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aurait-il pu s'écrier, comme le poète de Mantov ^ visité par Virgile au Purgatoire. Nous nous embrassâmes comme les deux ombres et nous fftma àFiustant amis. Je lui dois, outre l'agrément de soi commerce, des renseignements précieux surlepaji Sa maison était spacieuse, commode, et il y avait fl milieu de sa cour un beau henné à c6té d'un puil^
A peine lui avais-je dit mon nom qu'il était ^ sans répondre pour rentrer l'instant d'après avec» livre à la main : « Voyez si je vous connais ! » dit-i en me le présentant. Or ce livre était CAovonuf; un ouvrage de ma façon , publié à Paris quelqttl^l quinze ans auparavant, bien que je fus surpris, dl^ encore plus flatté de rencontrer si près de réqarl'i teur. On ne se ligure jamais assez le chemin qoB|t font les livres et les idées avec enx , ni quellei| sympathies un auteur éveille au loin sans même s'dl douter. CVst la véritable communion des âmes, dl j*ajoute que ces coumiunications à distance, ces aini-l liés inconnues, sont le prix le plus cher du travail 1
M. Heuglin, consul ou vice-consul d'Autriche, me vint rendre visite à Tinstant chez le docteur Peney, avec un médecin allemand qui demeurait alors avec
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itd, et dont le nom m'a échappé, à moins que ce ne soit Guesspih, ou quelque chose comme cela. M. Heuglin composait à lui seul tout le corps conmlâire. L'agent anglais était absent, ainsi que celui ie Sardaigne, M. Vaudey, qui précisément dans ce «ini)s-là tombait sous les flèches d'une tribu du !Til-Blanc , à propos d'iin hippopotame tué dans le leuve , et dont les indigènes disputaient la propriété Mix gens du consul. Ces trois puissances, l'Autriche, SI Grande-Bretagne et la Sardaigne, sont les seules lui aient des représentants à Khartoum, et la France %e ferait pas mal d'en avoir un.
M. Heuglin était un capitaine d'artillerie, et son tevoi à Khartoum passait pour une disgrâce qu'il |*^tait attirée par ses opinions politiques ; on le lisait du moins, et je veux bien le croire, quoiqu'il i*y parût guère. Swartz-gelb pur sang, c'est-à-dire k^utrichien jusqu'à la moelle des os, tous ses vœux, lans la campagne d'Orient à peine alors commentée, étaient pour la Russie, et il professait pour les longrois une haine si violente, qu'il avait donné à on domestique le nom de Kossuth , disant que , Drsqu'il le châtiait, il se faisait illusion à lui-même , I se figurait avoir sous sa canne le tribun hongrois li-mêm'e....
Aa demeurant le meilleur fils du monde.
U arrivait d'un voyage scientifique en Abyssinie,
et avait des connaissances étendues en histoire vst' turelle, notamment en ornithologie ^ Sa maison étd une véritable ménagerie, où se trouvaient rasseisblés presque tous les animaux du pays, lions, pan* thères, singes, bien d'autres encore; et je pus, à a grande satisfaction, presque de visu, lui donner des nouvelles de deux jeunes rhinocéros qu'on a^ pris pour lui dans le désert de Taka. U possédait, entre autres curiosités, un fourmilier, animal foit rare et dont il n'existe, je crois, en Europe, aucofl échantillon. II est grand comme un lièvre, mail bien moins agile, et n'a aucun moyen de défense, n introduit sa langue, qui est fort longue, au milles des fourmilières , et, quand elle est couverte de fourmis, il les avale, et continue ainsi tout le long du jour. Toutes les richesses de M. Heuglin étaient destinées aux établissements savants de Vienne, où elles doivent se trouver à l'heure^ qu'il est. Son exï touchait dès lors à son terme.
II succédait dans ses fonctions de consul au docteur Reitz, l'un des premiers explorateurs du Soudan oriental, aussi distingué comme homme que comme savant, et qui était mort tout récemment des suites de ses voyages, à l'âge de trente-trois ans.
Je pourrais citer d'autres Européens, des Français même, établis à Khartoum, tel, par exemple, que
1. M. Heuglin a, depuis son retour en Europe, publié soa voyage en allemand.
Qacien en chef de la province, un Marseilmu musulman, qui avait déjà épousé, puis une cinquantaine de femmes, sans compter l'il a eu depuis et qu'il aura encore. Khar- \ le vestibule de la barbarie, le point inter- ; entre la vie sauvage et la civilisation, dont le de ce côté la limite extrême; mais quelle 3n! Apeu d'exceptions près, elle n'y est [pie par le raffinement de ses vices, et l'Euîst représentée là en général que par Téî ses populations. Des marchands avides y îrcher des dents d'éléphant qu'ils échanitre des verroteries avec les riverains du lanc, et se croient tout permis dans ces lointaines. Aussi que d'abus, que d'excès genre, que de crimes impunis ! On m'a cité ces trafiquants, et des plus notables, qui tous aient été marqués çn Europe et s'y étaient ...au bagne probablement. J'en passe et Heurs. Ab uno disce omnes.
ce que doivent se permettre de tels homrés sans frein à tous les instincts les plus s. Le meurtre est le moindre de leurs mé- )utez à cela qu'ils passent leur vie à se dées uns les autres et à s'imputer réciproquejtes sortes de forfaits. Peut-être ont-ils tous linsi, par exemple, un marchand français usé par un autre de faire la traite des noirs,
crime puni par les lois françaises. H. Yauc même, tout consul de Sardaigne qu'il était, au moment de sa mort, d'être appelé à Tui la dénonciation d'un de ses compatriotes»
l'accusait de rien moins que d'avoir tué un propres domestiques. On sent bien que je i point de pareilles histoires à la publicité ; plaisir de faire un scandale inutile , et d'; sans intérêt; je n'ai voulu que montrer parc positifs les tristes exemples que les chrétiei nent aux habitants de l'Afrique centrale. Je mande, la vie sauvage, avec toutes ses si] tiens, toutes ses ignorances, n'est-elle pas pré encore à une civilisation ainsi représentée ? ël idée les indigènes doivent-ils se faire de TËu] la vue de tels Européens ?
Je ne cite que pour mémoire des touriste ricains qui commencent à paraître de ter temps dans ces régions lointaines, et des o anglais qui viennent de Bombay, d'Aden et de Londres, chasser pendant leurs congés, m le lièvre et le renard, comme en Europe rhippopotame et le lion.
Dès le soir de mon arrivée, il y eut une { fantasia en plein air, devant la maison de Bey^ ce déporté lettré dont j'ai parlé plus l y en avait tous les jours en l^onneur des dAilles du ûi& d'Abbas avec une fille du solta
ts et les danses étaient entremêlés de feux îflce, et les fusées, en s' élançant dans l'espace, appelaient celles qui, la nuit précédente, m'ait empêché de me perdre au milieu du désert, chants et ces danses étaient exécutés par des aes égyptiennes ou abyssiniennes, qui ne se iguaient les unes des autres que par la teinte ou moins foncée de leur peau. Toutes avaient Mige découvert, contrairement à la loi du Koet je ne pouvais que m'en féliciter, vu qu'elles nt toutes d'une beauté accomplie et dans la
de la jeunesse. Il est impossible d'avoir des : plus vifS) des dents plus blanches, un nez
droit, des traits plus fins et plus réguliers, es de robes de soie à couleur voyante , où le e, le jaune, se mariaient au vert clair et au bleu iel, elles avaient les bras et les pieds nus. Une le de gaze couvrait à demi leur poitrine, et 5 cheveux noirs flottant en arrière étaient ornés a'à l'extrémité de petites monnaies d'or passées 1 un fil. La générosité des spectateurs augmente ssamment ces rivières éclatantes, les s'accompagnent, pour danser, du tar ou )our de basque, et de castagnettes de cuivre en le de cymbales, appelées en arabe sadjat ou net, dont elles jouent avec une dextérité mer- 3use. Leurs danses et une partie de leur cos- ( sont absolument les mêmes que l'on voit
représentés dans les peintures des anciens hypi gées, et je ne doute pas qu'ils ne se soient coi serves par tradition. Les aimées, a'<mdlemy ou d seuses, forment en Egypte une caste à part, co elles en devaient former une au temps des PI raons. Elles sont beaucoup plus cultivées que autres femmes de rOrieïit, savent lire, écrire, beaucoup sont poètes. Vivant en .dehors de la commune, elles ne se marient point, «ignorent par conséquent la claustration, la servitude du harem, et, aussi indépendantes par nature que par proE» sion, elles jouissent d'une liberté sans bornes. Appelées dans toutes les fêtes privées et publiques,! n'y en a pas sans elles ; aussi mettent-elles som^ à très-haut prix leur présence, et ne les a pas q veut. J'en ai vu payer aussi cher qu'une prima don» louée pour chanter dans un concert du faubouij Saint-Honoré ; et plusieurs s'enrichissent à ce métier, qui a ses hasards, ses fatigues, et n'en exclut pas un autre : aussi , toutes recherchées qu'elles sont, ne sont-elles pas en odeur de sainteté*
Abbas-Pacha, excité par sa mère, une dévote îptolérante à la façon des dévotes européennes, et inspiré d'ailleurs par son propre bigotisme , avait exilé du Caire toutes les aimées, et les avait reléguées dans la Haute-Egypte. La police les traquait comme des bêtes fauves» et faisait des razzias dans tous les quartiers de la ville. Malheur aux pauvres
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filles qui ëtuent prises en flagrant délit ! elles étaient fouettées sans pitié, avant d'être embarquées pour le lieu de leur exil. Les Européens eux-mêmes, quoique leurs privilèges soient grands au Caire, ne pouvaient s'en procurer à aucun prix : car celles , en bien petit nombre, échappées à la proscription, étaient frappées de terreur, et rien ne pouvait les arracher des retraites où elles se tenaient cachées. Ayant voulu moi-même me donner, et donner à quelques amis ce divertissement tout national , la chose me fut impossible , quoique je fusse assisté par des indigènes très - expérimentés en pareille matière, et que la police du quartier eût promis de fermer les yeux et de se boucher les oreilles.
Je fus donc très-agréablement surpris et amplement dédommagé en tombant au milieu des fantasias officielles de Khartoum, et je ne fus pas moins étonné d'y voir assister , comme pour les encourager, les légitimer par leur présence, nonobstant la réprobation du maître, le gouverneur en personne et les principales autorités du pays. La fête se renouvela le lendemain devant la maison du consul, célébrée dans les mêmes circonstances et sous les mêmes auspices, sans oublier le classique feu d'artifice, dont les clartés fugitives jetaient d'étranges reflets sur les visages noirs et blancs des assistants. Des torches de résine portées par des domestiques ou par des esclaves convertis en candé-
labres, éclairaient la scène, et les gens du consol faisaient circuler du sorbet. Tout cela se passait à Tombre du pavillon d'Autriche, qui flottait sur la porte du consulat.
Les aimées étaient pour moi toute la fête. Lear chant monotone , lent , singulièrement primitif et absolument étranger à toutes les notions musicales de nos pays, avait je ne sais quel charme indéfinissable ; sa monotonie même faisait sa puissance et, quoiqu'il sentit d'une lieue ses Pharaons , il plongeait Tâme à la longue et la berçait mélancoliquement dans une rêverie profonde. Les danses sont beaucoup plus variées ; elles étaient exécutées avec une grâce, une légèreté, une ardeur extraordinaires. Nos ballets, ni rien de ce qu'on voit dans nos salons, n'en sauraient' donner l'idée. Les danses espagnoles seules s'en rapprochent un peu, avec cette différence que ces dernières s'exécutent par couples, tandis que les aimées dansent toujours seules : nul homme ne danse jamais avec elles.
