LXXIII
cines à la queue de la tranchée, et sans cesse il y avoit des hommes ordonnés pour les porter à la tête du travail. Aussitôt que les descentes furent un peu avancées, Courteilles commença son ouvrage en cette manière.
Il fit jeter des fascines dans le fossé jusqu’à ce qu’il y en eût cinq ou six pieds de haut au-dessus de l’eau. Quand le monceau de fascines fut fait, on acheva de percer la sape pour entrer dans le fossé.
Six hommes y passèrent et se mirent à couvert contre la face du bastion , derrière cet amas de fascines, et, dès qu’ils furent couverts , ils commencèrent à les ranger à droite et à gauche pour former les parapets , les entrelaçant tantôt en long , tantôt en travers, tantôt en pointe, pour rendre l’ouvrage plus solide. A mesure que les travailleurs les plus avancés disposoient les fascines, d’autres leur en poussoient
avec des fourches ; et les hommes , ordonnés pour les porter de la queue à la tête de la tranchée, les jetoient sans cesse dans le fossé. Ensuite on posoit le long de la galerie, de six pas en six pas, des blindes et des chevalets, afin que les travailleurs ne fussent pas vus de la hauteur du rempart. Ils poussoient ainsi leur ouvrage peu à peu vers la muraille, et les assiégés étoient surpris de voir un amas de fascines traverser insensiblement la largeur de leur fossé, sans pouvoir découvrir les personnes qui le faisoient avancer. Pendant qu’on achcvoit ces galeries à chacune des attaques, on dressoitles batteries contre les flancs des bastions. Le canon y fut si bien servi que celui de la place n’incommoda plus les travaux, etmême les assiégés furent contraints de retirer la plupart de leurs pièces sur un cavalier, d’où ils ne pouvoient tirer que dans la plaine et sur la queue de la tranchée.
La batterie que l’on avoil [faite pour rompre leur logement sur la berme de la demi-lune, en avoit si fort ébranlé le rempart qu’il étoit aisé de s’y loger sans faire jouer la mine. C’est pourquoi les assiégés, désespérant de pouvoir défendre plus longtemps la demi-lune, y avoient fait un fourneau à l’endroit où ils prévoyoient que l’on se logeroit; et quand ils virent qu’on se préparoit à commencer l’attaque, ils mirent le feu à ce fourneau, mais il joua avant que les gens commandés fussent montés sur la demi-lune. L’effet en fut si heureux pour les assiégeants qu’il ouvrit un espace très-commode pour placer leur logement, et fit en un instant ce que le travail de plusieurs hommes n’auroit pu faire en un jour.
Dès que ce poste fut assuré, le duc d’Enghien fit continuer d’autres logements dans la gorge de la demi-lune. Ensuite l’on