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P. Captier, Discours de

de la liberté puisse être maintenue dans l'internat, certaines

conditions sont nécessaires. j

Les principales se rapportent à l'âge des élèves, à leurs :

rapports entre eux, et avec les maîtres, avec les surveil- \

lants, avec le personnel, avec le dehors, comme avec le '

dedans de l'internat, au système de récompenses et de puni- j

tions adopté; enfin il faut tenir grand compté de l'enseigne- |

ment intellectuel, moral et religieux que reçoivent les élèves. I

Chacune de ces conditions mérite d'être examinée; nous i le ferons aussi brièvement que possible, espérant que l'importance du sujet nous conciliera la patience du lecteur.

A go des enfants admis dans les internats. — A moins

de circonstances exceptionnelles, il convient de ne point admettre de trop jeunes enfants (de 7 à 10 ans) dans les internats.

Leur présence dans l'internat y apporte une gêne manifeste pour la règle, pour la discipline, un danger pour la santé des autres élèves; les chances des maladies de l'enfance augmentent en proportion de la jeunesse des re<5*ues. 11 leur faut comme un collège dans le collège, une maison à part, une règle à part, et on l'a vu, un personnel et des soins spéciaux. Si l'internat ne gagne pas à recevoir de trop jeunes élèves, que réclame l'intérêt de ces enfants?

Après tout, l'internat n'est qu'une nécessité. Qu'on la subisse quand il le faut, c'est bien. Mais que l'on y prolonge le séjour de l'élève, ou qu'on augmente pour lui la mesure de cette vie hors de la famille, à quoi bon? Je n'ai pour ma part jamais pu voir sans chagrin ces pauvres petits êtres, ces minimes, séparés, détachés de la famille à un âge où l'influence de celle-ci est encore si nécessaire, et où rien jusque là ne justifie la liberté de l'enfant amoindrie, et le sacrifice consenti par les parents.

Ce n'est pas l'instruction qui est le prétexte de celte séparation. Ces pauvres enfants n'ont encore, pour se déta-

cher de leurs parents, ni la raison de leurs aînés, ni le désir d'apprendre ailleurs ce que l'on pourrait leur enseigner chez eux.

Où donc est le profit pour ces élèves?

Est-on si pressé d'en faire des hommes? Au point de vue intellectuel, commencer sitôt cette besogne, n'est peut-être pas le meilleur moyen de réussir. Institué de trop bonne heure, ce régime, si adouci qu'on le suppose, ne les conduira pas plus vite au but que Ton voulait atteindre; mais il aura une conséquence inévitable, c'est de les dégoûter, sans profit actuel, d'une règle, d'une discipline, d'un travail contre lesquels ils regimberont, même quand le temps sera venu d'obéir utilement et de s'appliquer.

Au point de vue physique, rien ne peut à cet âge remplacer les soins du foyer. Au point de vue moral, nul ne saura mieux que la mère creuser le premier sillon et diriger la première culture,

A bien examiner le résultat pour lequel les internats accepteraient une lourde responsabilité, les familles un inutile et immoral sacrifice, il faut conclure ainsi :

Laissons ces jeunes enfants au foyer domestique, à moins de raisons graves, jusqu'à l'heure où la nécessité d'un travail sérieux et profitable pourra justifier leur entrée dans l'internat. Jusque là, le meilleur des maîtres, c'est la mère; le meilleur enseignement, ce sont ces premières et louchantes leçons, dont le souvenir se retrouve dans toute la vie de l'homme, ces leçons qui font aimer le bien et inspirent le goût du travail, parce que l'image bénie d'une mère est associée à ces premiers efforts, à des devoirs, dont ce tendre maître sait si bien déguiser la sévérité ou l'amertume.

L'hygiène et la morale sont d'accord pour demander aux familles de ne pas risquer, en envoyant un enfant trop tôt dans l'internat, de compromettre sa santé, les forces ou les dispositions de son intelligence, et de laÀs&Bt xAfc ^à&

première page qui devait être réservée au souvenir des parents, ses premiers maîtres.

Que Tinternat prenne le rôle du père, passe encore; mais le rôle de la mère, c'est une prétention que les cas exceptionnels seuls pourront justifier!

S'il n'est pas bon que l'internat reçoive de trop jeunes enfants, il est parfois dangereux qu'il admette certains élèves trop âgés, fatalement rebelles à une discipline à laquelle ils ne peuvent plus se plier.