J'étais, comme le reste dés spectateurs, assis sur un angareb, et nous faisions cercle autour des danseuses, de manière que leurs robes nous frôlaient en passant, en même temps que leurs regards et leurs sourires allaient directement et de fort près à leur adresse. L'une d'elles, plus habile et plus à la mode que les autres, se mit à exécuter la daçse du sabre, danse d'un grand caractère, qui exige beaucoup
d'agilité et encore plus de souplesse : car les mouvements des pieds, des bras, du corps tout entier, doivent se combiner, s'accompagner pour ainsi dire les uns les autres, et s'harmoniser sans effort, sans roideur, avec un art poussé jusqu'au naturel. Tantôt le sabre tourbillonne sur la tète de la danseuse en jetant des éclairs ; tantôt elle le rabaisse et le tient fixé près du sol, comme pour frapper un ennemi terrassé. Dans ce dernier mouvement, la Terpsichore africaine m'approcha de trop près, et la lame m'atteignit le doigt au passage sans même qu'elle s'en aperçût La danse terminée, elle vit couler le sang, et alors seulement comprit ce qui s'était passé. Sa maladresse pouvait lui coûter cher, car la police turque est sans ménagement, sans égards : sur une plainte , sur un mot de moi, la pauvre fille eût été fustigée à l'instant sans pudeur, sans merci ; cette cruauté eût même été pour les exécuteurs une partie de plaisir. Elle se vint jeter à mes pieds toute tremblante, et me baisait les mains pour m'émouvoir, comme si j'eusse été capable d'une barbarie si grossière. Mais elle en fut quitte pour la peur et fut bientôt rassurée. Tout sanglant qu'il était, l'incident n'eut pas d'autres suites. Le docteur Peney pansa mon doigt sur place, et la fantasia continua sans que j'en perdisse une note ni un pas. Une autre danse célèbre dans le pays et fort goûtée
des Turcs est celle de l'abeille. La danseuse suppose qu'elle a une abeille sous ses habits , et , pour la chercher, s'en dépouille les uns après les autres avec des mouvements, des gestes qui expriment tour à tour la crainte d'être piquée et l'espoir d*ôtre délivrée de son ennemi. Mais comme ce petit drame est un peu vif, surtout au dénoûment, on ne se le permet guère que dans le particulier. On ne l'oserait sur la place publique. Je dois convenir que toutes les danses qui se succédèrent étaient relativement fort décentes , quoique la volupté, sinon la passion, soit l'âme de presque toutes, et que, à peu d'exceptions près , elles n'aient d'autra but que d*éveiller les sens.
Dans les entr'actes, les aimées allaient s'asseoir familièrement auprès des spectateurs dont elles désiraient capter la faveur ou piquer la générosité. Elles n'ont point l'humeur farouche et, semblable aux Àspasies de la Grèce, cette race de femmes à jamais perdue et regrettable à plus d'un titre, le chant et la danse ne sont pas, ainsi que je l'ai dit, leur unique industrie, quoiqu'on se cache de leur commerce. Comme la plupart ont de l'esprit et toutes beaucoup d'entrain, la conversation ne languit pas avec elles, et les propos galants, si j'ose employer un mol si peu oriental et qui sent si fort son xvnr siècle, circulent publiquement avec une naïveté tout à fait primitive. Les Turcs sont lourds à la réplique
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et toujours grossiers. Les Arabes, plus spirituels et plus vifs, ont la repartie plus prompte et le langage plus raffiné. Ajoutons à la gloire des aimées d'Egypte qu'elles parlent en général un excellent arabe. Un étranger ne saurait avoir de meilleurs professeurs, ni surtout de plus agréables.
Deux de ces femmes libres m'avaient particulièrement frappé par leur grâce et leur gentillesse : l'une était une Égyptienne, nommée Fatma, fort à la mode çn ce moment ; l'autre une Abyssinienne très-belle, une Cypris noire, dont le nom quelque peu barbare d'Atanienhô n'est que la traduction littérale du n^ot français Dieudonnée. Je les revis plusieurs fois, et toujours avec un nouveau plaisir, suivant la formule constitutionnelle ; je les revis notamment et de plus près chez l'excellent docteur Peney, qui me donna dans sa niaison une fantasia charmante, beaucoup moins cohue, et partant plus agréable , plus intime que celles de la place pu* blique.
Le consul me donna, lui aussi, une fantasia particulière qui était une variété dans l'espèce. Je n'avais jusqu'alors entendu chanter ni vu danser que des Égyptiennes ou des Abyssiniennes instruites dans l'art des premières, toutes aimées de profession, qu'à la rigueur on peut voir et entendre au Caire aussi bien qu'à Khartoum. Il me restait à faire connaissance avec les danseuses du Soudan, et c'est la sur-
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prise que M. Heuglin m*avait ménagée. On commença par dîner dans son jardin , et l'on dina fort gaiement ; après quoi, la nuit étant venue, ou alluma des torches, et je vis arriver une troupe de femmes enveloppées de la tète aux pieds dans leur feriah^ large pièce de toile blanche bordée de franges aux deux bouts. J'ai dit des femmes, parce que je savais que c'en était en effet, car on les eût prises pour des fantômes. Elles vinrent nous baiser la main respectueusement Tune après l'autre , puis s*accrQupîrent en groupe sur des nattes qu'on leur avait préparées.
La première à se dévoiler fut une grande femme d'un certain âge, quelque chose comme trente ans, dont le visage assez régulier était d'un beau noir, cl dont la coiffure tout isiaque me frappa singulièrement pour en avoir vu de semblables dans des figures de l'Egypte ou de l'Ethiopie anciennes. Ses cheveux tressés, gommés, étaient relevés en trois touffes énormes, deux latérales et une par derrière, retenues par un large cercle d'or en manière de diadème. Cette femme, nommée Fakebaro, était une entrepreneuse de musique et de danse indigènes, pis que cela, une impresariay comme disent les Italiens; les jeunes filles qui lui servaient à défrayer son industrie étaient des esclaves achetées par elle , sa propriété par conséquent , et dont les talents l'enrichissaient sans les enrichir
jamais elles-mêmes, car les malheureuses ne possédaient rien : leur corps n'était pas même à elles.
Enfin le ballet commença ; ballet étrange, je vous assure , et qui n'a rien de commun avec tout ce que j'avais vu jusqu'alors. Sur un signe de la maîtresse, qui resta accroupie à l'écart et enveloppée dans son ferdah, les esclaves, au nombre de six ou sept, se levèrent, et, se dépouillant du leur, demeurèrent absolument nues, au raat près, qui leur ceignait le bas des reins. Toutes étaient de la première jeunesse , faites à ravir , et , quoique parfaitement noires, elles avaient le nez aussi droit, les lèvres aussi minces et l'ovale du visage aussi pur que les plus jolies femmes de Paris. Elles n'avaient ni tambours de basque, ni castagnettes : elles dansent à la voix, l'une après l'autre, et celles dont ce n'est pas le tour battent la mesure dans leurs mains. Fakebaro faisait naturellement l'office de chef d'orchestre, chantait et battait plus fort. A mesure que la danse s'anime , le chant s'anime aussi et dégénère en hurlements.
Pendant ce temps , la danseuse , seule au milieu du cercle comme une ètatue d'ébène, paraît plongée dans une profonde extase. La tête renversée en arrière, la poitrine tendue, les bras roidis, elle paraît soutemr une lutte intérieure et combattre une force invincible qui l'entraîne où elle ne veut pas allen
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Puis bientôt sa poitrine s'enfle, tout son corps est agité de frémissements nerveux , elle s*aYance à petits pas , mais en cadence , et comme poussée toujours malgré elle, vers un des spectateurs qu'elle a choisi ou qu'on lui a désigné, celui d'ordinaire à qui la fête est destinée ; elle arri?e enfîn devant lui, elle s'arrête en palpitant, elle tombe, et, pour peu qu'il soit poli, il la reçoit dans ses bras.
Voilà toute la danse des Soudanleimes , et le drame qu'elles figurent est assez clair, assez diaphane pour être compris, même à la lecture, sans avoir besoin de commentaire. Quand l'une a fini , l'autre commence , et c'est toujours la mtaie chose. Les poses, les gestes, toutes les gradations, toutes les péripéties de cette passion si naïvement jouée et toujours suivie de la même défaite, tout cela, dis-je, est invaiîablement répété dix fois, vingt fois de suite, et semble stéréotypé d'avance, comme un programme dont il n'est pas permis de s'écarter. Cette danse, cette mimique, si vous Yoidez, est commune à toutes les femmes du Pleuve-Blanc. Un touriste américain, qui en 1853 y fit un voyage d'agrément, raconte une fantasia célébrée en son honneur par les femmes d'une tribu dont j'ai oublié le nom, et où les choses se passèrent absolument conunechezle consul. Les danseuses réputées les plus habiles sont celles qui mettent le plus de vérité
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I dans l'illusion, et, représentant la nature avec la I fidélité la plus provocante, élèvent la fiction jusqu'à
1 la réalité. A quoi je pourrais ajouter, sans vouloir
2 médire de personne, que la réalité suit bien souvent la fiction.
r Le chant remplissait l'intervalle des danses, et celui-là est encore plus primitif, plus noonotone que celui des aimées. Il se compose de deux ou trois notes tout au plus, qui reviennent toujours les mêmes, avec la même intonation; et, non moins élémentaire, raccompagnement de ces cantilènes traînantes consiste , comme pour la danse , à frapper les mains l'une dans l'autre. Les chanteuses improvisent d'ordinaire les paroles qui leur servent de libretto, et ne font pas pour cela de grands frais d'imagination. Ce soir-là, le llbretto était naturellement en l'honneur du consul, qui donnait, qui payait la fête , et se composait d'une phrase unique où sa générosité était portée aux nues. Il finit lui-même, toute modestie à part, par se
fatiguer d'un éloge si peu varié, quoique si bien mérité.
Pour en finir avec les danseuses en robe de soie et les danseuses en raal de cuir, je dirai que les premières, c'est-à-dire les aimées , sont tout à fait libres, vivent où elles veulent et comme elles veu^ lent, seules ordinairement, et que leurs profits sont bien à eUes ; tandis que leurs rivales du Soudan
étant esclaves , ainsi que je l'ai dit , vivent en commun dans la maison et sous la règle, que dis-je? sous la verge d'une maîtresse qui les loue, les vend, les exploite de toute façon , et s'enrichit de leurs veilles, de leurs fatigues, de leurs talents. Je fus curieux, pour tout voir, de visiter quelques-unes de ces étranges communautés. Nous fîmes donc, janissaire en tête et à la clarté des falots, plusieurs expéditions nocturnes dans ces noirs sérails, noirs dans toutes les acceptions du mot, autant par celles qui les peuplent que par les bougesqu'elles habitent. Je renonce à peindre ces intérieurs sans nom dans aucune langue. La volupté expire à la porte de ces tristes lieux, qui soi-disant lui sont destinés, mais où il n'y a de place que pour la dégradation, la misère, la pitié.
Il règne à Khartoum une liberté de mœurs qui sent fort la vie sauvage. Les Européens s'en accommodent parfaitement, et l'exagèrent encore, bien loin de la réprimer. On peut donc dire avec raison que la vie sauvage déteint ici sur la civilisation, bien plus que la civilisation sur la vie sauvage. En bonne humanité, c'est le contraire qui devrait avoir lieu. Les Turcs et les Arabes cachent et clôturent leurs femmes au fond des harems , et les eunuques commis à leur garde répondent de leur fidélité. Quant aux indigènes, c'est pis encore : ils croient si peu à la vertu féminine, qu'ils ont adopté l'infibula-
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lion, usage barbare, que le gouvemement égypûmt essaye en vain de combattre, et qui résistfe à toutes ses prescriptions. A cette industrie, qui est Tapanage des matrones du pays, celles-ci enjoignent beaucoup d'autres. Ce sont des puissances occultes , mais de véritables puissances, qui, pour agir dans l'ombre et le mystère, n*en sont que plus redoutées et plus redoutables. Elles sont en communication continuelle avec toutes les classes de la population , depuis le harem du pacha jusqu'à la tente du Bédouin, et les deux sexes les consultent avec ime égale confiance pour tous les maux du corps et de Tesprit : car pour tous elles ont des recettes merveilleuses , des secrets infaillibles.
