Guizot, Mémoires pour servir à l'histoire de mou temps
étrange, si elle se produisait ailleurs que chez nous, c'est dans ce même pays que Ton trouve développés, plus que chez aucun autre peuple, deux usages qui paraissent être la négation des sentiments et des habitudes qui nous sont si justement attribués : c'est en France surtout que les mères les plus tendres n'hésitent pas à confier à d'autres femmes, à des mercenaires, le soin de nçurrir ces enfants qu'elles aiment tant; c'est en France aussi que l'on voit tant de jeunes gens être pour dix ans séparés de la famille, et élevés loin d'elle dans un internat !
La première séparation est à peine terminée que la seconde commence, consommant ainsi une suppression presque absolue de la vie de famille.
On s'est élevé avec raison contre la première tendance. Des sociétés philanthropiques se sont efforcées de réagir contre elle. La loi a organisé une surveillance pour protéger ceux que la famille ne gardait pas près d'elle, ceux dont la santé et la vie étaient en péril.
Contre la seconde, que faire? Le péril est moins grand. L'hygiène ne peut cependant le méconnaître.
Que de familles se séparent des enfants pour les confier à l'internat dès l'âge le plus tendre !
Heureux encore l'enfant, s'il trouve dans ce nouveau milieu des conditions hygiéniques meilleures, une règle salutaire, des habitudes parfaites! On pourra toujours regretter que la famille n'ait pu remplir elle-même ce devoir.
Si au contraire l'internat représente des conditions douteuses ou manifestement moins bonnes que celles offertes par la famille, le danger s'accroît de la précipitation avec laquelle on y soumet de jeunes enfants.
Plus il est jeune, plus l'enfant est impressipnnable aux causes de maladies, plus grande est l'influence des habitudes, plus l'hygiène est funeste, si elle est mal dirigée.
Alors tout compte, tout porte, tout est profit ou perte;
rien ne passe près de cet être de cire, sans qu'il en subisse l'action bienfaisante ou délétère. Les organismes plus complets ont parfois le bénéfice de certaines immunités ou d'heureuses résistances. Le jeune enfant subit fatalement la loi du milieu, le danger des contacts, l'impression des habitudes. C'est le moment où l'hygiène est toute-puissante, pour le mal comme pour le bien.
C'est donc une chose grave que de recevoir de trop bonne heure les enfants dans l'internat. Pour les maîtres, la responsabilité est ici plus grande, car, il s'agit moins d'instruction que d'éducation, chose singulièrement plus délicate et plus difficile. Enfin, si jamais le maître doit être complètement in loco parenlis, c'est bien quand il s'agit de ces jeunes élèves trop tôt privés de la tendresse et des soins de la famille.
Déférant aux vœux d^s parents, ou se pliant aux nécessités qu'ils subissent, les internats qui acceptent de trèsjeunes enfants, auront une division spéciale à tous les points de vue pour cet objet.
Ce n'est pas assez de séparer complètement les minimes des petits, des moyens et des grands; il faut les en éloigner le plus possible. Qu'on ne l'oublie pas, cette division inférieure est à la fois une pépinière de maladies éruptives, par conséquent un voisinage dangereux pour les autres élèves, et un terrain toujours prêt à recevoir lui-même et à développer tous les germes.
Cette division a nécessairement un peu le caractère d'une garderie. Il y faut des soins spéciaux qui représentent surtout ceux de la mère : l'intervention du maître doit encore être rare et sobre. De là, la nécessité de locaux, d'heures, d'exercices, d'habitudes, d'un régime, d'un personnel à part. C'est pour ces jeunes enfants que les internats à la campagne sont excellents, indispensables; pour eux l'air dés grandes villes, les cours étroites, les \&\v\&* xxvwk&s^
sans verdure et sans gaieté sont des conditions déplorables, inacceptables.
Il leur faut de nombreuses récréations, de très-courtes éludes, des repas plus rapprochés, une nourriture appropriée, des soins de propreté surveillés par un personnel dévoué, actif, vigilant : à cet égard, rien de mieux que de confier celte surveillance à des Sœurs habituées à ce service dont elles s'acquittent en général admirablement.
État de santé des élèves, au jour de l'entrée. — Dans
les établissements d'instruction publique qui reçoivent des boursiers de l'Etat, il est de règle que les élèves concurrents ou titulaires à ces places soient soumis à l'examen du médecin, qui, avant la nomination, doit constater leur état de santé, et leur aptitude physique aux fonctions auxquelles ils sont destinés au sortir de l'école.
