Bulletin de V instruction primaire, «* Yi
pour cela que je l'y envoie (ou du moins ce n'est pas là mon principal motif). Que nous importent à sa mère et à moi, le grec, et ses difficultés? S'il va au collège,* eh bien, c'est un peu parce qu'il voulait y aller. Et puis, qu'il devienne un Anglais brave, prêt à rendre service, ennemi du mensonge, qu'il devienne un gentleman et un chrétien, voilà tout ce que je demande à mon fils, et tout ce qu'il m'importe que le collège lui apprenne. f » If he will only tum out a brave, helpfuly trulhlelling Englishman, and a gentleman, and a Christian, that i$ ail I want.
Voilà un père, dont un diplôme n'est pas l'objectif, en confiant son fils au collège.
11 tient surtout aux qualités à\x caractère, et à ce qui les donne : l'éducation et la religion.
Nous avons vu les difficultés que rencontrait l'éducation des élèves des internats, et le rang secondaire où elle était reléguée pendant la durée des études.
La religion y obtient sans doule une place moins effacée.
Les règlements de l'ancienne Université de Paris astreignaient les élèves à un certain nombre d'exercices de piété, et en outre, ils devaient apprendre et réciter chaque jour quelques sentences tirées de l'Écriture Sainte, « afin, — disait le règlement — que les autres études fussent comme assaisonnées par ce divin sel ».
La législation des lycées, et les circulaires ministérielles rappellent sans cesse et à toutes les époques l'importance de cet enseignement.
c En mêjne temps que la loi du 15 mars 1850 fait pénétrer dans l'éducation de la jeunesse l'élément de la liberté, elle a pour objet de garantir le caractère moral et religieux de l'enseignement donné par l'État. Les enfants, que les fa-
1. Tom BrowrCs School days, peinture prise sur le vif de la vie d'écolier en Angleterre.
milles confient aux écoles publiques, doivent recevoir, nonseulement une instruction forte et élevée; mais encore une éducation qui ouvre leur âme à l'amour du bien et du vrai, et dont les fortes maximes servent à diriger leur vie tout entière 4 . »
Aux termes du décret du 10 avril 1852, et de l'arrêté du 29 août, même année : « Depuis les classes élémentaires jusqu'à la classe de logique, tous les élèves devaient suivre les conférences sur la religion, faites régulièrement par l'aumônier ou sous sa direction, d'après un programme dressé par l'évêque diocésain. Des mesures analogues ont été prises pour les élèves appartenant aux cultes non catholiques reconnus. »
L'arrêté du 24 mars 1865 contient, en ce qui touche les lycées, les dispositions principales qui suivent :
« L'enseignement religieux est donné une fois par semaine et séparément à chacune deslrois divisions d'élèves: grands, moyens, petits. (Circulaire du 7 octobre 1865.)
» Chaque leçon est d'une heure.
y> Les élèves externes dont les parents le demandent sont admis au cours de l'enseignement religieux.
» L'enseignement religieux donne lieu, comme tous les autres enseignements, à des compositions périodiques et à des récompenses... »
Cet arrêté règle en outre la question des cpmpositions, celle de la discipline des cours d'enseignement religieux, la manière dont se passent les inspections dogmatiques de cet enseignement, en présence du proviseur ou de tel aulre représentant du ministre de l'instruction publique; enfin, il établit les mesures relatives aux élèves appartenant aux cultes non catholiques.
1. Extrait de l'instruction du 27 août 1850, relative à la mise à exécution de la loi du 15 mars V&"^.
Si nous comparons cet enseignement en France et à l'étranger, au point de vue du temps qui lui est consacré, la différence est sensible.
Dans les lycées et gymnases de l'Allemagne, dit M. Hippeau, « l'instruction religieuse occupe, dans chacune des deux classes de la division inférieure, 3 heures par semaine, et 2 heures dans les autres divisions. »
En Angleterre, sans parler des offices journaliers auxquels assistent écoliers et étudiants, l'enseignement religieux tient une grande place dans la vie du collège ou de l'université.
