‹ 5 Relation des campagnes de Rocroi et de FribourgChapitre 4 sur 9 · XL VIII · texte numérisé non relu

XL VIII

gogne et de Champagne tontes les munitions et l’attirai! de l’artillerie. C’est pourquoi le duc d’Enghien ne voulut pas encore marcher vers Thionville, de crainte que le général Beck n’y jetât des troupes. Ce prince fit une marche dans le milieu de la Flandre pour donner l'alarme aux principales villes et pour obliger les ennemis d’en fortifier les garnisons, son dessein étant de revenir sur ses pas à grandes journées et de tomber sur Thionville.

Pour cet effet, il dépêcha Saint-Martin, lieutenant de l’artillerie, avec ordre de conduire les munitions sur la frontière de Champagne, et il écrivit à l’intendant de cette province qu’il y fît un grand amas de blés pour la subsistance de l’armée.

Après avoir donné ces ordres, il prit sa marche vers le Hainaut par Landrecies.

Émeri et Barlemont se rendirent après quelques volées de canon, et Maubeuge ouvrit

ses portes sans résistance. Il poussa jusqu’à Ëinch où les ennemis avoient jeté quelque infanterie; et, pour continuer sa feinte, il fit attaquer cette petite place, qui se rendit le même jour à discrétion. Le prince y demeura quinze jours sans rien entreprendre, afin de laisser achever les préparatifs du siège de Thionville. Les Espagnols ne manquèrent pas de faire ce qu’il avoit prévu. Leur cavalerie se retira sous les places, et le reste de leur infanterie fut dispersé dans les villes voisines de l’armée françoise; ainsi, il lui fut aisé de les prévenir en tournant tout d’un coup vers Thion-

Il en voyoit de grands partis de Binch j usqu’aux portes de Bruxelles , et il portoit la terreur jusque dans les villes les plus éloignées. Enfin on lui vint dire que tout étoit disposé en Champagne pour le siège, et que le marquis de Gesvres y étoit arrivé

avec le corps qu’il commandoit. Le duc d’Enghien partit de Binch et retourna sur ses pas par le chemin de Maubeuge et de Beaumont, rentrant dans la plaine de Rocroi par le même défilé que les Espagnols avoient pris pour se retirer après la perte de la bataille.

En partant, il détacha d’xYumont avec douze cents chevaux pour aller joindre le marquis de Gesvres et pour investir ensemble Thionville. Sirot fut chai’gé de conduire la grosse artillerie par le chemin de Toul et de Metz, pendant que l’infanterie avec quelques pièces de campagne marcheroit vers Thionville.

Ces choses furent exécutées selon les ordres que le duc d’Enghien avoit donnés.

Néanmoins, d’Aumont et le marquis de Gesvres n’arrivèrent devant Thionville que deux jours avant le prince. Car, malgré l’incommodité des pluies et les fatigues

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que l’infanterie souffrit dans cette marche, il ne fut que sept jours depuis Binck jusqu a Thionville. Il fit une partie du chemin par le pays de France pour couvrir davantage son dessein, et, passant la Meuse à Sedan , il traversa le Luxembourg et se rendit le septième jour devant Thionville.

Cette place est assise sur le bord de la Moselle du côté du Luxembourg. Elle n’est qu’à quatre lieues au-dessous de Metz. La plaine où elle est située est très-fertile. Des coteaux couverts de bois bordent cette plaine des deux côtés. L’avantage de ce poste et la beauté du lieu sont cause qu’on l’a fortifiée avec beaucoup de dépense et de soins. Elle a toujours été possédée par la maison d’Autriche, excepté depuis que le duc de Guise la prit sous le règne de Henri II jusqu’au premier traité de Vervins, par lequel on la rendit aux Espagnols.

Le malheur de Feuquières, arrivé en 1 63g,

l’avoit rendue célèbre dans ces dernières guerres, et chacun la regardent comme une conquête importante, mais difficile.

La Moselle l’assure entièrement d’un côté; elle n’a aussi de ce côté-là qu’un rempart*' revêtu en lî^ne droite. Le reste de son enceinte est fortifié de cinq grands bastions revêtus de pierre de taille, et de deux demi-bastions aux deux bouts qui se vont rejoindre à la rivière. Son fossé est large, profond, et plein d’eau; sa contrescarpe est fort grande, ses courtines sont couvertes de cinq demi-lunes, et devant la porte du côté de Sierck il y a un grand ouvrage à corne. La campagne y est si rase et si unie de toutes parts qu’on ne peut aborder la ville qu a découvert. Les montagnes voisines commandent la plaine en beaucoup d’endroits et en rendent la circonvallation très-difficile. Il y avoit huit cents hommes de pied et assez de munitions et de vivres

dans cette place quand le duc d’Enghien y arriva.

