‹ 500 lieues sur le NilChapitre 6 sur 25 · Rois, m · texte numérisé non relu

Rois, m

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des Juifs ou de Juda, loudahamalekS gra?é é caractères hiéroglyphiques au coin du tableau, i laisse aucun doute sur Texpédilion qui en forme I sujet. Et d'ailleurs le tjpe juif est si parfaiteme] observé sur la figure de trente captifs enchatni aux pieds du vainqueur» qu'on les reconnaît pol Juifs au premier coup d'œil.

Cette fidélité des types est un des caractères de 1 sculpture égyptienne et lui prête une grande valet historique. Elle n'est pas moins remarquable dai la représentation des individus : toutes les figurei celles même des colosses, sont des portraits» i chaque pharaon est constamment reproduit sot les mêmes traits, Sésostris avec son profil nobh Aménophis avec sa lèvre éthiopienne, et ainsi ii autres; si bien qu'il est impossible de les confond» Une chambre du palais d'Osireï, appelée Ghambi des Rois parce que plusieurs rois y sont sculptés e relief sur les murailles, emprunte son intérêt à ceti scrupuleuse observation des formes extérieures c'est une galerie vivante des quatre ou cinq grande dynasties nationales de l'Egypte.

Tout près du grand temple s'en trouve un beau coup plus petit, une simple chapelle construite ei granit et à laquelle je donnerai l'épithète de char mante par opposition à l'imposante majesté de soe

1. On n'est pas peu surpris de retrouver identiquement le melfl de l'éthiopien moderne dans le màlek de l'ancien égyptien.

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superbe voisin. A qui était-elle dédiée? Peut-être à Typhon, le dieu malfaisant qui, par une précaution bonne à prendre, avait d'ordinaire une chapelle à côté du temple des dieux bienfaisants. Ceci rappelle ce mot d'un chrétien, à la vérité peu orthodoxe : « A quoi bon prier Dieu? Il sait bien ce dont nous avons besoin, et il ne veut pas nous faire du mal; moi, je prie le diable pour qu'il ne m'en fasse pas^^ Ammon, le dieu suprême, était le patron de Thèbes, et, à ce litre, y avait beaucoup de temples. Sabacon lui-même, le conquérant éthiopien, lui en avait érigé un dont les vestiges sont encore visibles ' près du palais d'Osirel. Un autre s'élevait au sud, fondé par le pharaon Aménophis III, mais il n'en reste presque rien. La prodigieuse quantité de débris dont la plaine est couverte, colonnes, chapiteaux, pylônes écroulés ou encore debout, sphinx à tète humaine ou à tête de bélier, tous ces débris, dis-je, prouvent qu'il exista là bien d'autres temples, et cela devait être, puisque Thèbes était la ^ifie sacrée, la Rome de l'Egypte.

Soit à ce titre, soit à tout autre, elle eut beaucoup ^ souffrir du vandalisme des Perses, dont la fureur s acharna sur elle avec une prédilection barbare. -Pas un temple ne fut épargné, et ce qui reste en ^ffet des anciens monuments thébains, ce ne sont P^s des temples, mais des palais comme ici, comme iUuqsor, à Medinet-Abou, à Kouma. Il est pro-

bable que Cambyse les avait appropriés, quelquesuns du moins, à son usage, et qu'ils durent à cette circonstance leur conservation. Plus tard les Ptolémées rétablirent, il est vrai, les monuments religieux détruits par son fanatisme aveugle et brutal, et Ton reconnaît leur style en beaucoup d'endroits; mais ayant transporté leur cour à Alexandrie, comme plusieurs pharaons avaient établi la leur à Mejnphis, les Lagides se montrèrent froids à l'égard delhèbes, qui représentait la vieille Egypte, comme Moscou, par exemple, représente la vieille Russie. Cette comparaison est d'autant plus juste que Saint- Pétersbourg, la moderne capitale de l'empire moscovite, a une singulière analogie avec l'Alexandrie des successeurs d'Alexandre; toutes les deux bâties au bord de la mer, siège et foyer d'un esprit nouveau; tandis que, reléguée au cœur de l'empire, Thèbes était autrefois, comme l'est aujourd'hui Moscou, la gardienne fidèle et jalouse des antiques traditions nationales.

