POUR PRÉVENIR OU DIMINUER LES PERTES QU'ILS OCCASIONNENT
Le Sud-Est a publié sous ce titre, dans son numéro du mois de juin 4856, un article aussi remarquable pour le fond que pour la forme. Cette étude consciencieuse, tout à la fois scientifique et pratique, est due à M. le docteur Ebrard, de Bourg. Je suis tellement convaincu que celui qui suivra les prescriptions de l’auteur verra diminuer sensiblement les ravages que les larves de certains insectes exercent sur nos fruits, que je n’hésite pas à reproduire en entier ce travail, auquel M. Ebrard à joint plusieurs observations nouvelles.
« La chute d’une grande partie des pommes et des poires qui tombent avant leur maturité est occasionnée par des vers qui en rongent l'intérieur. « On ac- » cuse souvent les vents du nord, dit Réaumur, de faire tomber les fruits , eton » les accuse parfois avec raison ; mais souvent aussi, ce que l’on metsur le compie, » pour nous servir du langage ordinaire, des mauvais vents, devrait être mis sur » celui des insectes. » il a été dit que l’action de ces insectesétait alors utile, parce que les éléments de nutrition, qui auraient été consommés par les fruits tombés, servaient dès lors aux fruits restants etles rendaient plus gros. Cela serait vrai si les vers n’attaquaient les fruits que sur les arbres en étant abondamment chargés, S'ils en respectaient toujours une certaine quantité, s’ils les piquaient avant qu'ils eussent pris un certain volume.
» Deplus, les fruits qui viennent à maturité malgré la présence des vers, sont les premiers attaqués par les guêpes, et surtout les premiers à pourrir; on est . obligé, en les mangeant ou en les préparant pour la cuisson, d’en jeter une partie; ils ont généralement une saveur plus âcre.
» L’indication de moyens propres à prévenir les atteintes de ces vers, ou, du moins, des moyenssusceptibles de diminuer leurs ravages, sera done, je l'espère, bien accueillie par les propriétaires d'arbres fruitiers. Mais je dois , afin que la manière d'agir soit comprise, exposer préalablement l’origine des vers des fruits à pepin, leurs mœurs et leurs habitudes.
» Les vers qui vivent de la chair des pommes et des poires proviennent d’un petit papillon de nuit ({ortrix pomonella, carpocapsa vel pyralis pomonana), d’un charancon pourpre, d’une mouche à scie (tenthredo testudinea), et aussi, pour les poires seulement, d’une fipule, petite mouche à deux ailes.
» Oceupons-nous d’abord du premier insecte ; il est ordinairement de beaucoup plus commun. Ses ailes supérieures sont noires ou d’un brun cendré, comme damassé, avec une tache d’un rouge brun vers leur extrémité postérieure. Il
apparait au mois de mai ou de juin, se posant le soir sur les pommes ou les poires; il place un de ses œufs, lesquels sont au nombre de 30 à 60, entre deux fruits qui se touchent, dans le petit enfoncement où la queue vient s’insérer, plus souvent au milieu du calice ou œil. Cet œuf donne bientôt naissance à une petite chenille à tête brune, ayant six pattes, et dont le corps, d’un blanc sale ou couleur de chair, est semé, sur les premiers anneaux, de quelques taches grises. Elle ronge le fruit, se creuse une galerie jusqu’au pepin, grossit et engraisse à plaisir ; puis, lorsque la poire ou la pomme tombe, quelquefois même avant sa chute, elle sort de sa retraite. Gagnant le tronc de l'arbre ou bien l’une * des grosses branches, elle se cache sous quelqu'une des parties de l’écorce qui se détachent et se soulèvent à demi, et surtout dans les fentes recouvertes de lichen. « Ensuite, elle y creuse une cavité de forme ovale et la garnit d’une » enveloppe soyeuse. L'hiver passé, elle se transforme en papillon. » — M. DE- LACOUR.
» La retraite de cet insecte sous les aspérités de l’écorce des arbres explique, à mOn avis, pourquoi il attaque presque exclusivement les vieux arbres, ainsi que l’ont remarqué Van Mons et plusieurs arboriculteurs, entre autres mon honorable collègue ‘de la Société d'Emulation, M. Sirand. Les jeunes arbres, en effet, dont la peau étant lisse offre difficilement un asile aux larves de la pyrale des pommes, ne présentent ordinairement que très-peu de fruits véreux. C’est probablement le grand nombre des fruits véreux sur les vieux arbres et leur rareté sur les jeunes arbres, circonstance dont la cause réelle a été mal comprise, qui a donné lieu à cette opinion, en grande partie sinon tout à fait erronée de Van Mons, que les fruits des vers étaient produits, sans préexistence d'œufs ou de germe, par la vétusté des variétés, et que c’est là la raison pour laquelle les variétés nouvelles en étaient exemptes (‘).
» Quoi qu'il en soit, les mœurs des vers provenant du papillon de la pomme mettent sur la voie des moyens de destruction à employer pour en restreindre le nombre. Puisqu'ils passent l'hiver sous la vieille écorce du tronc et des grosses branches, sous l'expansion des lichens, il convient de les ràcler pendant l'hiver. Privés de leur abri, dépouillés de leur enveloppe soyeuse qui tient à l'é-. corce, les vers périront nécessairement. Cette opération, qui peut être exécutée en un jour sur un très-grand nombre d'arbres, sera d'autant moins coûteuse qu'elle aura lieu à une époque où les travaux du jardinage ne pressent pas. Elle ne nuira point, car elle est déjà employée pour donner aux vieux arbres une nouvelle vigueur, pour faire porter des fruits à ceux qui sont stériles. Elle’ détruira aussi plusieurs chenilles hybernantes qui se nourrissent des feuilles des poiriers et des pommiers.