Il y a là une question d'antécédents, de préparation à étudier; et plus d'une fois, il y aura lieu de reconnaître qu'il existe une limite au-delà de laquelle il est prudent de ne pas accepter, je ne dirai pas de faire une éducation; mais même de tenter d'en instituer une nouvelle, sur les ruines d'habitudes et de principes pris ailleurs, et dont il faut d'abord débarrasser le terrain.

Rapports des élèves entre eux. — Séparation des élèves

suivant rage. — L'hygiène morale exige la séparation des élèves d'âges différents. Ce principe est mis en pratique dans tous les grands établissements d'enseignement secondaire.

Ainsi, dans les lycées, les élèves sont divisés en quartiers, chaque quartier comprenant une catégorie d'élèves déterminée par rage et par le progrès intellectuel.

La séparation de ces diverses catégories d'élèves est absolue. Chaque quartier à ses études, dortoirs, vestiaires, réfectoires, lieux d'aisances, cours, etc. Cette séparation existe à la chapelle, comme clans les promenades au dehors. On forme ainsi dans le même établissement comme autant de pensionnats distincts, réunis sous l'autorité et la surveillance d'un même chef, d'une même direction.

Cette mesure, indispensable partout, s'impose, dans certaines circonstances, d'une manière plus impérieuse encore.

Ainsi, j'ai vu avec quel soiev dans un internat d'un de nos

ports de mer de l'ouest, on veillait à la séparation absolue des enfants indigènes et des enfants venus des colonies. Ces derniers n'arrivent pas seulement plus âgés, dans l'internat ; «mais ils sont, même à égalité d'âge, plus précoces, et bien souvent corrompus par leur éducation première et les mœurs du pays d'où ils viennent.

Les établissements publics d'instruction appliquent partout ces sages principes.

Aussi Pointe a-t-il pu dire : « Sous ces divers rapports, il est bien certain que dans les collèges, on prend plus de précaution qu'on ne le fait et que même il ne serait possible de le faire dans les familles, où les liens de parenté, d'amitié et de simple voisinage ne permettent guère d'établir et de conserver de pareilles séparations entre les enfants. »

Les grands établissements libres attachent la plus grande importance à l'application de ce principe.

Mais il faut bien reconnaître que cette mesure essentielle fait défaut dans un bon nombre de petits internats, où, sous prétexte d'une surveillance plus immédiate et plus directe, on compte trop sur l'œil du maître. Rendre le mal impossible vaudra toujours mieux que de fonder la sécurité sur une vigilance, qui pour être efficace, devrait être sans trêve et sans défaillances.

Séparation des externes et des internes. — Les mêmes

motifs exigent la séparation absolue des élèves externes et des élèves internes. J'ai donné plus haut (Livre I er ) le nombre des élèves externes qui fréquentaient nos lycées et collèges, au moins d'après les chiffres de la statistique publiée en 1865.

La discipline de l'internat et la surveillance seraient impossibles et illusoires, si les élèves internes avaient le moyen de communiquer avec les externes. Ceux-ci sô teraient bien vite les intermédiaires» dfe*v&\&Y&*.i w*fcX<sk-

térieur : les lettres circuleraient en échappant à la direction, les mauvais livres pénétreraient dans l'internat; en un mot, la porte serait ouverte à tous les abus* et la moralité de l'internat serait à la discrétion des élèves.

Aussi a-t-on admis que les externes, de même classe que les internes, entrent et sortent à quelques minutes d'intervalle de l'entrée et de la sortie des internes.

Dans les classes, les uns sont placés à droite, les autres à gauche.

Les conversations sont formellement interdites entre ces deux catégories d'élèvies, même dans l'intervalle des exercices.

Les demi-pensionnaires ne sont en rapport avec les internes que pendant les repas.

La surveillance des maîtres doit être constante pour prévenir tout abus.

Toutes ces mesures, essentielles au bon ordre, et à la moralité de l'internat, sont en vigueur dans tous les grands établissements. On regrette que, sauf de rares exceptions, ils fassent défaut dans beaucoup de petits pensionnats.