Aussitôt que ses premières troupes commencèrent à entrer dans la plaine, il fit passer en diligence le comte Grancei avec de la cavalerie au-delà de la rivière pour empêcher qu’il n’entrât du secours avant que les quartiers fussent séparés. Grancei avoit servi au premier siège en i63g, et étoit instruit de la situation des lieux et des passages par où les Espagnols pouvoient venir. Mais il arrive bien des choses à la guerre que toute la prudence du général et des principaux officiers ne peut em-

Pcndant que Grancei passoit la rivière, le prince étoit demeuré dans la plaine, et à mesure que ses troupes y arrivoient, il les faisoit poster aux lieux qui donnoient le plus de jalousie. Il remit au lendemain la séparation des quartiers et l’établisse-

ment du camp. L’armée passa toute la nuit sous les armes sans apprendre aucunes nouvelles des Espagnols. A la pointe du jour, on vint dire au duc d’Enghicn qu’un secours de près de deux mille hommes étoit entré dans la place par le quartier du comte de Grancei.

Néanmoins, le comte avoit disposé ses corps-de-garde avec tout le soin possible , parcourant lui-même tous les postes avec une extrême vigilance. Pendant la nuit, il n’avoit eu aucune alarme; mais une heure devant le jour, un de ses partis lui amena deux paysans qui dirent que quelques troupes des Espagnols avoient passé la rivière à Sierck, et qu’elles marchoien t le long du bord pour se jeter dans Thionville. Ces paysans en dirent tant de particularités, et avec tant de vraisemblance, que le comte de Grancei les crut. En même temps il changea l’ordre de ses gardes, et, portant

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toutes ses forces vers l’endroit que ces paysans lui avoient marqué, il ne laissa du côté de Metz qu’un ou deux régiments pour garder ce poste.

En effet, deux mille hommes des ennemis avqient passé la rivière à Sierck , mais ils avoient tenu un autre chemin que les paysans ne disoient ; car, au lieu de suivre la rivière, ils avoient pris autour des bois pour entrer dans la plaine du côté de Metz.

Les Espagnols exécutèrent leur entreprise avec beaucoup de diligence et de courage; on les vit marcher à la petite pointe du jour droit à une demi-lune. La garde françoise, étonnée de cette alarme qu’elle n’attendoit point, chargea ce secours trop tard et avec désordre. Soit que l’effort des Espagnols fût trop grand, ou que la garde ne fît pas son devoir, ces troupes entrèrent sans aucune perte dans Thionvitle.

Le duc d’Enghien apprit cette nouvelle

avec beaucoup de déplaisir. Il voyoit la prise de la place fort reculée, et par conséquent toutes les conquêtes dépendantes de celles-ci fort éloignées et peut-être manquées pour cette campagne. Une place comme Thionville, bien munie, et défendue par une forte garnison, ne pouvoit être emportée sans beaucoup de temps et sans une grande perte d’hommes. Au lieu qu’elle n’auroit duré que très-peu de jours en letat où le prince l’avoit investie. Néanmoins , cet inconvénient ne l’empêcha pas de continuer le siège; au contraire, il s’y appliqua avec d’autant plus de soin qu’il y avoit plus de péril et plus de difficultés à surmonter. Il passa la rivière à gué pour disposer lui-même les quartiers de ce côtélà, et fit faire deux ponts de bateaux audessus et au-dessous de la place. Après qu’il eut logé ses troupes dans deux petits villages du côté de la Lorraine, il ordon-

na les gardes et marqua les endroits par où il vouloit conduire la ligne de circonvallation; et ensuite il repassa la rivière pour aller donner les mêmes ordres du côté du Luxembourg.

D’abord il fit séparer son armée en cinq quartiers ; le plus grand corps de sa cavalerie se campa dans une prairie le long de la rivière du côté de Metz. Gassion y demeura pour la commander. Le quartiergénéral fut établi auprès de celui de Gassion, dans un petit village presqu’au milieu de la plaine, sur le bord d’un ruisseau qui la traverse et qui se va jeter dans la Moselle au pied de la contrescarpe de Thionville.