» On devra encore, durant la belle saison, ramasser chaque jour Les fruits tombés, les donner à manger au bétail, ou bien les jeter dans l’eau après les avoir écrasés. Je crois pouvoir assurer que le papillon des fruits à pepin, de même que l’alucite des blés, vulgairement le papillon, a deux générations par an, et que les larves renfermées dans les fruits tombés au printemps produisent en été de nouveaux papillons, et, par suite, de nouveaux vers.
Je recommanderai aussi aux personnes dont le fruitier est proche de leur jar-
() Van Mons avait fort bien observé que les vers des fruits à pepins appartenaient principalement à trois espèces différentes ; il appelle la larve de la tortrix pomonella, ver du fruit forme.
din ou de leur verger, d'y visiter, à la fin de l’hiver, les jointures des tablettes et autres appareils en bois qui s'y trouvent, pour y détruire les coques des vers, ou bien d’en tenir les fenêtres fermées jusqu'à la fin d'août, pour empêcher les papillons d’en sortir.
» L'efficacité des mesures que je viens de proposer paraït-elle douteuse, je rappellerai les désastres occasionnés dans les vignobles de la Bourgogne, du Beaujolais et du Màconnais par un autre petit papillon nocturne, la pyrale des vignes, et les moyens qui y ont mis fin.
» Les chenilles de la pyrale mettent à découvert les grappes de raisin et les font sécher en dévorant les feuilles de la vigne, puis, se logeant entre les aspérités de l'écorce du cep, elles s’y changent en chrysalides et y demeurent, . jusqu à ce que le printemps étant venu, elles deviennent des papillons. La pyrale déterminait, il y a quelques années, pour les habitants de Beaujolais, du Mäconnais et de la Bourgogne, des pertes annuelles évaluées à plusieurs millions de francs. Des milliers de vignerons, dont les vendanges étaient nulles, étaient tombés dans la misère. Bien plus, les propriétaires commencçaient à faire arracher leurs vignes, ces vignes où l’on recueille des vins renommés de Nuits, de Juliénas, de Beaune, du Clos-Vougeot, eic. Cependant, durant l'hiver de 1840, un habitant de Romanèche, Benoît Raclet, en cherchant ies moyens de détruire les vers de la pyrale, jeta, par accident, un seau d’eau bouillante sur quelques vieux ceps de vigne. Le remède contre les ravages de la pyrale était trouvé. Le germe de cette découverte fui dû au hasard, mais les dons du hasard ne deviennent féconds qu'entre les mains des hommes de génie. Benoit Raclet remarqua, pendant l'été, que les vieux ceps de vigne qu'il avait échaudés sans le vouloir étaient les seuls de son clos qui portassent des raisins. L'année suivante, durant l'hiver, il lava avec de l’eau chaude tous les ceps de sa propriété; ils donnérent en automne une magnifique récolte, tandis que ceux des autres vignes, au milieu desquels ils étaient placés, étaient nus et dépouillés ().
» Raclet publia sa méthode, et les pays vignobles du sud et du cenire de la France virent bientôt cesser leur misère, laquelle avait été produite, hélas! par un insecte à peine visible.
» Parlons de deux autres insectes rongeurs de pommes et de poires, le charançon pourpre et la mouche à scie.
» Le charançon pourpre a la même forme que celui des blés, le barberotte; seulement il est plusallongé (sa longueur est d’une ligne et demie), et de couleur brune-rougeûtre à teinte peu foncée, semblable à celle du dos des hannetons. Au printemps, sa femelle choisit sur les pommes ou les poires récemment nouées une surface bien lisse, perce la peau avec sa trompe, creuse en dedans une petite cellule et y place un œuf oblong et transparent; elle le dépose encore dans une incision faite à l’intérieur de l'œil du fruit. La larve qui en sort est blanche, avec une tête noirâtre, et diffère de celle des papillons, par l'absence des pattes. Elle pénètre dans le fruit et, y trouvant le vivre et le couvert, comme le rat ermite du bon Lafontaine dans son fromage de Hollande, elle y reste paisiblement jusqu'à ce qu’il tombe ; elle le quitte alors pour entrer dans la terre, d’où elle sort, à la fin du printemps, sous la forme d’un charancçon.
(1) Peut-être que ce moyen, appliqué pour prévenir l’oïdium, pourrait donner les mêmes résultats.
» La mouche à scie a la tête et la poitrine noires, le ventre couleur orange pâle chez la femelle, de couleur noire chez le mâle.
« Si, vers le mois de mai, dit M. Delacour (de Beauvais), on surveille avec attention les pommiers dont les fruits ont été, dans l’année précédente, attaqués le plus fréquemment par des vers, on voit souvent de petites mouches à quatre ailes, voltigeant autour des fleurs, sur lesquelles elles finissent par se poser. Elles entrent dans la corolle, et là, après avoir recourbé leur abdomen, elles font manœuvrer avec rapidité une petite scie qu’elles portent à l’extrémité du ventre, pour pratiquer une entaille et y déposer un œuf. Le ver qui en sort a le corps blane, la tête d’un brun-rougetre, et répand, quand on l'écrase, une odeur agréable semblable à celle des fleurs de la laurelle double. Le fruit dans lequel le ver s’introduit aussitôt après sa sortie de l'œuf, continue pendant quelque temps à grossir, et tombe au mois de juin, lorsqu'il a atteint le volume d’une petite noix. »
» Les naturalistes pensent, comme M. Delacour, que les mouches à scie ne piquent les fruits que lorsqu'ils commencent à nouer, et qu’elles les font tomber de bonne heure. Mes observations me portent à penser qu'elles les attaquent aussi lorsqu'ils ont déjà un certain volume. Ayant mis dans un bocal, avec un peu de terre, au mois de septembre 1853, des poires véreuses que je devais à l’obligeance de M. Mas, j'y observai, l’année suivante, au mois de juillet, des mouches à scie (‘). J'ai trouvé aussi à cette époque des fruits ayant été piqués tout récemment.
