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de gens, le combat s’engagea insensiblement de part et d’autre; les ennemis soutinrent ceux qui défendoient leur redoute ; Espenan renfonça ceux qui l'attaquoient.
Enfin il se fit en cet endroit une escarmouche si chaude qu’à ce bruit Léchelle crut qu’il étoit temps de commencer le combat, et son erreur renversa tous les desseins de cette journée.
Le duc d’Engbien , voyant de la hauteur où il étoit toute la montagne des ennemis en feu, jugea qu’Espenan et Léchelle avoient fait un contre-temps et que ses ordres n’avoient pas été bien exécutés. Il court au plus fort de la mêlée, il trouve Léchelle mort et ses troupes qui n’osent ni combattre ni se retirer. Pour réparer ce désordre , il commande au comte de Tournon de se mettre à la tête de ces troupes étonnées et de les assurer qu’il va lui-même les soutenir avec un puissant secours.
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La présence du prince donna cœur aux soldats : l’infanterie bavaroise commença à s’ébranler ; deux bataillons de celle qui soutenoit le retranchement avoient déjà fait tourner leurs drapeaux, et donnoient toutes les marques de gens qui ne songent plus qu’à fuir. Mais ceux qui bordoient leur ligne firent un feu si furieux que l’infanterie françoise perdit courage ; les plus éloignés commencèrent à se retirer, les autres prirent l’épouvante, et plusieurs officiers même lâchèrent le pied.
Kn vain les généraux les avertissent du désordre qu’on voyoit dans le camp des Bavarois, les pressent, les menacent, les entraînent au combat. Quand la peur a une fois saisi le soldat, il ne voit et n’cntend plus ni l’exemple ni les ordres du général.
Le duc d’Enghien fut contraint de faire cesser l’attaque et de retirer ses troupes. Cette action fut extrêmement périlleuse pour le
prince et pour tous ceux qui l’accompagnoient. Car il fut toujours à cheval à trente pas des retranchements des ennemis. Aussi, de vingt personnes qui étoient auprès de lui, il n’y en eut pas une seule qui ne rapportât des marques du danger où elle s’étoit exposée.
Le duc d’Enghicn même eut le pommeau de la selle de son cheval emporté d’un coup de canon, et le fourreau de son épée fut rompu d’un coqp de mousquet. Le maréchal de Gramont eut son cheval tué sous lui, et tous les autres y furent blessés.
Néanmoins cet événement ne rebuta point le prince, il ne fit que changer le dessein de son attaque, et, au lieu de faire le plus grand effort du côté de la ligne comme il l’avoit résolu le matin, il ordonna la principale attaque du côté du retranchement d’arbres abattus. D’Aumont fut commandé pour occuper les Bavarois avec les troupes
qui venoient de combattre, en faisant une diversion au même lieu où la première attaque n’avoit pas réussi. Le duc d’Eughien et le vicomte de Turenne, avec tout le corps de l’infanterie conduite par Mauvilli, maréchal de bataille, soutenue parles gendarmes et par la cavalerie de Roze, marchèrent droit à l’abattis d’arbres.
A peine les premiers hommes de cette nouvelle attaque furent entrés dans le bois que les Bavarois firent un feu extraordinaire. Néanmoins les François marchèrent contre eux en fort bon ordre pour essayer de forcer ce retranchement d’arbres. Après avoir chassé plusieurs fois les ennemis et en avoir été repoussés plusieurs fois, enfin Gaspard de Merci , général-major de leur cavalerie, fut contraint de faire mettre tous ses cavaliers pied à terre pour soutenir son infanterie qui commençoit à se relâcher.
Alors l’escarmouche s’opiniâtra plusqu’au-
paravant : les deux partis tirèrent avec tant de furie que le bruit et la fumée confondant toutes choses, ils ne se rcconnoissoient plus qu’à la lueur du feu de l’artillerie et du mousquet. Tous les bois d’alentour retentissoient avec un mugissement effroyable, et augmentoient encore l’horreur du combat. Les soldats étoient tellement acharnés, les uns à forcer, les autres à défendre les retranchements, que, si la nuit ne fût survenue, il s’y seroit fait de part et d’autre le plus grand carnage qui se soit vu de nos jours.