Le duc d’Enghien s’y logea avec le principal corps de l’infanterie, et il étendit son camp dans la plaine jusqu’au pied des montagnes. Les régiments de Rambure et les Suisses de Molondin se postèrent sur

les hauteurs proche des bois dont ces montagnes sont couvertes.

Il y en a une beaucoup plus haute que les autres qui domine non-seulement sur toute la plaine de Thionville, mais encore sur tous les coteaux d’alentour. L’importance de ce poste obligea le duc d’Enghien d’y établir un puissant quartier. Le camp en fut marqué au milieu de la hauteur, et d’Aumont en eut le commandement. Dandelot commanda l’autre quartier. Le marquis de Gesvres se chargea de garder avec sa petite armée le côté de Sierck depuis la rivière jusqu’aux hauteurs. Palluau et Sirot eurent le soin de tout ce qui étoit au-delà de la rivière, parce que Grancci étoit tombé malade et s’étoit retiré du camp.

Aussitôt que les quartiers furent disposés , le duc d’Enghien fit travailler à la circonvallation et tracer de grands forts sur les hauteurs qui cominandoicnt le plus

dans la plaine. Il assura en même temps sa ligne par de bonnes redoutes, garnissant les endroits foibles avec des fraises et des palissades.

Cependant les convois des vivres et des munitions arrivoient de toutes parts; et pendant vingt jours que dura le travail de la circonvallation, le duc d’Enghien fit amener de Metz trente pièces de batterie et fit faire un grand amas de planches , de madriers, de sacs-à-terre , et de fascines, pour l’avancement de la tranchée et pour le service de l’artillerie. Les assiégés préparaient de leur côté tout ce qui étoit nécessaire pour leur défense; et pendant que leur infanterie étoit employée à faire de nouveaux travaux et à rétablir les vieux, leur cavalerie faisoità toute heure des sorties pour incommoder les assiégeants.

Celle qu’ils firent deux jours après la séparation des quartiers fut si vigoureuse

qu’ils vinrent jusque dans le camp du duc d’Enghien. Le comte de Tavanes eut le bras cassé d’un coup de pistolet dans cette rencontre. La plaine étoit toujours remplie d’cscarmoucheurs, et il s’y faisoit quelquefois des combats si opiniâtres qu’on y perdoit autant de gens qu’en des occasions plus éclatantes. Mais la dernière fut la plus vigoureuse de toutes; car dans le temps que le duc d’Enghien faisoit un grand amas de gabions et de fascines auprès d’une chapelle dans le milieu de la plaine, les assiégés, voulant reconnoître ce que c’étoit, firent sortir la meilleure partie de leur cavalerie, afin de voir de plus près ces préparatifs qu’ils ne pouvoient bien discerner de loin.

L’après-dînée s’étoit presque passée en escarmouches, quand le duc d’Enghien, ennuyé de voir si long-temps les ennemis dans la plaine, commanda à Dandelot de

les faire pousser. Dandelot exécuta cet ordre avec beaucoup de valeur, mais avec trop de précipitation ; car il ne put être suivi que d’un petit nombre de volontaires ; néanmoins , les escarmoucheurs plièrent à la première charge qu’il leur fit jusque sur la contrescarpe de la ville, mais les escadrons qui les soutenoient ayant avancé, Dandelot se trouva enveloppé de tous côtés, et il auroit été pris sans une petite garde de trente maîtres, conduite par La Moussayc, qui le dégagea du milieu des ennemis.

Ces escadrons poussèrent Dandelot et La Moussaye avec tant de vigueur qu’ils n’auroient jamais pu faire leur retraite si le duc d’Enghien n’eût couru à la grand’garde et ne l’eut menée lui-même en diligence pour les soutenir. Gerzé et Dandelot y furent blessés, et les Espagnols se retirèrent après un combat fort opiniâtre.

On ne laissoit pas d’achever la circonvallation et de munir le camp de toutes les choses nécessaires : le duc d’Enghien étoit présent à tout, et reconnoissoit soigneusement les lieux les plus propres pour faire scs attaques. Il résolut d’en faire deux ; chacune devoit s’attacher à la face d’un des deux bastions qui regardent le milieu de la plaine, afin qu’étant proches l’une de l’autre elles se pussent soutenir avec plus de facilité.

On laissa un grand espace entre les deux ouvertures des tranchées, et cet espace diminuoit à mesure quelles s’avançoient vers la place. Une des tranchées se cou- vroit sur la droite, l’autre se couvroit sur la gauche. Les régiments de Picardie et de Navarre y firent la première garde.