Rapports des élèves avec le personnel de l'internat. — •

Il importe d'examiner quels sont les rapports des élèves de l'internat avec l'administration qui les a pris sous sa tutelle pour toute la durée des études. Ces rapports sont multiples. Les élèves sont en rapport avec la direction proprement dite de l'internat, les directeurs ou proviseurs; avec les personnes chargées de l'enseignement, les professeurs; avec les personnes chargées de la surveillance, maîtres d'étude, maîtres répétiteurs, et surveillants; enfin, avec les personnes directement chargées de leur enseignement moral et religieux, les aumôniers, ou ministres du culte.

Rapports avec la direction. — Le directeur de l'internat, quel que soit son titre, çroNvs&ur, directeur, etc., veille sur

t L'ÉDUCATION. 333

les intérêts matériels, intellectuels et moraux des élèves confiés à la maison.

Il est l'œil du maître; il est la lumière placée au centre de ce petit monde pour l'éclairer, pour le diriger.

Il est un recours contre la sévérité, qui dépasserait la mesure, contre l'injustice, si elle se produit.

N'est-il pas la règle vivante, l'interprète du règlement, et le juge chargé de l'appliquer?

C'est devant lui que se débattent en appel et, le plus souvent en dernier ressort, tous les intérêts, tous les différends entre élèves, entres maîtres et élèves; il est l'arbitre de toutes les luttes entre les prétentions de la liberté et les nécessités de la discipline, véritable magistrature dans l'exercice de laquelle la douceur n'exclut pas la fermeté.

Il prononce sur les peines lui-même, ou par l'intermédiaire du censeur ou du préfet des études; les punitions les plus graves sont à sa décision; mais comme il dispense la peine, il doit décerner aussi les récompenses et dispenser l'honneur.

Quelle responsabilité que celle de cet homme à qui tant de familles remettent, pour des années, des pouvoirs si étendus sur la direction de la santé, des forces, du déve-, loppement intellectuel, des principes et de la moralité de leurs enfants!

Quelle importance prennent les choix qu'il fait pour son personnel! Pour qu'une pareille autorité soit sérieuse et respectée, comme il est nécessaire; pour qu'une pareille mission soit efficace, féconde, comme il est désirable, être armé d'un bon règlement ne suffit pas, ni vis-à-vis des élèves, ni vis-à-vis des maîtres, ces collaborateurs actifs et importants de la direction.

Le règlement, c'est la loi qui peut contewvc te& \*\n& *\\r& autres dans les //miles du devoir slrvcl.

Qui s'arrêle-là, néglige la moitié, la plus belle partie de sa tâche.

L'obéissance seule ne crée pas le dévouement chez le maître; et chez relève, qui ne sait que Ton ne décrète ni les conditions du bien-être, ni l'émulation au travail, ni l'amour du bien, ni le développement des bons sentiments, ni le sens de la dignité et de 1 honneur?

C'est là la part de la confiance et des rapports affectueux, la part de l'action paternelle de la direction. Là est le fondement, la base de l'hygiène morale dans l'internat.

Rapports avec les professeurs; leur action. — Si 011 a

pu reprocher aux élèves des écoles publiques, et de l'Université en particulier, le défaut d'éducation, ce n'est pas que les hommes de talent et de bon vouloir manquent dans l'enseignement. Aucun pays ne fournit des maîtres aussi distingués; et qui pourrait parler aux élèves avec plus d'autorité, de savoir et de compétence que les professeurs sortis de l'École normale de France! Les maîtres éminents de nos grands internats sont animés du meilleur esprit. En fait, les exigences des programmes, le nombre trop considérable d'élèves dans chaque classe, laissent peu de place pour la partie philosophique et morale de renseignement*

Une mère avait consulté Pline le Jeune sur le choix d'un maître pour son fils. Il lui donne à ce sujet d'excellents f avis :

« Jusqu'ici, dit-il, l'âge encore tendre de votre fils l'a tenu auprès de vous, sous la conduite de ses précepteurs et dans une maison particulière, où les dangers, supposé qu'il s'en trouve, sont bien moindres. Aujourd'hui qu'il s'agit de l'envoyer aux leçons publiques, il faut lui choisir un professeur dans l'école duquel on soit assuré que règne une discipline exacte, et surtout une grande modestie et une grande pureté de mœurs : cujus scholœ screrilas, pudor imprimiSy castitas constct.i>îowc\fc sûn^yc ^\\^\\<sfcs&de

ce maître, Pline s'en rapporte volontiers au témoignage public.

