Docoments, 2* série, p. 267 et suiv
Pendant qtie tous ces travaux dont nous venons de parler s'accomplissaient, le gi'and projet faisait au dehors les progrès les plus rapides. Àvaiit que les sociétés savantes pussent l'étudier sur les documents que rassemblait la Commission internationale, 'atant que les corporations commerciales fussent appelées à émettre leurs vœux, avant que les gouveriiements exprimassent leurs sympathies et leur approbation, la presse avait annoncé au monde civilisé l'entreprise qui allait rapprocher si heureusement l'Eiifôpe fchfétieline de l'Asie à demi barbare.
L'enthousiasme fut unanime, et la concession faite par Son Altesse le vice-roi d'Egypte à M. Fer-
i36 CANAL DE SUEZ,
dinand de Lesseps fut accueillie partout, à la Tois comme une pensée glorieuse pour le prince qui l'avait conçue et pour celui qui la réalisait, et comme une pensée bienfaisante de civilisation et d'humanité. Ce qu'il y eut de remarquable dans les premiers moments, c'est que l'accord sur cette grande question fut aussi spontané que rapide. Le moment était venu ; tout le monde le sentait ; et la presse le dit par ses mille voix dans tous les pays de l'Europe, en Amérique, en Asie même, en un mot, sur le globe entier.
Il serait trop long de mentionner tous les journaux qui dès le début se sont prononcés favorablement, car le nombre en est à peu près illimité. Mais cependant nous voulons en citer quelquesuns dans chaque pays , aOn qu'on puisse se £siire une idée de cet élan et de cette concorde, rompue seulement par quelques exceptions 4rès-rares dont nous aurons à parler un peu plus loin*.
Nous commençons par les journaux anglais, et parmi eux nous nous adressons d'abord au Times.
1. Si Ton yeut suivre d'un peu plus près ce mouyement si curieux de la presse, il faut lire dans le journal V Isthme de Sues la revue qu'il consacre tous les quinze jours aux articles des journaux du monde entier. On se ferait difficilement une idée d'un concours si empressé et si constant.
Gomme le dit notre proverbe Avançais : « A tout seigneur, tout honneur. »
Le Times^ qui devait attaquer plus tard le canal de Suez avec une violence que nous aurons à signaler, tenait en 1805 un tout autre langage. Il donnait alors son adhésion chaleureuse au projet de M. Ferdinand de Lesseps; et dans deux articles fort remarqués, du 6 juin et du 8 août de cette année, il lui promettait toute la faveur de l'Angleterre, si le travail projeté était praticable. C'est ce qu'allait décider l'exploration de l'isthme par la Commission internationale , et son rapport, publié après de si longues études.
A c6té du Times, les autres grands journaux ont exprimé, sans faire aucune réserve, la même opinion : le Daily News^ le Moming Chronicle^ le Morning Herald^ le Globe, Y Atlas , le Moming Star, YAustralianand New Zealand Gazette, Y Economiste YEngineer, le Bailway Times, la Shipping Gazette, YArtizan, le Mining Journal, le Gateshead Observer de Newcastle, le Commonwealth de Giascow, le Galignanfs Messenger, Ylllustrated London News, ihe International, le Daily Post de Liverpool, une foule de journaux dans les comtés, etc., etc.; et dans les colonies, le Bombay Times, YEnglishman de Gal-
i38 CANAL DE SUEZ,
cutta, le Ftiend ôflndia^ le Ceméen de Ttle Maurice,
le Sydney Herald^ le Portafoglio Maltese, etc.
Parmi les journaux anglais, il n'y a guère eu que deux journaux qui aient fait exception, la Revue d'Edimbourg, qui a une grande autorité , et YAlhenxufHy qui en a beaucoup moins. Nous aurons roccasion d'y revenir, en traitant de la résistance qu'on a opposée au projet du canal de Suez.
EnU*e les journaux américains , nous citerons le Courrier des États-Unis^ le Boston Post^ le Nouiical Magazine de Piew-York , YEvening Post et le Courrier and Inquirer de la même ville, V Abeille de la Nouvelle-Orléans, le Boston Daily Courrier ^ le Journal of Commerce de Boston, le Public Ledger^ le National Intelligencer de Philadelphie, etc., etc.
On t)ourrait citer sans aucune exception tous les journaux français , à commencer par les journaux principaux de Paris : le Constiiutionnel ^ le Journal des Débats^ la Presse^ le Siècle^ le Pays, la Pairie, ÏUnion^ la Gazette de France^ YUnii)ers, le Moniteur industriel^ le Moniteur de la Ptotte, le Courrier de Paris^ etc., etc.; et à suivre par tous les journaux de départements, parmi lesquels nous n'aurions que l'embarras de choisir : le Nouvelliste de Marseille, le Sémaphore^ la Gazette du Midi^ la Gazette de Lyon,
LES ADHESIONS UNIVERSELLES. 139
le Jûumal el le Courrier du Havre, le Journal de Rouen, etc., etc., etc.