La gendarmerie françoisc y fit une trèsbelle action : La Boulaye la commandoit ; il mena ses escadrons jusque sur le bord de ce retranchement d’arbres, et, malgré le feu des ennemis, il escarmoucha trèslong-temps à coups de pistolet. Jamais il ne s’est fait de combat où, sans en venir aux coups de main , il soit tombé tant de
morts de part et d’autre. Les François y perdirent Mauvilli, et les Bavarois, Gaspard de Merci, frère de leur général.
Le duc d'Enghien ayant ramené son armée dans le camp, ne songea plus qu’à couper, les vivres aux Bavarois pour les obliger à se retirer d’un poste si avantageux.
Les troupes eurent quatre jours pour se rafraîchir, et les blessés, qui étoient en grand nombre, furent portés à Brisack , afin qu’il ne restât rien dans le camp qui pût apporter du retardement au dessein que le duc d’Enghien avoit formé.
Les montagnes de la Forêt-Noire prennent leur origine dans les montagnes de Suisse, et suivent le cours du Rhin jusqu’à ce qu’elles se soient jointes avec les coteaux qui sont sur les bords du Necker. Ces montagnes sont fort longues et plus ou moins larges, selon le pays où elles s’étendent; leur plus grande largeur est de dix ou douze lieues depuis Fribourg jusqu’à
Filinghcn. Ces villes n’ont de communication que par une vallée fort étroite et incommode pour la marche d’une armée.
Néanmoins, c’étoit l’endroit par où Merci devoit apparemment faire sa retraite. Il n’avoit osé l’entreprendre en présence de l’armée françoisc; ainsi le duc d’Engbien crut qu’en lui coupant ce chemin de Fribourg à Filinglien, il lui ôteroit les vivres et les fourrages , et le contraindroit de venir à un combat général ou de se retirer en désordre.
Le neuvième d’août, le prince fit marcher son armée vers Langsdelinghen. Le village qui porte ce nom est situé dans la plus accessible de toutes ces montagnes.
Ce lieu étoit assez propre pour incommoder les Bavarois ou pour les combattre dans leur retraite. Le duc d’Enghien y pouvoit faire venir des vivres de Brisack , en cas qu’il s’engageât plus avant dans les montagnes. Mais le chemin qu’il falloit tenir
pour entrer dans cette vallée étoit extrêmement difficile, à cause des marécages dont les bois sont pleins. Outre que la tête de l’armée étant une fois engagée dans ces bois et ayant passé le ruisseau qui les borde, l’arrière-garde demeuroit exposée aux Bavarois sans qu’il fût possible au reste des troupes de la secourir.
Le duc d’Enghien y apporta toutes les précautions que demandoient le désavantage du lieu et la présence d’un ennemi si vigilant. Les cavaliers ne pouvant marcher qu’un à un et très-souvent à pied menant leur cheval par la bride, ce prince mit un grand corps d’infanterie à la queue de l’armée pour soutenir l’arrière-garde de sa cavalerie. Il mit aussi des pelotons de mousquetaires sur les ailes pour défendre les passages par lesquels les Bavarois pouvoient la venir charger.
Dès la pointe du jour, le vicomte de
Turenne fit marcher son armée qui composoit l’avant-garde ce jour-là. Le duc d’Enghien prit le soin de faire la retraite, et se tint en présence de l’armée de Merci jusqu’à ce que toutes ses troupes fussent passées ; et, après avoir traverse de la sorte ces marécages et ces bois, il rejoignit l’avantgarde à Langsdelinghen , sans que les Bavarois eussent fait le moindre effort pour lui disputer ni le passage du ruisseau ni l’entrée du bois.
Merci ayant observé la marche des François , en avoit conçu aussitôt les raisons.
Comme c’étoit un des plus habiles généraux d’armée qu’il y eût au monde, il ne manqua point de juger que son salut consistoit à prévenir le duc d’Enghicn, et non pas à lui disputer le passage d’un défilé. Il n’avoit au juste que le temps de se retirer avant que les premières troupes de l’avantgarde françoise le pussent joindre ; et ce fut
appâremment ce qui l’empêcha d’attaquer l’arrière-garde. Aussitôt qu’il la vit marcher, il fit décamper son armée, tenant le haut des montagnes et faisant conduire son bagage par le val de Saint-Peter qui mène vers Filinghen.
Le duc d’Enghien ayant appris la marche de Merci, fit ce qu’il put pour hâter la sienne; mais il y avoit des montagnes presque inaccessibles à traverser pour lui couper chemin , et ses troupes étoient extrêmement fatiguées. C’est pourquoi il fut contraint de détacher Roze en diligence avec huit cents chevaux seulement, pour amuser les Bavarois et les incommoder dans leur retraite, pendant que le reste de l’armée passeroit les défilés.
