L'Education des mères
Tels parents, libres de leur temps, complètement indépendants, conduiront chaque jour leurs enfants, et les remettront eux-mêmes aux mains de ces maîtres, de qui ils recevront chaque soir le précieux dépôt. Nous avons connu de tels parents, qui ne s'épargnaient pas, et remplissaient cette tâche avec une conscience qui ne s'est jamais démentie un jour; nous éprouvons pour eux de cette vénération qu'Horace témoigne pour son père.
Simple collecteur d'impôts, le père d'Horace avait amené son fils à Rome, pour lui faire suivre les leçons des maîtres en renom.
Il accompagnait ce fils auprès de ses maîtres, et s'était fait le gardien vigilant de sa jeunesse :
Ipse miki custos incorruptissimus omnes
Circum doctores aderat
Servavit ab omni
Non solum facto, verum opprobrio quoque turpi.
Mais pour quelques cas heureux où la surveillance sera ce qu'elle doit être, et où les exemples seront parfaits, combien de fois ce système n'apportera aux élèves qu'une liberté funeste pour leur santé et pour leur moralité!
Les exigences de la vie, de la profession, les obligations que les habitudes du monde nous imposent, ne laissent que bien rarement aux parents le pouvoir d'accomplir cette lâche dans toute sa rigueur, encore qu'ils en comprennent le plaisir, ou qu'ils y soient portés par le sentiment du devoir.
te système tutoriai. — Il est de mode aujourd'hui de va: *er un système qui semble tout concilier, le système tutoriuî, en faveur en Allemagne, en Angleterre, en Suisse, et d'en réclamer chez nous l'application.
Avec ce système, plus d'internats.
Les élèves vivent ou àh&L \fcwcs» ^recta^ ^m chez leurs
professeurs, ou sont confiés à des familles connues et recommandâmes.
Ils ont une plus grande liberté: ils ne sont plus astreints à une règle absolue, soumis à une formule générale qui heurte toujours certaines natures exceptionnelles; l'autorité est plus paternelle, plus affectueuse; l'obéissance moins dure; le travail plus aimé parce qu'il est moins imposé, l'apprentissage de la vie plus complet, la maison plus gaie, la morale mieux observée, les mauvais exemples éloignés.
« En Allemagne, dit M. Michel Bréal, on s'enquiert de quelque famille de bonne volonté, jouissant d'une réputation honorable, qui veuille donner à l'enfant le vivre et le couvert. Il y est reçu, comme le camarade des enfants de la maison et il y a sa place au foyer... L'Allemagne pratique depuis deux cents ans ce système, et elle ne songe pas à y renoncer : actuellement, sur mille élèves fréquentant les gymnases, il n'y en a pas cent qui soient placés hors de la vie de famille. »
En Angleterre, il en va de même. Les villes universitaires de l'Angleterre sont presque uniquement habitées par des familles qui reçoivent les élèves des collèges ou des universités.
Des deux mille élèves de Cambridge, la plupart logent en ville chez des familles autorisées à cet effet et soumises à des inspections régulières.
L'Université de Louvain (Belgique) présente aussi un exemple du régime tutorial. Cette Université qui compte 1200 élèves, a environ une centaine d'internes répartis dans les deux collèges annexés à l'Université ; les autres sont logés chez des habitants de la ville.
. Louvain est une de ces villes qui semblent faites pour l'application du régime tutorial, elle est petite, elle n'a que 38000 habitants environ. Les familles qui reçoivent des» élèves y sont bien connues du rectewc, e\.\^ ^ra^^-
tions ne manquent pas dans le règlement de l'Université 1 .
Aux Etats-Unis, l'internat est encore l'exception.
« A Ithaca, bien qu'on ail réservé un des bâtiments pour le logement d'une centaine d'élèves, afin de pourvoir aux premières nécessités d'une installation, le système des pensionnats pour lesquels les États-Unis manifestent une juste répugnance, est tout à fait contraire à l'esprit libéral qui fonde l'espérance du succès sur l'indépendance des étudiants, se dirigeant et se gouvernant eux-mêmes. Entre la vie casernée, qui nécessite l'emploi d'une discipline sévère, toujours considérée chez les élèves comme un joug odieux, et la vie de famille que le système des externes rend seul possible, il n'y avait pas à hésiter. A Ithaca, comme partout, les étudiants trouvent chez les habitants à des prix peu élevés, le logement et la pension 2 . »
La Suisse pratique les mêmes usages.
Tel est le système que l'on voudrait importer en France.
La chose n'est pas nouvelle, même en notre pays, encore bien qu'elle se présente aujourd'hui avec un nom nouveau
1. Voici quelques extraits du règlement relatif aux élèves logés ainsi dans les familles.
Art. 15 Les étudiants externes doivent, dans les trois jours de la prise de leur domicile, remettre au vice-recteur leur adresse portant le nom de la rue, le numéro de la maison, le nom et la profession des personnes chez lesquelles ils se sont logés.
Les mêmes instructions devront être données à chaque changement de domicile.
Art. 16. Les étudiants doivent rentrer chez eux à 10 heures du soir.
Les habitants de la ville qui louent des appartements à des étudiants sont engagés à prêter leur concours au maintien de cette disposition...
Art. 47. Les étudiants ne peuvent s'absenter des leçons ni sortir de la ville pour un ou plusieurs jours, sans l'autorisation du vice-recteur, ou du président de leur collège*