Virgile, Géorg. y lib. I
risquerait d'autre part de briser pour toujours un instrument à peine ébauché.
Mais, le jour venu, il faut que ces facultés plus élevées soient cultivées à leur tour, que l'édifice s'achève, et, que l'on ne puisse pas nous adresser ce reproche que Montaigne faisait aux pédagogues de son temps :
« Nous ne travaillons qu'à remplir la mémoire, et laissons l'entendement et la conscience vides. »
Comme il faut varier la nourriture du corps, pour qu'elle lui soit agréable et profitable, ainsi il convient d'alterner les éléments de la nourriture de l'esprit.
Avec d'aussi vastes programmes que ceux en usage aujourd'hui, rien ne semble plus aisé que d'introduire cette variété, sans sortir des matières obligatoires de l'enseignement.
Mais pourquoi à cette substantielle et nécessaire nourriture, ne pas adjoindre aussi quelque chose pour l'agrément de l'esprit, de même qu'où ajoute aux repas quelques petites superfluités, sans grande importance peut-être pour nous nourrir, mais excellemment propres à disposer nos organes digestifs à une élaboration plus parfaite des aliments indispensables?
C'est à ce titre que nous signalerons un usage, autrefois fort en faveur, et aujourd'hui disparu, au moins dans la plupart des établissements universitaires.
Exercices oratoires en public. — Qui n'a éprouvé, après
tant d'années passées au lycée, le vif regret de n'avoir jamais eu d'autre exercice préparatoire à la parole publique que la récitation monotone des leçons ou la lecture dés devoirs de classe : tristes débuts, fâcheux précédents! Aussi combien sort-il d'élèves du lycée, ou du collège, pouvant s'exprimer en termes clairs, précis, capables de se débarrasser de la détestable prononciation et du ridicule débit de i'éco/ier?
Et cela se passe dans un pays où les habitudes parlementaires tiennent une si grande place, où les grandes fonctions sont électives, où chacun peut être appelé à parler à la tribune, où depuis le plus modeste rapport de commission, jusqu'au discours le plus élevé, la parole est la grande puissance, où l'éloquence est nécessaire pour taire le bien, et non moins nécessaire pour empêcher le mal !
Dans l'ancienne Université, les élèves étaient exercés à prendre la parole en public, à soutenir, devant un nombreux et imposant auditoire, des discussions, des luttes oratoires, quin'étaientpassansun grand profit pour leurs études et le développement de leur intelligence. L'usage de ces débats publics, de ces récitations solennelles, et même de quelques représentations théâtrales, s'est maintenu dans la plupart des établissements libres. Les établissements publics de l'Université y ont renoncé, à cause de certains abus : ces solennités exigent une longue préparation qui a paru de na- ' ture à distraire les élèves de leur travail. Il est regrettable que l'on n'ait pas trouvé le moyen de concilier l'assiduité et la discipline avec un exercice utile, et qui dans • tous les cas, ne figurait dans les usages du collège que de loin en loin et qu'à titre exceptionnel. Il y avait là un moyen excellent de rompre la monotonie des éludes, de donner de l'intérêt au travail, de l'émulation aux tièdes, un encouragement aux élèves studieux, de vaincre la timidité du grand nombre, et de procurer à tous un exercice salutaire au point de vue hygiénique.
Il fallait en réglementer l'usage.
Il a paru plus facile de le supprimer.
On doit rendre cette justice à certains établissements libres : ils ont compris qu'il y avait là une lacune à combler, une réforme à faire, ou plutôt un ancien usa.%fe VV^v&^n* ou à continuer. Il ne nous apparVÂeuV ^as> ^fc ^\k*v£\ ^^
résultats obtenus; mais nous constatons avec plaisir les efforts faits dans cette voie nouvelle par l'administration de ces grands établissements.
Pour habituer les élèves à la parole publique, pour vaincre de bonne heure cette terrible timidité qui plus tard étouffe les voix les plus autorisées, on a disposé des salles de récitation pour les plus jeunes, de conférences pour les élèves plus âgés ; ces salles servent aussi pour réciter des pièces choisies de notre théâtre classique, ou exécuter des morceaux d'ensemble de notre meilleur répertoire musical.