Comme, avant de faire les frais de l'instruction de ces élèves, l'État a, par un examen préalable, éliminé les incapables ou les insuffisants au point de vue intellectuel, il prend aussi avec raison les précautions nécessaires pour s'exposer le moins possible à avoir en fin de compte élevé des non-valeurs au point de vue des forces physiques.
Là, l'une ou l'autre épreuve est éliminatoire, si le résultat n'en est pas satisfaisant.
Il ne s'agit pas, bien entendu, d'introduire à l'entrée des internats une barrière de ce genre, même au point de vue physique; mais n'est-ce pas aller trop loin que d'ouvrir les portes à tout élève qui a rempli la condition banale du certificat de vaccine et de santé?
C'est au nom de l'intérêt même des élèves, anciens ou nouveaux, qu'un peu plus de prudence nous paraît utile.
A part les incompatibilités absolues, les éliminations indispensables, toujours rares, il y a un grand nombre de v circonstances qui réclament une observation attentive. 11 y a des enfants dont la santé ne peut s'accommoder de
la vie commune, des habitudes réglementaires, si on n'y apporte quelque tempérament : il leur faut des soins particuliers, un régime à part. '
D'autres ne peuvent supporter qu'une mesure déterminée de travail. À ceux-ci, il faut une nourriture spéciale; à ceuxlà, une dose plus libérale d'exercices physiques : un véritable entraînement leur est nécessaire. Tel enfant réclame un temps de sommeil plus long que la mesure qui suffit à la plupart des autres.
Yoici des élèves trop faibles physiquement pour suivre les exercices auxquels les appellent leur âge et leur degré d'avancement.
S'ils étaient des malades, la question serait bientôt tranchée.
Jlafe la plupart ne présentent que des variétés de tempérament, de forces ; beaucoup sont à cette époque de croissance et de développement, où sans aller jusqu'à la maladie, sans être réellement compromise, la santé affecte des allures mystérieuses, bizarres, inquiétantes.
Il y a une distinction à faire.
Aux uns, des ménagements pourront suffire. Les autres absolument impropres à la vie de l'internat doivent être confiés à l'éducation particulière. Ce serait une erreur et même une cruauté que de vouloir les faire passer de force sous le niveau commun, que de vouloir leur appliquer la formule générale. A quoi bon demander à ceux-ci des efforts dont ils ne sont pas capables? En vain, on les changera continuellement de classes et de maîtres. En vain, on les dirigera un jour vers les lettres, le lendemain vers les sciences, en quête d'une voie qui leur convienne. Ils iront ainsi ballottés pendant toute la durée de leur internat, découragés, souvent punis, pour être un jour irrévocablement compris dans la catégorie des derniers de la classe, où parmi beaucoup de paresseux , il y a des arriérés, des fofo\e&, fo^ Oe&-
176 H\GIÈNE PHYSIQUE.
tifs, qu'un sage traitement aurait peut-être pu relever. Leur séjour dans l'internat ne sera que du temps perdu pour eux, un désespoir pour les maîtres, un obstacle et un fâcheux exemple pour leurs condisciples.
On leur donne des maîtres : ils avaient besoin d'un médecin. On leur impose une tâche des plus rudes : il leur fallait un régime !
Examen médical. — Un sérieux examen médical de tous les élèves nouveaux par, le médecin attaché à Fînternat fournira des renseignements précieux où le maître pourra puiser les éléments d'une appréciation plus intime et plus exacte des aptitudes de chacun.
Qu'il s'agisse de reconnaître des incompatibilités pour la vie et l'éducation en commun, la nécessité de ménagements; qu'il s'agisse d'observer de près les élèves valides pour juger de ce qu'ils gagnent ou de ce qu'ils perdent; à cette vie nouvelle il faut toujours comme point de départ un examen attentif des élèves au début.
La santé actuelle de l'élève à son entrée sera notée.
On s'informera des maladies antérieures qu'il a faites. Cette petite enquête apprendra, parmi les maladies régulières , presque fatales de l'enfance , et qu'elle ne subit en général qu'une fois, celles dont l'élève est désormais affranchi et celles que l'on peut s'attendre encore à voir apparaître chez lui. Ces notions seront très-utiles en cas d'épidémies ou d'affections débutant par des prodromes obscurs et insolites.