En Belgique, ïlnd^endapce ; en Hollande, le Courrier d'Amsterdam; et dans les colonies néerlandaises, le Courrier de Java, etc. En Espagne, le Diario de Barcelone, le Diario de Palma, El Batear^ la Gaeeta de los eaminos de hierro^ etc. En Italie, le Bullettino delP istmo di Suez^ la Gazette de Ferrare, Ylncorragiumento de la lîiôtne ville, la Gazette uficiale di Venezia^ tous tes jouriiaux sardes, ceux de Rome, ceux de Naples, YOsservatore Triesiino t YAnnbtatore Friulano ^ la Gazette officielle de Milan, etc., etc., etc.
En Allemagne, la Gazette de Cologtie^lBi Gazette universelle éPAugsbourg^ la Gazette autrichiefine de Vienne, la Gazette de Trieste^ l'excellente revue de M. Brockhans, intitulée Unsere Zeit (Notre temps), etc., etc.
A Gonstantinople, la Presse d'Orient ;k Odessa, le Journal d* Odessa; & Syra, 1q Télégraphe des Cyelades; à Athènes, le Moniteur grec; en Portugal, 0 Nadonal et 0 Commercio de Porto, etc., etc., etc.
Nous ne voulons pas pousser plus loin cette nomenclature qui serait fastidieuse ; mais telle qu'elle est, elle suffit» et de reste, pour montrer ce qu'a été
idO CANAL DE SUES,
Tattitude de la presse dans tous les pays où parait un journal. H faut ajouter que cette ardeur de propagande et d'approbation ne s*est pas ralentie un seul jour; et qu'elle semble s'animer encore à mesure que le moment du triomphe approche.
Celte émotion universelle de la presse dans le monde entier était un s jmptAme significatif, surtout si l'on songe qu'à la fin de 1854 et dans tout le courant de 1855, la guerre de Crimée fixait alors les regards de l'univers attentif.
L'exemple de la presse gagna bientôt les gouvernements eux-mêmes; et il n'en est pas un seul qui ne se soit intéressé d'une manière plus ou moins patente au projet qui allait abréger de moitié la roule de l'Asie. D'abord il faut remarquer que la composition même de la Commission internationale attestait assez cet intérêt des gouvernements. Tous les membres qui la composaient, sauf les membres anglais, étaient des fonctionnaires publics, chacun trèshaut placés dans leur pays, et ils n'avaient pu accepter leur mandat qu'avec une permission officielle. C'était déjà beaucoup. Mais les gouvernements, chacun dans leur sphère, firent davantage.
Ainsi, le gouvernement sarde, outre qu'il accordait
à la Commission internationale son Ministre des travaux publics, présentait un projet de loi pour Tagrandissement du port de Gènes ; et il motivait ce projet, à la fois par le chemin de fer qui allait rattacher Gènes au Piémont, et par la prochaine ouverture de l'isthme de Suez qui allait donner à ce port une activité toute nouvelle (Séance du 5 mai 1856). Dans la discussion sur le port militaire delà Spezzia, le rapporteur, M. Gugia , et plusieurs orateurs, entre autres M. le colonel Ménabréa, rappelaient le projet du canal de Suez et le louaient hautement. Plus tard, M. Paléocapa déposait sur le bureau de la Chambre des députés le rapport de la Commission internationale.
• La Chambre dé commerce de Gènes envoyait à M. Ferdinand de Lesseps et à M. Paléocapa des adresses remarquable, pleines des vues les plus hautes qui rappelaient la grandeur passée de la République des Doria.
L'Académie royale d'agriculture de Turin annonçait dans sa séance publique de 1857 la prochaine ouverture de l'isthme de Suez, et pour témoigner sa sympathie elle inscrivait parmi ses membres honoraires, MM. Paléocapa, Ferdinand de Lesseps et Barthélémy Saint-Hilaire.
ikt Ci^NAL DE SUEZ,
Le Pape nommait une commission d'enqaële composée de dix membres présidée par le ministre du commerce et des travailla publics, et donnait des ordres pour la réparation des ports des États romains, en Yue du canal de Suez.
Le gouvernement napolitain faisait publier dans le journal officiel du royaume des Deux-Siciles des articles favorables, attribués à la plume d*un des plus hauts fonctionnaires de l'État, et il annonçait la construction d'un dock & la MargelUna.