Les nouveaux conquérants de l'Egypte, je veux dire les Turcs, n'ont guère été moins barbares que les Perses eux-mêmes. N'ayant plus à détruire des monuments entiers, ils en ont détruit et laissé dé* truire les ruines. Pour ne parler que de Karnak, voici un fait, pris entre mille autres, et qui prouve de quelle manière on en use avec ces illustres dépouilles. Un voyageur français, M. Gaillaud, arrive

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i Kaniak avec rintention d'étudier un mur chargé ic curieux hiéroglyphes. Que voit-il en arrivant? Lne troupe d'Arabes occupés à abattre ce mur sous a direction d'un Grec qui l'avait vendu à un Anglais. S'otre compatriote se récrie ; on ne fait que rire de ses représentations, et, abattue sous ses yeux, la précieuse relique est expédiée par le Nil à l'acquéreur qui l'avait payée d'avance. Une colonne avec son ioffîte eut le même sort devant lui. Qu'on juge par là du reste. Encore tais-je les déprédations des voyageurs, antiquaires ou simples touristes, les- ([uelles, se renouvelant chaque année, finiront, avec le temps, par dépouiller les monuments égyptiens de leurs plus beaux ornements. Qu'on se hâte donc, si Ton veut en trouver encore quelques-uns, de faire le voyage des cataractes. •

D y avait alors à Kamak, je ne sais à quel propos, une petite garnison d'irréguliers ; or je m'y trouvais précisément le jour du Beiram, qui est le mardi-gras des musulmans, avec cette différence qu'il clôt leur carême, au lieu de l'ouvrir comme chez les catholiques. C'est un jour de gala dans tout l'islam, et toutes les classes de la population, même les plus pauvres, festoient à qui mieux mieux, chacune selon ses moyens, pour se dédommager des rigueurs du rhamadan. Les bachi-bouzouks, qui ne l'observent guère, comme j'avais pu m'en convaincre à Assouan, et pour qui le beiram dure toute l'année,

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n'en profitaient pas moins de Foccasion pour faii^ bombance. J'avais le matin rencontré une comi pagnie de danseuses qui venaient de Louqsor mon* tées sur des ânes, pour prendre part à la fête et 1^ compléter par leur présence. C'étaient encore des exilées du Caire. Celles-ci portaient des robes bleues^ celles-là des robes rouges; des bracelets d'argent brillaient à leur poignet, et quelques-unes, moins déchues que les autres, avaient encore des seqoins de plus ou moins bon aloi clair-semés dans leiu^ cheveux noirs, comme des étoiles dans une nuit sombre. Ce joyeux essaim riait, chantait, disait, faisait mille folies, et me salua en passant de toutes sortes d'espiègleries plus provocantes les unes que les autres.

Je les revis dans la journée, ou plutôt je les entendis jouer des castagnettes et du tambour de basque, chanter leurs chansons les plus gaillardes; mais ne faisant ni ne désirant faire partie de la fêle (j'avais assez de bachi-bouzouks comme cela), je ne fis qu'apercevoir de loin, à travers les palmiers et les acacias, les danses qui charmaient ces malandrins. Des coups de pistolet tirés de temps en temps par eux marquaient leur satisfaction; c'était leur manière d'applaudir, et Farak de couler à grands flots. Cette fantasia se passait devant une masure en terre qui servait de poste aux Arnautes, non loin du temple d'Aménophis III, dont je visitais en ce

noment les raines ; étrange accompagiiemeiit d'une si mélancolique visite! L'Anglais, qui méprisait profondément les monuments d'Egypte et les honorait k peine d'un regard, avait, en revanche, fait la conoaissauce deâ officiers, et en reçut d'autant plus de politesses qu'on l'avait fait ou qu'il s'était fait passer lui-même pour cousin de la reine Victoria.

Voulant faire mes adieux à Thëbes, je montai sur une batte artificielle, visiblement formée par les décombres de quelque monument entièrement détruit; était-ce nn palais? était-ce un temple? Je ne saurais le dire ; mais c'était à coup sûr un édifice considérable. Pavais derrière moi, mais à une grande distance, la chaîne arabique, qui là s'écarte du Nil peur s'enfoncer dans le désert, et dont les teintes violettes étaient adoucies par l'éloignement. De l'autre côté du fleuve et plus près de lui, se développait, dans toute son aridité, la chaîne libyque où dorment, peuples et rois, toutes les générations fliébaines. Le fleuve déroulait paisiblement du sud annord ses larges ondes couleur d'azur. J'apercevais les monuments dispersés sur la rive occidentale et devinais ceux qui m'étaient cachés par les mouveinents du terrain. Le colosse de Memnon dressait sa tête par-dessus un bouquet de palmiers et m'appa- ^issait comme le génie de la mort assis sur les ïTîines de la ville aux cent portes.

A mes pieds s'étendait, de Louqsor aux bornes de

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rborizon, la vaste plaine de Karnak, hérissée de ses palais, de ses temples, et partout couverte de montagnes de. débris. Quelques arbustes, quelques palmiers semés çà et là, s'élèvent seuls parmi les décombres. Le tombeau d'un cbeik apparaît an soi Une immense porte carrée debout dans le désert, et sous laquelle personne ne passe depuis des sièclei, encadre au loin un large pan du ciel et redouUe par son aspect mélancolique la désolation répandue sur ce morne tableau.