Roze exécuta cet ordre avec vigueur, et commença à escarmoucher contre les Bavarois, auprès de l’abbaye de Saint-Peter.
Aussitôt qu’il eut joint les ennemis , il man-
da au duc d’Enghien qu’il étoit à leur queue : l’armée françoise défiloit par un vallon fort serré, au bout duquel il falloit monter au sommet d’une montagne si escarpée et si couverte de bois qu’on n’y pouvoit passer qu’un à un. Le duc d’Engbien ne laissa pas de vaincre toutes ces difficultés, et son avant-garde ne fut pas sitôt sur le haut de cette montagne qu’elle découvrit les Bavarois en bataille, et Roze qui touchoit presque leur arrière-garde.
Pour aller de cette montagne, où la tête de l’armée du duc d’Enghien s étoit arrêtée, jusqu’au lieu «ù les Bavarois setoient postés, il falloit passer deux défilés, au milieu desquels il y a un espace capable de contenir quatre escadrons ensemble ; mais, avant que d’y arriver , on descend par un chemin creux fort étroit, çt on remonte par un autre plus fâcheux à l’entrée d’une plaine, où la cavalerie de Roze escarmou-
choit contre l’arrière-garde des Bavarois.
Merci n’eut pas plus tôt découvert les premiers bataillons de l’avant-garde Françoise sur le haut de la montagne qu’il jugea bien que toute l’armée étoit derrière ; et comme Roze incommodoit extrêmement la queue de son arrière-garde, il résolut de se défaire de lui par un grand effort avant que le duc d’Enghien fût plus près et qu’il eût assez de troupes assemblées pour le soutenir; et afin de l’accabler tout d’un coup, Merci fit faire demi-tour à droite à toute son armée, et marcha contre la cavalerie de Roze.
Ce colonel , au lieu de se retirer promptement dans le défilé, rallia ses escadrons, et, avec sept ou huit cents chevaux, il osa bien aller affronter dans une plaine toute l’armée bavaroise. Il avoit l’armée ennemie et la plaine devant lui; à droite, le grand chemin de Filinghen rempli du bagage des Bavarois; à gauche, un grand
précipice; et derrière lui, le défilé par oit il falloit rejoindre le duc d’Enghien. Roze détacha d’abord un de ses escadrons pour dételer les chariots du bagage des ennemis ; et, avec ce qui lui restoit, il alla charger les plus avancés de l’armée bavaroise.
Mais, pour se conserver libre l’entrée du défilé, il y laissa quatre escadrons, derrière lesquels il se retira après avoir été trois fois à la charge avec les autres. Ces quatre escadrons soutinrent le choc des Bavarois sans s’ébranler, jusqu’à ce que le reste de cette cavalerie fût entré pêle-mêle dans le défilé. Enfin, de quatre escadrons, Roze n’en laissa plus que deux pour défendre ce passage, lesquels, après une résistance incroyable, voyant leurs gens hors du péril, se jetèrent dans le précipice qu’ils avoient sur la gauche par des lieux où jamais il n’avoit passé ni hommes ni chevaux.
L’action de Roze fut vigoureuse, et con-
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duite même avec tout l’art qu’il est possible de pratiquer dans un si grand péril; mais il ne s’en seroit jamais sauvé, si Merci n’eùt pas vu sur la montagne voisine les corps de l’armée françoise qui se formoient peu à peu , et même que le duc d’Engbien s’étoit avancé pour soutenir la cavalerie de Roze. Car, comme il ne craignoit rien tant que de s’engager à un combat général , il aima mieux laisser échapper ces escadrons que de pousser plus avant dans le défilé.
En effet, le duc d’Enghien ayant remarqué du haut de la montagne l’action de Roze et le danger où il étoit, avoit rallié ce qui s’étoit trouvé de gens autour de sa personne pour aller le secourir. Il étoit déjà dans cet espace de terrain enfermé entre les deux défilés, lorsqueRozc les rejoignit; ainsi, cette résolution du duc d’Enghien et la prudence de Merci furent en partie cause de l’honneur que Roze acquit dans sa retraite.