Ces Canidies africaines sont les sorcières du moyen âge, d'autant plus sorcières qu'elles pratiquent des incantations destinées à conjurer les maléfices des mauvais esprits et l'influence du mauvais œil. La profonde ignorance et la superstition non moins profonde où sont plongées les populations du Soudan donnent un grand crédit à ces impostures. L'empire de ces filles d'Éblis ne se borne pas au Soudan, il s'étend dans toute la Nubie et jusqu'en Egypte. Une d'elles s'était fait au Caire un grand renom. Entre autres sortilèges, elle faisait apparaître des bras , absolument comme M. Home, le grand spiritiste du jour, et bien avant lui. Méhémet-Ali, dont l'athéisme n'était pas crér
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dule , voulut en avoir le cœur net : il assista i ' une expérience, et ayant découvert la fraude, il lit coudre incontinent dans un sac et jeter au li fond du Nil ia pauvre enchanteresse. Tout n'est pas profit dans le métier.
CiÇ^açlP
^ès mon arrivée à Khartoum, je m'étais rendu à la ission autrichienne établie dans cette tUle pour la inversion des sauvages du Nil Blanc. J'en avais ^Dnu le chef, le docteur Ignace Knoblecber, au eux Caire, au moment où il s'y embarquait, Tan- &e précédente, pour regagner Khartoum après un >yage en Europe. Il y avait conduit en manière d'é- XantUlon, et promenait avec lui de ville en ville un de -s sauvages de la tribu des Bari, située à quatre ou ^Hq degrés de Féquateur ; il l'avait converti, ou du ^oins apprivoisé. C'était un grand noir, fort laid, vêtu ^iine robe rouge, coiffé d'une plume, et qui portait >Xijours sous le bras l'oreiller de bois dont les Sou- ^jiiens , comme les Abyssins, ne se séparent jamais ; usage bien ancien, car on retrouve des mo- ^es dont la tête repose sur un oreiller semblable. *aplomb de cet homme était surprenant. Il ne s'é-
tonnait de rien, et rien ne Fembarrassait. Orguefllenx jusqu'à la puérilité, il se disait, se croyait prince , et il exigeait des égards qui allaient jusqu'au respect. Dînant avec son protecteur chez les consuls et dans les premières maisons de Farisfo^ cratie autrichienne , je crois môme à la cour, il ré-j clamait partout la place d'honneur, et sa susceptibilité donnait partout la comédie.
Dès cette époque , c'est-à-dire au mois d'octoh» 1863, j'avais eu la velléité de m'embarquer avec fe docteur Ignace et de remonter le Nil dans sa compa-Jî gnie jusqu'à sa destination. Ce projet n'eut pas de suite. Tétais prédestiné à aborder le Soudan ptfj -un autre côté et à descendre le Nil au lieu de b remonter. J'avais espéré retrouver le docteur i Rhartoum; il n'en fut rien. Le docteur mîssiônnain était alors sur le Pleuve-Blanc et n*étaît pas d'en revenir.' Je fus reçu à sa place par son p: reur, un prêtre lombard nommé dom Joseph,!
qui, en l'absence du chef, gouvernait la maisoi. Occupé eh ce moment de bâtisse, sa grande était de fabriquer des briques, opération pour quelle il se plaignait de rencontrer beaucoup difficultés. Ce fut la première chose, la seule d'ab dont iUm'entretint.
La Mission occupe un assez grand bâtiment plutôt un groupe de bâtiments construits avec solidité relative , mais dont l'architecte n'a pas
' MISSION m mL BLANC. «I
Tands frais dMmagination. Plusieurs cours irréguières , hantées par des chats-tigres soi-disant pri* es, et dont une est ombragée d'un beau sycomore, ^parent les uns des autres les divers corps de logis. In immense jardin tient à la maison et , clos d'un nur en terre, s'étend jusqu-auPleuve-Bleu. Pour dire a vérité, rien que la vérité, mais toute la vérité, cette nission, étrangement surfaite par quelques voyageurs, est loin de mériter les éloges qu'ils lui ont décrues, et saréputation estquelque peuusurpée. Cette istitution, dueexclnsivement à l'Autriche, est une af- Jve, je dirais presque un caprice de cour, si le but I était moins sérieux ; elle est sous la protection ►éciale de la famille impériale, y compris Tempeîtir lui-même. Sa mère, l'archiduchesse Sophie, se outre, à ce qu'on dit, très-zélée pour l'œuvre , et ^ archiducs , quand l'argent manque, contribuent i leur bourse et font contribuer autrui. Le docteur, ^Titable missionnaire aulique, et laïque d'ailleurs, ent faire de temps en temps acte de présence en Dtriche, et n'en revient jamais les mains vides. Sa ornière collecte s'était élevée, disait-on, à plueurs centaines de mille francs, n avait ramené avec lui, non des prêtres, mais tî certain nombre d'artisans européens, tous Allelands ou Italiens, et engagés pour un temps dé- ■miné, sans compter une grosse cargaison d'oU" b, de vivres, de vin, d'approvisionnements de
6h MISSION DO MIL BLAlffC.
toute espèce. Les émigrants n'en sont pas mieD nourris, ils le sont même fort mal : une parcimooie toute monacale, et hors de saison vu la circonstance, préside à la distribution de leurs repas ; le vin d'i paraît jamais, quoiqueles médecins européens étiblis au Soudan en recommandent Fusage comioe très-salutaire et presque indispensable à £sdble dott, aux Européens dépaysés, pour lutter contre la nooveâuté , l'insalubrité du climat : aussi ces pauvm gens ne tardent-ils pas à regretter le pays natal ^à se repentir des engagements qu'ils ont coptractéii engagements inflexibles ; car une fois dans ces diserts lointains , il faut qu'ils y meurent s'ils n) peuvent vivre. C'est la destinée de beaucoup d'eob» eux : la mort les décime d'une manière effrayanki, Ceux qui survivent sont presque tous minés par k fièvre : on croirait voir des spectres sortis du pulcre pour y rentrer bientôt. h
Pendant ce temps, le chef de cette armée doMp je veux dire, le docteur Ignace, confortablemeri ^i installé dans sa cange, faisait bonne chère etneit ^ refusait rien. Coiffé d'un turban et vêtu d'une l» k gue robe à l'orientale, il porte dans le pays un bO * arabe, quelque chose comme Abou-Suleyman, 4^ ne se pique nullement, tout missionnaire qu'il ^^ de donner aux idolâtres l'exemple de l'austémlii chrétienne. Cet amour du bien-être est commoftVti presque tous les missionnaires envoyés] dans mi
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pntrées, notamment en Abyssinie; et des personnes établies pendant de longues années dans ce derlier pays m'ont affirmé que cette recherche des ^mmpdités de la vie ne compromet pas peu, aux reux des indigènes , Tœuvre pie des apôtres européens, bien différents en cela de leurs modèles des H*emiers temps.
J'ignore si les affaires de la Mission ont jamais ^(é florissantes ; mais ce qu'il y a de certain , c'est lu'alors elles étaient en fort mauvais état. Un établissement a été fondé par elle sous le quatrième legré. C'est une «orte de fort en maçonnerie , défendu par une pièce d'artillerie de petit calibre. La K^nison se composait de cinq ou six ecclésiastiques chargés de répandre la religion catholique ilans les tribus d'alentour. Or ces tribus, Uvrées à 'idolâtrie la plus grossière, avaient prêté docileûent l'oreille aux prédications des missionnaires , ^nt que ceux-ci leur avaient donné à boire et à tianger. Mais quand l'épuisement des provisions i€ permit plus ces distributions quotidiennes, les louveaux convertis retournèrent à leurs idoles et se riirent à bâtonner les prédicateurs pour leur arraher ce qu'ils n'avaient plus. Tous avaient sucombé, à l'exception de deux, dont l'existence était ien précaire au milieu d'un pareil troupeau. Le anon destiné à les protéger n'avait jamais été déhargé, ni même chargé sans doute. Muet sur son
affût, ce n'était qu*an vain simalacre. « Nous som* mes des hommes de paix, disaient les missionnaire; n il nous est interdit de répandre le sang humain. >
Je ne dois pas oublier d'ajouter que la Mission fiai Q à Khartoum une école fréquentée par de petits nxHlii ricauds à qui Ton apprend l'italien, le catéchisme,) ne sais quoi encore , mais dont on ne fait ment ni de grands savants ni de bonâ chrétiens.
L'expérience a démontré que les missions fiques sont toujours stériles; c'est triste à dire, c'est ainsi. Le cimeterre a seul converti à l'is" l'Afrique et l'Asie, comme plus tard l'arquebuse Espagnols a converti l'Amérique au catholicisi Il en fut de même en Europe, et, pour n'en qu'un exemple, ne fallut-il pas l'épée de G magne pour renverser les idoles des Saxons?
ne doit donc pas s'étonner que la mission anliq*^ de Khartoum n'ait produit aucun résultat, «ti durât-elle cent ans, dans cent ans les choses n'ei seronl pas plus avancées. Tai bien peur que le (Wl* actuel de la pieuse entreprise ne partage à dv égard mon opinion, et que ses vues ne soient pii|ï tout à fait désintéressées ^ I'
1. Depuis que ceci a été écrit, la Mission de Khartoum aéi supprimée, et, indépendamment delà dépense qui s'élen^k deux cent cinquante mille francs par an , les motifs de cette so^ pression justifient pleinement Pidée que Tauteur avait cao^ de cette institution.
Vn seul des nombreux missionnaires qui se sont excédé sur ces terres ingrates a paru exercer une rte d'action sur les indigènes et a laissé parmi 3t un souvenir : c'était un prêtre italien nommé >moL Angelo Vinco, un homme de Dieu qu'animait Knour du prochain et qui a payé de la vie sa cha- ^. On le prenait pour magicien : ses cheveux a^ncs et les lunettes qu'il portait ne contribuaient tm peu à accréditer cette opinion. Quelques condssances qu'il avait en médecine ne servaient n^k la fortifier davantage encore, et, s'il ne faisait UB toujours tomber la pluie au gré des habitants, * ne l'en croyaient pas moins doué du pouvoir de
iaire tomber. Quant aux conversions, je n'ai pas n dire qu'il en eût opéré beaucoup ; mais sa bonté ftr?ait fait chérir. Il maintenait en paix les unes ^<c les autres les tribus ennemies, par le seul asfendant de sa parole ; et quand il mourut, il y a de ^la quatre ou cinq ans, les hommes et surtout les ^nmes accompagnèrent son corps, en improvisant >3 son honneur un chant mélancolique qui est ^té dans la mémoire de plus d'un Européen, et ^e je regrette de n'avoir pas noté lorsqu'on me l'a *pélé.