» La larve de la mouche à scie, comme celle du charancçon, reste dans les fruits tant qu'ils sont sur l’arbre, et entre ensuite dans la terre pour y demeurer jusqu’au printemps ou à l'été.
» Il résulte des mœurs des larves du charancon pourpre et de la mouche à scie du pommier, qu’il faudrait, pour diminuer le nombre de ces insectes, ramasser chaque jour les fruits tombés, et, comme je l’ai déjà dit à propos de la larve des papillons, les donner au bétail ou les écraser. Ce soin sera une tâche facile pour les enfants. On doit aussi, lorsqu'on l’a négligé, ou bien lorsque des arbres sont d'ordinaire plus particulièrement atteints des vers, enlever en automne une couche de terre tout autour de ces arbres, à une profondeur de 7 à 10 centim., et la faire passer au feu ou à la fumée, au moyen de l’écobuage.
» J'ajouterai à ces conseils celui, applicable seulement aux arbres nains, d'examiner les tiges fleuries au mois de mai, alors que les fruits commencent à nouer, et d'en Ôter les charançons.
» Cette année, un habitant de Pont-d’Aïn annonca, dans le Courrier de l'Ain, qu'il se chargeait, appelé à cette époque, de préserver presque entièrement des vers les fruits des arbres nains qu’on lui confierait. Je crois avoir deviné sa méthode qu'il a déjà, dit-il, employée avec succès. En 1855, à partir de la floraison des pommiers et des poiriers, la température ne commenca à être très-
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(') Je me suis procuré les divers insectes parfaits : papillons, charançons, mouches à scie et tipules, qui donnent naissance aux vers des fruits, en plaçant dans un bocal en verre, avec un peu de terre, des fruits véreux : pommes, poires, châtaignes, noix, noisettes, etc., chaque espèce de fruit dans un vase séparé. J’étendais par-dessus une couche de mousse, et je recouvrais avec un morceau de linge à trame serrée. Je voyais, peu de temps après, les larves de charançons et de mouches à scie entrer et se promener dans la terre, celle des papillons grimper et filer leurs coques au milieu de la mousse, puis, au printemps, les insectes parfaits cherchaient à sortir au dehors du bocal.
chaude que vers le 4°* ou le 2 mai; hé bien, ce dernier jour, en visitant le jardin de M. Chevrier, je remarquai pour la première fois que deux poiriers (duchesse d'Angoulême), dont les fruits avaient été tous véreux en 1854, étaient couverts de charancçons pourpres. Les arbres les plus voisins en présentaient quelques-uns, en très-petit nombre; les autres n’en avaient pas. Une partie‘de ces charançons étaient déjà accouplés, les autres s'accouplèrent les jours suivants; et tandis que, pendant les premiers jours, c’est-à-dire, avant l'accouplement, ils se tenaient principalement sur les jeunes feuilles, on les trouvait ensuite en plus grand nombre vers les fruits. Hs avaient presque entièrement disparu le 26 mai. Nul doute que la destruction de ces insectes, faite dans les premiers jours, n’eùt préservé ces poiriers des vers des fruits, du moins de ceux qui proviennent des charançons. Les feuilles étant alors petites et peu nombreuses, l'opération eût été facile ; j'avais résolu de l’exécuter à titre d’épreuve sur l’un des deux arbres, soit en prenant les charancons avec la main, soit en étendant un linge blanc au-dessous du poirier et en imprimant une secousse brusque à chaque branche ; une maladie m’a empêché de donner suite à ee projet.
» Si tous les jardiniers ou propriétaires d’un hameau, d’un village, s’entendaient pour enlever et détruire tous les fruits tombés, pour enlever, pendant l’hiver, les vieilles écorces de leurs arbres fruitiers, et enfin pour détruire les charançons au printemps sur les arbres nains, ils seraient certainement presque entièrement, pour ne pas dire tout à fait, à l'abri des pertes causées par les vers des fruits. Mais un propriétaire ne doit pas regarder ces mesures comme inutiles par cela qu'il serait seul à les mettre en pratique, car les insectes produisant les vers des fruits sont très-sédentaires et s’éloignent peu des arbres où ils ont pris naissance.
» À l'appui de cette opinion, je citerai de nouveau l'histoire de la pyraie des vignes. Raclet et les premiers vignerons qui échaudèrent leurs ceps eurent de magnifiques récoltes, tandis que les vignes au milieu desquelles leurs fonds étaient comme enclavés, et pour lesquels on n'avait pris aucune précaution, ne conservèrent pas un raisin intact. On a vu, d'autre part, que Raclet a reconnu l’action préservatrice de l’eau chaude contre les ravages de la pyrale, à l'exisience de raisins Sur quelques ceps ayant été échaudés et étant entourés d’autres ceps non préservés.
