Demogeot, Rapport sur l'enseignement supérieur
2. Rapport rédigé par ordre du comité suédois , par le doctes <Y^» Printzskôld. Stockholm, 1876.
Il y a une heure nécessaire, fatale, pour les travaux de la moisson : il faut la subir; mais, ici, pourquoi volontairement imposer ces dures conditions aux élèves et aux maîtres, quand il serait si facile de choisir une époque plus favorable?
Il n'en est point ainsi en Angleterre, où examens et concours ont lieu beaucoup plus tôt. A Cambridge, les vacances commencent vers le 10 juin et finissent en octobre.
Dans les séminaires, si je ne me trompe, l'expérience a démontré la nécessité de ne pas prolonger le travail intellectuel et les examens au-delà de l'ordination de la Trinité. Suivent trois mois de vacances : juillet, août et septembre.
Durée du sommeil. — Si le travail de jour fatigue, quand il dépasse la mesure, ce résultat se produit bien plus vite encore, quand celle dépense de forces et cet abus de l'activité intellectuelle ne trouvent pas dans une durée convenable de sommeil une réparation suffisante.
En général, dans les lycées, l'heure du lever est à 5 heures en été, à 5 heures 1/2 en hiver; le coucher a lieu entre 8 heures 1/2 et 9 heures. Donc, environ 8 heures de sommeil. Encore, dans les hautes classes, l'étude qui suit le souper réduit cette durée à 7 heures et demie.
C'est un minimum, à peine convenable pour les grands et moyens élèves, et qui est tout à fait insuffisant pour les plus jeunes i . ' '
1. Nous donnons, à titre d'exemple, l'ordre des exercices au lycée de Vanves, spécialement réservé, surtout avant 1870, pour de très-jeunes élèves.
Lever à 6 heures.
Une demi-heure pour les soins de propreté.
6 h. 30. Prière et étude jusqu'à 7 h. 30.
De 7 h. 30 à 8 heures. Déjeuner et récréation.
Après le déjeuner, étude.
De 8 h. 30 à 10 heures, classe.
Mais ici, quelle prudence est nécessaire pour concilier les exigences physiques et les sages précautions que le souci de la morale réclame!
Il faut à l'élève tout ce qui lui est indispensable au point de vue du repos; mais rien au delà.
Le temps pendant lequel l'élève reste au lit doit représenter le nombre d'heures nécessaires pour reposer sa tête et ses membres de la fatigue de la journée; mais rien de plus. Tout ce qu'on donne à kt mollesse, à l'oisiveté au dorloir ne profite qu'aux mauvais penchants et aux habitudes vicieuses.
i.cb veinée». — Après une journée de travail déjà trop longue, les veillées ne peuvent être qu'exceptionnellement permises. Quand elles sont trop fréquentes, trop prolongées, ou quand les enfants sont trop jeunes ou trop délicats, elles constituent un abus plein de dangers.
Récréation d'une demi-heure, pendant laquelle a lieu la visite du médecin.
De 10 h. 30 à midi, étude.
De 12 heures à 12 h. 30, dîner.
De 12 h. 30 à 1 h. 30, récréation.
De 1 h. 30 à 3 heures, classe.
Récréation de 15 minutes.
De 3 h. 15 à 4 h. 15, étude.
De 4 h. 15 à 5 heures, goûter et récréation.
De 5 heures à 6 h. 15, une troisième classe.
De 6 h. 15 à 6 h. 45, récréation.
De 6 h. 45 à 8 heures, étude.
De 8 heures à 8 h. 30, prière, souper, coucher.
11 y a donc chaque jour 3 classes durant ensemble 4 h. 15, 5 études durant ensemble 5 h. 15.
Les études sont nombreuses, mais courtes. La plus longue dure une demi-heure.
11 y a 6 récréations d'une durée totale de 3 h. 15 .
Enfin, on a admis un adoucissement pour les ^\ua \bs»w& «eSas^ ainsi, ceux-ci ne se lèvent qu'à 6 h. 30. (^Statistique te \$£&>i
On peut a cet égard approuver les règlements des lycées.
Dans les lycées, il existe une veillée facultative d'une heure pour les élèves de la division supérieure.
Dans les établissements destinés à renseignement secondaire spécial, les veillées sont interdites, excepté pendant la quatrième année.
Le travail que Ton fait dans la soirée, la nuit, quand la fatigue a déjà atteint tous les organes et toutes les fonctions, est peu productif.
De même qu'au réveil les forces physiques sont dans toute leur puissance ; c'est au réveil aussi que l'intelligence est plus féconde, les idées plus nettes, l'expression plus •juste et plus abondante.
Il y a plus : à ce travail tardif du soir, on ne fatigue pas seulement, et pour un mince résultat, les facultés intellectuelles; on épuise aussi les forces physiques. La période d'activité et de dépense veut être suivie d'une période correspondante et suffisante de repos et de réparation : autrement, plus d'équilibre, plus de santé. L'influence de l'air confiné, vicié, par la respiration, par le chauffage et l'éclairage, dans des salles occupées depuis le matin, amène bientôt un état nerveux, qui prédispose à bien des maladies. Aussi Bacon disait-il avec grande raison que « les nuits passées abrègent la durée de la vie. »
La variété dans le travail. — La même dose de travail, qui amènerait rapidement la fatigue, si l'objet de l'élude était toujours le même, pourra être plus aisément supportée, si un intelligent emploi du temps a réglé la distribution des matières de l'enseignement et la diversité des occupations.
Changer de temps à autre le sujet auquel l'élève s'applique, c'est donner à l'esprit un repos et une rémission nécessaires.
La terre, elle aussi, se repose par la succession des cultures.
« Le lin brûle le champ qui le porte, de même que l'avoine, et le pavot qui produit le sommeil. Faites alterner ces cultures, et la terre n'en souffrira plus. »
Urit enim lini campum seges, urit avenue; Urunt lethœo perfusa papavera somno; Sed tamen alternis facilis labor.'.. 1
Ordre dan» lequel les facultés doivent être cultivées. —
Si l'hygiène de l'intelligence exige que l'on ne dépasse pas la mesure du travail que l'élève peut donner sans en souffrir, elle n'impose pas moins impérieusement que l'pn ne tente de cultiver les facultés, qu'au furet à mesure de leur développement.
Il est un temps où la mémoire de l'enfant doit être exclusivement mise en jeu : travail modeste, mais qui ne saurait être impunément différé : cette faculté perdra trop tôt son activité, si on ne l'exerce pas à temps : travail utile, indispensable, comme les premières façons que le cultivateur donne à la terre. 11 faut la préparer, avant de lui confier la semence et surtout avant de lui demander une récolle.
Aux très-jeunes élèves, « teneris », Quintilien ne veut pas que l'on impose une mesure trop forte de travail : « non exigendam plenam operam ». Pour lui, dit-il, que le travail soit un jeu. Interrogez-le, louez-le, initiez-le au plaisir de sentir qu'il sait: « Lusus sit. Et rogetur, et laudetur, et non nunquam scisse se gaudent. »
Excellents préceptes, qui sont de la meilleure pédagogie, et d'excellente hygiène tout à la fois.
Qui voudrait passer outre, et s'adresser d'emblée àla raison, au jugement, aux facultés créatrices, aurait plus d'une déception : il ferait une besogne aussi peu profitable que celui qui tenterait de bâtir sur un sol sans consistance ; il