Les sauvages du Pleuve-Blanc, comme d'ailleurs Dus les sauvages, paraissent fort sensibles à la muique qui produit sur. eux , comme sur tout le nonde, un effet purement physique. Le docteur
68 MISSION DU NIL BLilNC.
Ignace m'a raconté que se trouvant , lors d premier voyage exécuté de 1849 à 1850, dai villagedes Bari nommé Tokiman, vers le quat ouïe cinquième degré, un missionnaire qui l'ai pagnait, plongea les habitants dans Vextai jouant de l'harmonica, à ce point que le chef tribu offrit tout ce qu'il possédait, et sa tribu même, en échange de cet instrument noierveil Et dites, après cela, que les chanteurs de !'( sont trop payés I
Les rives du Nil Blanc, Bar-el-Abiad, sont tées par un grand nombre de tribus, dont la mière, en venant de Khartoum, est cellb des H nieh, issus des premières émigrations du He Ce sont les derniers peuples d'origine arabe q rencontre dans cette direction, et c'est là aussi finit la domination égyptienne. Les Hassanieh i pas de chameaux; les ânes en tiennent lien condition des femmes, fort belles d'ailleurs , a . de particulier dans cette tribu, qu'elles se réser en se mariant, un jour sur quatre pour en dis( comme bon leur semble : un homme leur plaît-il que leur mari, elles ont le droit de l'introduire 1: ment dans leur tente, et leur seigneur et maltr obligé de lui céder la place. Cette étrange coul en rappelle une non moins étrange, encore ei gueurdansle Gordofan, et qui m'a été raconté( des personnes dignes de toute croyance. Un i
;eur traverse-t-il dans la campagne une réunion de Ules ou femmes occupées à la récolte, il se voit enouré par elles et demeure leur prisonnier jusqu'à ^ qu'il en ait choisi une, laquelle s'éloigne avec ni, et retourne ensuite à ses compagnes,, très-ho- ^rée de la préférence.
a, Après les Hassanieh viennent , en remontant le SeQve , les Ghellouks , race nègre très-belliqueuse, ■Drbulente, pillarde surtout, jet partant fort redoutée le ses voisins. Des voyageurs versés dans Tethnophie africaine ont prétendu que les Pundgi ient des Ghellouks, et la chose n'est pas invraiiblable. L'islamisme est peu répandu parmi eux, ils vivent sous l'autorité d'un cheik indépent, qui de mon temps était un certain Abd-el- ►ur. Esclave de la Lumière, nom bien prétentieux ►«ir un noir. J'ai trouvé au Maroc une tribu du i^me nom établie dans les montagnes de l'Atlas. * -Aux frontières des Ghellouks commence une série fS^ royaumes nègres, s'il est permis de donner ce l^m à des peuplades toutes encore à l'état saupl^e, La première qu'on trouve en quittant le terlioire des Ghellouks est celle des Dynkas , où les S^rcs firent une reconnaissance militaire en 1822, jNrs de la conquête du Sennâr; et la dernière au i|d qui ait été visitée , est celle des Bari , vers le 1^ degré. Toutes ces tribus, sur un espace de sept à EtQt degrés , sont gouvernées par des roitelets ré-
putés magiciens, et dont le pouvoir est en rai directe de la confiance qu'inspirent leurs end tements. Une idolâtrie plus ou moins grossièreri parmi ces sauvages , dont quelques-uns vont , qu'à adorer les arbres. La plupart croient à FexisU d'esprits invisibles répandus dansl'air, et qu'ils o battent souvent à grands coups de lance portés il le vide, lorsqu'ils ont à se plaindre de leurs mao offices. Pour se les concilier ils leur offrent d merissa , bière du pays , fabriquée avec du doo fermenté. Ils ont de petites idoles en bois gr« rement taillées, où les deux sexes sont représen
Leurs prêtres sont des espèces de jongleurs, i chanteurs, imposteurs, nommés kodjoursy qu'ib en grande vénération et qu'ils comblent deprésfl c'est-à-dire de bœufs , ou de zébus » parce qu'ils supposent en rapport avec les esprits et poovai leur gré appeler ou arrêter la pluie. Le métier n pas toujours bon : car, si la pluie tarde trop à t( ber quand elle est nécessaire, on ouvre le ventn sorcier,* conune les Lestrygons auraient M outres d'Éole.
Ces honmies primitifs ont quelques superstiti singulières; ainsi, par exemple , s'ils tuent un li ils s'empressent de le brûler et jettent sa ceu au vent, s'imaginant que sans cette précaution hommes qu'il a dévorés ressusciteraient non % leur propre forme, mais sous celle du lion
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ne. Ce qu'ils pratiquent pour le lion, ils le pralent également pour toutes les bêtes féroces «communes sur Jes deux rives du fleuve. On par là que ces peuples croient à la métemîose , et cette croyance n'est, peut-être chez eux m reste des anciennes tradition.s éthiopiennes : il est impossible que le puissant empire de oé n'ait pas poussé des reconnaissances et créé relations quelconques sur les bords d'un fleuve ccessible à la navigation. Le? sacrifices y sont [>re en vigueur ; on immole des bœufs sur le beau des morts; on en immole aux noces et s d'autres solennités.
uelques tribus cependant oiit des idées reliises un peu plus saines. Plusieurs admettent istence d'un Grand Esprit unique. Les Nouers, *e autres, qui, avec les EUiabs, sont les moins bares de tous ces peuples , croient en Dieu dans le Tacception du mot, et l'appellent Nav. Us lent pendant un mois au solstice d'hiver. Ils ont ! sorte de pape, ou Lama,* nommé Doua, qui est se ne pas manger, ne pas dormir, ne pas mouêtre exempt, en un mot, de toutes les infirmide toutes les servitudes humaines. Leur vénéra- L pour lui est sans bornes : inaccessible à toujs les X, il vit dans un heu consacré et ne se manifeste par ses adeptes au commun des mortels. Le roi [ a le droit de conununiquer directement avec lui.
En beaucoup d'endroits les afEeiires de la comnmnauté se traitent en plein air, et les délibérations sont publiques. Tous les hommes de la tribu sans exception se réunissent à l'ombre des arbres , et ! chacun prend la parole à son tour. Les plus ëlo- jl quents ont toujours raison et prennent ^une in- JBuence personnelle sur tous les autres. Ck>mioe l'amour des distinctions est inhérent à la natore humame à tous ses degrés de développenoient, cette égalité de droit est soumise à des restrictions de fait : plus un homme possède de bœufs ou de zébus, ^ ce qui constitue la richesse du pays, plus il est ho- j; noré, et il entre dans la caste desmoniès ou bourgeois : car, hélas ! il y a des bourgeois jusqu'au M Blanc. Ceux qui ne possèdent rien ne sont pas comptés pour grand'ehose, absolument comme en Europe^ Même en certains lieux les forgerons, les charpentiers, les artisans en général, et il en existe dans toutes les tribus, sont fort peu estimés, et désignés sous le nom de tounwuits, appellation méprisante donnée aussi aux petits pêcheurs qui rivent I de leur pèche.
La polygamie est partout en usage. Un homme, particulièrement chez les Bari, prend autant d'épouses qu'il en peut acheter : car c'est le mari qui paye une dot aux père et mère, et cette dot se compose de bétail. Pourquoi pas ? En Moldavie elle se compose bien de cochons. Une femme vaut de dix
à cinquante vaches. Plus on en a, je veux dire d'épouses, plus on est considéré, et plus aussi Ton a d'influence, parce qu'on est allié à plus de familles. Occupées aux travaux des champs ou de la maison, les femmes sont généralement hicn traitées par leur mari, qui craindrait, en les maltraitant, de s'aliéner leurs parents. Ces femmes sont d'une fécondité effrayante, et les couches doubles sont presque la loi commune dans plusieurs localités, notamment chez les Dynkas. A la mort du mari, ses femmes
font partie de la succession et passent aux fils qui
en jouissent à leur tour, leur mère exceptée. On dit même que, de leur vivant , les maris trop vieux se font suppléer par leur fils. Tout séducteur est contraint d'épouser sa victime : s'il est pauvre et qu'il n'ait pas de bœufs pour la payer, il est chassé du village et tué même quelquefois. Dans d'autres tribus, c'est la fille séduite qui est chassée, mais les enfants sont adoptés par sa famille. Les exécutions, les meurtres, les combats, ont toujours lieu loin des villages, parce que la vue du sangrend^ dit-on, les femmes stériles. Le meurtrier appartient à la famille du mort, et rachète ordinairement sa vie par autant de bœufs qu'il a de doigts aux pieds et aux mains.
La danse est un goût inné chez tous les sauvages: ceux-ci ne font point exception et s'y livrent avec fureur, surtout la nuit, au son du tambour. Il se
célèbre au retour des pluies de grandes fajpytasias publiques , sortes de kermès nommées leri^ où Ton invite les voisins plusieurs jours à l'avance ^ et qui sont de véritables saturnales. Les hommes vont nus. Leurs armes se composent de lances, de casse-têtes en bois de fer, d'arcs et de flèches dont les pointes sont en fer, ou en dards de porc-épic. Leurs carquois sont en peau de bœuf avec le poil ^n «dehors; leurs boucliers en peau de crocodile ou d'hippopotame. Ils sont généralement de grande ^ille et fortement charpentés; mais ils ont l'étrange habitude de s'arracher les dents de devant , ce qui ne les embellit pas. Les femmes sont belles et n'ont guère d'autre vêtement qu'un pagne autour des reins. Elles portent des bracelets de fer et d'ivoire. Leurs cheveux sont longs , souples , d'un noir de jais, et seraient bien plus beaux encore si «elles; mettaient moins de beurre. Les deux sexes s'en oignent le corps avec volupté.
Aucun de ces peuples n'est anthropophage.; tous au contraire sont pythagoriciens , c'est ^^ à'- dire que leur nourriture est végétale. Comme ils ont de nombreux troupeaux, les Kiks* surtout, établis au G" degré, ils font une grande consemmation de lait, et fabriquent le beurre dans de petits paniers longs très-artistement tressés. Leurs chèvres sont recherchées jusque dans la Nubie. Us ont beaucoup de miel, des racines bonnes Ta manger,
différentes espèces de légumes , notamment des courges ; plusieurs , comme les Lotopbages des Grecs, se nourrissent de lotus, plante très-commune dans quelques districts. Ils font une grande consommation de maïs, soit en grains rôtis au feu, soit en bouillie. j[ls m^ge^t très-rarement de la Tiande , et seulement dans les grandes circonstances , ou à l'occasion des sacrifices. Ce régime patriarcal leur réussit, car leur santé est généralement excellente, leur sang très-beau, et les exemples de^ longévité sont communs chez eut. Nonobstant leur frugalité, un voyageur m'a raconté que , lorsqu'ils tuent un hippopotame , ils le laissent faisander au grand soleil et vivent dessus tant qu'il dure , quelquefois des sem^nes entières, lorsqu'il est déjà dans un état de putréfaction trèsavancé. De peur de rien perdre, ils mangent jusqu'à la peau, après l'avoir découpée en lanières trèsminces , sinon très-tendres. Quelles dents et quels estomacs !
Les premiers Turcs et les premiers Européens qui parurent sur le Fleuve-Blanc furent pris par les riverains pour des magiciens, à cause de leur peau blanche, et accueillis comme des êtres supérieurs. Il y a un siècle environ qu'une caravane de blancs partis du Zanzibar , des Portugais sans doute , venaient par terre tous les deux ou trois ans acheter de rivoire chez les tribus supérieures du Nil Blanc.
Une nuit, les naturels massacrèrent ces étrangers : or, à Tapparition des premiers Européens chez ces mêmes tribus, les fils des meurtriers s'imaginèrent que c'étaient les victimes de leurs pères qui rêvenaient pour se venger , et ils furent frappés à leur vue d'une terreur superstitieuse. Bs étaient d'autant plus autorisés à le croire , que les premières expéditions turques et même européennes furent de véritables tueries, et ceux qu'on ne tuait pas étaient , hommes , femmes et enfants , traînés en esclavage. A la campagne suivante, quand les blancs reparaissaient sur ces bords ensanglantés par eux, les indigènes les croyant tout -puissants, venaient les supplier de ressusciter ceux qu'ils avaient tués l'année précédente.
Les naturels, si cruellement traités au début, et si souvent trompés depuis par les marchands, sont devenus très-défiants à leur égard, très-soupçonneux, beaucoup plus exigeants en fait de conterie et plus prompts à mettre les armes à la main. Un de leurs kodjours, errant dans les forêts du pays de Dim, ne cesse de leur répéter encore à cette heure, et en cela certes il n'a pas tort, que c'en est fait à jamais de leur liberté s'ils entrent en communication avec les blancs ; que les blancs , de quelque côté qu'ils viennent, ne sont que d* messagers de servitude et de mort. Le prophète est vraiment prophète en cette circonstance ; l'ave-
nir qu'il prédit à son peuple est infaillible : les naturels du Fleuve-Blanc ne peuvent manquer d'avoir quelque jour le sort des Indiens du Nouveau Monde.
Le Nil Blanc doit son nom à la couleur de ses eaux, et ses eaux doivent leur couleur à la qualité argileuse des terres où leur lit est creusé. Ses deux rives sont peu accidentées et presque entièrement plates jusqu'à la hauteur du 5« ou 6* degré. En quelques endroits elles sont très-peuplées, couvertes d'innombrables villages, et relativement assez bien cultivées. Jusque-là les palmiers sont trèscommuns. Ailleurs s'étendent d'immenses pâturages dont l'herbe, de l'espèce du jonc, est peu nourrissfante. Viennent ensuite de magnifiques forêts : les plus belles se trouvent vers le ?• degré, et sont composées de tamarins, d'ébéniers, de mimosas de la plus grande espèce, et de lauriers-roses, toujours en fleur, qui atteignent les dimensions de nos cerisiers. Un peu plus bas , entre les 6* et 8* parallèles, le sol est marécageux et si peu solide qu'on n'y saurait prendre pied. Des nuées de moustiques remplissent l'air en toute saison , et les indigènes ne se préservent de leur piqûre qu'en s'enduisant le visage , le corps tout entier, d'une sorte d'argile rougeâtre qui , une fois sèche , défie , comme une cuirasse, l'aiguillon de ces redoutables insectes.