Le conseil communal de Venise, dans sa séance du 6 mai 1856, créait aussi une commission d'enquête et votait pour les dépenses une somme de 10000 livres, en même temps que l'Institut de Venise mettait au concours la question de l'ouverture de l'Isthme et de son influence sur la prospé* rite du commerce vénitien. .
fin Espagne, la reine, h qui la Chambre de oommerce de Barcelone s'était adressée dans upe requête spéciale, et très-sagement motiTée, fiiisait donner expressément des ordres à son ambassadeur k Constantinople, le vénérable M. de Souia, pour qu'il appuyât officiellement de toutes ses forces les démarches de M. Ferdinand de Lesseps auprès de la Porte. De plus, le gouvemernent espa-
LES ADHfiSIONS UNIVERSELLES. 148
gaol faisait publier à ses frais, et par les presses ofHcielles, un excellent ouvrage de Don C. S. Montésino sur le canal de Suez, considéré surtout sous le rapport des colonies aux Philippines. A côté du gouyemement, la Société d'économie politique à Madrid discutait dans de longues séances le projet du canal de Suez. La Société économique de Barcelone ouvrait» comme Tlnstitut de Venise, un cour cours sur celte question , et elle pouvait donner le prix à un excellent mémoire de M. Duran y Bas. La Hollande, qui, par ses colonies de Java, de Sumatra, de Bornéo, etc., a tant d'intérêt à voir la route des mers asiatiques rendue plus facile et plus courte, avait, dès le milieu de Tannée 1856, institué une (Commission d'enquête. Sur la proposition de M. Simons, ministre de l'Intérieur, la Commission avait été nommée par ordonnance royale. Elle se composait de douze membres, la plu* part présidents de chambres de commerce, et elle était présidée par M. de MoQchy, président de la Compagnie commerciale néerlandaise à Amsterdam. M. S'Gravesande Guicherit, professeur d^histoire commerciale à TAcadémiç royale (le Delft, en était le secrétaire. L'Aci^démie royale des sciences d'Am* sterdan^ s'çst fi^it fairp, au iftpis de noveqibra }837,
ikk CANAL DE SU£Z,
un rapport par M. Conrad sur le canal de Soez. el elle a inséré ce travail du président de la Gonums* sion internationale dans ses Mémoires. Lorsque k gouvernement hollandais a dû adjuger le senice de la malle de Java, il a formellement préfo dans le contrat Touverture de l'isthme de Suez, comme un cas qui exigerait dans la convention qu'il passait des modifications nécessaires. |
Quant k rAutriche, qui ne sait les sympathies ar- ' dentés qu'elle porte au projet du canal de Suez! >
Yoilà plus de trente ans que M. le prince de Iklr i temich, comme le rappelait naguères la Gaxetu à Vienne^ s'est occupé de l'ouverture de l'isthme de Suez, et ce ne sera pas un des souvenirs les moins glorieux de la carrière illustre de cet homme d'Eb:. Ses successeurs, fidèles à sa pensée, inspirés mèck quelquefois par ses conseils, ont suivi cette sa^e politique, que commande à l'Autriche l'intérlt de Trieste et de sa marine dans l'Adriatique. I>^ preuves abondent pour démontrer les sentimenis aussi constants qu'éclairés du gouvernement autrichien. Nous en citerons quelques-unes.
A un banquet donné à Trieste pour l'inaugnrttion du chemin de fer le 27 juillet 1857, M. le baroc de Bruck, le fondateur du Uoyd autrichien et k
LES ADHËSIOIVS UNIVERSELLES. 145
restaurateur des finances de TEmpire, portait un toast au succès de l'entreprise de M. Ferdinand do Lesseps. Puis il ajoutait ces paroles, que nous empruntons au Moniteur universel du 2 août : c Nous « ne pouvons laisser passer un jour sans exprimer « les VŒUX les plus ardents pour la réalisation d'une « noble idée, le percement de l'isthme de Suez. « L'opposition d'un seul gouvernement n'empè- « cbera pas cette grande idée et ce grand fait de « s'accomplir. Nous vivons dans un temps où les « peuples deviennent frères. Au succès de l'entre- « prise de M. Ferdinand de Lesseps! L'Autriche, « Trieste, en particulier, font les voeux les plus pas- « sionnés pour sa réussite. Que l'honorable assem*< « blée prête son appui à ce sentiment par une ac- « clamation chaleureuse ! »
Ces vives paroles de M. le baron de Bruck répondaient au discours de lord Palmerston dans le Parlement anglais, et y faisaient contre-poids.
Dans une autre occasion encore plus significative, quand M. Ferdinand de Lesseps passait par Vienne, se rendant à Gonstantinople, le 8 novembre 1857, un- banquet fût donné en l'honneur du promoteur du canal de Suez. MM. de Rothschild, de Sina, Es- 298 g
i4ë CANAL bS^ SUEZ,
kélès et M. de Wodianer, les premiers banquiers de Vienne, l'avaient orgabisé, et y avaient convié toutes les notabilités de la capitale de rAutricbe. Trois ministres de l'empereur y figuraient : MM. de Bruck, de Toggenburg et de Tbun;des aides de camp de l'empereur, des membres du Conseil de l'Empire, des maréchaux, des membres du Conseil aulique, les présidents de l'Académie des sciences et de la Cour suprême de justice, des conseillers d'£tat, les directeurs des principales administrations publiques, des chemins de fer, des entreprises commerciales, etc., etc. Les discours prononcés devant cette brillante assemblée furent dignes d'elle, et deux ministres, MM. de Toggenburg et de Bruck, prirent successivement la parole pour glorifier le projet qui doit unir les deux mers. Gomme c'était à ce moment que l'insurrection des Gipayes aux Indes orientales était 4ans toute son horreur et son énergie, M. de Bruck, associant les deux pensées qui étaient dans tous les esprits, en même temps qu'il célébrait le canal de Suez, portait un toast au succès des armes anglaises.