» Les amateurs qui tiennent à voir un fruit venir à bien, par exemple celui d’un arbre nouvellement planté, pourront presque toujours le conserver, lors même qu'il aura été piqué par les vers, en mettant en usage le procédé suivant :
» L'ouverture qui annonce l’existence du ver est-elle récente, peu profonde, qu'ils retirent ou tuent l’insecte avec la pointe d'un canif. « Cette incision, que » j'ai employée souvent avec succès, dit M. Delacour, sera sans résultat nuisible » et se cicatrisera d'abord, même quand le ver, ayant été tué, reste dans l’inté- » rieur du fruit. » J'ai répété cette opération un grand nombre de fois cette année, au mois de juillet ; elle est facile, prompte et sûre. Une substance visqueuse, incolore ou jaunâtre, entourant l'œuf d’où est sorti le ver, aide à apercevoir une ouverture récente et très-petite, lorsqu'elle a été faite par une chenille de papillon ; c’est le cas le plus fréquent pour les fruits déjà avancés. On la trouve au point de contact du fruit avec un autre fruit ou avec une feuille.
» Ai-je besoin de dire que l’on doit toujours enlever cette substance visqueuse, laquelle peut renfermer l'œuf encore intact ? Mis en usage avant l’éclosion des œufs, ce moyen préservatif me semble supérieur à l’incision dont il prévient
l'emploi. Celle-ci n’est pas d’ailleurs toujours possible, par exemple lorsque les” fruits sont petits ou lorsque le trou creusé par l’insecte est profond ou avec des « circonvolutions ; parfois elle donne lieu à la pourriture ou nuit au volume de la pomme ou de la poire.
» On a conseillé de faire périr le ver en bouchani l’ouverture de son logis avec un pain à cacheter, en y collant du papier , en y introduisant de l'huile ou de la graisse. J'ai constaté que ces moyens étaient inutiles. Le ver vient percer le pain à cacheter et le papier, ou bien, va faire une deuxième ouverture en une autre partie du fruit.
» Parlons des tipules.
» En 4858 et 1859, la récolte des poires a été fort diminuée par de petits vers qui se logeaient au nombre de dix à vingt dans les fruits venant de nouer, et les rendaient globuleux, comme ballonnés, et ne tardaient pas à les faire noireir et tomber. Dans le jardin d’un membre de la Société d'horticulture de l'Ain, M. Hudelet, jai vu des poiriers ne pas conserver un seul fruit intact. Ces petits vers, qui étaient de couleur blanche, sans pattes, à extrémité postérieure pointue, se changeaient en chrysalides jaunâtres dans l’intérieur même de la poire, ou bien, lorsqu'ils en étaient sortis, dans la terre à une profondeur d’un à trois centimètres.
» Ils produisaient ensuite de petites mouches à deux ailes, dites fipules. Is provenaient par conséquent de cet insecte, qui pond probablement ses œufs dans la fleur.
» J'avais déjà, dans les années précédentes, observé les mêmes vers dans les cavités creusées par les larves de la pirale des pommes et de la mouche à scie dans l'intérieur des fruits à pepins et abandonnées par elles. J'en ai trouvé une grande quantité en 1859, dans les noix.
» L'histoire de ces insectes étant connue, on comprend que la destruction des fruits tombés et l'écobuage de la terre ramassée sous les arbres sont encore là les meilleurs moyens de prévenir leurs ravages.
» Je garde rancune à plusieurs espèces de chenilles du poirier et du pommier, lesquelles entourent de leur toile les bouquets de jeunes fleurs et détruisent ensuite les feuilles servant d’abri aux fruits ; je garde rancune à des larves, telles que celles du cossus, qui ont fait périr plusieurs poiriers récemment plantés en mon verger, en creusant à travers leur écorce de longues galeries; à des pucerons lanigères, ayant couvert entièrement quelques-uns de mes pommiers de tubérosités difformes , mais je ne veux parler ici que des insectes attaquant directement les fruits.
» Cette année, au commencement de juin, en parcourant la riche collection de poiriers de M. Chevrier, vice-président de la Société d’horticulture de l’Ain, j'ai trouvé dans des feuilles roulées en le sens de leur longueur, des vers semblables à ceux de la pyrale des pommes, sauf une longueur un peu plus grande et un aplatissement plus prononcé du corps. Ils attaquaient les fruits placés à leur portée. Ces larves se changeaïent en chrysalides jaunes dans la cavité même de la feuille roulée, puis se métamorphosaient bientôt en papillons ayant le corcelet de la même couleur, l'abdomen rougeûtre, les ailes d’un blanc sale et pointillé de jaune, étendues et légèrement inclinées, etc.
» La forme roulée des feuilles servant de demeure à ces vers extérieurs des fruits, mettent à même de remarquer facilement leur présence et de les détruire.
» Enfin, dans cette même année, j'ai également observé autour du collet des jeunes poires de plusieurs de mes arbres, une quantité considérable de pucerons qui, en pompant les sues destinés à leur développement, les faisaient sécher ou les rendaient difformes et moins grosses. Je les ai fait disparaitre à l’aide de la poudre insecticide et du petit soufflet de Vicat.
» Je ne veux point terminer ces instructions sur les vers des fruits sans insister encore sur un conseil déjà donné ailleurs, celui de ne point faire la chasse aux oiseaux insectivores , ces aides bienfaisants et peu coûteux nous ayant été donnés par la Providence pour détruire ceux des ennemis de nos récoltes qui nous échappent par leur petitesse. Je recommanderai surtout les mésanges; ces petits oiseaux, qui sont presque les seuls restant en nos pays pendant l'hiver, abandonnent alors les bois pour venir en troupes parcourir les haies de nos champs, les arbres de nos jardins, cherchant les insectes nuisibles ; ils tournent autour de chaque branche, grimpent le long des troncs d'arbres, examinent les moindres cavités de l'écorce. On leur tend cependant, malgré leur utilité, des piéges de toutes sortes, on les tue par milliers, et pour quel profit? il faut soixante et quinze de ces oiseaux dépouillés de leurs plumes pour atteindre le poids d’un demi-kilogramme! »
De Ia Cumeilleite.