Mais la mesure du temps réservé chez nous et dans ces différents pays à cet enseignement, n'est pas le seul contraste à noter.
Veut-on savoir comment cet enseignement est donné en Allemagne?
« La religion, dit un de nos inspecteurs généraux ', est toujours placée la première sur les programmes de toutes les écoles publiques , et sert de fondement à lout l'enseignement. Les Allemands sont convaincus de l'importance des convictions religieuses pour la conduite des Elals comme pour la bonne direction des facultés individuelles, et ils croient fermement qu'en dehors des sentiments qu'elles inspirent, l'éducation n'a pas de base, la morale pas de racines, le droit et le devoir pas de principes. »
« Mais les leçons de religion ne se bornent pas à l'étude et à la récitation du catéchisme; autrement on conçoit que, ayant lieu 2 heures par semaine, elles deviendraient bientôt impossibles dans les dernières années de l'enseignement scolaire. Dans les classes inférieures, on lit la Bible, dont le pasteur interprète les principaux passages avec simplicité.
i. Baudoin, Rapport sur Vèlat actuel de l'ensnqnement spécial exv. Bflyiyue, en Allemagne et en Suisse, \$ftT>.
Un peu plus tard, les enfants apprennent par cœur des sentences bibliques, courtes, faciles à retenir, et intéressantes, dont tous les incidents sont contenus dans quelques alinéas. Dans les classes suivantes, ils commencent le Nouveau Testament, et procèdent dans cette étude comme dans celle de la Bible; de plus, ils apprennent par cœur tous les discours du Christ, dont le texte est commenté, et le sens expliqué avec le plus profond respect. Enfin, dans les dernières classes, on prend la loi, les grands prophètes, les principaux fragments des Écritures, et Ton termine par l'histoire ecclésiastique et l'exposé des différents systèmes religieux. Ainsi le cours de religion commence par des lectures simples et naïves, finit par des leçons de littérature sacrée, et des dissertations philosophiques.
« C'est là ce qu'on doit entendre par le mot religion, inscrit en tête de tous les programmes. »
Tel est l'enseignement religieux en Allemagne 1 .
En France, quel esprit dirige cette partie de l'instruction?
Rollin ne se préoccupait pas seulement des heures consa-
1. L'élève de ces universités étrangères, est protestant; homme, il devra compléter encore ce savoir, déjà fort respectable, par la lecture quotidienne de la Bible. Combien de nos élèves catholiques ne dépasseront jamais les leçons du catéchisme, n'iront jamais au-delà de ce qui leur est enseigné au collège, pour leur instruction religieuse ! Les premiers ont eu en main les éléments nécessaires pour l'examen et pour la controverse. Comment les seconds, réduits au mince bagage de quelques formules apprises par cœur, insuffisamment instruits sur les sources, l'histoire et les principes, répondront-ils demain aux objections sans fondement, aux négations sans preuves, aux aflirmations sans contrôle? L'hygiène morale a le droit de se demander comment, au jour où ils auront à lutter contre l'influence de l'exemple, de la mode, «le la maladie de l'indifférence, ou de la crainte du ridicule, ils résisteront aux entraînements de VvmvUUou d'autrui, ou de leurs propres passions.
crées à cel enseignement, et de la forme adoptée, e; Le but de tous nos travaux, disait-il, la fin de toutes nos instructions, doit être la religion; quoique nous n'en parlions pas toujours, nous devons toujours l'avoir dans l'esprit et ne la perdre jamais de vue. »
C'est dans le même sens que Saint-Marc Girardin dit que l'idée religieuse « vient toujours au bout de toutes les études de l'homme. »
Assigner à cet enseignement sa place, ses heures, son importance, ce n'est pas assez. Il faut encore que le milieu où il se donne, famille ou pensionnat, continue sa bienfaisante influence.