M. Ferdinand de Lesseps, fêté si cordialement par cette importante réunion, était reçu le lende* main en audience particulière par l'empereur
LES ADHfiSIONS UNIVERSELLES. 147
François-^Joseph ; et il trouvait dans cet auguste entretien les plus sûrs encouragements.
A Tfieste, où M. Ferdinand de Lesseps se rendait en quittant Vienne, le gouverneur de la viUe^ M. le baron de Merlens, lui offrait un banquet non moins cordial, et presque aussi nombreux.
A Gorfou et à la cour de Grèce, H. Ferdinand de Lesseps recevait un accueil plus enthousiaste encore.
Mais après les journaux, après les gouvernemeuts, une approbation d'une aulre sorte a été donnée au projet du canal de Suez : c'est celle de toutes les Sociétés savantes auxquelles il a été com* mufûqué.
Dès le mois de juin 1856, les échantillons géologiques des forages exécutés dans l'isthme par les ordres de la Commission internationale, étaient communiqués à l'Académie des sciences de l'Institut impérial de France, par l'intermédiaire de M. Élie de Beaumont, l'un des secrétaires perpétuels, et sénateur. Dans sa séance du 16 juin, l'Académie nommait une Commission composée de MM. Cordier, Charles Dupin, Dufrénoy, Ëlie de Beaumont, et de l'amiral Dupetit-Thouars. M. Dufrénoy, niort quelques mois après, fut remplacé par M. Gla-
148 CKHKL DB SUEZ,
peyron* Vers la fin de Tannée, le rapport de k Commission internationale pouvait être soumis à l'Académie, avec un rapport géologique de M. Renaud et avec le savant mémoire de M. Lieussou sur le régime des eaux dans le futur canal; et, le 2 mars 1857, M. le baron Charles Dupin, sénateur, lisait devant l'Académie son rapport, digne de sa haute réputation de savant et d*hahile statisticien. Ce rapport, d'une grande étendue (71 pages 8"), se termine en ces termes :>
« Nous résumons d*un seul mot, disait riUostre rapporteur, notre jugement sur l'œuvre considérable soumise à notre examen, œuvre expliquée dans les mémoires de M. Ferdinand de Lesseps et dans les calculs, les plans, les devis, les rapports à l'appui. La conception et les moyens d'exécution du canal de Suez sont les dignes apprêts d'iuie entreprise utile à l'ensemble du genre humain.
« Par ces simples mots, nous croyons exprimer dans sa plus grande étendue, le jugement favorable de toute l'Académie.
« En conséquence, nous vous proposons de déclarer que les mémoires présentés par M. Ferdi-
LES ADHÉSIONS UNIVERSELLES. i49
nand de Lesseps, tant en son nom qu'au nom de ses collaborateurs, sont dignes de votre approbation. »
Ces conclusions furent adoptées à Tunanimité', et le Times lui-même adressait ses éloges au travail de M. le baron Charles Dupin.
Plus d'un an après, l'Académie confiait à la même Comtnission l'examen des observations hydrographiques du capitaine Philigret; et le 10 mai 1858, M. le baron Charles Dupin faisait un second rapport où» en exposant les résultats de cette exploration de la rade de Péluse, il réfutait de la manière la plus péremptoire les étranges assertions de M. R. Stéphenson. Ce second rapport, plus spécial encore et non moins décisif que le premier, finissait ainsi :
c Nous renfermons dans les limites mathématiques et physiques propres à cette académie nos conclusions définitives. D'après notre examen attentif, nous déclarons que les observations faites à bord de la corvette égyptienne Yand Becker, parle capitaine Philigret, démontrent la sûreté du mouillage et la bonté de la rade de Saïd dans le golfe de Péluse. Elles confirment et complètent les avantages qu'on avait pu se promettre pour l'entrée du
inO CANAL DE SUEZ,
canal de Suez dans la Méditerranée. Noos attestons la supériorité de la voie projetée pour épargner la vie, la santé des hommes et diminuer la perte des navires. Nous déclarons en même temps que les explications scientifiques et techniques données par la Commission internationale, pour répondre aux objections faites contre le canal maritime, nous semblent satisfaisantes. >
Ces secondes conclusions étaient adoptées à l'unanimité comme les premières ^
Nous ne pouvons pas invoquer de tribunal plus élevé que Tlnstitut impérial de France, où le suffrage de l'Académie française, par l'organe éloquent de M. Yillemaiu (séance annuelle du 20 août 1857), se joignait à celui de l'Académie des sciences physiques et mathématiques. Mais à côté de ce témoi* gnage si précieux on peut en citer d'autres qui ont encore leur importance. C'est la Société impériale de géographie de Paris qui, sous la présidence du vénérable M. Jomard , a adressé à M. Ferd, de
1. M. le baix>n Charles Dupin a fait aussi une communication sur le canal de Suoe à PÀcadômie des sciences morales et politiques, dont il est membre pour la section d'économie politique. Voir le journal Vlsthme âe Suef, 1867, t. II , p. 335.
