RESTAURATION , ENTRETIEN ET RENOUVELLEMENT DU POIRIER
Le poirier sur franc est un arbre de longue durée; mais aussi sa croissance est lente, et il faut attendre longtemps ses produits : lorsque l’on aura done, soit des poiriers vigoureux et déjà forts, mais greffés d’une variété mauvaise ou médiocre ; soit des poiriers devenus improductifs par l’âge, ou ne donnant plus que
des fruits petits et pierreux; soit même de vieux arbres languissants , il faudra bien se garder de les arracher ; dans le dernier cas seulement, on déchaussera l'arbre pour s'assurer de l’état des racines ; si elles sont saines, l’arbre peut être restauré ; si, au contraire, elles sont pourries ou attaquées par des champignons, l'arbre est condamné et doit être abattu. Dans tousles autres cas, on recépera au mois de mars ou d'avril sur deux, trois ou quatre membres, suivant le nombre de branches de charpente sur lequel l'arbre a été primitivement membré. Les branches seront coupées à peu de distance du collet, et elles seront greffées en fente si elles ne sont pas très-fortes, ou en couronne si elles le sont trop. On pourra ainsi substituer de bonnes variétés à de mauvaises, et les vieux arbres acquerront une nouvelle vigueur ; surtout si l’on joint à l'opération un bon labour et une fumure copieuse. Le tronc des arbres sera râclé avec un ouïiil bien tranchant, et l’on enlèvera avec soin toutes les mousses et les écorces rugueuses du tronc jusqu'à l'écorce vive du dessous; l'arbre sera ensuite enduit avec un lait de chaux. Tous les poiriers, au reste, doivent subir cette dernière opération tous les trois ou quatre ans, c’est-à-dire, dès que la mousse et les lichens ont reparu et que les écorces sont devenues rugueuses. On peut, au lieu du lait de chaux, les enduire avec un mélange liquide de terre glaise et de bouses de vaches, ou simplement avec de la terre glaise délayée. Le lait de chaux a l’inconvénient d'être désagréable à la vue; cependant il détruit mieux les insectes et les larves.
Les greffes posées sur les arbres recépés poussent avec tant de vigueur, qu’elles sont presque toujours cassées ou décollées par le vent, si on n’a pas soin de les armer en atiachant fortement au tronc de l'arbre de longs rameaux auxquels on les assujettit. On refait l’annéè suivante une nouvelle charpente qui ne tarde pas à se mettre à fruit. Il est même à remarquer que les arbres dont on change ainsi la variété sont plus fertiles que ceux qui sont plantés jeunes.
Il est aussi très-facile de changer la variété d’une pyramide : on raccoureit tous les membres latéraux à vingt ou dix centimètres, les plus bas sont laissés plus
longs que ceux du sommet, et l’on greffe en fente chaque membre ainsi amputé ; en deux outrois ans la pyramide est complétement refaite. Il va sans dire que l’on aura aussi placé une greffe sur la flèche.
Be Ia Grefïe.
Les pépiniéristes n'emploient guère pour le poirier que la greffe en écusson à œil dormant ; c’est certainement la plus prompte et je dirai même la plus avantageuse pour tous les sujets greffés sur cognassier et aussi pour les sujets greffés sur franc que l’on destine à des formes, qui doivent subir une taille continue et annuelle et qui par conséquent doivent être greffés ras le sol ; mais pour les arbrès à haute tige, la greffe en fente et en tête sur sujets ayant déjà acquis une certaine force, est bien préférable : elle fournit des arbres plus vigoureux et plus durables et permet d'apprécier d’un coup d'œil la vigueur et la bonne venue du sujet porte-greffe. Pour former des arbres à haute tige, il faut cueillir les greffes sur des sujets sains et greffés eux-mêmes sur franc ; mais cette dernière prescription, qui cependant est essentielle, n’est pas toujours possible,
et de plus, est presque toujours négligée par les pépiniéristes. Or, l'inconvénient de greffer provenant de sujets greflés sur cognassier, sera bien moindre lorsque le corps de l'arbre sera sauvageon et que la tête seule sera greffée, que si la tige entière est formée avec un scion qui a déjà été affaibli par une alliance prolongée sous le cognassier.