Quelques personnes m'ont demandé pourquoi je n’avais pas indiqué l’époque précise de la cueillette de chaque variété de poires : la raison en est bien simple; c'est qu'une pareille indication n'offrirait rien de certain, et que forcément j'induirais en erreur ceux qui voudraient suivre mes prescriptions, attendu que, pour une même espèce, l’époque de la cueillette varie suivant le sol, l'exposition, et surtout suivant l’année.
Il est évident qu'une variété plantée dans un sol léger et chaud à l'exposition du midi ou du couchant, arrivera plus tôt à maturité que si elle a erû dans un sol humide et froid, et à l'exposition du nord et du levant.
Quant à l'influence d’une année sur l’autre, elle est plus grande encore : c’est ainsi que cette année, pas exemple, par suite de la sécheresse et des chaleurs exceptionnelles de l'été, tous les fruits ont devancé de beaucoup leur époque ordinaire de maturité.
Aujourd'hui, 45 septembre 1859, les duchesses d'Angoulême sont presque toutes passées, et à cette même époque, nous mangeons déjà des beurrés Diel, des triomphes de Jodoigne, et presque toutes les poires qui, habituellement, n'arrivent à maturité qu'en novembre et décembre. Comment, avec des écarts pareils, vouloir fixer une époque déterminée !
La cueillette des fruits est essentiellement une affaire d'observations personnelles , et la pratique seule indiquera le moment opportun de cueillir telle ou telle variété. Mais, s’il est impossible de rien préciser, on peut établir quelques principes généraux qui pourront guider, jusqu’à un certain point et dans quelques cas donnés, ceux qui n’ont pas encore acquis assez d'expérience. Règle
générale : toutes poires, même celles de premier été, sont meilleures lorsque leur maturité s'achève au fruitier, que si elles ont müri sur l'arbre.
Les fruits qui müûrissent sur l'arbre sont généralement pâleux et cotonneux, eten tous cas, ils ont moins d’eau que ceux cueillis quelques jours à l'avance.
Les poires d'été doivent être cueillies seulement cinq à six jours avant leur maturité ; celles du commencement de l’automne, dix ou quinze jours avant cette même époque.
L'époque où l’on doit commencer de cueillir les fruits d'été, s'annonce généralement par un changement dans la couleur et par la maturité et la chute des fruiis véreux.
Il ne faut pas oublier que la maturité des fruits piqués par les vers est toujours devancée, et attendre par conséquent qu'un certain nombre de fruits tarés soient complétement mûrs pour commencer la cueillette.
Les fruits d'été doivent être cueillis en plusieurs fois à intervalles égaux ; trois le plus souvent: c’est ce que l’on appelle entre-cueillir.
La plupart des auteurs ne recommandent ce procédé que pour les (rate d'été ; je le généraliserai davantage, et je dirai que l'on se trouvera toujours bien de l'appliquer aux poires de toutes saisons, sauf à quelques variétés d'hiver que j'indiquerai dans un moment.
L'intervalle d’une cueillette à l’autre variera seulement selon l’époque de la maturité des fruits ; il sera de cinq à six jours pour les fruits d'été; de huit à dix pour les fruits d'automne, et de dix à douze pour les fruits d'hiver.
On devra toujours commencer la cueillette par les fruits qui présentent le changement de couleur le plus prononcé, parce que ce sont ceux qui approchent le plus de la maturité ; par les plus gros, parce que les plus petits, profitant alors de toute la sève de l'arbre, pourront encore augmenter de volume ; par les plus près du sol, parce que généralement les fruits les plus avancés sont ceux du bas et du milieu de l'arbre ; ceux du haut sont les plus tardifs, parce que la sève afflue beaucoup plus dans les parties supérieures. Cette dernière remarque est surtout applicable aux formes dont l’'embranchement part du sol.
Le changement de couleur , la chute et la maturité des fruits véreux, nous guideront encore pour la cueillette des poires du commencement de l'automne, et généralement de toutes celles qui peuvent atieindre sur l'arbre leur maturité complète.
La difficulté sérieuse n'existe donc que pour les fruits de la fin de l'automne et de l'hiver.
Tous ces fruits, sans exception , sont d'autant meilleurs, qu'ils restent plus longtemps sur l'arbre ; mais il n’en est pas de même pour la conservation , et, sous ce rapport, on peut les diviser en deux groupes distincts :
4° Ceux qui se conservent d'autant mieux qu’ils sont cueillis plus tôt à l'automne ;
20 Ceux qu'il faut cueillir le plus tard possible, sous le double point de vue de la conservation et de leurs qualités spécifiques.
Ce dernier groupe ne renferme que quelques fruits d'hiver, très-tardifs ; on les reconnait presque tous à leur dureté avant la maturité, à leur épiderme grossier et rude au toucher ; de ce nombre sont la Fortunée , le bon Chrétien de Rans, la Bergamotte Esperen, etc. Tous ces fruits, ou n’arriveraient pas à maturité, ou perdraient toutes leurs qualités s’ils étaient cueillis de bonne heure.
Ici donc, point de difficulté encore, puisque pour la cueillette il faut se laisser guider par la saison, et que, si l’année le permet, on laissera des fruits sur l'arbre jusqu'à la fin d'octobre; c’est-à-dire, tant que les gelées ne seront pas à craindre.
Ce sont ces fruits seulement et leurs analogues que l’on devra cueillir tous à la fois , ei pour lesquels j'ai fait une réserve, lorsque j'ai parlé de l'avantage des récoltes anticipées pour tous les fruits.
Le premier groupe est de beaucoup le plus nombreux ; il comprend tous les fruits de la fin de l'automne, et une bonne portion de ceux de lhiver : ainsi, le Doyenné d'hiver, la Joséphine de Malines, le Passe-Colmar, la bonne de Malines, etc., appartiennent à ce premier groupe.