Pendant la nuit ils élevèrent deux grands épaulcmcnts de gabions qui couvroient deux places d’armes assez spacieuses pour

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contenir chacune cent chevaux , parce que l’on avoit besoin de cavalerie à la queue de la tranchée pour l’appuyer contre les grandes sorties des assiégés. Cette même nuit, le duc d’Enghicn fit tirer une ligne assez longue et commencer deux redoutes capables de loger cent hommes. Dans tous les retours des lignes , il fit faire de grandes places d’armes, et pousser le travail de la tranchée avec tant de diligence que, malgré le feu continuel des assiégés , elle fut avancée la quatrième nuit jusqu’à deux cents pas de la contrescarpe.

En cet endroit, le duc d’Enghien voulut donner une communication à ses deux attaques qui s’étoient déjà fort approchées ; et , au lieu de les communiquer par une ligne ordinaire, il les joignit par une grande batterie de vingt-quatre pièces de canon.

La diligence des officiers fut si grande que le sixième jour de l’ouverture de la tran-

chée le canon commença à battre la place.

En ce même lieu de communication, les deux attaques prirent chacune un chemin différent, et s’éloignèrent l’une de l’autre pour se tourner vers la face des deux bastions qui leur étoient opposés.

A la droite de la tranchée du duc d’Enghicn, il y avoit un moulin sur ce petit ruisseau dont on a déjà parlé. Il étoit fortifié avec une bonne palissade, et les assiégés y avoient jeté quelques mousquetaires.

Ces gens incommodoient fort le travail de la tranchée, parce qu’ils la voyoient à revers. Le duc d’Enghien résolut de les chasser de ce poste, et la nuit même, qui fut la septième de tranchée ouverte, ils furent emportés l’épée à la main, malgré la résistance opiniâtre des assiégés et le feu continuel du rempart et de la contrescarpe.

Avant le jour, ce logement fut joint à la tranchée par une ligne, et ce moulin ser-

vit aux assiégeants comme d’une redoute contre les sorties de la porte de Metz.

A l’autre attaque, la ligue se poussoit également. Mais le huitième jour les assiégés firent une furieuse sortie sur Dandelot qui étoit de garde avec le régiment d’Harcourt. Pendant que toute la cavalerie des assiégés combattoit contre celle qui soutenoit la tranchée, leur infanterie fondit sur la tête du travail et fit reculer la garde avancée jusqu’auprès de la batterie. Dandelot, qui se trouvoit dans l’autre attaque auprès du prince, marcha le long de la contrescarpe au secours de la tranchée.

Les assiégés se voyant coupés se retirèrent en diligence. La garde à cheval, fortifiée de quelque cavalerie du camp, poussa celle de la place jusque dans la barrière de la porte, et l’infanterie fut renversée par Dandelot jusque dans la contrescarpe.

Plus le duc d’Enghien s’appliquoit à faire

avancer les travaux, plus les assiégés redoubloicnt leurs efforts. Avant qu’on fût à leur contrescarpe, ils eurent coupé au pied du glacis un second chemin couvert bien palissadé, qui étoit plus difficile à prendre que celui de la contrescarpe , parce que la défense qu’il tiroit de la place étoit plus proche et plus rasante. Néanmoins la neuvième nuit ce nouveau chemin couvert fut emporté des deux côtés.

On y perdit beaucoup de gens et il est impossible de n’en pas perdre beaucoup , quand il faut se loger au pied du glacis d’une contrescarpe vue de tous côtés par les défenses des bastions. Perseval, qui avoit la conduite de l’attaque du duc d’Enghien, fut blessé à mort dans cette occasion.

Après avoir fait un logement si important, on travailla à celui de la contrescarpe, et la dixième nuit ou logea des mousquetaires à droite et à gauche pour

appuyer cette entreprise, qui fut exécutée le onzième jour. Ceux qui savent la guerre conviennent qu’il n’y a rien de plus difficile dans les sièges que les logements des contrescarpes quand on veut les emporter d’emblée, au lieu de s’y loger peu à peu par des sapes et des fourneaux. Celle de Thionville étoit forte par sa largeur et par les traverses que les assiégés y avoient faites. Il étoit même très-malaisé de choisir un lieu propre pour faire ce logement; car, soit qu’on le fît vis-à-vis de la face de la demi-lune ou du bastion, l’un des deux ouvrages voyoit le travail à revers.

