‹ 500 lieues sur le NilChapitre 8 sur 25 · I0UT · texte numérisé non relu

I0UT

:ommune à tontes les classes de l'Egypte : le fellah ^1:iante en puisant Feau, en coupant et serrant la noisson; Tartisan chante en sciant, limant ou rabotant; le portefaix chante en portant sa charge; ;out chante en un mot, les femmes comme les dommes, et chaque espèce d'ouvragé a sa chanson particulière.

Cet usage n'est pas nouveau et remonte à la plus haute antiquité. On voit encore à Éléthya dans le tombeau d'un grand prêtre, difiërentes scènes agricoles, au nombre desquelles est représenté le battage ou foulage du blé par les bœuf^ or la chanson du bouvier qui les conduit est gravée en caractères hiéroglyphiques et forme cinq lignes dont voici la traduction : « Battez pour vous ibis)j — ô bœufs ! — Battez pour vous (pis) — des boisseaux pour vos maîtres. » La poésie n'en est pas brillante; mais ce qui ne vaut pas la peine d'être dit, on le chante , et l'air sans doute faisait passer les paroles , appropriées d'ailleurs à la circonstance. Chose singulière : le bis de nos chansons était déjà employé par les Égyptiens; il se trouve textuellement à la fin de la première et de la troisième ligne. Il est fâcheux que la musique n'ait pas été notée, ne fût-ce qu'à titre d'échantillon et pour la comparer avec celle des fellahs modernes.

Le Nil était très-animé. De nombreux convois de

craches de Kenné soiyaient le courant, étroitement liées par des cordes de palmiers, et très-habilement disposées en radeaux; des barques nous croisaient sans cesse et le remontaient avec une rapidité insultante pour nous, qui le descendions si lentement; elles avaient le vent arrière, et leurs deux voiles, déployées en croix comme deux ailes, leur donnaient de loin Tapparence de grands oiseaux blancs rasant la surface de l'eau. Une d'elles nous croisa de si près, que mon œil y plongeant put voir en détail ce qui s'y passait. C'était une grande et belle dahabia toute en fête : de riches tapis la couvraient entièrement , et les passagers, hommes et femmes, étaient somptueusement vêtus ; des aimées chantaient, dansaient au son des castagnettes et du tambourin. La vie, la joie, éclataient partout, et aussi Tespérance , car c'était une noce : les parents de la mariée la conduisaient parée et voilée au domicile de Tépoux, dont le harem allait se fermer sur elle pour jamais. La fantasia fit retentir longtemps l'écho des deux rives, et, déplus en plus faible, se perdit enfin dans l'éloignement^ Le silence qui la suivit n'en fut que plus profond et plus mélancolique. Le fleuve est en beaucoup d'endroits semé d'îles et d'tlots hantés par les pélicans, les cir gognes, quand ce ne sont pas les crocodiles qui s'y viennent chaufièr au soleil.

Les botds aussi s'animent de plus en plus : les

villages se multiplient à mesure qu*on descend le fleuve, à demi cadhés au milieu des dattiers. Toutes les maisons sont faites en terre ; mais beaucoup sont couronnées de pigeonniers bariolés de l'effet le {rilus pittoresque, et qu'on prendrait de loin pour des ch&teaux forts. On passa tout un jour amarré devant un de ces tSlages nommé Baleyna , pour y faire le pain de l'équipage. Taurais pu utiliser cette halte forcée en allant visiter les deux temples d'Abydos, situés à deux ou trois lieues de là, au pied de k <^alne libyque; mais j'en avilis fini avec les temples, et, après les magnificences de Tbèbes, ceux-là, presque entièrement ensevelis sous les sables , ne m'eussent offert qu'un médiocre intérêt, celui d*un journal du lendemain. Je ne descendis pas même à terre , et passiù toute la journée dans ma cange, à suivre de l'oeil les scènes variées du ri^ vage. Des femmes vdlées v^aient à chaque instant puiser l'eau du Seuve dws des amphores rouges , qtfdles portent sur la tète avec ime adresse, une dextérité non pardUe. Quoique chaiigées de ce lourd ftirdeau , elles marchent avec la légèreté des gazelles , et tous les mouvements de leur corps, leurs moindres gestes , sont pleins de souplesse et de grâce. Toutes sont faites à ravir, et leurs visages , qu'elles me laissaient voir sans scrupule, sont charmants , le haut du moins , car le bas est toujours un peu fort et taillé trop carrément.

Après les femmes venaient les troupeaux conduits par des bergers nus, à la voix desquels ils obéissaient docilement. Chaque animal buvait à son tour, et, quand tous avaient bu» le troupeau s*ea retournait de lui-même au pâturage. Des cba* meauXy des ânes, passaient |t repassaient à la file. Tous les enfants du village accouraient les uns après les autres, attirés par la curiosité , et se cachaient derrière le tronc des palmiers pour me voir sans être vus. Les hommes n'étaient pas moins curieux, mais ils n'étaient pas si timides; plusieurs se jetaient à la nage pour m'approcher de plus près et attraper quelque monnaie. J'eus encore id le spectacle d'une noce, mais une noce de fellahs, c'est-à-dire bien modeste. La mariée, ensevelie sous une large étoffe de coton bleu, montait un cha« meau; un autre portait son petit trousseau rustique; le reste du cortège,^ composé des parentes et des amies, allait à pied, en poussant par intervalles des cris perlés tout à fait inimitables, et précédé, en guise d'aimées, de deux vieilles fenmies qui jouaient du tar. Une jeune fille se détacha du cortège en m'apercevant, et me vint demander pour la mariée un petit bakschich que je lui envoyai de bien bon cœur.