Nous pouvons citer comme la construction la plus remarquable pour cet objet, la salle de conférences des frères de Passy. Vanves en possède aussi une de premier ordre.
L'enseignement dit pratique. — Ici encore, Combien il
importe qu'une sage et prudente direction intervienne, que le but ne passe pas avant les moyens : défaut capital, danger de renseignement qui a la préteution d'être trop rapidement pratique, et des procédés qui, pour aller plus vite au résultat, suppriment de salutaires efforts, en abrégeant la série nécessaire des études progressives!
Si nous demandons la mesure dans le travail, nous ne prétendons pas, nous ne voudrions pas le supprimer, car il n'y a plus, ni savoir réel, ni plaisir pour l'intelligence qui n'a pas connu l'effort.
Pour grand que soit le nombre des délicats dans la génération actuelle, — et le médecin sait à quoi s'en tenir à cet égard! — nous ne sommes pas tous des valétudinaires, et des infirmes. On serait tenté de le craindre en vérité, à voir le nombre croissant de ces procédés mécaniques, expéditifs, commodes, au moyen desquels on veut faire de tous des savants ou des lettrés, sans préparation, sans principes, sans grammaire, sans études préliminaires, sans cet enchaînement nécessaire qui nous met en possessiod réelle de la vérité par une recherche îîwtVwfc^^svcltc est pénible.
et par un travail, qui ne nous permet plus de perdre ce que nous avons légitimement acquis.
On ne contestera pas aux Anglais d'être des gensprattques : nous leur devons le mot, et quelque peu la chose, et pourtant, on ne néglige pas chez eux l'instruction générale et l'éducation, pour se hâter de travailler en vue d'un examen et d'une profession.
On veut être instruit d'abord, on avisera plus fard au choix d'un étal.
Pourquoi voudrions-nous aller plus vite?
La médecine proleste contre l'abus que l'on fait de la faiblesse physique dont on gratifie au-delà de la mesure et de la vérité la génération présente; et l'hygiène intellectuelle ne s'élève pas moins contre ces systèmes, qui, en supprimant le travail, suppriment l'exercice, arrêtent le développement des facultés, et atrophient l'intelligence, pour avoir trop voulu la ménager.
i.es études précipitées. — On veut se hâter, on veut récolter avant de semer, on est impatient d'arriver, avec ou sans ce bagage nécessaire d'une instruction solide, et de cette maturité, gage assuré de la force véritable et du succès réel *.
Combien peu d'élèves de notre époque pensent ce qu'écrivait à ses camarades un jeune homme de 17 ans, qui,
1. « L'éducation générale est de moins longue durée en France qu'en Allemagne et en Angleterre, puisqu'elle est censée terminée après le lycée. Mais, sur le temps même du lycée, il faut retrancher les dernières années, car nos collégiens commencent dès lors une préparation spéciale, et se séparent d'avance en polytechniciens, en saint-cyriens, en marins.
» Plus les programmes sont difficiles, et la limite d'âge étroite, plus la préparation commence tôt. On cherche à gagner des années, c'csl-àdire à quitter le plus tôt possible l'enseignement général. De là, un défaut de maturité qui s'accuse dans la suite <te l&'HYfe. * V^h..^^.-» Quelques notes sur l'instruction.)
lui pourtant, et il l'a prouvé, n'avait rien négligé des éléments du savoir :
« Attendons, disait-il, car en conscience, nous sommes trop veïts, nous ne sommes point encore assez nourris de la sève vivifiante de la science pour pouvoir offrir des fruits murs à la société x ! »
Aujourd'hui, qui voudrait attendre?
Exigence* des lois du développement intellectuel et
physique. — Cette succession graduée des travaux, la loi du développement physique en montre la nécessité, tout comme l'exige la loi du développement intellectuel.
A supprimer les éléments, ces échelons nécessaires, vous imposez à l'esprit un travail prématuré, et vous demandez aux forces physiques un effort qu'elles sont à cette heure encore incapables de donner.
Autiefois on s'élevait graduellement aux sommets du savoir, la mode est aujourd'hui de les escalader.
Mais ici, comme en mécanique, on perd en force ce que l'on gagne en vitesse.
Aussi que voit-on? Plus de notions premières solides 2 X