Les mois les plus chauds sont mars et avril ; alors tout est brûlé, et les troupeaux, ne trouvant plus rien dans les pâturages, ne donnent plus de lait. Les pluies, qui sont la bénédiction du pays, commencent eu mai et se prolongent jusqu'en novembre, annoncées et accompagnées par d* effroyables orages. Surprises par ces tourmentes, les barques en reçoivent de grands dommages, quand elles ne périssent pas entièrement. Aux premières gouttes d'eau tout reverdit comme par enchantement, tout refleurit, tout revit, et des chants, des danses, des sacrifices, célèbrent la résurrection de la nature et la faveur des Esprits.
Malgré les allégations contraires, je ne crois pas que le fleuve ait été remonté au delà du 4*" degré, si même il a été atteint. Des marchands m'ont affirmé qu'ils avaient poussé jusqu'au 3* ; mais il est plus facile de le dire que de le prouver, et quant à moi je n'en crois rien. Tous ces marchands ne m'inspirent qu'une très-médiocre confiance. Entre le 4* et le 6* parallèle, se trouve un rapide, semblable aux cataractes du grand Nil et très-difficile, pour ne pas dire impossible, à franchir. C'est le premier d'ailleurs qu'on rencontre depuis Khartoum , et c'est à cette latitude que les montagnes commencent à apparaître, énormes masses granitiques qui recèlent dans leurs flancs des mines de fer, de cuivre, des cristaux, et qui, selon toute
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probabilité, ne sont que les premiers échelons de la vaste chaîne de Téquateur. La population ne s'arrête pas là et ne cesse pas parce qu'on cesse de la connaître. On sait, à n'en pas douter, qu'il existe au sud des tribus nombreuses, les Berri, par exemple, et les Kouendas, voisins de la ligne équatoriale, et chez lesquels les marchands de Zanzibar yienn^it faire des échanges. Les riverains du 4* et du S* degré , qui sont les Bari, parlent même d'une tribu blanche ; mais ces blancs ne peuvent être que les Portugais, qui ont des comptoirs sur les côtes de l'océan Indien.
Dès ce point, c'est-à-dire au 4« degré, on perd la trace du fleuve, qui disparaît à travers des montagnes rocheuses, et, là déjà a des dimensions considé* râbles, 650 pieds de largeur sur une profondeur moyenne de 8 pieds, au temps des plus basses eaux. En 1850, un voyageur allemand découvrit, en se rendant de Mombas à la côte de Zanzibar, l'immense montagne de Kilimandjaro, couverte de neiges éternelles, et située, suivant ses calculs, au 3* degré sud, à 7 degrés par conséquent du dernier point exploré du Nil Blanc, qui, selon toute probabilité, prend sa source dans cette montagne. S'il en est ainsi, sa longueur jusqu'à son embouchure dans la Méditerranée serait de 34 degrés, soit 850 lieues en ligne droite , chiffre que l'on peut hardiment porter à 1200, eu égard aux sinuosités de son cours. Heu-
reux le voyageur qui boira le premier à la source du roi des fleuves M
Mais le Nil Blanc est-il bien le vrai Nil ? ou n'en secait-il qu'un affluent, comme le Sobat ou Sabat, le Nil Bleu et l'Atbara, qui tous les trois lui arrivent à l'est, le premier du pays des Gallas et les deux autres du cœur de l'Abyssinie ? Telle est la question que se pose aujourd'hui la géographie et qui n'est pas près d'être résolue. Les anciens Égyptiens affirmaient, au rapport d'Hérodote, que le Nil venait de l'occident. Ce ne serait donc pas le Fleuve-Blanc, puisqu'il vient du midi. Ce serait bien plutôt le Keilak, ou Misselad, qui vient de l'ouest et se réunit à lui au 9* degré sous le nom de Bar-el-Ghazal, Rivière des Gazelles, ainsi nommé du grand nombre de ces animaux qui viennent s'abreuver à ses ondes.
Le Misselad n'a jamais été remonté, et les cartes d'Afrique, celle même de Riepert, publiée à Weimar en 1852, le font naître fort arbitrairement, selon moi, dans l'intérieur du Darfour. Il est plus que probable qu'il vient de beaucoup plus loin à
1. Une expédition destinée à remonter le Fleuve-Blanc avait été préparée par un voyageur français, sous les auspices de Saïd- Pacha, le vice-roi régnant; mais à peine était-elle partie qu'elle était déjà dissoute, et Ton peut prédire le même sort à toutes celles qui s'organiseront de la môme manière. Les explorateurs solitaires, tels que GaiUé, Barth, Livingston, sont les seuls qui, jusqu'à présent, aient réussi à faire en Afrique des dccouvertes.
MISSION DU NIL BLANC. 8i
r ouest, et qu'il communique avec le lac Fittré et par lui avec le lac Tschad, situés au 12, 30 de latitude nord, et entre les 31 , 30 et 38, 30 de longitude est. Ainsi, dans Thypothèse très-plausible que c'est là le vrai Nil, son cours se trouverait augmenté de plusieurs centaines de lieues. Encore est-il difficile d'admettre qu'il sorte du lac Fittré, ou même du lac Tschad; il est bien plus vraisemblable que sa source est plus à l'ouest et qu'il ne fait que traverser ces deux lacs, comme le Rhin traverse celui de Constance, et le Rhône celui de Genève. Il en résulterait que le Nil à sa naissance se rapprocherait du Niger, ce Nil de l'Afrique occidentale dont les sources, longtemps ignorées aussi, sont du moins connues aujourd'hui.
Le problème est plus facile à poser qu'à résoudre. Le lac Fittré et le lac Tschad ont été reconnus tous les deux ; on sait même qu'ils communiquent de l'ouest à l'est par deux grandes rivières dont l'une porte sur les cartes le nom de Bar-el-Ghazal, le même que le Misselad à son embouchure dans le Fleuve-Bls^c ; mais du lac Fittré, qui est le plus oriental^ on ne sait plus rien de positif sur la divisi^ et la direction des eaux.
Un voyageur français de mes amis a été en relation, pendant soji séjour à Khartoum, il y a quatre ou cinq ans, avec un riche musulman du Sénégal, venu de son pays par terre, à travers toute l'Afri-
que, jusqu'à cette .dernière ville, afin d'exécuter de là, comme la princesse darfourienne, Sitteh-Souakin, le pèlerinage de la Mekke, que tout bon croyant doit avoir fait une fois dans sa vie pour entrer au paradis. Certes, s'il est dû à un fils du Prophète, c'est bien à celui-là : il l'a payé assez cher, et n'a pas, comme tant d'autres musulmans, sans parler des chrétiens , fait son salut en sybarite. Le lecteur en va juger.
Notre ville de Saint-Louis, capitale du Sénégal, est située à la même latitude à peu près que Khartoum ; mais elle se trouve sous le méridien de Paris, tandis que la métropole du Soudan est au 50* est, ce qui fait à vol d'oiseau, d'une ville à l'autre, une distance de 1260 lieues, chiffre énorme qu'il faut au moins doubler, tripler peut-être, quand on songe aux détours que le pieux pèlerin avait dû faire. Aussi avait-il employé trois ans et plus à ce monstrueux voyage, sans compter le chemin qui lui restait encore à faire de Khartoum à la )tfekke. Sorti des limites du Sénégal, il avait dû laisser au nord la ville de Tombouctou ; il avait ensuite traversé le dangereux pays des Touariks, côtoyé lé lac Tschad,'qui a cent lieues de long, puis le lac Fittfé, plus petit de deux tiers, et, laissant au sud le Wadaï et le Darfour, il était arrivé sain et sauf à Khartoum, avec une grande suite d'esclaves et de domestiques.
D'après les renseignements fournis par cet intrépide croyant au voyageur français dont j'ai parlé plus haut et de qui je les liens, il demeurerait constant qu'un immense cours d'eau, sorti du lac Fittré, prendrait la direction du sud-est, et comme, dans cette direction , on n'en connaît aucun autre que le Misselad, il est permis de croire que c'est le Misselad lui-même. Je ne garantis, cela va sans dire, ni la compétence géographique du pieux voyageur, ni la certitude de ses informations. Je n'accepte le tout que sous bénéfice d'inventaire. Mais, dans cesJimites mêmes, le fait m'a paru curieux et digne d'être consigné. Tel il avait paru à l'ami de qui je le tiens, lequel en a fait l'objet d'un mémoire qu'il a adressé d'Egypte à Paris, au ministère des affaires étrangères. Il eût mieux fait de l'adresser au public, qui en aurait au moins profité, tandis que, noyé dans les cartons du ministère, il n'a été lu par personne, ni par les bureaux, parce qu'ils ne lisent rien, iii par les ministres, parce qu'ils n'ont besoin de rien lire: n'ont-ils pas tous, ministres et bureaux, la science infuse ?
Or donc, pour en revenir à la Mission, j'avais demandé et obtenu de dom Joseph rautorisation de dresser nos tentes dans le jardin, préférant, par la chaleur qu'il faisait, l'air libre et frais à l'air étouffé des appartements, sans parler de certains
ennemis qne j'y redoutais. Une dame américaine y avait aussi campé l'année précédente avec son fils, attaqué de la poitrine, et dont l'air salubre du Soudan prolongeait la vie. Nous choisîmes pour notre petit camp l'extrémité des jardins la plus éloignée des habitations. Un mur de terre nous séparait seul du Nil Bleu, dont plusieurs sakies gémissantes faisaient monter l'eau, dispersée ensuite dans l'intérieur par un réseau d'innombrables rigoles. Dans une autre partie du jardin se trouve le tombeau du P. Rillo , mort assez récemment à Khartoum , et qui fut, à ce qu'on m'a dit, l'un des membres les plus actifs de la Mission.
Les arbres les plus nombreux autour de nous étaient les palmiers et les limoniers. Le cactus opuntia, ou figuier d'Inde, y dressait çà et là ses raquettes épineuses. De longues treilles chargées de raisin (on était au mois d'avril) serpentaient autour de nous. Attirés par les grappes tentatrices, des oiseaux de toute espèce et de toute couleur s'abattaient par nuées sur les tretUes, au grand désespoir des jardiniers et surtout des patrons. D'innocents colibris élincelaient en tremblotant dans chaque rayon de soleil comme autant de pierres précieuses. Pendant ce temps, le léopard privé, avec lequel les lecteurs du précédent volume ont fait ample connaissance, prenait ses ébats en toute liberté, et nos dromadaires, couchés à la porte ex-
rare, ruminaient tranquillement au bord du ve.
'est là, sous la large ombre des feuilles de vigne , : je passais les heures chaudes de la journée idu sur un angareb. Nous y prenions nos re- , que partageaient d'ordinaire quelques-uns de amis de Kbartoum, et dom Joseph lui-même, gros bon vivant dont la forte constitution défiait 5 les dangers du climat africain. L'aimable Abd- Lader-Bey nous y rendait quelquefois visite, et es le café et la pipe, dont il n'usait guère, nous &isions servir des pastèques dans lesquelles on it soin de verser un flacon d'eau-de-vie qui ne faisait pas peur, tout musulman qu'il était. Ce >cédé culinaire dont je dois la recette au docteur ley, et que je recommande moi-même, a l'avan- 3 de neutraliser la crudité de la pastèque sans ôter sa fraîcheur, et en fait quelque chose de dé- 3UX. Les soirées que je ne passais pas en ville aillaient dans ce lieu charmant à causer, à er, à ne rien faire, et je ne le quittais que fort nt dans la nuit pour aller dormir sous ma tente, bragée elle-même par de beaux palmiers et ra- Ichie par un fossé d'eau courante creusé tout ?rès.