Malgré toutes ces difficultés, il fut résolu que l’on forceroit le chemin couvert aux endroits qui regardoient la face du bastion. Le duc d’Engliien crut que les deux tranchées faisant leurs attaques tout à la fois, ceux qui défendoient la contrescarpe lâcheroicnt le pied , de crainte d’être

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cnveloppés entre les deux attaques , et qu’ainsi le logement s’y pourrait faire par des épaulements fort élevés pour se couvrir contre les défenses des bastions et de la demi-lune.

La nuit que cette attaque fut ordonnée de la sorte, Espenan commandoit la droite, et Gesvres la gauche. D’abord que le signal fut donné, leurs hommes marchèrent en même temps droit à la palissade. Les jeteurs de grenades qui étoient à la tète firent un si grand feu que les assiégés n’y purent résister ; mais , ayant trouvé en se retirant que ceux qui s’opposoient au marquis de Gesvres avoient fait une plus grande défense, ils se joignirent à eux, et il s'attacha en cet endroit un combat si opiniâtre que le marquis de Gesvres perdit beaucoup de gens avant que de pouvoir chasser les assiégés du chemin couvert.

Cependant Espenan, qui 11e trouvoit

point de défense que celle de la demi-lune et des bastions, commença ses logements; mais La Plante, capitaine de Picardie, qui servoit d’ingénieur en cette action, fut blessé pendant qu’il traçoit l’ouvrage. Cet accident mit le désordre parmi ceux qui portoient les matériaux : la ligne n’étoit marquée qu’à demi; on jetoit les fascines en confusion, et personne ne savoit par où s’y prendre pour travailler au logement. Un bon ingénieur est, pour ainsi dire, l’âme d’une attaque, et on ne peut trop considérer ceux qui ont assez de valeur et d’intelligence pour se bien acquitter de cet emploi.

Le duc d’Enghien accourut en cet endroit, et fit employer toute la queue de la tranchée à porter des barriques , des fascines et des sacs à terre, tandis que quelques officiers traçoient le travail le mieux qu’il leur étoit possible. Dans ce logement,

tel que le désordre permit de le faire, cinquante hommes se mirent à couvert avant la pointe du jour, et se cachèrent après avec des blindes et des chandeliers aux lieux qu’ils voyoient enfilés. Ainsi le duc d’Enghien se rendit maître du chemin couvert, et les assiégés ne purent défendre plus long-temps leurs traverses entre les deux attaques.

Les nuits suivantes on ne fit rien qu’étend rc ces logements, afin d’embrasser la pointe de la demi-lune et des bastions.

Aussitôt qu’on fut logé devant la face de la demi-lune, le prince donna ordre de commencer une descente dans le fossé. Il fit jeter quantité de fascines pour le combler, et en même temps le mineur y descendit. Mais les assiégés avoient fait un petit logement avec des barriques le long de la berme de la demi-luDe, qui empêchoit le mineur de se loger, tantôt avec des

bombes et tantôt à coups de mains. Le duc d’Enghien, voyant qua moins que de rompre ce logement de la berme à coups de canon il étoit impossible de mettre le mineur en sûreté, fit faire une batterie de quatre pièces contre cette face de la demilune, et le canon ruina cette défense en peu de temps.

IjCS travaux de l’autre attaque s’avançoient beaucoup, et les logements s’étoienl élargis de telle sorte à droite et à gauche que les batteries, destinées pour ruiner les flancs, furent dressées presque en même jour. Les logements se joignirent à la tête de la demi-lune, et en moins de huit jours toute la contrescarpe fut assurée. Alors on commença les descentes dans le fossé visà-vis des faces des bastions, et le prince fit préparer les matériaux pour la construction des galeries.

C’est un travail long et difficile quand

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le fossé est large et profond comme celui de Thionville. D’ailleurs l’impatience des François ne leur permit pas d’y apporter toutes les précautions que l’art militaire demande pour ménager la vie des hommes.

Jusqu’au siège de Hesdin on se contentoit de combler le fossé avec des fascines jetées au hasard, sans se couvrir ni par-dessus ni par les flancs. Le maréchal de La Meilleraye, qui commandoit à ce siège, étant assisté de toutes les choses nécessaires pour y réussir, et ayant tenté vainement les voies accoutumées pour passer le fossé, se servit d’un moyen inconnu jusqu’alors en France. Courteilles trouva l’invention d’une galerie de fascines si ingénieusement faite quelle avoit sa couverture et ses parapets comme une galerie de terre.

Ce fut avec de semblables galeries que le duc d’Enghicn fit passer le fossé de Thionville. Il avoit fait amasser quantité de fas-

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