Merci commença la sienne en même temps, mais avec tout l’ordre que peut apporter un grand capitaine qui veut n’être jamais forcé de combattre, et pouvoir prendre ses avantages quand on lui en donne l’occasion. Néanmoins , il abandonna son artillerie et son bagage, et, laisT sant quelques dragons dans les bois pour disputer la sortie du défilé, il fit faire demitour à gauche; et après cela, il marcha si vite par le grand chemin de Filinghen qu’en un moment l’armée françoise le perdit de vue.
Pendant queMerci ne son geoit qu’à presser et assurer sa retraite, le duc d’Enghien de son coté rallioit ses troupes pour le suivre; mais le chemin étoit si difficile, qu’avant quelles fussent toutes ensemble l’armée bavaroise en fut éloignée de plus d’une lieue.
Il y a une montagne entre Saint-Peter et
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Filinghen beaucoup plus haute que les autres , au sommet de laquelle on trouve une plaine qui peut contenir une armée en bataille, et qui commande sur tous les coteaux d’alentour. Les eaux , les pâturages , et la fertilité de la terre qui est cultivée partout, rendent ce lieu très-commode et très-sûr pour camper. Ceux qui connoissoient le pays ne doutoient point que Merci n’y établît son camp, et cette raison obligeoit le duc d’Enghien de presser extrêmement sa marche. Néanmoins, quand les coureurs de son avant-garde furent montés sur le Ilolgrave ( c’est ainsi que se nomme cette plaine), ils trouvèrent que les Bavarois , après avoir commencé de remuer la terre pour s’y retrancher, avoient passé outre avec une diligence encore plus grande que celle des François.
Alors le duc d’Enghicn perdant l’espérance de les joindre, retourna sur ses pas ,
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et vint camper à l’abbaye de Saint-Peter.
Ses troupes étoient si lasses qu’il fut contraint de les y laisser reposer le jour suivant, pendant que l’on brûleroit le bagage des Bavarois et qu’on emmèneroit six canons et deux mortiers qu’ils avoient abandonnés. Le lendemain, il prit un petit château, situé dans les montagnes, qui pouvoit servir à ses desseins , et il envoya le comte de Tournon conduire l’artillerie à Brisack.
Ainsi, la retraite du colonel Roze fut la dernière action remarquable de la bataille de Fribourg, qu’on peut nommer une suite de plusieurs combats très-sanglants, plutôt qu’une bataille ordinaire. D’un côté, on y voit une valeur qui ne se rebute ni de l’incommodité du temps, ni du désavantage des lieux ; qui hasarde tout pour vaincre, et enfin qui remporte la victoire. De l’autre côté, on voit une prudence qui ne s’ébranle de rien , qui profite de tout pour
Sa défense, et qui ne laisse pas d’être accompagnée d’une extrême valeur. Il est difficile de juger lequel des deux mérite le plus de gloire, ou d’attaquer une armée retranchée dans des lieux presque inaccessibles et de l’obliger d’en sortir, ou bien de conserver un jugement ferme et intrépide dans une longue retraite en présence d’un ennemi pressant et victorieux, et eüfin de savoir choisir des postes dans lesquels on puisse n’être jamais forcé. Cependant, il est vrai de dire qu’un général qui abandonne son artillerie et son bagage passe d’ordinaire pour battu, et l’honneur de sa retraite n’est point complet s’il ne sauve tout; on peut dire même que la prudence de Merci n’auroit pu le garantir djine déroute générale, sans les contre-temps que prirent Espenan et Léchelle dans l’exécution des ordres du duc d’Enghien ; enfin , il arrive presque toujours qu’une armée qui attaque
des retranchements avec vigueur a de grands avantages sur celle qui les défend.
Après que le duc d’Enghien eut fait partir le comte de Tournon, il retourna vers Langsdelinghen où son bagage et son canon l’attendoient; alors il ne songea plus qu’aux avantages que la retraite de Merci lui pouvoit donner. Le sentiment des principaux officiers étoit de reprendre Fribourg; on n’étoit venu que pour secourir cette place, et par conséquent ce devoit être le premier fruit de la victoire. Les Bavarois n’avoient pu combler leurs lignes ; ils étoient déjà bien éloignés; la garnison de cette place étoit foible, mal pourvue de toutes choses, et effrayée du succès des combats qu’elle avoit vus de ses remparts.
Néanmoins le duc d’Enghien fut d’avis d’entreprendre le siège de Philisbourg, l’autre dessein ne lui paroissant pas assez grand dans une fin de campagne qu’il fal-
loit couronner par quelque chose d’éclatant ; outre qu’en se bornant à la prise de Fribourg, les armées de France n’en auraient pas été plus avancées dans le pays, et même qu’elles auraient été contraintes de repasser le Rhin pour prendre des quartiers d’hiver en Alsace.