Lesseps une lettre remarquable, où, dans Tintërët des travaux qui lui sont propres, elle applaudit à toutes les facilités que promet aux sciences qu'elle cultive l'ouverture de l'isthme de Suez. Elle a aussi rappelé ses espérances dans le rapport annuel de son secrétaire général, M. Alfred Maury, membre de l'Institut ^ C'est la Société d'acclimatation; c'est le Congrès scientifique de France, qui, convoqué chaque année par l'activité infatigable de M. de Caumont, a trois fois de suite émis un vœu enthousiaste proposé par M. le professeur Baruffl, de Turin, en favem* du canal de Suez, à la Rochelle en 1856, à Grenoble en 1857, à Auxerre en 1858".
En dehors de la France, nous pouvons citer l'Académie impériale et royale des sciences de Vienne, qui, le 8 janvier 1858 , a entendu un excellent rapport de M. le baron de Czœmîg, chef de section au Ministère du commerce , sur les avantages que le canal de Suez procurera à l'Autriche, La Société impériale et royale de géographie de Vienne s'est fait faire, après diverses communications de plusieurs de ses membres, un rapport spécial dont
1. Voir le journal VIsthme de Sue%, t. II, 1857, p. 302, et t. III, 1858, p. 85.
2. Idem, 1. 1, p. 84 et 101 ; t. II, p. 355, et t. III, p. 446. '
1S2 CANAX DE SUEZ,
M. Franz Fôtterle a bien voulu se charger et qui se termine ainsi:
« La Société impériale et royale de géographie, en confiant à sa Commission la rédaction du présent mémoire, a voulu montrer que dans notre Autriche aussi la sympathie la plus ardenle et la plus profonde est constamment et bien légitimement assurée à la question de l'ouverture de l'isthme de Suez. >
Pour l'Espagne, nous avons déjà mentionné la Société économique de Barcelone et la Société d'économie politique de Madrid. Dans le royaume de Naples, M. Giovanni Genni a lu un mémoire devant l'Académie des sciences du royaume des Deux- Siciles. En Hollande, nous avons cité, à l'Académie des sciences d'Amsterdam, le discours de H. Ck)nrad, auquel nous pouvons ajouter les discussions de l'Institut royal des ingénieurs à la Haye, qui a fait traduire le premier rapport de M. le baron Charles Dupin, et la Société des sciences de Haarlem, qui a ouvert un concours comme ou en a ouvert à Barcelone et à Venise. En Russie, la Société impériale de géographie de Saint-Pétersbourg a
LES ADHÉSIONS lINiYERSELLES. i53
témoigné son adhésion entière par une lettre adressée à M. Ferd. de Lesseps.
A ces manifestations de la science, de la politique, de Topinion, faisons succéder celles du commerce; et arrêtons-nous spécialement aux Meetings anglais, à nos Chambres de commerce et aux Conseils généraux de France.
Nous avons dit plus haut que M. Ferd. de Lesseps s'était proposé dès le début de sa grande en* treprise de consulter les représentants les plus autorisés des intérêts maritimes et commerciaux de r Angleterre; et nous avons vu comment, dès 1855, lui avaient répondu la grande Compagnie des Indes et la Compagnie péninsulaire et orientale. Après deux ans d'investigations et d'études nouvelles, après le rapport de la Commission internationale, après l'expression de Topinion sur le continent, M. Ferd. de Lesseps résolut à la fin d'avril 1857 de se rendre dans les principaux ports et centres commerciaux du Royaume-Uni, afin d'obtenir de chacun d'eux une expression d'opinion authentique sur un sujet qui les touchait de si près, et à l'égard duquel on prétendait que les classes commerçantes de l'Angleterre étaient assez mal disposées. Sa visite dans chaque ville était précédée par l'envoi de
154 GAKAL DE StJEZ,
la circulaire suivante qui annonçait le but qu*il poursuivait. Nous la reproduisons parce qu'elle répondait à l'avance et d'une &çon péremptoire aux accusations que lord Palmerston devait oser plus tard porter devant le Parlement anglais. On eût dit que M. Ferd.de Lesseps pressentait ces attaques, qni, après sa lettre, peuvent être qualifiées de déloyales.
A HESSUURS LES BINQOIEBS, RiCOCUNTS, AEMATEims ET FABEICANTS PE
« Messieurs,
« En appelant votre attention sur la situation actuelle et les progrès du projet du canal de Suez, je ne plaide pas seulement pour mes propres intérêts de promoteur et de concessionnaire de cette grande entreprise ; mais je plaide aussi pour les intérêts de toutes les associations commerciales qui doivent en profiter dans la mesure de leur activité et de leur industrie ; et conséquenunent ce projet doit servir au plus haut degré les intérêts de....
