemment introduit dans les lycées *. Il ne faut pas que les élèves aient constamment sous leurs yeux dans la disposition et l'organisation même des locaux qui leur sont destinés, des exemples en contradiction flagrante avec les principes de l'enseignement qu'on leur donne; ce serait créer en outre au pro- . fesseur une situation inacceptable, en l'obligeant à faire la
1. « L'hygiène est mal connue et mal pratiquée en France. Cependant un exercice réglé, des vêtements bien choisis, et habilement mo-. difiés suivant les climats et les saisons, une grande propreté sur la personne et dans les habitations, une nourriture appropriée au tempérament, à l'âge, aux occupations, une bonne orientation, et une bonne ventilation de la maison peuvent donner à la race une force et une santé toutes nouvelles. Six leçons ne feront pas de nos enfants de savants médecins. Elles suffiront pour les avertir .» (Circulaire du 27 septembre 1872).
« J'ai pensé que cinq ou six leçons placées à la fin des études, suffiraient pour faire comprendre à nos élèves que la santé et la force dépendent en grande partie de la nourriture, du vêtement, de l'habitation et du règlement de vie. Cinq ou six leçons ne font guère que cinq <* six heures, et des leçons sur l'hygiène ne demanderont aucun effort d'esprit ; nous pouvons donc les rendre obligatoires sans entraver la préparation des examens. Cet enseignement, s'il est bien fait, comme I e l'espère, présentera un certain attrait, et les jeunes gens en com- Fendront facilement l'importance... Les élèves de philosophie et de thématiques spéciales seront astreints à suivre les leçons. MM. les médecins pourront y admettre d'autres élèves, avec l'autorisation du fraiseur. » (Circulaire du 6 mai 1872.)
^ cours est fait chaque année depuis 1872 dans les lycées, d'après «programme rédigé par l'Académie de médecine. Il nous a èVè ciycvftfe,
depuis cette épogue, à Yécole normale primaire et au lycée CVvaY\euv^w^.
critique de tout ce qui l'entoure, ou à se borner, pour l'éviter, à un enseignement tellement général, qu'il n'entrerait jamais dans le domaine des faits ou des exemples. - Il suffira, pour faire ressortir l'importance des considérations qui précèdent, de mettre en parallèle, à titre d'exemple, l'étendue superficielle des lycées de Paris et le nombre des élèves qu'ils reçoivent :