Le médecin, ainsi éclairé, pourra s'expliquer parfois l'origine de certaine lenteur, de certaine inertie intellectuelle. Est-elle innée ou bien n'est-elle que le résultat accidentel et peut-être passager de quelques fièvres graves, un reste, un témoignage d'une fièvre muqueuse ou typhoïde qui a marqué ainsi la trace de son passage?
Les maladies des frères et sœurs, l'état de santé ordi-
naire des parents ne sont pas moins intéressants pour le médecin qui prend la charge et la responsabilité de la direction hygiénique et médicale des élèves.
Que de fois, dans un cas douteux, dans un diagnostic difficile, dans une maladie à marche irrégulière, il trouvera l'occasion de mettre à profit ces notes prises par lui à l'entrée de l'élève? Dans ces cas-là, il ne regrettera ni le temps ni la peine que lui aura coûtés au début cette rapide enquête.
Le mode d'éducation antérieure de l'élève, les localités d'où il vient donneront plus d'une utile explication de ses dispositions actuelles et de ses maladies.
Notre manière d'être, nos aptitudes, nos penchants, notre santé, nos maladies ne sont pas tellement nôtres qu'il ne soit utile de remonter plus haut pour en voir la source et pour en juger la valeur. Ces phénomènes constituent un résultat bien plus général, où famille, habitudes et maladies antérieures ont mis leur influence et laissé leur empreinte. En médecine, en hygiène comme en morale, c'est se condamner à ne pas connaître l'individu que de vouloir trop l'isoler.
Vaccination* et revaccinations. Le certificat de vaccine
sa valeur. — Bien qu'il soit encore réglementaire, on peut dire que le vieux certificat de vaccine a fait son temps; je parle du certificat de vaccine banal, qui n'indique pas la date de l'opération : vacciné et préservé sont deux choses très -différentes.
Aujourd'hui, il est démontré que la préservation due à la vaccine n'a qu'un temps, variable dans sa durée, mais relativement très-court, souvent plus court que les 8, 10 ou 12 années qui se sont écoulées depuis la vaccination de l'enfant jusqu'à son entrée dans l'internat, et pourtant ici, comme dans la plupart de nos administrations, on se contente le plus souvent, hors le temps fffeçW&KÙfc,^ ç&\K&\-
cat de vaccine, quelle que soit la date de l'opération, comme si, vacciné une fois, on élait bien el dûment préservé à jamais de la variole *.
Chez nous, la loi édicté des peines parfois très-sévères contre ceux qui, par simple imprudence, commettent un acte pouvant mettre en péril la vie d'autrui; la même loi tolère la négligence coupable de ceux qui, faute de s'être fait vacciner ou revacciner, s'exposent non-seulement euxmêmes , mais mettent en danger tous ceux qui les approchent !
Il n'en est pas ainsi en Angleterre et ceux que la crainte du danger ou le patriotisme ne conduisent pas à mettre à profit la bienfaisante découverte de Jenner, trouvent dans les dispositions de la loi pénale un motif d'encouragement qui manque rarement de les toucher.
La loi anglaise contraint, en effet, sous pleine d'amende et même de prison à se faire vacciner et revacciner, et à exhiber, non plus un certificat constatant qu'à une époque quelconque on a été vacciné, mais à rapporter un certificat de vaccination ou de revaccination, émané du médecin qui a opéré ; enfin, ce certificat ne peut exempter d'une peine
1. Dans la séance de l'Académie de médecine du 7 février 1875, M. Hervieux lisait un travail sur la préservation par la vaccine humaine, qui concluait ainsi :
« 1° La préservation vaccinale a non-seulement une durée temporaire, mais encore les limites de cette durée ne peuvent être fixées d'une manière absolue.
2° Elle est subordonnée à des éventualités qui dépendent de la réceptivité du sujet pour la vaccine ou la variole, de l'épidémicité et de la sporadicité varioliques, du degré d'intensité de l'épidémie.
3° S'il est indifférent d'attendre jusqu'à 10 ou 15 ans pour revacciner, quand il n'y a pas d'épidémie, la prudence exige de revacciner môme avant cinq ans si une épidémie se déclare. »
Ces conclusions sont admises par tous les praticiens : on a vu plus d'une fois une revacefnation réussir chez u:i sujet vacciné depuis moins yàc cinq ans.
qu'à une condition, c'est que l'opération n'ait pas dix ans de date.