Il ne faudra pas perdre de vue ce que j'ai dit à l’article du Dovenné d'hiver, à savoir : que si l’on cueille trop tôt, le fruit flétrit au lieu de mürir , et qu’en tous cas, une cueillette trop anticipée est toujours au détriment de la saveur. Lorsque je dis que ces fruits se conservent d'autant plus qu'ils sont cueillis plus tôt à l'automne, il faut entendre que la cueillette sera faite à propos et en bon temps. Comment déterminer cet instant opportun? C’est ce qu’il est bien difficile de faire.
Selon M. Hardy, il faut cueillir les fruits huit ou dix jours après qu'ils ont cessé de grossir. Mais comment, celui qui n’a pas acquis assez de pratique pour arriver à connaître l’époque de la cueillette, parviendra-t-il à distinguer le jour précis où chaque variété de poires aura cessé de grossir !
Il est temps de cueillir, ont dit d’autres auteurs, lorsqu'il suffit de relever un peu le fruit pour que le pédoncule se détache bien de la bourse ; cette prescription, qui peut être vraie pour les fruits d’été et du commencement de l’automne, manque totalement de justesse pour ceux de larrière-saison ; la plupart tiennent encore fortement à l'arbre, à l’époque où il faut les en détacher.
C'est pour cette catégorie de fruits que je pense qu'aucune indication ne peut remplacer l'expérience que donne la pratique, et encore le plus habile jardinier se trompe-t-il quelquefois ; c’est pour cela que je conseille de les entre-cueillir.
Si les cueillettes sont faites à propos, on prolongera de beaucoup la jouissance de ces fruits. Ceux cueillis tard mûriront de bonne heure, mais seront excellents ; ceux cueillis les premiers, s'ils perdent un peu de leur saveur, rachèteront ce défaut par une longue conservation, et si l’on se trompe, en faisant trop tôt une première cueillette, on ne perdra jamais qu'une portion de ses fruits.
Si à cela on ajoute le soin de noter chaque année l’époque des diverses cueillettes de chaque fruit et les résultats obtenus, on aura au bout de peu de temps des termes moyens pour son climat, son sol et son exposition, qui présenteront toutes certitudes ; à part, bien entendu, pour les années exceptionnelles, comme celle-ci, auquel cas on aura alors acquis assez de pratique pour juger de combien de temps il conviendra d'avancer ou de retarder l’époque habituelle de la cueillette.
Je n’ajouterai pas ce que tout le a sait, qu'il faut cueillir les fruits par un beau temps, l'après-midi, alors qu'ils sont parfaitement secs.
Conservation des fruits.
Je n'entrerai dans aucun détail sur l'emplacement et l'agencement d’un bon fruitier ; on trouvera ces indications dans tous les auteurs. Je dirai seulement que pour mon compte personnel, je n’ai point de fruitier proprement dit; je place des fruits partout, les uns au nord, les autres au midi; à la cave et au grenier ; à une température basse ou élevée ; suivant que je veux avancer les uns ou retarder les autres. Pour cela, je me sers du fruitier portatif de M. de Dombasle, dont voici la description :
On fait construire en planches de sapin ou de peuplier de 18 à 20 millimétres d'épaisseur, des caisses de 8 centimètres seulement de hauteur et de 77 centimètres de longueur, 52 centimètres environ de largeur, le tout pris en dedans; toutes ces boîtes doivent être de dimensions bien égales, de manière à s’ajuster bien exactement les unes sur les autres; elles n’ont point de couvercle, et le fond est fermé de planches de 10 à 12 millimètres d'épaisseur, solidement fixé par des pointes , sur le bord inférieur des planches qui forment les parois des caisses. Au milieu de chacun des quatre côlés de la caisse, on fixe avec des clous, près des bords supérieurs, des morceaux de bois ou tasseaux d'environ 10 centimètres de longueur sur 5 à 6 centimètres de largeur et 19 à 15 millimètres d’épaisseur. Ces morceaux sont appliqués, par une de leurs faces larges, sur les faces extérieures de la caisse et en sorte qu’un de leurs bords, sur toute la longueur du tasseau , dépasse en hauteur de 6 à 8 millimètres le bord supérieur de la caisse. Ces tasseaux ont deux destinations : d’abord, ils facilitent le maniement des caisses en servant de poignées par lesquelles on saisit facilement des deux mains les petits côtés d’une caisse; ensuite ils servent d’arrêt pour tenir exaciement les caisses dans leur position , lorsqu'on les empile les unes sur les autres. A cet effet, ces tasseaux doivent être un peu délardés ou amincis en dedans dans les parties qui font saillie en hauteur , de manière que la caisse supérieure puisse poser bien exactement sur les bords de la précédente, sans être serrée par le bord des tasseaux.
On conçoit facilement, d'après cette description, que chaque caisse étant remplie d’un lit de poires, de pommes ou de raisins, ete., elles s’empilent les unes sur les autres, chacune servant de couverele à la précédente ; et la caisse supérieure est seule fermée , soit par une caisse vide, soit par ua couvercle en planches de même dimension que les caisses. On peut embpiler ainsi quinze caisses et plus, et chaque pile présente l’apparence d’un coffre entièrement inaccessible aux animaux rongeurs, et que l’on peut loger dans un local destiné à tout autre usage dans lequel il n'occupe presque pas d’espace.