« Par une concession de Son Altesse le vice-roi d'Egypte, je suis autorisé à prendre les mesures nécessaires pour joindre la Méditerranée et la mer Roùge par un canal praticable aux plus grands
LES ADHËSIONS UNIVERSELLES. 455
navires , et pour Touyerture d'une route maritime rapide et sûre dans l'Inde, la Chine et l'Australie.
« La route qui sera ainsi ouverte au commerce est plus courte de 5000 milles par rapport à l'Angleterre, que la route actuelle autour du cap de Bonne-Espérance. Cette route abrégée parcourt deë mers très-navigables parmi toutes les mers ; et elle longe les cOtes de pays riches en produits naturels, bien que pour le présent ces pays, en ce qui concerne les affaires commerciales, soient hors de l'influence de l'esprit entreprenant de l'Europe.
« Des ingénieurs de la plus haute renommée en Angleterre et dans les principaux pays de l'Europe ont examiné et approuvé la partie technique du projet. Un important ouvrage accessoire, consistant dans un embranchement du canal, est déjà commencé ; et la plus grande partie du capital nécessaire a été souscrite par les commerçants des différentes nations européennes, dont les gouvernements ont déjà approuvé un projet qui est d'une importance si manifeste pour le développement du commerce et de la civilisation.
« Mon but, en venant au milieu de vous, est de m'assurer des sentiments qui existent dans les classes financières et commerciales de.... à l'égard
de cette grande entreprise, et de leur fournir personnellement toutes les informations désirables sur l'ensemble et les détails du projet, sachant bien que des hommes tels que ceux auxquels je m'adresse ne se rendent qu'aux arguments les plus solides, et après l'examen le plus mûr et le plus circonspect.
c Dans les principales villes de l'Europe, où ce projet a été porté à la connaissance publique, il a donné lieu de la part des corps municipaux; commerciaux et scientifiques, aux manifestations de l'intérêt et de la sympathie les plus sincères, n est donc naturel que je sois désireux de compléter cette approbation générale, en la couronnant par la^notion de la nation commerciale et industrielle la plus grande du monde, nation qui, avant toutes les autres, est appelée à recueillir inévitablement les avantages incalculables d'une œuvre qui, en rdiant ses vastes possessions coloniales dans l'Est et dans le Sud , doit augmenter et consolider sa prospérité.
« J'ai l'honneur d'être, Messieurs, votre trèshumble et très-obéissant serviteur,
< Ferdinand de Lssseps. >
• Londr^y mai 1857. •
On sait comment les Meetings ont unanimement répondu à cette question que leur faisait M. Ferdinand de Lesseps.
Nous n'analyserons pas les résolulions de chacun de ces Meetings; mais il est bon tout au moins de les citer par le nom des villes, par la date des réunions, et par le nom des présidents qui les ont dirigées. Nous nous bornons à ces indications toutes sèches , qu'elles peuvent être, parce qu'elles sont bien plus éloquentes que nos réflexions ne pourraient l'être, quelque justes qu'elles fussent.
D'abord rappelons un banquet à Goldsmiths'- Hall, à Londres, qui fiit comme l'initiative favorable du voyage de M. Ferdinand de Lesseps dans les comtés.
1* Londres. Banquet de Goldsmith's-Hall. Président, M. Gladstone, banquier, 24 avril 1857.
2"" Liverpool. Meeting public des armateurs et assureurs. Président, M. M.-P. Rawson, 29 avril
3* Liverpool. Association des Indes Orientales et delà Chine* Président, M. Charles Tuenir, esq., président de l'Association, 29 avril 1857.
158 GàNAL DE SUEZ,
4* Liverpo<d. Chambre de commerce. Président, M. J. ToRR, 4 mai 1857.
S"" Manchester. Association commerciale. Président, H. J.-A. ToRNBR, 6 mai 1857.
G*" Manchester. Chambre de commerce. Président,
H. Thomas Batlbt, esq. Secrétaire, M. Boonu^,
2 mai 1857.
7"" Dublin. Chambre de commerce. Président,
M. le lord-maire. Secrétaire, Francis Com^
11 mai 1857.
8* Cork. Meeting public. Président, le haut-shériff
M. J.-N. MURPHT, esq., 13 mai 1857.
9» Belfast. Chambre de commerce. Président, M. Robert Grimshaw, 18 mai 1857.
10° Belfast. Meeting des Commissaires du port. Président, M. John Clarke, 20 mai 1857.
11° Glasgow. Meeting public. Président, M. !e bailli P.-C. Wright, 20 mai 1857.
12° Aberdeen. Meeting public. Président, le lord provost, M. John Webster, 23 mai 1857. ,
13'' Edimbourg. Chambre de commerce d'Edimbourg et de Leith. Président, le bailli BrowK' Douglas, 26 mai 1857.
LES ADHËSIOHS UNIVERSELLES. 159
Ik* Newcastle. Meeting public. Président, M. le maire de la ville, E.-N. Grâce, esquire, 28 mai
lô** HulL Chambre de commerce. Président, M. Hassell, 30 mai 1857.