Dans la création d’un verger, il sera même avantageux de planter des sauvageons vigoureux, d’une bonne croissance, et de ne les greffer que la deuxième ou troisième année après leur mise en place, lorsque la tige aura acquis environ quatre centimètres de diamètre ; c’est un moyen assuré d'obtenir des arbres robustes et de longue durée. Non-seulement par ce mode on n’éprouvera pas de perte de temps, mais les arbres ainsi greffés pousseront ensuite avec une telle vigueur, qu'ils ne tarderont pas à dépasser ceux qui auraient été plantés greftés.
Je dois rappeler encore que, si l’on a au printemps ou même dans le courant de l'hiver des greffes que l’on ne pourrait plus avoir à sa disposition au mois d'août, on peut très-bien à cette époque greffer en fente près de terre même sur Cognassier ; on peut même déplanter les sujets et les greffer à son aise au coin du feu et replanter ensuite. Il faut avoir soin, si l’on opère pendant l'hiver, de bien enduire les plaies de cire à greffer et de ramener un peu de terre en butte autour du pied, de manière à ce que la greffe soit un peu enterrée: on ne laisse sortir que deux yeux ; plus tard, lorsque les greffes seront assurées, on déchaussera et l’on en profitera pour enlever les ligatures.
J'ai déjà parlé, à propos des fuseaux et des cordons, de la greffe à employer pour ne former qu’un cordon continu ou une succession d’arceaux ; la même greffe peut être employée pour joindre les membres latéraux des palmettes lorsqu'ils s’atteignent : on obtient ainsi le double avantage de garnir parfaitement le mur ou le contre-espalier et d’équilibrer la végétation des arbres.
il me reste à dire quelques mots à propos de deux greffes nouvelles que j’appellerai greffes de fantaisie, parce que je suis convaincu qu'elles ne deviendront jamais d’une pratique usuelle, bien qu’elles soient fort ingénieuses. L'initiative en est due à M. Luizet, habile praticien d'Ecully près Lyon. La première est la greffe de boutons à fruit: je ne la décrirai pas, parce qu'elle est maintenant bien connue ; ce n’est du reste qu'une greffe en écusson. Dans le principe, on a fondé sur cette greffe des espérances qui ne se sont pas réalisées; en effet, après avoir donné du fruit une année ou deux au plus, elle ne tarde pas à s’éteindre. Ce sera toujours dans une taille intelligente et dans l’application à chaque variété, des formes qui lui conviennent le mieux, qu’il faudra chercher la fécondité de ses arbres. Il en est peu, au reste, que l’on ne puisse amener non-seulement à produire, mais même à produire selon la volonté de celui qui sait les diriger.
La deuxième est une greffe en approche destinée à augmenter le volume de quelques fruits. Elle consiste à choisir vers la fin de juin une brindille souple dans le voisinage d’un fruit et à la réunir par la greffe en approche au pédoncule d’un jeune fruit ; puis, lorsque le bourgeon est soudé et qu'il a pris un développement suffisant pour altérer la sève en grande quantité vers ce point, à le pincer pour l'empêcher d’absorber trop de sève au détriment du fruit; si le pédoncule de fruit est trop court, on greffe le bourgeon sur le rameau qui porte le fruit en le soudant du côté opposé à celui où ce dernier est attaché et
un peu au-dessous du point d'attache; dans l’un et l’autre cas, le bourgeon ainsi greffé sert de nourrice au fruit en attirant dans son voisinage une grande quantité de sève. Je le répète, cette greffe est très-ingénieuse, mais elle ne s’emploiera jamais que pour obtenir quelques fruits d’une grosseur exceptionnelle.
Vers qui rongent l’intérieur des Pommes et des Poires.