Je ferai encore observer qu'avant de renfermer les fruits dans les caisses, il faut, après la cueillette, les ranger sur des tables ou des elaies (les claies de vers à soie sont excellentes pour cet usage) dans une pièce au nord et les laisser parfaitement se ressuyer pendant quinze jours ou trois semaines au lieu de huit jours, comme la plupart des auteurs le recommandent. Les fenêtres doivent rester ouvertes jour et nuit. Les fruits ainsi traités perdent une partie de leur
eau de végétation, et ne craignent plus de moisir ou de se tiqueter de noir, comme cela arrive presque toujours lorsqu'on les renferme trop tôt.
En décrivant les variétés , j'ai dit qu'avec des soins, on pouvait conserver quelques espèces bien au-delà de l’époque normale de leur maturité ; je veux expliquer ce que j'entends par ces mots avec des soins : prenons pour exemple la duchesse d’Angoulème ; si dans votre sol et à votre exposition, les duchesses doivent être cueillies au 15 septembre, vous faites une récolte anticipée dans les premiers jours de ce mois, en choisissant les fruits les plus beaux et les plus sains ; vous les laissez à l'air dans une chambre au nord, pendant quinze jours; puis vous les enfermez dans vos caisses Dombasle, que vous déposez en les superposant dans un local où la température se maintienne à six ou huit degrés. Les caves, les caveaux, les celliers sont excellents, si toutefois ils sont sains et exempts d'humidité. Vos duchesses, ainsi traitées, iront jusqu’en janvier.
S'il est important de parfaitement connaître le moment de cueillir les fruits, il ne l’est pas moins de bien choisir celui où ils doivent être consommés.
A partir du moment où un fruit a cessé de croilre, il s’opère chez lui un travail de fermentation qui tend à développer les principes sucrés qu’il contient et l’arome spécifique de la variété ; ce travail, qui est en définitive le commencement de la décomposition , fait gagner le fruit en qualité jusqu’à un moment donné, à partir duquel il suit une progression inverse ; la décomposition s'accélère, et il perd ses qualités en moins de temps qu'il n'avait mis à les acquérir.
Saisir ce moment unique où un fruit est à son apogée de bonté et à partir duquel il va décliner , est pour ainsi dire chose impossible ; mais il faut s’en rapprocher autant que faire se pourra. Souvent un fruit est mal jugé, parce qu'il n’a pas été mangé à son point de maturité.
Ce travail de fermentation qui s'établit dans les fruits en maturité, me fournira une dernière observation.
On sait que la présence d’un corps en fermentation active la fermentation de corps semblables : de là la nécessité d'isoler les fruits mûrs ou qui tendent à l'être, de ceux que l’on veut conserver longtemps. C’est encore un avantage du fruitier Dombasle sur les fruitiers ordinaires, où les fruits de toutes saisons se trouvent réunis dans un même local, au grand détriment de leur conservation ; tandis qu’au moyen des caisses Dombasle on peut isoler toutes les espèces suivant leur époque de maturité.
Commerce et emballage des frmits et spécialement des poires.
Pour donner une idée de l'importance que le commerce des fruits a prise de nos jours, je vais reproduire quelques considérations générales que M. Dubreuil a publiées au mois de mai 1859 dans la Revue horticole. Je donnerai à la suite quelques détails sur le commerce et l'emballage des poires en particulier.
« Avant l'établissement des chemins de fer en France, dit le savant professeur, la culture et le commerce des fruits de table n’avaient d'importance que
dans le voisinage immédiat des grands centres de population. Partout ailleurs, ces produits, d’un transport difficile, auraient manqué de débouchés, faute de voies de communication assez rapides. Aussi dans les localités mêmes les plus favorables à cette culture par leur sol et leur climat, la production des fruits était limitée par les besoins de la consommation locale ; et, dans les années de grande abondance, une partie notable de ces produits était perdue faute de moyens d'exportation, tandis que d’autres contrées moins favorisées, en étaient complétement privées.
» Ce fâcheux état de choses tend heureusement à disparaitre. Depuis que des voies ferrées sillonnent toute la surface de notre territoire, les fruits sont facilement transportés des lieux de production vers les centres de consommation, situés souvent à de grandes distances. Aujourd'hui chacun de nos départements peut prendre sa part des produits de tous les autres. Les pêches et les figues de la Provence et du Roussillon arrivent à Paris et à Lille, et les pommes de l'Auvergne et de la Normandie sont consommés à Marseille.
» Pour montrer le progrès rapide que fait le commerce des fruits, nous plaçons ici les chiffres suivants qui nous ont été obligeamment fournis par l’administration du chemin de fer d'Orléans. Ce chemin de fer a transporté à Paris :
»y En 1852, 900 tonnes de 1,000 kil. de fruits frais. » En 1858, 2,329 tonnes — —
» La quantité de fruits transportés a donc plus que doublé dans l’espace de cinq ans.
» Non-seulement les chemins de fer ouvrent à nos fruits la voie du commerce intérieur, mais ils en font l’objet d’une exportation considérable. L’Angleterre, le nord de l'Allemagne, la Russie, achètent chaque année une grande partie du produit de nos vergers.
» Sous cette utile influence, la culture des arbres fruitiers prend, depuis quelques années, un accroissement immense et devient une industrie nouvelle et réellement lucrative. Les plantations s'étendent sur tous les poinis ; les pépinières, insuffisantes, se mulüplient partout, et, si l’on favorise ce mouvement en lui imprimant une direction convenable, il n’est pas douteux que notre territoire, si favorable à la production des fruits par son sol et son climat, ne devienne bientôt le jardin fruitier du nord de l'Europe. »
Pour atteindre ce résultat, M. Dubreuil recommande :
4° De répandre dans tous les départements, à l’aide d’un born enseignement théorique et pratique, les notions d’après lesquelles on peut tirer d’un jardin fruitier ou d'un verger le produit net le plus élevé ;
20 De ne produire que des fruits de première qualité lorsqu'ils ont à franchir de grandes distances pour arriver au lieu de consommation. En effet, un produit ayant une valeur intrinsèque assez élevée, pourrait encore être vendu à un prix suffisamment rémunérateur, quoiqu'il arrive au consommateur chargé des frais de transport et d'emballage ;
3° De ne cultiver dans chaque localité que les sortes de fruits qui y acquièrent toutes leurs qualités sans exiger des soins minutieux. On pourra réaliser alors un bénéfice net plus élevé;
4° D'employer pour les fruits envoyés au loin un mode d'emballage convenable.
