DU SOL QUI CONVIENT AU POIRIER
L'on peut dire en thèse générale que le poirier peut être cultivé dans toute espèce de sol. Il s’agit seulement de choisir le sujet sur lequel il doit être greffé d’après la nature du terrain qu’on lui destine.
Greffé sur cognassier, le poirier exige un sol naturellement fertile et qui conserve toujours une certaine fraicheur; les sois argilo-caleaires et argilo-siliceux lui conviennent. Il prospère également dans les sables gras ou sablons, mais les fruits y sont généralement moins bons. Greffé sur franc, le poirier s’accommode de terrains plus arides et plus secs ; il réussit dans les sols caillouteux et
(‘) Un vol in-8, prix : 5 fr. 50. — Paris, librairie agricole de la Maison rustique, rue Jacob, 26.
éminemment calcaires, pourvu qu’ils aient de la profondeur, car il ne faut pas perdre de vue que le poirier franc est un arbre à racines pivotantes. Enfin, si le sol était peu profond et brülant, on pourrait encore cultiver le poirier en le greffant sur l’aubépine qui croit dans les plus mauvais sols. La plupart des variétés de poirier réussissent bien sur l’épine blanche; seulement comme le sujet prend habituellement moins de développement que la greffe, il en résulte des étranglements et des bourrelets au point d’intersection. On remédie en partie à cet inconvénient en greffant très-bas et tout à fait sur le collet des racines, de sorte que, lors de la plantation à demeure, la greffe soit légèrement enterrée, de 5 à 6 centimètres, par exemple, ce qui n’a point d’inconvénient dans les terrains brülants dont il est question. Si toutefois l'arbre tendait à s'affranchir, on déchausserait légèrement et l’on supprimerait les racines qui auraient pris naissance sur franc. J’ai conseillé le poirier sur épine à quelques planteurs qui ne pouvaient conserver aucun arbre greffé sur cognassier et tous ont parfaitement réussi.
Si le terrain que l’on veut consacrer au poirier était humide et glaiseux ; si le sous-sol était imperméable et peu profond, soit par l'effet de l'argile, du tuf ou du poudingue, il deviendrait nécessaire de le drainer ; on creuserait alors dans l’entre-deux de chaque rangée d'arbres, une tranchée dans laquelle on établirait, soit des drains, soit un lit assez épais de pierres si on les a à portée, soit même des fascines, seulement ce dernier mode de drainage est moins durable que les précédents. Les tranchées doivent être d'autant plus profondes, que l’écartement de l’une à l’autre est plus considérable; elle ne doit pas être moindre d’un mêtre et peut atteindre 1 mèêt. 50 cent. Quelque peu épaisse que soit la couche de terre végétale, il faut bien se garder, dans le défoncemént, d'entamer le sous-sol tuffeux ou argileux, on ne ferait qu’établir des réservoirs qui garderaient l’eau et l'humidité et causeraient la pourriture des racines. Les fossés seuls de drainage doivent s'établir dans la couche imperméable et la dépasser même, si celle-ci n’est pas très-épaisse.