Que les éducateurs, prêtres ou religieux, aient vivement senti et exprimé ce vœu, nul n'en doute, et les citations sont superflues. Mais voici le témoignage d'un grandmaîlre de l'Université.
M. Guizot a dit excellemment :
« Il faut, pour que l'instruction soit vraiment bonne et finalement utile, qu'elle soit profondément religieuse; et je n'entends pas seulement par là que renseignement religieux y doit tenir sa place, et que les pratiques de la religion y doivent être observées; un peuple n'est pas élevé religieusement à de si petites et de si mécaniques conditions. Il faut que l'éducation populaire soit donnée et reçue au sein d'une atmosphère religieuse; que les habitudes religieuses y pénètrent de toutes parts. La religion n'est pas une étude ou un exercice auquel on assigne son lieu et son heure, c'est une foi, une loi qui doit se faire sentir conslamment, partout, et qui n'exerce qu'à ce prix, sur l'âme et la vie, sa salutaire action. »
Les punitions et les récompenses au point de vue de
l'hygiène morale. • — On a vu plus haut quelle est la base des rapports entre le maître et l'élève. .
La vraie autorité ne s'impose <\ue çax te \^%n^\. ^ft.N&
maître sait inspirer par ses mœurs, par son caractère, sa bienveillance et son savoir.
La jeunesse est plus disposée à céder à l'affection qu'on lui témoigne qu'à la crainte dont on voudrait lui inspirer le sentiment, sequitur facilius quant ducilur, a dit Sénèque, et la supériorité de la raison ou du savoir lui en imposera toujours plus que celle de la force.
Cette dernière d'ailleurs n'est pas de grande durée, et rien ne s'use plus vite que le vain prestige qu'elle donne.
La réprimande elle-même doit être adressée avec mesure, avec calme, et au moment opportun.
« Ne reprenez jamais l'enfant, dit Fénelon, ni dans son premier mouvement ni dans le vôtre. Si vous le reprenez dans son premier mouvement, il n'a pas l'esprit assez libre pour avouer sa faute, pour vaincre sa passion et pour sentir l'importance de vos avis : c'est même l'exposer à perdre le respect qu'il vous doit. Si vous le faites dans le vôtre, il s'aperçoit que vous agissez par humeur et par promptitude, et non par raison et par amitié ; vous perdez sans ressource votre autorité. Montrez-lui toujours que vous vous possédez : rien ne le lui fera mieux voir que votre patience. »
La crainte est une ressource extrême et que Ton doit ménager : « On ne saurait faire un usage permanent de ce moyen de discipline j>,timornondiuturnusmagisterofficii x *
On ne peut en user à l'égard de tous, car ce moyen est loin d'agir également sur tous les esprits.
L'abus de la contrainte diminue l'autorité du maître, et substitue chez l'élève au respect et à l'affection une servile et hypocrite soumission.
Une fois sur cette pente, il faut sans cesse augmenter la sévérité des peines, à mesure que l'habitude en diminuera l'effet.
/. Cicéron, II Philipp., 90.
Ainsi, en même temps que le moral de l'élève est profondément atteint, la fréquence, la multiplicité et la rigueur croissante des punitions ne peuvent manquer de compromettre sa santé.
Cependant, comme dans la réunion d'un grand nombre d'élèves, il faut faire la place des punitions, — l'ordre et la discipline l'exigent, — il convient de rechercher, parmi les moyens de répression en usage dans les établissements d'instruction publique, quels sont ceux qui peuvent remplir le but, sans exercer une influence fâcheuse sur la santé, * sur l'application au travail, et sur la moralité des élèves.
Toute peine corporelle est odieuse, elle avilit, dégrade celui qui la subit et celui qui l'inflige, elle n'engendre que la haine et la perversité.
On sait les phases parcourues par la question depuis l'antiquité jusqu'aux correcteurs d'une époque récente.
Les peintures d'Herculanum attestent qu'il n'y a pas d'exagération dans la dénonciation de ce maître « qui excarniftcabit discipulos », suivant l'expression cruellement imagée de Sénèque.