« Il n'en est pas de même, dit-il, des qualités de l'âme; elle a des abîmes où il n'est pas possible de pénétrer. » Vita homimm altos recessus, magnas que latebras habet. Il se porte caution de la moralité d'un maître qui n'enseignera rien à son disciple que celui-ci eût dû ignorer, et qui le formera d'abord aux bonnes mœurs, mores primum, et ensuite à l'éloquence, « qui ne s'apprend jamais bien sans les bonnes mœurs », quœ maie sine moribus discitur.

On peut le dire sans flatterie, et en dehors de toute exagération d'amour-propre national, le type du maître que Pline recommande au choix de cette mère, on peut le trouver à tous les degrés de l'enseignement dans nos lycées, Facultés et Universités. Élève tour à tour du lvcée Henri IV, de l'Ecole de droit et de l'Ecole de médecine de Paris, nous n'avons partout reçu de nos maîtres que les leçons empreintes de la meilleure morale, et l'enseignement le plus correct. C'est un hommage que nous sommes heureux de leur rendre ici.

Le vœu le plus urgent à former, c'est que l'on cesse d'imposer au personnel enseignant le développement de programmes encyclopédiques, et de l'enfermer dans un cercle étroit où la routine s'oppose à toute initiative. Ce ne sera plus alors, ni le temps ni la place qui manqueront aux professeurs, pour s'occuper de l'éducation des élèves.

Rapport» des élèves avec le personnel chargé de la surveillance. Maîtres d'étude, etc. — La question de la surveillance des élèves, est une des plus difficiles que présente l'internat. En France, on a tenté de la résoudre au moyen des maîtres d'étude. Malgré bien (tes efforts, bien des essais, et, avouons-le, de réelles améliorations, il reste toujours là une difficulté que l'on peut considérer cq«ur& Ja plus délicate à résoudre à propos de YuvVfcm^v lr&\\rç£\&.

En Angleterre, le régime tutorial largement appliqué, régime que Ton retrouve également en Allemagne, a donné le moyen d'éluder en grande partie cette grave question.

Mais, comme en admettant même l'hypothèse de l'adoption chez nous du tutorat, on ne passera pas sans délai et sans transition de l'internat actuellement en usage en France au système tutorial,' il est intéressant de voir comment les étrangers, ceux mêmes qui ont adopté le dernier régime, ont cherché à résoudre la question de la surveillance dans les internats qui leur restent.

Nous avons dit notre pensée sur le tutorat; en attendant le jour où il sera devenu possible, nous voulons dès aujourd'hui savoir s'il n'y a pas d'améliorations compatibles avec le régime actuel.

M. Hippeau nous apprend ce qu'ont fait les Allemands à cet égard :

«Dans les gymnases à pensionnats, le système des maîtres d'étude ne présentant pas des garanties suffisantes, c'est à des professeurs adjoints qu'est conférée la surveillance des éludes et des mœurs. Ils ont plus d'expérience et plus d'autorité que des maîtres plus jeunes, plus étrangers aux écoles et plus occupés de leur avenir que de celui de leurs élèves. On ne donne à chaque chef de surveillance que dix à douze élèves : c'est une sorte de famille placée sous leur patronage; l'influence qu'ils exercent est sérieuse. Us sont d'ailleurs secondés utilement par les professeurs titulaires, qui à tour de rôle interviennent dans la surveillance de l'intérieur. Au Pedagogium de Halle les élèves forment des pelotons de douze, distribués par chaque peloton en plusieurs chambres contiguôs, ils se surveillent les uns les autres, comme s'ils composaient une même famille 1 . >

Comment la question est-elle résolue en France? Qui est

i. Hippeau, De l'instruction publique en MYemaqt**.

chargé d'exercer sur les élèves cette surveillance de tous les instants, ne devant jamais laisser l'enfant livré à lui-même, à ses mauvais instincts, ou à de fâcheux exemples? A quelles personnes l'autorité, la direction ont-elles confié ce qui, dans les établissements d'instruction représente la part, si minime qu'elle soit, de l'éducation?

Pestalozzi a dit de l'éducalion :

« Toute bonne éducation exige que l'œil maternel puisse lire sûrement, jour par jour, heure par heure, tout changement de l'âme de l'enfant, dans ses yeux, sur ses lèvres et sur son front. »

Dans les établissements publics d'instruction, dans beaucoup d'établissements libres, c'est un fonctionnaire, c'est un maître d'étude, dont la vigilance doit remplacer l'œil maternel. Quel est donc ce représentant, pour une large part au moins, de l'éducation dans l'internat?