Tous les matins des femmes arabes nous apporent du lait tout frais et du lait caillé dont on fait 1 grand usage dans le pays, et qui passe pour très-
salutaire. Le docteur Peney m'a assuré qu'il l'employait avec succès contre la dyssenterie*. Nons avions aussi quelquefois, dans la matinée, la visite des aimées dont nous avions la veille au soir admiré la danse. Leurs riches habits et leur brillaAte coiffure étaient couverts, pour circuler dans ks rues, d'une espèce de halk blanc qui les enveloppait tout entières à la façon des femmes du Maroc. Leurs grands yeux noirs étaient seuls visibles, et toate leur âme, toute leur vie y semblait concentrée. Elles partagaient notre déjeuner patriarcal, je veux dire le lait pur qui le composait ; mais elles préféraient de beaucoup le vin de Samos donl nous avions fait provision chez un marchand grw pour remplacer le marsalla du Caire , dès longtemps épuisé jusqu'à la dernière bouteille. Quoique musulmanes, elles en buvaient sans scrupule , et avec peu de modération , soit dit sans les offenser.
J'ajoute que le marché de la ville nous foumiss^t en quantité et en qualité suffisantes les vivres de première nécessité, et même un peu plus. Nôtre cuisinier Gasparo en tirait assez bon parti, et sa cuisine était fort du goût de nos conyives. H est vrai qu'ils n'étaient pas très-difficiles. Nous mangions d'ailleurs chez les autres plus que chez nous.
1. On emploie beaucoup à Khartoum le kousso d'Abysimie, spécifique infaillible contre le ténia.
Chacun voulait à son tour remplir à notre égard les devoirs de l'hospitalité, et, pour y faire honneur complètement, il nous aurait fallu être à tablé toute la journée, manger et surtout boire au delà de toute raison. On boit beaucoup à Khartoum, et, à défaut du vin qui lest rare, ott se rabat sur Taraki. n semblerait que, sous un cliitiat si bililant, la santé des Européens devrait soufTrir d'un tel régime ; elle s'en trouve au contraire fort bien, et la mienne ne s'en est pas trouvée plus mal.
Je n'ai pas encore parlé dans ce volume de mon eompagnon de voyage, l'Anglais, dont j'ai fait quelquefois mention dans les deux précédents. Je n'en dirai qu'un mot ici. D'abord, s'étant une nuit trouvé légèrement indisposé, il nous donna la comédie, dH docteur Peney et à moi, par ses terreurs paniques et ses lamentations. Ce n'est pas tout ; il se figura qu'il avait été empoisonné. Mais par qui?... Vous ne le devineriez jamais.... par le gouvernement égyptien lui-même. Ce petit homme, d'utae fort médiocre importance, s'en donnait une exorbitante; il croyait sérieusement faire peur à Abbas-Pacha, dont l'unique préoccupation était de se défaire de lui d'une manière ou de l'autre. Déjà auparavant, lorsque le cuisinier emmené par nous du Caire lous avait quittés à Suez, mon Anglais s'était persuadé que c'était un tour d'Abbas, dont les agents avaient débauché par son ordre notre Vatel Ibrs* de
notre passage à sa résidence de Der-el-Beyda. Jti- 511191 teneatiSy amici.
M. Burton, qui voyageait alors avec nous, avait été le premier à se moquer des prétentions burlesques de son compatriote, qui était pourtant son ami.« Qœ voulez-vous ? me disait-il en riant ; tous les petits honunes s'en font accroire. » Et, quant à moi, je ne pouvais m*empècher de songer bien souvent i h fable de la grenouille qui se voulait faire aussi grosse que le bœuf. Si je cite ces deux faits, et j'en poiB^ rais citer d'autres , ce n'est point par esprit de mé* disance; c'est comme échantillon de cette vanité m anglaise dont l'imperturbable aplomb dépasse toute ( proportion et laisse bien loin derrière elle jusqu*i ^ vanité française :
.... Or fa giammai Grente si vana?...
Gerto non la Francesca &t d'assai *,
comme dit le Dante à propos des Siennois, dont l'exubérante vanité le choquait plus même que la nôtre.
Un fait encore, puisque nous voici s^r le chapitre de l'Anglais. Il s'était procuré à Djeddah une somme assez ronde, plus forte du moins que celle prise par moi dans la maison Sav^a, ainsi que j§
UInfemo, c. xxix.
MISSION DU NIL BLANC. 9i
miens ! que j'étais loin sitrtout des illusions, des rêves qui me berçaient alors, de ces frémissements de la vie qui naît, qui déborde, de ceé amours infinis, de ces inépuisables tendresses qui embrassent la nature entière, l'univers dans son immensité ! On croît au bien parce qu'on en sent fermenter en soi tous les germes; on croit à la beauté morale comme à la beauté matérielle, pai*ce que, les supposant insépât^bles, on éprouve à leur vue des râvissetnefits indicibles ; on croit à la justice, au dévouemêùt; on croit les hommes bons parce qu'on est bon soimême, les femmes pures parce qu'on les voit belles ; on aime l'humanité, que dis-jè ? on la porte dans ses entrailles ; on donnerait son sang, sa vie, pour son bonheur et pour sa gloire.
Mais vient l'heure où la foi s'ébranle au rude contact des réalités : une première illusion s'évanouit au souffle glacé de l'expérience, puis une seconde, puis toutes, comme les feuilles des bois tombent aux vents d'automne; et bientôt on ne .marche plus qu'à travers des ruines. Il se fait alors dans l'àme un vide immense, une nuit profonde; un regret âpre et morne succède à l'enthousiasme et jette un crêpe funèbre jusque sur la nature; le doute sç glisse au cœur comme un ver qui ronge les convictions les plus solides : on croit toujours aux principes, car ils sont immuables comme Dieu, étemels comme lui; mais on cesse de croire aux
hommes, du moins à ceux de son temps» et l'on est réduit, pour ne pas tomber dans les abtmes de Tironie ou du blasphème, à ajourner aux ftges futurs, même par delà les âges , Faccomplissement de ses rêves les plus chers.
C'est alors que cherchant hors de soi des diversions, des refuges, les uns vont s* étourdir dans le tumulte du monde; les autres vont tromper leur tristesse, épuiser leurs forces dans de lointains voyages; d*autres encore se flattent de cicatriser leurs blessures dans la soUtude, ne demandaDt, comme Alceste,
.... qu'un endroit écarté Où d'être homme de bien on ait la liberté.
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Une barque ou dahabiali appartenant à M. RoUet, négociant savoyard établi à Khartoum et alors absent, partait pour Berber, chargée de dents d'éléphant. M. Bouvaret , de Marseille, fondé de pouvoir du propriétaire, nous invita à y prendre passage Dioyennant un prix (nodique ; et, pliant, non sans *egret, nos tentes, nous nous embarquâmes le 9 mai, ïous, nos gens et nos bagages. Nos provisions talent fort diminuées et aussi beaucoup moins néeissaires, vu qu'on rencontre tout le long du Nil des îllages , voire des villes , où Ton se procure sans ^ine les vivres de première nécessité , du pain , du 9^t, des moutons. Du vin de Samos avait, comme ^ l'ai dit précédemment , remplacé le Tmarsalla lont la source était depuis longtemps tarie. Je se- "^ais un ingrat si j'omettais d'ajouter que le docjeuT Peney m'avait fait cadeau de douze bou-
hommes, du moins à ceux de son temps, et Ton es! réduit, pour ne pas tomber dans les abîmes de l'ironie ou du blasphème, à ajourner aux âges futurs, même par delà les âges , l'accomplissement de ses rêves les plus chers.
C'est alors que cherehaut hors de soi des diversions, des refuges, les uns vont s'étourdir dans le tumulte du monde; les autres vont tromper leur tristesse, épuiser leurs forces dans de lointains voyages; d'autres encore se flattent de dcao'iser leurs blessures dans la solitude, ne demandant, comme Alceste,
..«. qu'un endroit écarté Où d'être homme de bien on ait la libwté.
Une barque ou dahabiali appartenant à M. Rollet, négociant savoyard établi à Khartoum et alors absent, partait cour Berber, chargée de dents d'éléphant. M. Bouvaret, de Marseille, fondé de pouvoir du propriétaire, nous invita à y prendre passage moyennant un prix (nodique ; et, pliant, non sans regret, nos tentes, nous nous embarquâmes le 9 mai, nous, nos gens et nos bagages. Nos provisions étaient fort diminuées et aussi beaucoup moins nécessaires, vu qu'on rencontre tout le long du Nil des villages , voire des villes , où l'on se procure sans peine les vivres de première nécessité, du pain, du lait, des moutons. Du vin de Sàmos avait, comme je l'ai dit précédemment , remplacé le Tmarsalla dont la source était depuis longtemps tarie. Je se- ^clis un ingrat si j'omettais d'ajouter que le docteur Peney m'avait fait cadeau de douze bou-
teilles de bourgogne , les dernières qui lui restassent.
Nos dromadaires prirent la voie de terre sousb conduite d'un sais chargé d'en avoir soin, et accompagnés de Hassan, notre soldat de Kassala, sur la surveillance duquel nous pensions pouvoir compter. Nous devions les retrouver à Berber, où leurs services pouvaient nous redevenir nécessaires.
Les dahabiahs du Nil, qu'on appelle aussi canges, ressemblent aux sambouks de la mer Rouge, avec cette différence qu'elles sont plus élégantes et plos commodes. La nôtre avait à l'arrière un salon pourvu de divans et séparé d'une chambre à coucher par une galerie assez large pour .que, au Usoin, on y pût aussi coucher. Le dessus ,de celte double ou triple cabine formait une spacieuse dnnette où l'on pouvait se promener. La barque poirtait deux voiles latines et, de plus, quatorze rameurs assis sur deux rangs au centre, comme la chiourme des anciennes galères. Sauf un pagne étroit, tous ces hommes, grands et vigoureux, étaient nus et d'un noir de suie très-prononcé. Le reïs ou patron, aussi noir qu'eux, était coiffé d'an turban de mousseline et vêtu d'une robe blancbe comme son turban.
On devait partir dès le matin; le départ fut retardé par je ne sais quelle diCûculté survenue entre M. Bouvaret et le re'is, difficulté résolue en fin de
compte, et sans appel, par une baSktonns^de en règle administrée au dernier par ordre du gouverneur. L'argument parut concluant au patient, qui fît à Pinstant ses préparatifs de départ et n*en parut pas 'de plus mauvaise humeuir^ Nous fûmes encore retardés au dernier moment par un de nos dooiestiques européens, qui, après s*étre enivré chez un marchand de vin grec, s'était pris de querelle avec lui et voulait absolument le tuer avapt de partir. On eut grand'peine à contenir ce furieux et à le faire eniharquer. Le Soudan, et Kb<'u*loum eu particulier, sont une .déplorable école pour tout le monde, surtout pour les subalternes. U est bien difficile de résister à la contagion des mauvaises mœurs qui y régnent et des mauvais exemples qu'y donnent, tout les premiers, les Européens, sans parler des Turcs, qui ne s'en font pas faute.
Enfin l'on partit. Le docteur Peney et le consul 4' Autriche, ayant voulu nous faire la conduite, étaient à bord avec nous, et je jouis de leur société encore plusieurs jours.
^ Il se faisait tard : le jour baissait; la soirée était fraîche; le ciel avait la limpidité des tropiques. On Voguait rapidement sur ce beau Fleuve-Bleu plus que jamais digne de son nom, et dont les bords aont en cet endroit couverts de jardins qui fuy^ieut derrière nous. Le silence du soir n'était troublé que .par le gémissement des sakies. Le soleil se couchait
quand on atteignit le grand Nil formé par la rèonion des deux fleuves qui, avant leur mariage, a portent déjà le nom tous les deux : Nil Bleu, A- Azreky et Nil Blanc, el-Abiad. Le dernier, quoique de beaucoup plus considérable , plus rapide et venant de beaucoup plus loin, est cependant le ptai étroit des deux à son embouchure : il n'a guère que 440 mètres, tandis que l'autre en a près de 8J(k Le grand Nil, après leur jonction, en a 1000; sa profondeur moyenne est de 14 à .15 pieds, et sa volume d*eau de 9 526 700 par minute. La moyenne du courant est estimée à 2 nœuds. Il est à rema^ quer que ces mesures sont en pieds anglais et ontété prises à la fin d'octobre, époque des plus grandes eaux. On comprend qu'elles doivent varier suivaiil que la crue est plus ou moins forte.