Pour parler maintenant des fruits qui nous occupent spécialement dans cette
notice, il nous reste à examiner si nous sommes placés dans des conditions assez favorables pour tirer un parti avantageux de la culture du poirier.
Constatons d’abord que l’enseignement théorique et pratique ne nous fait pas défaut. Sans parler de tous nos arboriculteurs qui publient chaque jour dans le Sud-Est le résultat de leurs expériences et de leurs tentatives, du zèle que déploie l'intelligent directeur de ce journal, pour recueillir et reproduire tout ce qui parait d’instructif et d’intéressant en fait de pomologie, ce qui fait de ce recueil un vrai cours théorique d’arboriculture, nous avons chaque année, à Grenoble, le cours tout à la fois théorique et pratique de M. Verlot, notre habile jardinier en chef du jardin des plantes ; en outre, M. Gustave de Linage, après avoir donné un cours public à Grenoble, va chaque année, à l'exemple de M. Dubreuil, répandre dans nos départements voisins les bons principes d’arboriculture qu'il a puisés auprès de M. Hardy.
Cet élan, au reste, n’est pas particulier à notre département et, pour ne parler que des pays qui nous touchent, je rappellerai que Lyon est un des centres pomologiques les plus remarquables, que c’est dans cette ville et sous l’inspiration de M. Villermoz qu'a pris naissance le congrès pomologique ; que le département de l'Ain marche courageusement dans la même voie, que sa Société d’horticulture, alliée à la nôtre, renferme dans son sein des arboriculteurs aussi distingués au point de vue de la pratique qu’à celui de la théorie.
Constatons encore que notre elimat est généralement très-favorable à la culture du poirier : l’arbre y croit avec vigueur et sans soins exceptionnels, les fruits sont beaux et savoureux.
Dans quelles conditions aurons-nous avantage à exporter nos fruits ? C’est ce qu'il nous faut rechercher.
Pour nous aider dans cet examen, j'ai relevé un tableau du prix des poires sur la halle de Paris aux différentes époques de l’année.
Les poires valent à Paris suivant la qualité :
En ne D de dir 25 fr rendre NT RAR le Se AU np de RU 0 60 our . DA E0 far AS RE 5 à 100
Ce tableau représente la moyenne des prix extrêmes des quatre dernières années. Ce qui frappe à la première inspection, c’est l'écart qui existe entre le prix des fruits de qualité inférieure et celui des fruits de premier choix, tandis que le prix des premiers ne varie pour ainsi dire pas, quelle que soit la saison ; les seconds arrivent à valoir À fr. pièce. Ceci prouve combien est judicieuse la réflexion de M. Dubreuil, qu'on ne doit cultiver que des fruits de première qualité, lorsqu'il s’agit d’une exportation lointaine. En effet, pendant que les prix de vente sont si différents, les frais considérables de transport et d'emballage restent à peu de chose près toujours les mêmes, quelle que soit la qualité des produits. J’opposerai également ce tableau à ceux qui trouvent que j'ai trop
réduit le nombre des variétés en engageant à ne cultiver que les plus fertiles et celles qui donnent les fruits les meilleurs et les plus beaux.
L'emballage des poires dépendra aussi de la qualité des produits pour les fruits de premier choix, on choisira des caisses ou des paniers assez solides et d’une grandeur telle, que le poids total ne dépasse pas 20 kil. ; afin que les secousses ne soient pas trop violentes, on placera au fond et sur les côtés de ces caisses ou de ces paniers une couche épaisse de mousse sèche ou de regain, on établira sur cette couche un premier lit de fruits bien serrés et préalablement enveloppés d’une double feuille de papier Joseph et séparés les uns des autres par des rognures de papier. On superposera ainsi autant de lits de fruits que la caisse peut en contenir, en séparant chaque lit par une couche épaisse de rognures de papier ; on fera en sorte que ces caisses ou ces paniers soient pourvus d’anses qui permettent de les saisir et de les transporter facilement.
Si les fruits sont destinés à voyager pendant l'hiver et qu’on ait à redouter la gelée, le meilleur moyen de les en défendre consistera à placer la caisse dans une aulre plus grande, de facon à ce qu’il reste entre elles un intervalle d’environ 0%. 10 que l’on remplit avec de la paille ou de la mousse bien sèches ; on pourra également employer dans ce cas deux tonneaux placés l’un dans l’autre.
Pour les fruits plus communs qui ne peuvent pas être grevés de ces frais d'emballage, et surtout lorsqu'ils ne doivent pas parcourir de grandes distances, l'emballage peut être très-simplifié. |
On place alors les poires dans de grands paniers garnis de paille ou de foin, et l’on sépare chaque lit de fruits par une couche de regain, on serre vigoureusement pour qu'il n'y ait pas en route de ballottement.
En résumé, je crois qu'il sera souvent avantageux d'exporter nos poires, mais seulement nos poires de choix, et l’emballage devra être d'autant plus soigné que les fruits seront de qualité plus supérieure et que le prix de vente sera plus rémunérateur.
Justification des quarante poires.