« Les fonctionnaires les plus modestes, mais non les moins utiles des lycées, ce sont assurément les maîtres d'étude. Il serait inexact de dire que la bonne éducation des enfants repose exclusivement sur eux, comme si l'enseignement des professeurs n'y contribuait pas pour une large part; toutefois, on ne saurait nier que leurs avis et surtout leurs exemples n'exercent sur l'âme de l'élève une influence qui peut être décisive. Il importait d'améliorer leur situation, et à deux reprises différentes, le gouvernement s'en est préoccupé. Afin de les relever dans l'estime des élèves et dans celle des familles, le décret du 17 août 1853 augmenta leurs attributions. Ils furent chargés, non plus seulement de veiller à la discipline, mais de concourir à l'enseignement Un changement de nom fut la consécration, en quelque sorte publique, de ce changement de rôle. Les maîtres d'étude devaient à l'avenir s'appeler maîlres-répétiteurs. On leur ménagea en même temps les moyens d'acquérir les grades c\\i\ çown^wWnw ^ss<\s.\&.

carrière des fonctions universitaires Enfin, leurs traite

ments furent élevés..... * »

Le décret du 27 juillet 1859 avait encore ajouté quelques mesures favorables.

Excellentes intentions, amélioration d'une situation matérielle toujours au-dessous des services demandés ou -obtenus !

Mais qu'est-ce que tout cela, en présence des difficultés de toute nature que rencontre l'administration?

Où recruter ce personnel?

Quelles conditions a-t-on. faites à ces maîtres chargés de la surveillance? Quel est leur présent, leur avenir?

Quelle est leur autorité?

La question du recrutement des maîtres d'étude ou maîtres-répétiteurs est une grande difficulté.

Ce n'est pas que les candidats fassent défaut, encore bien que, dans les établissements publics, on exige d'eux un diplôme, comme garantie de leur savoir, et que le ministre qui les nomme doive s'enquérir de leur moralité.

Qui peut fournir ces deux garanties, obtient ces fonctions.

Les candidats sont presque toujours des jeunes gens, acceptant le plus souvent ces places sans intention de les occuper longtemps, en attendant mieux, ou pendant qu a lieu la préparation à un concours ou à des examens.

Beaucoup d'étudiants en droit ou en médecine se livrent ainsi à une double tâche, et trouvent dans les modestes émoluments de leurs fonctions dans un internat, lesmovens matériels nécessaires à l'obtention du grade auquel ils aspirent.

D'autres se destinent à entrer dans l'enseignement, et s'y préparent par ce rude apprentissage,

1. Ch. Jourdain, Rapport sur l'organisation et le progrès de Z'wwtruction publique, p. 121.

Nul ne songe sérieusement à considérer cela comme une carrière, et on le comprend de reste, dans les conditions où cette fonction est sollicitée et acceptée.

Ce n'est pas une profession, c'est un passage ou un pis aller.

En dépit des changements indiqués dans le décret du 17 août 1853, de quelques améliorations réalisées depuis, et qui montrent toute la sollicitude de l'administration pour ces modestes collaborateurs, la force des choses leur impose une tâche bien ingrate.

Le nombre des élèves confiés à la surveillance du maître est beaucoup trop considérable, la surveillance devient par là très- pénible et reste fatalement insuffisante.

Elle doit s'exercer partout, dans les études, réfectoires, dortoirs, cours, en promenade, etc..,, de jour et de nuit!

Les enfants ne voient dans le maître d'étude, de quelque titre qu'on le pare, que l'homme chargé de contrôler et de punir.

Il y a dans la nature de ces fonctions, et dans cette inspection qui suit l'élève partout, quelque chose qui n'est pas fait pour concilier au maître l'affection ni le respect des élèves.

L'avenir de ces maîtres sera certainement amélioré, mais, à l'heure présente, les collèges communaux ne leur offrent pas une situation bien élevée, et l'entrée comme professeurs dans les lycées exige des examens difficiles : c'est une porte que tous ne peuvent franchir, même avec les faveurs qui leur sont faites.