Quintilien demandait instamment au maître de s'inspirer des sentiments d'un père.
Térence n'hésitait pas à donner à l'honneur et à la générosité des sentiments le pas sur la crainte :
v Pudore et liberalitate liberos Retinere satius esse credo quam metu. »
Rollin, voyant les châtiments et les verges en usage, se prononce contre ces procédés « bas et serviies ».
Dans notre pays, les protestations contre les peines corporelles datent de loin. Déjà, en 1703, on voit un régent être poursuivi en justice pour avoir donné un souffleta un élève qui s'était moqué de lui.
Les règlements universitaires ont depuis longtemps proscrit les peines corporelles *.
Les mœurs modernes ont fait disparaître les verges, la férule et le correcteur. L'hygiène, associée désormais à la pédagogie, repousse avec elle tout châtiment de ce genre.
Il ne semble pas pourtant que ces peines répugnent autant aux maîtres ni même aux élèves des universités anglaises.
Un auteur anglais décrit ainsi les* punitions en usage dans les collèges du Royaume-Uni :
<r Les punitions à Winchester comprennent les tâches extraordinaires (impositions), les privations de sortie (confinement), les coups (mning) et le fouet (flogging); enfin, •si ces moyens sont insuffisants, l'expulsion. Les tâches extraordinaires ne consistent pas d'habitude en devoirs à écrire, mais en passages à apprendre par cœur, ce qui est considéré comme de beaucoup préférable à l'ancienne méthode. Le fouet, qui est administré publiquement, et seulement par les premiers et seconds maîtres, est une peine qui, nous sommes heureux de le reconnaître, a beaucoup diminué de fréquence, modification qui a eu un trèsbon effet comme on pouvait s'y attendre. »
L'auteur ajoute en note que « le fouet était autrefois, et il n'y a pas longtemps encore, administré à Winchester, comme dans toutes les autres écoles, pour les plus ordinaires peccadilles (for the most trivial offences).
y> Le fouet dont on fait usage à Winchester est un instrument spécial, inventé à ce qu'il parait, par le docteur John Baker, warden du collège vers 1454, On l'appelle le vimen quadrifidum; il est formé d'un long manche, à l'extrémité duquel sont attachés quatre rameaux de pommier (appletwigs) réunis par une corde. Pour les fautes ordinaires, on
i. Art. 122 du Règlement du 9A prairial au X\.
applique quatre coups de fouel (c'est ce que les élèves appellent une frottée (scrubling) ; dans les cas plus graves, on en donne six, et comme la victime est alors introduite par le bible-clerk, on désigne cette punition sous le nom de bibling 1 . »
Chose étrange, ces rudes châtiments ne sont pas odieux aux élèves anglais, tant s'en faut!
<r On a voulu remplacer, dit-on, dans un de ces établissements, le fouet par une amende; les élèves se révoltèrent contre cette substitution, et crièrent : « Vive le fouet, à bas l'amende! »
« L'on maintint donc le flogging. L'élève met son orgueil à supporter ces châtiments corporels, soufflets, férules, bastonnades, et celui que nous considérons comme le plus odieux et le plus dégradant 2 . »
Au reste, les élèves savent en entrant, à quoi s'en tenir :
Sur les murs des classes de Winchester, est inscrite cette menace :
Aut disce, aut discede; manet sors tertla, cœdi.
« Il faut faire un choix entre apprendre, être chassé ou battu. »
En France, le système disciplinaire plus anodin, est beaucoup moins sommaire.
D'après l'article 72 du règlement du Prylanée français, « les peines consistaient dans les privations, soit d'une partie de la nourriture, soit de récréation ou de promenade, dans les arrêts ou la prison, dans la substitution pour quelque temps d'un habit ou d'un bonnet de bure au chapeau et à l'habit d'uniforme. »
Lors de l'organisation des lycées, l'arrêté du 10 pri* maire an XI dit dans l'article 25 :