16* Birmingham. Chambre de commerce. Président, M. GooDBiAN, esq., 3 juin 1857.
17° SrUtol. Meeting public. Président, M. T.-P. JosB, esq., 18 juin 1857.
18* Enfin Londres, Meeting public. Président, sir James Duke, M.-P., 24 juin 1857.
Dans ce Meeting, M. Anderson, vice-président de la Cioaipagnie péninsulaire et orientale, renouvela publiquement l'adhésion que cette grande et honorable Compagnie avait déjà donnée, et il le fit avec une loyauté et une énergie vraiment dignes d'éloge.
M. le capitaine Harris venait, avec l'autorité qui s'attache à son expérience consommée, de déclarer que la mer Rouge était parfaitement navigable, et M. Arbutbnot avait donné lecture de la résolution que devait adopter le Meeting, quand M. Anderson prit la parole en ces termes : « Quoique je sois venu
i60 CANAL DE SUEZ,
à ce Meeting, mon intention n*était pas de prendre part à la discussion, bien que je porte un grand intérêt à ce projet. Hais comme j*ai entenda affirmer que la Compagnie péninsulaire et orientale avait manifesté quelque opposition à cette entreprise, je prends la liberté de dire, au nom de cette Compagnie, comme son vice-président, que nous n*avons exprimé aucune opinion hostile; car le projet ne peut d'aucune manière porter atteinte aux intérêts de la Compagnie. Il nous amènera peut-être quelque concurrence ; mais si une compagnie ne peut pas soutenir la concurrence, elle n*a pas à se mêler d'affaires. Je n'ai pas le moindre doute que Fentreprise, si elle est exécutée, ne doive avoir les plus beaux résultats pour les intérêts commerciaux de ce pays. »
Tous ces Meetings ont été unanimes; et, chose vraiment admirable, il ne s'y est pas produit la moindre divergence d'opinion au milieu de discussions étendues et profondes, soulevées par les hommes les plus pratiques et les plus compétents.
Voici comment M. Barthélémy Saint-Hilaire appréciait ce résultat prodigieux des Meetings an^ais dans r Isthme de Suez, numéro du 25 juin 1857 :
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« Ce qui nous frappe d'abord dans tous ces Meetings» c'est la par£Eiite loyauté qui n*a cessé de s'y produire en traits vraiment éclatants. L'accueil a été non-seulement sympathique et chaleureux pour un étranger; mais de plus, l'esprit public 4e l'Angleterre s'est élevé au-dessus de toutes les considérations d'intérêt national, quelque légitime d'ailleurs que fût cet intérêt; et la question a été embrassée dans toute sa grandeur et sa vérité. « Oui^
< l'ouverture de l'isthme de Suez sera utile au corn- « merce du monde entier; et c'est là le premier et « suprême motif qui justifie cette belle entreprise. « En second lieu» l'ouverture de l'isthme de Suez « sera plus particulièrement utile au commerce de « la Grande-Bretagne, parce que c'est la Grande- « Bretagne qui a dans FAsie les possessions les plus c riches et les plus vastes» les relations les plus im-
< portantes et les plus étendues. »
c Voilà ce que les Meetings anglais ont déclaré » subordonnant ainsi» avec une magnanimité qui les honore » l'intérêt anglais à l'intérêt supérieur de la civilisation et de Thumanilé. Il est même un Meeting» celui d'Edimbourg et de Leith» qui est allé plus loin encore» et qui a déclaré que quand bien même
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les puissances de la Méditerranée , la France en tète, retireraient du canal de Suez un avantage relativement plus grand que l'Angleterre, ce ne serait pas un motif de s'abstenir en présence des avantages évidents que l'Angleterre eile-mème en doit retirer.
• Devant toutes ces manifestations si claires doivent tomber les suppositions peu bienveiUantes qui redoutaient dans l'esprit anglais des tendances étroites. Pour notre part, ces suppositions nous ont toujours paru sans le moindre fondement; mais nous sommes heureux que les faits viennent leur domier un si puissant démenti.
« Â côté de ce premier caractère des Meeting» anglais» nous en voyons un second qui n'est pas moins digne de remarque et d'estime. Quelque évidente que fût la question, et quoique le bon sens suffit à la résoudre, il restait cependant, dans bien des détails, matière à discussion, comme pour toutes les affaires. On vient de voir, par le récit de ces réunions publiques, ce qu'a été cette discussion. Les longs extraits que nous avons donnés des comptes rendus des Meetings , d'après les journaux des différentes localités, démontrent que la question de Suez a été débattue dans ces assanblëes de
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commerçants comme elle pourrait l'être au Parlement. Les armateurs, les négociants, les manufacturiers, les capitalistes de la Grande-Bretagne étaient certainement les juges les plus sévères auxquels nous pussions nous adresser. Ils se sont montrés en même temps les juges les plus compétents et les plus éclairés. De notre part, l'enquête préparatoire, scientifique et technique, avait été poussée aussi loin qu'elle pouvait l'être; de leur part, l'enquête coomierciale et maritime a été aussi approfondie que les intérêts du monde entier le réclament. La science avait prononcé avec l'autorité qui s'attache à ses décisions. Une autorité, si ce n'est plus haute, du moins plus efficace , vient de prononcer 4. son tour : c'est l'autorité de la pratique, attestant que l'ouverture du canal de Suez , réunissant la Méditerranée à la mer Rouge, répond à un immense besoin, et que tout retard à l'établissement de oette communication nouvelle est un tort véritable fait à toutes les nations civilisées.