La rive du Fleuve-Blanc est couverte sur quelques points de grands acacias à fleurs blanches. Un peo au-dessus du point de jonction est une petite tic nommée Touti, où l'on prétend voir des ruines chrétiennes. L'Abiad conserve sa couleur laiteose^ et l'Azrek son bel azur, longtemps encore après leur union, et ils coulent côte à côte sans se mêler, comme l'Arve et le Rhône sous les murs de Genèn. Quoique moins Hmpide et moins brillant à l'œil, Il premier éveillait en moi plus de curiosité, phi d'intérêt, car c'était l'inconnu. Que de secrets M recèle-t-il pas dans son sein ! D'où viennent ed
les mystérieuses î quelles régions ont-elles baises? quels deux ont-elles réfléchis? Elles empori dans l'Océan le mot de toutes ces énigmes. On contemple avec eîivie ; on les étudie, on les inonde c ardeur ; mais on les interroge en vaîn : elles isent, passent toujours, muettes, inflexibles dans r silence ; l'homme ici est vaincu par la matière, 'esprit en sait moins qu'elle, ['andis que je me livrais à cette stérile contemtîon et à ces réflexions humiliantes, deux hip- )otames sortirent leur énorme tête du fond des IX, et ces deux masses monstrueuses se mirent à er ensemble comme auraient pu faire deux pouls dans une prairie, comparaison d'autant plus le que leur nom, dérivé du grec, veut dire, nme on le sait, cheval de rivière, et leur nom ibe, Farass^l'Bahr, a le même sens absolument, paraissaient, disparaissaient, reparaissaient tour our, montrant tantôt la tête seulement, tantôt le *ps tout entier, et l'onde écumeuse rejaillissait à md bruit autour d'eux. On leur envoya de la :que, caria première pensée de l'homme est touirs une pensée de destruction, une balle conique )ointe d'acier qui les toucha, mais rebondit dans fleuve sans même qu'ils s'en aperçussent ni que irs ébats en fussent le moins du monde troublés, i nuit bientôt nous les fit perdre de vue et voila m nous les deux rives. Nous avions laissé sur
ûotre droite Halfoya, ancienne résidence du grand cbeili des arabes Djiâalinn, tribu fière et jalouse qui ne s'alliait à nulle autre , et dont , soigneux de leur personne, les hommes et les femmes portaient et portent encore , pour se préserver du soleil, de larges cbapeaux de feuillage. Halfaya est habité anjourd'bui par des Gbakieb, et un corps de cavalerie turque y tient garnison.
La lune se leva. Elle était si radieuse que nous aurions pu continuer notre voyage comme en plein jour ; mais les marins du Nil ne naviguent pas jittÊ^ de nuit que ceux de la mer Rouge. La barque liit| prudemment amarrée sur une côte basse etsabl(»-l neuse , près de Karari , gros village à trois lieoeil de Khartoum et appartenant à la tribu sédentaini des Hassanieh, dont j*ai eu Toccasion de parler plol ■ ^ baut. Le voisinage n'avait rien d'inquiétant, vu qon ^ les mœurs de ces Arabes sont pacifiques, contrairM ^ ment à celles de leurs voisins les Ghellouks, -*''^' sont, eux, d'infatigables pillards. La nuit se donc fort tranquillement, et Tair était si doux nous dormîmes tous à la belle étoile.
Le lendemain, nous étions de bonne heure en de Sourourab, village situé à huit lieues de toum. En face, sur la rive opposée, est le villagei Tamaniat, où l'on cultive, mais dans des propoi insigniiiantes, la canne à sucre et l'indigo. Souroi où nous devions faire une halte de quelquesjours,!! j
assez loin du fleuve, et, comme il n'était pas décent que nous y fissions notre entrée à pied, nous allâmes attendre^ à l'ombre de très-beaux gommiers qui croissaient près de là, les chevaux qu'on devait nous envoyer. On découvrait, à travers les troncs, des champs de maïs et des huttes en chaume. Autour de nous broutaient de jolies chèvres noires, alertes, pimpantes, très-habiles à grimper aux arbres pour K manger les feuilles. Leurs* gardiens , aussi noirs - - qu'elles, et entièrement nus, nous apportèrent d'eux- ^ mêmes du lait en abondance dans des garah.
^ Les chevaux arrivés, nons fûmes bientôt rendus à "^ ■ - notre destination, et nous mîmes pied à terre-devant une vaste tente verte qui avait été préparée à l'ex- ^ trémité du village pour nous recevoir tous les quatre, ^ ~ le consul, le docteur, l'Anglais et moi. Quelques r autres étaient disséminées alentour. Ces tentes sont f quelquefois très-riches : certains pachas et autres W grands personnages affichent à cet égard un luxe ^ extraordinaire. J'en ai vu en étofle de soie, avec des ^ torsades en fil d'or. Ce sont des appartements complets, pourvus de cuisines, de bains, de toutes les 'coâimodités, de toutes les recherches de la vie orientale. Telle n'était pas la nOtre; mais enfin, meublée <t*angarebs et de tapis, elle était assez spacieuse pour ue nous y fussions tous les quatre à l'aise, la nuit ',^mme le jour.
Un escadron de cavalerie irrégulière , composé
en grande partie de Kurdes, était caserne à Sourourab, sous les ordres d*uu sandjiak oa commandant, kurde lui-même, et nommé Hohammed-Aga- Vendi. Ses écuries étaient remplies de chevaux dont il se montrait très-fier ; j*en comptai jusqu'à soixante, ^ t quelques-uns étaient de fort belle race. Nous étions les hôtes du sandjiak ; c'est donc lui qui nous traitait. Nous mangions à sa table, et comment I Un énorme repas mathi et soir, sans compter les collations et le reste. J*ai dit précédemment que te nouveau gouverneur général du Soudan était en route pour se rendre à son poste ; on Tattendail d'un jour à l'autre, et, comme il devait faire une étape à Sourourab, les autorités de ELhartoum, y compris le gouverneur par intérim, notre aimable Abd-el-Kader-Bey, y étaient venues pour le recevoir. Nous y venions dans le même but, non par déférence , mais pour régler avec lui l'affaire du mudir de Kassala. Elle nous tenait si fort à cœur que nous l'attendîmes quatre jours entiers.
Le temps ne me parut pas trop long. Ma bonne étoile avait voulu que je tombasse en pleine fantasia : voici à quel propos. Mohammed-Aga n'était pas marié. Sa maison était tenue par une sœur qui demeurait avec lui et qui n'était pas non plus mariée, quoique ce fût une très-belle fille, un glorieux échantillon des femmes du Kurdistan, transplanté du centre de TAsie au centre de l'Afrique. Je parle
UN PACEA. iOi
sur ouï -dire, bien entendu, vu qu'ensevelie, en bonne musulmane, au fond du harem avec ses femmes et ses esclaves, elle ne se montra point i nous et laissa son frère remplir seul les devoirs de l'hospitalité. Sa présence ne nous était révélée que par d'excellents sorbets préparés de ses -propres mains , et par une chère très- visiblement soignée. Les moutons, servis- entiers et, suivant l'usage, farcis de riz, étaient tendres comme du poulet, les foiitirs délicats, et je me rappelle certaines polpeltes qu'un cuisinier italien, Gasparo lui-môme, n'aurait pas dédaignées. Or, en ce temps-là précisément tombait je ne sais quel anniversaire de famille, et, pour le célébrer dignement, l'aga^vait fait venir des aimées de Khartoum^ J'eus donc à Sourourab la répétition des chants et des danses que j*avais vues et entendus dans la capitale.
Gela dura quatre fois vingt-quatre heures, si bien que mon séjour dans ce méchant village africain fut une fête perpétuelle. Ce n'étaient du malin au soir, et presque du soir au matin, que des réjouissances dont les aimées faisaient tous les frais. Parfois, il est vrai, mais c'était rare, elles fonctionnaient dans l'intérieur du harem, et pour les femmes seulement. On n'entendait alors que le retentissement lointain des tambours de basque, mêlé au cliquetis des castagnettes. Mais le reste du temps, c'est-à-dire la plus grande partie de la journée, et fort avant
iOS UN PACHA.
dans la soirée, tout se passait en plein air. H y a^aU devant la maison une place unie dont on avait bit la salle de bal et qu*on avait entourée, pour la commodité des spectateurs, d'un grand nomlu^ d'angarebs recouverts de tapis. La musique était composée d'une guzla, sorte de mandoline à long mandie et à quatre cordes métalliques ; une flûte kurde, c'està-dire le bout d'un canon de fusil percé de cinq oa six trous, complétait l'orcbestre, sans préjudice do tambour de basque et des castagnettes des danseuses.
Je n'avais vu aucune de celles-ci à Khartoum, où j'en avais vu pourtant beaucoup, ce qui prouve qu'elles y sont fort nombreuses. Toutes étaient égyptiennes et avaient la peau du brun le plus accentué. Leur coiffure et leur costume étaient les mêmes absolument que ceux que j'ai décrits plos haut. Fregia, l'une des plus jolies et des plus délurées, portait une robe de soie or et vert qui Id donnait Tair d'une sauterelle. Mais Ja reine de cet essaim brillant était Chama. Vêtue de bleu et les cheveux inondés de pièces d'or dont le nombre attestait ses triomphes, elle éclipsait autant ses cornpagnes que Calypso ses nymphes. Elle était dans la première jeunesse, svelte, élégante et d'une régularité de traits accomplie, nonobstant la teinte foncée de son visage. Ses pieds étaient petits, ses mains flnes, toutes les attaches de son corps souples et
Ulf PACHA. 103
délicates. L'harmonie de sa personne était parfaite. Mais ce qif il y avait de plus charmant en elle, c'était la grâce pudique de sa danse : pas un mouvement, pas un geste ne dépassait les bornes de la décence la plus réservée et pourtant la plus séduisante.
La plupart des spectateurs étaient des Turcs, militeires ou administrateurs, moins sensibles, à ce qu'il ikie parut, au charme incomparable de cette Taglioni dn désert qu'à l'araki dont ils s'ejiivraient tout le long du jour. Après chaque danse, les aimées leur en versaient elles-mêmes à la ronde dans une tasse d'argent, qui passait d'un buveur à l'autre et servait à tout le monde. Je faisais comme les autres, mais seulement du bout des lèvres, et pour voir de plus près cette ravissante Gliama, quand c'était son tour de m'ofTrir le brûlant nectar. Debout devant moi, dans la pose la plus gracieuse, elle me représentait une Hébé noire dont la blanche eût été jalouse. • Un détail de mœurs que je ne saurais passer sous silence peint bien la dévotion musulmane. Une fête du calendrier mahométan , celle précisément de l'arbre sacré du paradis dont j'ai fait mention dans le premier volume de cette relation S tomba au milieu de ces fantasias mondaines, sans toutefois
1. Yoy. le Séjour chez le Grand-Chirif de la Uekke, ch. i, p. 17.
les interrompre. Les dévots ne quittaient pas même la salle de bai ; ils se contentaient d'étendre leur tapis dans un coin, et là, agenouillés dans la direction de la Mekke, ils faisaient leurs ablutions et leurs prières au son de la guzla , tandis qu'on dansait, qu*on chantait, qu'on buvait autour d'eux. Leurs dévotions accomplies. Us revenaient tranquillement prendre leur part de tous ces plaisirs. La chose paraissait si naturelle que personne ne songeait à s'en scandaliser; on n'y faisait pas ntème attention.