Ce n’est pas que le siège de Philisbourg ne fût extrêmement difficile ; il falloit faire une longue marche pour y aller. L’infanterie étoit diminuée, l’argent épuisé, les vivres éloignés; mais le duc d’Enghien méprisa toutes ces difficultés, et le siège de Philisbourg fut résolu. Il envoya à Brisack Champlastreux , intendant de son armée, pour préparer les munitions et pour faire charger dix pièces de batterie sur les bateaux dont on se devoit servir pour faire un pont sur le Rhin.
Champlastreux , qui étoit actif et intelligent dans son emploi, eut bientôt fait ces
préparatifs. Le prince partit de Langsdelinghen le seizième d’août avec son armée, et prit sa route le long du Rhin, après avoir détaché Tubal avec une partie de la cavalerie weymarienne, quelques mousquetaires, et quelques dragons. Roze suivit Tubal avec le reste des Weymariens. Le duc d’Enghien se réserva la conduite de l’infanterie des deux armées et de toute la cavalerie françoise.
Il marcha en cet ordre vers un château situé à cinq ou six lieues de Strasbourg, fortifié de tours à l’antique et défendu d’un assez bon fossé plein d’eau, qu’il prit en passant, afin de s’assurer la communication de Strasbourg. De là il vint à Kupenheim, que Roze avoit pris dans son passage avec plusieurs autres lieux. Tubal s’étoit aussi rendu maître d’Etlingen, Forsen, Bretten, Durlack, Baden, Pruessel, et Wisloch , petites villes fermées de fossés,
à la plupart desquelles il y a des châteaux.
Le vicomte deTurenne alla investir Philisbourg avec trois mille chevaux et sept cents hommes de pied , et le duc d’Enghien arriva le vingt-cinquième d’août devant cette place en dix jours de marché depuis Langsdelinghen.
Philisbourg est situé auprès du Rhin sur les confins de la duché de Wirtemberg et du Bas-Palatinat, à trois lieues de Spire.
Depuis Brisack jusqu’à Hermestein, il n’y a point de place forte que Philisbourg. On l’appeloit autrefois Udenhcin; c’étoit la maison des évêques de Spire. Les troubles d’Allemagne engagèrent insensiblement ces évêques à la fortifier. Quand ils l’eurent mise en état de se défendre, elle ne demeura guère entre leurs mains. Les Impériaux, et ensuite les Suédois, s’en rendirent les maîtres. Les François la possédèrent quelque temps, et enfin elle étoit
revenue sous la domination de l'empereur.
Cette place a un fort carré qui commande sur le Rhin , et qui se communique avec la ville par une chaussée de six pas de large et de huit cents pas de long, élevée de cinq pieds au-dessus du marais. Vis-à-vis de Philisbourg, la rivière forme un grand coude et fait beaucoup de marécages autour de la moitié de la place. Sa fortification n’est que de terre, mais ses remparts sont fort épais ; elle a des fossés larges et profonds ; l’approche ne s’en peut faire que par une tête : le corps de la place est composé de sept bastions presque réguliers; la berme est si large quelle sert de faussebraie; cette berme est défendue d’une haie vive très-épaisse; le fossé est plein d’eau, large de deux cents pieds , et profond de quatre toises avec une contrescarpe bien palissadée. Du côté de ce coude que le Rhin fait auprès de la place, il n’y a qu'un uia-
rais couvert de bois en quelques endroits.
De l’autre côté, le terrain y est un peu plus haut, et rnêlç de bruyères, de bois, et de terres labourées.
Lorsque le duc d’Enghien la fit investir , Bamberg en étoit gouverneur ; sa garnison étoit composée de deux cents chevaux et de cinq cents hommes de pied ; il avoit cent pièces de canon et des munitions pour soutenir un long siège.
Ap rès que le duc d’Enghien eut reconnu les lieux les plus avantageux pour assurer sa circonvallation, il employa le reste de la journée à prendre ses postes, et il destina la nuit pour attaquer le fort du Rhin. L’armée françoise prit ses quartiers depuis Knaudeneim jusqu’à un ruisseau qui coupe la plaine à moitié chemin de Rheinhausen, et l’armée allemande fut postée depuis ce ruisseau jusques à Rheinhausen.