« Ainsi, compétence et loyauté, voilà ce que nous trouvons et ce que nous admirons dans les Meetings anglais.
c Ajoutez-y leur unanimité, qui est une garantie de plus, non pas seulement de la puissance que doi-
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vent avoir leurs résolutions, mais de la vérité désormais indiscutable de ces résolutions. Est-il possible à aucun esprit de bonne foi de croire que dix-buit Meetings anglais se soient trompés sur un intérêt anglais? Et quand tous ont répondu d*un bout du Royaume-Uni à Tautre avec cette admirable concordance, ne nous est-il pas permis d'afGrmer sans la moindre hésitation, en nous appuyant sur ces adhésions invincibles, que la vérité est de notre côté? Ce n'est pas nous ici qui sommes juges dans notre propre cause, position toujours un peu suspecte, quelque respectable qu'elle soit dans bien des cas; ce sont des juges que rien ne pourrait corrompre et dans l'opinion desquels aucune divergence ne s'est produite.
« Nous ne voulons pas exagérer notre succès; car il serait assez difficile de l'exagérer, puisqu'il a été aussi complet que possible. Mais nous pouvons à bon droit nous en sentir honorés. Nous pouvons remercier l'intelligence d'un grand peuple d'avoir si bien compris une oeuvre qui, au fond, est faite pour lui plus que pour personne, mais qu'on lui représentait comme un danger, et comme un pi^e tendu par des rivalités hostiles. Il n'est rien de tel que la discussion publique pour dissiper, des nuages
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pareils; aussi nous espérons bien sincèremenl que la politique entendra enfin c«t appel, et qu'elle n'iié* sitera pointa ratifier ce qu'un journal anglais nommait récemment avec beaucoup de raison et d'esprit : c le PLÉBISCITE sur la question de Suez. »
Le triomphe de M. Ferd. de Lesseps avait été écla^ tant dans tout le Royaume-Uni , et l'opinion pu-< blique en avait reçu la plus vive impression. Aussi H. Ferdinand de Lesseps, en adressant le recueil des Meetings anglais aux deux chambres du Parle- «rnent, pouvait leur dire dans une dédicace qui fit alors sensation :
« Mîlords et Messieurs,
< Je TOUS dédie individuellement et je soumets h vos illustres assemblées les pages suivantes. Elles contiennent l'exact résumé des délibérations et des résolutions des principales villes du Royaume-Uni, où les corporations commerciales et municipales ont régulièrement, et sous la présidence de leurs autorités élues, manifesté Fex pression de leur opinion sur les intérêts du commerce, de la marine et des colonies britanniques, dans la question du projet de l'ouverture de l'istlime de Suez, au moyen d'un canal maritime destiné à réunir, sans obliga-
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tion de transborder les marchandises, la Méditerranée à la mer Rouge.
< Rassuré maintenant sur Fopinion si compétente des commerçants» armateurs et manufacturiers de TAngleterrc, et au moment de poursuivre Texécution de l'entreprise en laveur de laquelle je ne réclame la protection ou le concours exclusif d'aucun gouvernement, je m'adresse avec toute confiance, pour faire cesser l'opposition de l'ambassadeur britannique àConstantinople, aux corps politiques d'un pays libre qui, dans d'autres circonstances, ont déjà eu la gloire de placer au-dessus de toute considération d'intérêts privés ou de rivalités nationales, les grands principes de la civilisation et de la liberté commerciale. »
« Ferdinand db Lbsskps. »
C'est cependant en présence de ces manifestations si honorables et si claires du commerce anglais, que lord Palmerston est venu attaquer l'entreprise du canal de Suez, dans des termes que nous aurons bientôt à qualifier. Il y avait à peine quinze jours que le dernier des Meetings, celui de Londres, avait voté sa résolution d'adhésion pareille aux résolutions de tous les autres, que le premier ministre
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crut devoir tenir à la tribune un langage que la presse européenne tout entière, et que la presse anglaise elle-même a dû blâmer.
Mais avant d'en venir à exposer la lutte avec toutes ses péripéties, tantôt violentes, tantôt assez ridicules, achevons le tableau des adhésions et terminons par notre France. M. Ferdinand de Lesseps a consulté les Conseils généraux et les Chambres de commerce, comme il avait consulté les Meetings anglais; et c'est dans la session de 1857 qu'on lui a répondu.
Soixante et seize Conseils généraux ont émis un vœu en faveur dy canal de Suez. *
Ce sont, en ne faisant que les citer par ordre et par noms de départements :