Je me plaisais à reconstruire par la pensée les édifices dont mon regard embrassait les raines et la ville elle-même, TOphe des pharaons, avec ses larges quais populeux, ses ponts, ses rues bordéesde colosses, ses places monumentales, ses cent portes par chacune desquelles sortaient, au dire d'Homère, dix mille cavaliers armés ; je voyais passer et repasser à travers les colonnades le cortège des prêtre de la grande triade diospolitaine ; je voyais rentrer en triomphe dans leur capitale les rois victorieux, puis, bientôt après; leur convoi ftmèbre s'achenfr ner lentement vers la vallée de la mort.

Pendant que je m'abandonnais h ces contemplations rétrospectives, deux petits lacs à demi desséchés, peuplés de canards sauvages et bordfe de roseaux, brillaient au soleil comme de l'ai^efil liquide. Des nuées d'oies voyageuses traversaient l'espace. Un chacal invisible vagissait dans le loin-

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n comme un enfant éploréi et les éperviers ;hés dans les temples lui répondaient par des s furieux. Quelques huttes en terre sont tapies milieu des ruines, et, plus faites pour des anilux que pour des hommes, servent d'habitation ie pauvres fellahs ; l'excès de la misère succède l'excès de la magnificence. De Tune d'elles sortit e femme voilée et enveloppée d'une longue étoffe coton bleu : elle portait entre ses deux mains graud vase en bois rempli de lait, qu'elle vint oQrir en silence sur la butte où j'étais assis. Une èvre noire à oreilles pendantes la suivait en bêlant, un petit enfant nu se traînait à quatre pattes dans poussière pour essayer d'en faire autant. Elle aria son voile en m'abordant, car j'étais seul, et le devinait bien que je n'étais pas musulman. Ses ux étaient vifs, ses dents belles, et ses petites mains iraient pu faire envie à bien des Européennes. Je oportionnai mon backchich à sa bonne grâce, à jolie figure, et elle me baisa la main en signe de connaissance. Son enfant l'ayant enfin rejointe, ie l'enleva dans ses bras et s*en retourna chez elle \ chantant.

Quanta moi, je remontai sur mon âne et regagnai a cange à Iiouqsor pour partir le soir même. Le ?norBatlista m'y vint faire ses adieux, et, le vent l'ayant favorisé, j'étais le lendemain à Kenné. Je ' mentioimerai que pour mémoire les ruines de

Coptos, devant lesquelles je passai dans la journée. Les temples en avaient été démolis par les chrétiens pour construire une église, elle-même en ruines aujourd'hui, et qui offre encore le singulier spectacle de bas-reliefs idolâtres confondus avec des images chrétiennes.

OQfiOO

SIOOT.

Avant d'entrer Kenné, b&ti sur la rive droite du Nil, débarrassons-uous tout de suite du temple de Denderah , situé sur la rive opposée. Une large plaine absolument déserte le sépare du fleuvei Gomme il est plus bas que le sol , on ne Taperçoit qu'en y arrivant. Les abords et l'intérieur en ont été déblayés; on peut donc l'étudier tout à son aise, et l'on y jouit, pendant les heures chaudes de la journée, d'une fraîcheur délicieuse. Il n'y manque pas une pierre; aucun monument d*Égypte n'est mieux conservé. Les proportions en sont admirables : c'est la grâce unie à la majesté. Mais autant Tarcbilecture en est noble et sévère, autant les sculptures - en sont médiocres, pour ne pas dire plus. L'architecture, art mathématique, chiffré pour ainsi dire» se conserve plus longtemps dans sa piireté primitive que la sculpture plus libre dans son allure, plus

individuelle, et par conséquent plus accessible an mauvais goût. La décoration intérieure est tout entière de la décadence, commencée sous les derniers Lagides, Gléopatre et son fils Ptolémée-César, continuée sous Auguste et terminée sousÂntonin le Pieux, qui parait avoir mis la dernière main à Tédifice. On y retrouve le nom et Timage de ces divers personnages, femmes et hommes, mêlés et confondus avec ceux de Tibère, Claude, Néron, Domitien, Trajan et Adrien. Les caractères hiéroglyphiques eux-mêmes sont détestables, au dire des juges compétents. Les scribes qui les ont tracés, beaux esprits de province, ont visé au trait et fait même des calembours. Il faut donc se contenter ici de l'ensemble, qui est imposant, grandiose, et laisser les détails aux érudits.

Ce temple était dédié à la déesse Hathôr, la Yénas égyptienne, ainsi que le constatent les légendes et les bas-reliefis religieux dont il est chargé. Les couloirs secrets que j'avais remarqués à Phîlœ sont ici beaucoup plus visibles : ménagés dans l'épaisseur des murs, ils courent tout autour du monument, et servaient sans doute de passage aux prêtres pour la célébration des divins rites. Peut-être aussi sortait-il de ces sombres cachettes des bruits mystérieux que les assistants prenaient pour la voix de la déesse adorée dans ce magnifique sanctuaire. Parmi les emblèmes gravés sur les parois intérieures, les- \

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