« Toute personne, dans les trois Royaumes, qui, à la réquisition des officiers du comté, ne peut exhiber son certificat de vaccine, signé d'un docteur en médecine diplômé, et cela tous les dix ans au moins, est passible d'une amende qui varie de 5 shillings à 2 livres sterling, et même de la prison, s'il y a récidive. » {Union méd. y 18 juillet 1874.)
Comme le certificat de vaccine exigé dans notre pays n'émane pas nécessairement en droit et n'émane presque jamais en fait du médecin qui a opéré la vaccination constatée, comme il n'y a aucune obligation imposée d'indiquer la date où l'opération a eu lieu, rien n'est plus illusoire que ce certificat, l'opération, quand il s'agit d'élèves à admettre, pouvant avoir de 7 à 12 ans de date et ne conserver, par conséquent, aucune efficacité, malgré la présence indélébile des cicatrices certifiées.
. Il est donc de toute nécessité qu'à leur entrée dans un internat, les élèves soient revaccinés, à moins que la preuve d'une revaccination très-récente ne soit fournie.
C'est le seul moyen de préserver ces élèves et leurs condisciples des épidémies de variole.
Il n'y a pas de parents sensés qui puissent y faire objection.
Il n'y a pas de chef d'établissement qui ne comprenne cette obligation, pour mettre à couvert sa responsabilité.
J'avais insisté Irès-énergiquemeat dans mon Hygiène scolaire sur la nécessité absolue de la revaccination, seule mesure qui puisse donner des garanties sérieuses contre la contagion et la propagation de la variole dans les établissements d'instruction.
Je suis heureux de trouver dans le règlement d'une importante maison d'éducation de Paris, un article où cette assure est prescrite formellement :
Il est ainsi conçu : « Un élève, pour être admis, doit justifier qu'il a été revacciné. »
Puisse cette mesure être bientôt adoptée, exigée partout !
Les revaccinalions, à l'entrée des élèves nouveaux, non revaccinés encore, doivent être la règle. On arrivera bientôt ainsi à rendre, là où on le peut, la revaccination obligatoire, et à diminuer la fréquence et la gravité des épidémies de variole ' .
Régime alimentaire dans les internats. Repas. Rations.
Menus. — Le régime alimentaire d'un individu .comprend deux éléments Irès-distincts : la quantité et la qualité des aliments dont il fait usage.
L'un et l'autre de ces éléments sont très-importanls à examiner ici.
La quantité d'aliments nécessaire pour nous maintenir en santé, est variable suivant une foule de circonstances, dont les principales sont : l'âge, le tempérament, les forces, la température, les climats, les saisons, l'exercice, etc.
Si, par une raison ou par une autre, cette quantité descend et reste au-dessous du nécessaire, l'individu s'affaiblit, dépérit, maigrit; sa puissance de calorification diminue; il résiste moins bien aux causes de maladie, le système nerveux prend un empire excessif, le sang contient de moins en moins de globules,' l'anémie se déclare avec toutes ses conséquences : les maladies par appauvrissement du sang, la scrofule, les tubercules le menacent.
Ce résultat se produit encore plus vite, s'il s'agit, non d'un
1. Les chiffres suivants montrent ce que l'on peut attendre de la vaccine rendue obligatoire.
« En France, chez l'homme de 20 à 30 ans, la mortalité par suite de la variole est de 7 pour 1000.
« A Genève et en Angleterre, où la vaccination est obligatoire, elle est seulement de 5 sur 1000. » (Bouchardat, Hygiène du soldat.)
organisme complètement formé, et par conséquent capable de résistance, mais d'un organisme en voie de croissance et de développement, qui exige nécessairement un apport plus considérable et tout au moins régulier de matériaux nouveaux. La réparation doit être proportionnée à la dépense, aux pertes de forces. L'enfant qui se livre avec ardeur aux exercices physiques, l'adolescent qui grandit, dont le cerveau travaille, dont les organes et les fonctions ont une grande activité, résisteront moins longtemps que l'adulte, que l'homme fait, à l'influence funeste d'une nourriture insuffisante.
La même quantité et la même nature d'aliments ne conviennent pas aux différents tempéraments, sanguins, nerveux, lymphatiques, bilieux. Il faut encore tenir compte des habitudes déjà acquises, des dispositions individuelles.