Quand ils ont acquis quelque expérience, au moment où leur collaboration deviendrait plus précieuse, ils quittent l'internat.

L'ordre et la discipline exigent l'obéissance ; mais l'obéissance n'est pas de longue durée, quand elle ne reoose cas sur le respect de celui qui la deru&uta. ^^ras^^V*^^

a ni autorité de la part du maître, ni soumission de la part de Félève.

L'âge du maître, sa position, ses fonctions, tout concourt à compromettre le respect que l'élève lui doit, et sur lequel est fondée l'autorité qu'il doit exercer.

L'élève entre en lutte, en révolte constante contre une autorité qui ne lui en impose pas; la discipline en souffre; il arrive un plus grand malheur encore, c'est que l'idée d'autorité s'associe ainsi dans l'esprit de l'enfant à l'absence du respect et à l'esprit de résistance.

De la part du maître, la douceur n'est pas mieux accueillie que la sévérité, par les élèves.

« Cet âge est sans pitié.., »

Le maître s'efforce-t-il de donner à son autorité un caractère plus paternel à l'égard de quelques élèves plus aisés à diriger? Le sentiment de l'égalité se révolte chez les autres, à raison de ces avances faites à quelques-uns, et la majorité proteste contre une bienveillance, dont elle ne voudrait pas, même si elle en était digne.

Le maître essaie-t-il de se faire craindre? Il rencontre la moquerie; il n'y a pas de crainte salutaire, là où il n'y a pas de respect.

Quel est donc le moyen de sortir de cette situation et de cette impuissance?

Tout consiste à faire respecter le maître, à le iaire respectable.

L'élève, quoi que Ton fasse, ne respectera que bien difficilement celui qui le surveille également dans tous les exercices. Tant que le surveillant tient l'étude, il a encore quelque chose du maître; passe-l-il dans la cour, pour y surveiller les jeux, dans les réfectoires pour y maintenir l'ordre, etc.? cette tâche ç\\xs \\wœto\fc «v&w*. \&>\V. prestige

au représentant de l'autorité. L'élève ne voit plus en lui qu'un inférieur.

On a proposé de dédoubler ces fonctions, afin d'obtenir au moins pour ia première partie de ce service, les études, des choix meilleurs, parce que les fonctions seraient plus élevées. La difficulté existerait toujours, et plus grande encore dans ce système, pour la surveillance géuérale.

Quel que soit le moyen que l'on emploie, il faut imposer le respect aux élèves : tout est là, et c'est moins par la supériorité de la fonction, que par la supériorité de celui qui en est chargé que ce résultat pourra être atteint.

A l'École polytechnique, il y a aussi des maîtres chargés de la discipline ; mais ces maîtres sont des officiers; leur surveillance est acceptée de tous : supérieurs aux élèves, ils en sont respectés.

A Saint-Cyr, au Prytanée de La Flèche, la surveillance est faite par un adjudant, par un fonctionnaire ayant un grade : on le respecte.

Dans les établissements d'instruction dirigés par des Frères ou des ecclésiastiques, il y a des études, et des maîtres qui y maintiennent l'ordre ; il y a des récréations, des exercices variés, où la surveillance est constante. Le Frère, le prêtre ont un habit, un caractère, un âge, une instruction qui les fait respectables et respectés. Ici, le maître d'étude n'est plus séparé du professeur par une distance énorme.

N'est-ce pas indiquer la solution du problème?

Que l'on ne s'étonne pas de l'importance qui est donnée ici à cette question des maîtres chargés de la surveillance et de l'éducation.

C'est là ce qui fait le fond de toutes les critiques adressées à l'internat, en dehors de tout esprit de parti. C'est par là qu'il est le plus attaquable, parce que c'est par là qu'il manque à la partie la plus imporlaute ô& ^ \s\\^\ws^ ^*sA

il est impropre à former les mœurs, les caractères, à préparer des hommes.

Ce qui fait la force de certains établissements constitue la faiblesse de certains autres.

Chacun le sent, chacun le sait.

C'est vers l'amélioration de ce service que doivent être dirigés tous les efforts de ceux qui font à l'hygiène morale, à l'éducation, sa véritable place.

On ne saurait qu'applaudir à tous les efforts faits dans cette voie.

Le décret du 27 janvier 1877 montre que le ministère veut relever la condition matérielle et morale des maîtres surveillants dans les établissements publics 1 .

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