Aussitôt qu’il fut nuit, les troupes se disposèrent à l’attaque du fort. Le duc d’Enghien y alla par lesjbois , et le vicomte de Turenne s’en approcha par de petites digues qui sont au travers du marais. Le duc d’Enghien n’y put arriver qu’à la pointe du jour, parce qu’il avoit pris un chemin plus long et plus difficile.
Bamberg, n’ayant pas assez d’infanterie, avoit retiré dans la place tout ce qui étoit à la défense du fort. Le vicomte de Turenne le trouva abandonné, s’en saisit, et le munit de tout ce qui étoit nécessaire contre les attaques de la ville.
Le duc d’Enghien ne songea plus qu’à bien assurer sa circonvallation. Il fit élever des forts et des redoutes aux endroits où le terrain y étoit propre, et abattre dans les marécages quantité d’arbres pour couper tous les chemins. Le vicomte de Turenne ne trouva pas tant d’obstacles à.
fortifier son quartier, car il se servit d’une grande ravine qui régnoit presque d’un bout à l’autre de son camp, et elle fut en défense en y faisant un parapet ; de sorte que les travaux de la circonvallation furent achevés en quatre jours, et le camp fermé de tous côtés depuis Knaudeneim jusqu’auprès de Rheinhausen.
Cependant le pont de bateaux arriva chargé du canon, des munitions, et des vivres. En vingt-quatre heures il fut placé vis-à-vis de Gcrmesheim et de Knaudeneim. Germeshcim est une petite ville du Bas-Palatinat, assise sur le bord du Rhin, fortifiée de bastions de terre, avec un fossé sec du côté de Spire, et plein d’eau du côté de Philisbourg et du marais. Sa prise étoit nécessaire pour tenir le haut du Rhin, et comme on ne pouvoit faire de circonvallation au-delà de la rivière, on ne pouvoit aussi en être assuré qu’eu.
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prenant les places qui la commandoient.
Du moment que le pont fut achevé, le duc d’Enghien fit passer d’Aumont avec six cents hommes de pied et trois cents chevaux pour attaquer Gei'mcsheim. D’Aumont s’en rendit le maître en deux jours de tranchée ouverte, et ensuite il marcha vers Spire. Cette ville, bien que située sur le Rhin, n’est considérable que par la chambre impériale dont elle est le siège , carellen’est fermée que d’unemurailleavec des tours à l’antique et un méchant fossé.
Pendant que d’Aumont s’assuroitdetous les postes nécessaires sur le bord du Rhin , le duc d’Enghien fit commencer les attaques de Philisbourg. On a déjà observé que l’approche ne s’y peut faire que par une seule tête, où l’on trouve un terrain sablonneux qui continue presque de la même largeur jusque sur la contrescarpe de deux bastions de la ville.
Leducd’Enghien ordonna deux attaques par cet endroit. Le maréchal de Gramont conduisit la gauche. Le vicomte de Turenne prit soin de la droite. L’un et l’autre se servirent d’environ quinze cents pas du cours d’un petit ruisseau qui passe par cette plaine, dont ils détournèrent l’eau pour faire leur approche vers les deux bastions qu’ils attaquoient La tranchée fut ouverte le premier jour de septembre, et la nuit même on fit une place d’armes commune aux deux attaques, de laquelle chacune conduisoit son approche vers le bastion opposé.
Espenan, avec le régiment de Persan, fut de garde la première nuit dans la tranchée de Gramont; et, après avoir poussé la ligne près de deux cents pas, il commença une grande redoute, où il établit un corpsde-garde de cent gendarmes à la tête des travailleurs ; et ces cavaliers avoient ordre
de se retirer pendant le jour derrière une masure proche de l’ouverture de la tranchée.
La nuit fut assez paisible , et les assiégés , qui ne savoient encore où l’on travailloit, n’interrompirent point l’ouvrage des assiégeants. Mais, dès que le jour parut et qu’ils virent la terre qu’on avoit remuée, ils voulurent essayer de ruiner par une sortie le travail qui s’étoit avancé pendant la nuit. Ils détachèrent deux cents hommes de pied et cent chevaux qui s’avancèrent contre la ligne; et, bien quelle fût encore pleine de travailleurs , Espenan se prépara pour les recevoir, et commanda aux gendarmes de s’opposer à la cavalerie des assiégés.
Cet escadron marcha aux ennemis avec un tel désordre qu’il fut entièrement rompu au premier choc, et La Boulaye y fut tué sur la place. Néanmoins Espenan mit