Suffisante pour celui-ci, la même alimentation peut être insuffisante pour celui-là.
En outre, il peuty avoiralimentation insuffisante, inanition avec une quantité matérielle d'aliments considérable, même surabondante. Cela arrive, par exemple, quand les aliments sont mal appropriés aux besoins de l'organisme, quand ils ne contiennent pas les sels (phosphates de chaux, etc.) nécessaires, quand les aliments altérés, ttial préparés, ou mal cuits ne fournissent pas aux organes les matériaux qu'ils réclament, ou au goût le stimulus nécessaire; quand enfin le régime est mal combiné.
Lorsque l'accroissement est terminé, pour que la santé se conserve, il faut et il suffit que la réparation moyenne de chaque jour soit égale à la perte moyenne faite dans le même temps.
M. Dumas a établi qu'un adulte perd en moyenne en 24 heures environ 20 grammes d'azote, et brûle à peu près 300 grammes de carbone.
Chez l'adulte, la réparation, pour èVcfc ferçaÎYwtaNXfc ^^
dépense, devra contenir ces 20 grammes d'azote et ces 300 grammes de carbone. Il s'agira de trouver la combinaison d'aliments capable de fournir ces éléments nécessaires.
Chez l'enfant ou l'adolescent qui grandit et se développe, il ne suffit plus que le régime compense les pertes et représente la ration d'entretien ; il faut encore qu'il pourvoie à l'accroissement et aux besoins de l'activité organique et fonctionnelle.
La dose des aliments respiratoires (aliments, riches en carbone et en matières hydrocarbonées, par exemple : les fécules, les matières grasses et sucrées) et celles des aliments plus particulièrement réparateurs (aliments ayant une composition plus ou moins analogue à celle du sang, contenant surtout (te l'azote, par exemple : la chair musculaire, la viande des animaux, la caséine, etc.) doivent être combinées de manière à fournir à tous les besoins de l'organisme, à cette période si active.
Les internats offrent-ils ces conditions nécessaires; leurs règlements assurent-ils cette ration alimentaire que réclament ces jeunes gens qui croissent, travaillent, ont un bon appétit et de bonnes dents?
Dans la vieille Université du xvin e siècle, on y regardait de moins près, et les choses ne semblent pas avoir été réglées avec ce juste souci, non-seulement du bien-être, mais du nécessaire.
De nombreuses plaintes ont été formulées contre la nourriture des élèves à celte époque.
« Les ouvrages du temps sont remplis des réminiscences indignées ou plaisantes contre la détestable nourriture qu'on trouvait au réfectoire, sans parler des jeûnes forcés qu'il fallait subir aux quatre-temps et vigiles. Le pain était dur, sinon moisi ; le vin s'oubliait dans une abondance d'eau ; la viande n'était jamais bien cuite, et les* légumes grossiers
qui l'accompagnaient, haricots et lentilles, nageaient dans une sauce nauséabonde. » 1 Depuis cette époque, l'hygiène est née; bien des réformes
ont été faites, soit par l'Etat dans ses lycées et collèges, soit par les particuliers ou les corporations dans les établissements privés.
Mais un progrès surtout s'est produit qui domine de bien haut tout ce qui a été réalisé, et qui nous conduira plus loin dans cette voie : c'est le sentiment universel de l'importance d'une bonne hygiène physique de la jeunesse.
Au point de vue de l'alimentation, je ne prétends pas que tout soit parfait encore dans les établissements de l'Etat; mais ce fut un grand pas et un grand honneur pour l'hygiène que le rapport de Bérard, confirmé par le décret de 1853, décret qui a été la base de bien des améliorations, et dont Jes dispositions, suivies dans plus d'un internat libre, devraient être adoptées partout.
En ce qui concerne l'alimentation dans les lycées de France, un arrêté du ministre de l'instruction publique du 1 er septembre 1853, dispose :
« Art. 1 er . Le poids de la viande cuite, désossée et parée, délivrée à chaque élève est réglé ainsi qu'il suit :
Pour les grands 70 grammes par tête et par repas.
Pour les moyens 60 grammes —
Pour les petits 50 grammes —
» Lorsque le repas se composera de deux plats de viande, les deux parts devront peser un tiers en sus du poids ci-dessus fixé.
y> Les parts des maîtres nourris dans rétablissement seront de 100 grammes par tète et par repas.
s> Quelques minutes avant l'heure desrepas,tantôtle matin,