Les aimées ont des gosiers et des muscles d'acier. Elles chantaient et dansaient une grande partie du jour et toute la soirée, pour recommencer le lendemain sans paraître et sans être plus fatiguées que si elles n'avaient pas quitté leur divan. Elles ne furent relevées qu'une seule fois par les femmes da pays, plus noires qu'elles, mais tout aussi belles, et qui vinrent exécuter dans la même enceinte les danses dont j'avais été spectateur quelques jours auparavant chez le consul d'Autriche. Sauf le raat à lanières de cuir qui leur ceignait la taille, ces femmes étaient entièrement nues , et , quoique en présence d'un public composé d'étrangers , ne semblaient nullement embarrassées de leur déshabillé : c'est l'usage du pays. Leur danse me parut tout aussi rudimenlaire, et les cris dont elles l'accompagnaient tout aussi sauvages que la pre-
mière fois. On comprend d'ailleurs qu'elles avaient dans Chama une redoutable rivale.: après elle on ne pouvait rien regarder. Elle-même ayant, par forme de plaisanterie^ imité la danse indigène, s'en acquittai merveille et comme si elle n'avait fait que cela toute sa vie.
D y eut aussi diverses représentations du djérid, jeu fort goûté des Turcs , et qui consiste â se poursuivre à cheval avec des javelots qu'il faut savoir éviter. On les lance de plus ou moins loin, suivant la distance où l'on se trouve de son adversaire, et, si la pointe n'en était émoussée, ils perceraient leur homme de part en part. Un tel exercice ne peut convenir qu'à d'excellents écuyers , car 'il faut faire exécuter à son cheval les évolutions les plus brusques et les plus compliquées, tantôt l'arrêter court au grand galop, tantôt le jeter de côté ou tourner bride avec la rapidité de l'éclair. Je remarquai que les chevaux s'animent autant que les cavaliers, et font leur partie avec un instinct qui touche à l'intelligence.
La présence d'un bouffon est pour les Turcs la condition obligée de tout divertissement; aussi s'en trouvait-il un ici comme partout: c'était un soldat, nommé Hassan, dont les facéties excitaient parmi les assistants l'inextinguible rire des dieux d'Homère. Le sel n'en était pourtant pas des plus attiques ; mais l'eût-il été, il n'aurait point trouvé d'amateurs :
on ne jette pas de perles aux pourceanx. Ces bouffonneries consacrées sont le plus souvent d'une obscénité révoltante, et, plus elles sont grossières, plus elles sont goûtées. Les aimées n'étaient pas les moins rieuses ; elles se plaisaient à exciter Hassan, et, comme elles avaient de l'esprit (presque toutes ces femmes en ont ), ellesjui disaient les choses les plus drôles , et c'étaient à chacune de leurs provocations des redoublements d'hilarité.
Je n'ai rien dit deSourourab,n'ayantrienàendire. C'est un assez grand village disséminé sur un terrain sablonneux tout hérissé de buissons. La maison du sandjiak et ses écuries étaient construites en pierres ou en pisé, ainsi qu'une ou deux autres ; tout le reste n'était qu'un ramassis de tougouls en paille, de forme conique, et semblables à ceux de Souk-Aboussine et des autres villes et villages du pays de Taka. Chacun sert d'habitation à une famiUe, quel que soit le nombre de ses membres , y compris les poules et même parfois les ânes. De petites cigognes noires particulières au Soudan, et nommées abou-gouldsches y nichent sur quelques-uns pour leur porter bonheur. Le kraale des Hottentols ne saurait être ni plus primitif, ni plus dénué de toute espèce de commodités. Une natte pour dormir, et quelques grossiers ustensiles de bois en composent tout le mobilier. Une circonstance me frappa, c'est le peu d'hommes que je rencontrai : soit qu'ils
fussent occupés au loin, soit plutôt qu*ils évitassent les autorités turques et leur suite toujours prêtes à les maltraiter, il est de fait qu'à très-peu d'exceptions près, je ne vis que des femmes; car dans le Soudan elles ne sont point clôturées, quoique musulmanes , et ne sont pas non plus voilées.
J'entrai avec le consul dans un de ces tougouls situé à l'écart et habité par une femme seule, je veux dire une jeune fllle d'une condition plus qu'équivoque et que le consul , honni soit qui mal y pense ! ne me parut pas trouver trop mal. Rien pourtant dans cet intérieur n'était fait pour éveiller certaines idées. Une natte malpropre gisait dans un coin, et un escabeau de bois à trois pieds était l'unique siège de ce boudoir suspect. Je remarque y à propos de ce meuble tout à fait inconnu dans les pays orientaux et en usage seulement dans cette partie du Soudan, qu'il doit venir directement des anciens Égyptiens, ou Éthiopiens, vu qu'il se retrouve absolument le même dans les peintures des hypogées antiques. Le seul ornement du lieu était une sorte de canevas brodé en petites coquilles de la mer Rouge, étendu en manière de tapisserie au fond du tougoul. Cette singulière, tenture, nommée oiuia, et qui peut avoir cinq ou six pieds en tous sens, compose la seule richesse des filles et constitue leur dot.
Voilà pour ce qui est du temple. Quant à la divinité, elle était assez belle, grande, d'une charpente
un peu trop matérielle, et d'un noir fortement prononcé. Ses yeux étaient aussi bien fendus que ceux de n'importe quelle blanche, ses lèvres tout aussi minces, son nez aussi droit, et de plus orné d'un grand anneau d'argent. Toutes les formes de sa personne étaient très-accusées, et, quoiqu'elle ne fût plus de la première jeunesse, ayant sans doute une vingtaine d'années, elle était suffisamment conservée. Mais voici l'ombre du tableau. Ses cheveux très-longs et d'un très-beau noir étaient enduits de beurre, et son corps n'était pas. vierge, je le crains, de ce cosmétique un peu rance. Elle ne portait chez elle pour tout vêlement que le raat de cuir dont j'ai déjà souvent parlé. Pour sortir, elle s'enveloppait d'un ferdah qui avait pu quelque jour être blanc, mais qui, imprégné de graisse et de poussière, était d'une saleté hideuse. Le vieux roi de Naples Ferdinand , de grossière mémoire , était seul capable, à cette vue, de dire son mol bien connu ; Ha più sapor.
Nous fimes une visite de politesse au Cheik-el-Beled, -un homme fort bien d'apparence, Arabe d'origine, qui portait une robe blanche avec le turban, et dont la maison, construite en pierre ,.annonçait une certaine aisance. Dès noire arrivée, des esclaves nous apportèrent, en guise de café, ïabri national, relevé cette fois de sucre et d'épices.
De là nous passâmes dans un tougoul qui avait
été disposé pour les aimées : c'est là qu'elles demeuraient, et leur repas leur était apporté deux fois par jour de chez le sandjiak. Nous les trouvâmes à dîner, accroupies en rond sur une natte autour d'un mouton farci que leurs belles dents blanches n'épargnaient pas. Elles nous firent l'accueil le plus aimable, se levèrent toutes pour nous recevoir, et Qous baisèrent la main suivant l'usage des femmes ïn Orient. Sur ma demande, Châma nous chanta m air que je trouvai charmant, sans doute parce u'il sortait d'une si jolie bouche. Mais c'était le hant du cygne. Des ânes étaient tout bridés, tout elles à la porte du tougoul; les aimées repartirent lOurRhartoum immédiatement après leur repas. Je uivis des yeux la robe bleue de Ghama aussi longeoips que je pus l'apercevoir, et je ne la vis pas lisparaître sans un regret dont ma barbe blanche iurait dû quelque peu rougir.
Plus d'aimées, plus de fantasias ; mais la chose m'était indifférente : je n'avais plus qu'une nuit h passer à Sourourab, le gouverneur étant attendu le soir même. Il arrivait du Caire par le Nil. A la nouvelle de son approche, une brillante cavalcade se mit en route aussitôt pour le recevoir au débarîué. Elle était composée d'officiers en grand unibrme, et de fonctionnaires civils dans leurs plus eaux habits ; les vestes écarlates brodées d'or et e soie, les cafetans verts, bleus, de toutes les cou-
Le ynirint*Tn«u: ies srmes ^pmtaiL à b haatè à filmes ii'SL êcuiait ms la part» b rnoÔK pidoici-
Le onisai s'était rénm skx aalorïlês ôtiks et
BuIîtaûRs. rcîâSê d^on dtaftean à ptmnes hhncbes; mai», »ir dit »!» TodesKr, sa redin^ole ofBcîdk» ferte à paâsementens jumes^ avait tom à Cût Fair de la Irn^ d'an diasKor de bonne maison. Jea*ei fus pas compliment an maître des cérémoma de la coor d'Aotricfae. EDe n*est, à ce qa*U |ianlt, ni difficile ni ini«itive en fût de costome. Mai» Tbérëse, Toulant changer Tunifonne de ses troupes, . t'adressa à son amie, la marquise de Pompadoor, 1 pour résoudre cette grare question. La faYorii; désigna comme une couleur fort galante le grilperle pour les généraux et, comme plus sévère, k brun chocolat pour Fartillerie. Le conseil fut suiri et fait loi encore aujourd'hui dans Tannée autri* chienne.
Ali-Pacba, le nouveau gouverneur général da Soudan , nommé par Abbas quelques mois avant sa mort, était digne en tout du maître qui l'avait choisi : tel maître , tel valet. C'était un Turc de la plus grossière espèce , un homme du genre de Khosref-Bey, le mudir de Kassala. Il existe un proverbe turc qui , peignant au vif Tétat moral de la
race ottomane au point où elle est tombée, est la ièiflcation la plus brutalement naïve de la matière; quoique absoluiuent intraduisible en français, il me revenait bien souvent en mémoire au milieu des Turcs ; je dus au favori d'Abbas l'occasion d'en fidre encore ce jour-là une application nouvelle.
n arriva ivre dans la soirée, et j'entendis de ma tente, comme il passait auprès , ses gros éclats de rire et ses gros éclats de voix. D invita à souper tout le monde, excepté mon compagnon de voyage et moi. Nous fûmes tous deux fort choqués de cette impolitesse. Le pacha savait que nous l'attendions depuis quatre jours dans ce méchant village , et la civilité la plus stricte lui commandait plus d'égards i notre endroit, ayant afiaire à un Anglais et à un français, deux nations à qui sa patrie devait tant dors. Gomme les Turcs ne font rien sans calcul, lartout dans leurs rapports avec les Européens, l'exception dont nous étions l'objet était une exclusion préméditée, une grossièreté parfaitement qualifiée. Aussi nous promîmes-nous bien de lui faire sentir, expier même, à la première visite, son mauvais procédé.
Le lendemain matin, 14 mai, nous fîmes annoncer notre visite au pacha, qui recevait dans le Divan du sandjiak. A l'heure fixée nous nous y rendîmes, bien résolus, l'Anglais et moi, à nous venger de l'affront de la veille. L'occasion s'en offrit bientôt. Dès notre
iiS UN PACHA.
arrivée legouverneur général commanda le café et des cigares. Quand le café vint, nous le refusâmes, ce qui en Orient passe pour un affront; affront d'autant plus sanglant dans la circonstance actuelle, qu'il était public , le Divan étant plein de monde/ Le rouge monta au front du pacha, et il y monta bien plus encore quand, les cigares venus, nous les refusâmes également Nous les aurions refusés dans tous les cas, vu que substituer des cigares à la pipe était , suivant les lois du cérémonial oriental, un manque de tact et une familiarité que nous ne devions pas souflTrir. La pipe, et non le cigare , constitue l'honneur qu'on fait à son hôte.
Notre vengeance accomplie et ressentie comme nous désirions qu'elle le fût, nous entrâmes en matière et abordâmes l'affaire qui nous amenait. Il s'agissait, ainsi que je l'ai dit plus haut, du inudir de Kassala. Les personnes qui ont lu le second volume de cette relation*, se rappellent sans doute
tous les griefs tant personnels qu'étrangers h nous dont nous avions à nous plaindre de la part de ce fonctionnaire inique et violent, toutes les mauvaises . actions dont il s'était rendu coupable. Des lettres de M. Plawden, consul d'Angleterre à Massaoua, et d'Yanni Cozzika , notre hôte de Kassala, arrivées à Khartoum le jour même de notre départ, nous