En voyant fuir derrière moi les montagnes de la Tbébalde, je songeais aux pieux solitaires qui y vécurent en si grand nombre dès les prenûers temps

du Ghristianisine , dans la contemplation et la prière. Ce n'est pas seulement l'Europe païenne qui avait reçu sa religion de l'Egypte; l'Europe chrétienne elle-même en a reçu , sinon la sienne , du moins la forme la plus universelle » la plus vi- Tace qu'elle ait revêtue : je veux parler du monachisme, qui est né et qtii devait naître de cette terre féconde, aima parens^ où la théologie fleurissait pour ainsi dire de soi-même , comme un fruit spontané du sol, et où le nouveau culte avait tourné vite \ la mysticité. Nation solitaire et compagne des palmiers , comme dit Pline en parlant des Esséniens, qui, eux aussi, avaient un penchant prononcé pour la vie cénobitique, les anachorètes de la Tbébalde furent les ancêtre» spirituels des légions de moines surgies au sein de la chrétienté.

Ainsi, et c'est un fait historique qu'on n'a point hissez remarqué, ciette antique Egypte, que l'on croit si complètement morte, si étrangère à nous, se perpétue dans les institutions monastiques dont le monde catholique est encore couvert, et son esprit vit dans les cloîtres. Telle est la véritable puissance, qu'un peuple, comme un honmie , s'éternise par son génie, et que son ascendant moral règne des siècles encore après que lui-même a cessé d'exister. Auguste privilège de l'intelligencel tandis que les conquêtes matérielles s'évanouissent avec leurs auteurs et souvent avant eux, celles de l'es*

prit, surtout de l'esprit religieux, triCMnpheiUdo temps comme de l'espace, et, de transformatiim eu transformatiim, s'étendent, se propagent de proche en proche jusqu'à la consommation des âges.

Les matinées étaient d'une adorable fraîcheur, et, quoicpi'on fût au mois de juillet, la chaleur était très* supportable pendant la journée, pour on homme qui iiBTenait du Soudan. Sans éti'e très-yariès, les paysages ne sont cependant pas monotones* TantM la plage, envahie par les sables des déserts yoisim et confondue avec eux» s'étend jusqu^aiix bornes de l'horizon; tantôt les deux chaînes libyque et arabi* que, aussi arides, aussi désolées Tune que l'autre , et d^un rouge pâle, se rapprochent au point de tomber à pic dans le fleuve resserré entre elles, et leurs hautes murailles ferment la vue des deux côtés. Mais ces sauvages défilés sont rares; le plus souvent les montagnes s'éloignent et laissent un large espace à la culture. Le blé, l'orge et le oolca doré, se partagent tout ce qui est arable, sans parler des fèves dont, en Egypte, les animaux et les hommes font une énorme consommation. Mais alors ces riches campagnes n'étaient pas à leur avantage : les récottes étaient rentrées et le soleil avait tôut'brCdé. La belie saison de rfigypte est l'hiver et les premières semaines du printemps. La crw commençait à pdne : or le Nil employant trois mois à nionter, puis trois mois i descendre^ ce n'est qu'au

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mois de janvier que les terres abandonnées par Teaa et fécondées par elle renaissent à la culture. Je fis une nouvelle station devant Ghirghei> à l'om* bre d*un minaret blanc qui domine le fleuve et sera tôt ou tard , s*51 ne Ta déjà été , englouti par lui. Cette ville, d^ailleurs fort insignifiante, n^ayant rien qui tentât ma curiosité, je me contentai d*y envoyer aux provisions Gasparo escorté duBarbarin,etne quittai p<^ plus ma cange que la veille à Baleyna. Mais la montagne ne venant point à Mahomet, ce Ait MahO'* met qui vint à la montagne; je veux dire que, n'allant point à Ghirghei , Ghirghei vint, à moi sous la figure de deux prêtres captes qui me rendirent poliment visite et qu'en revanche je retins à dîner. Voici à quelle circonstance je devais cette attention. Mes amiâ de Kenné m'avaient prié de recevoir à mon bord jusqu'à Tatah, où il se rendait pour je ne sais queDes affaires, un Jeune ecclésiastique de cette communion; je l'avais fort. bien, trop bien traité, et il s'était montré d'autant moins gênant qu'il ne parlait absolument qu'arabe. Ayant été saluer en passant ses coreligionnaires de 'Ghirghei , où ils sont assez nombreux, il en avait ramené deux de ses collègues, dont l'un savait tant bien que mal quelques mots .d'italien. La conversation ne fut ni très-animée, ni très-variée; mais enfin Fon n'en fût pas tout à fait réduit au langage des signes, et Ton put communiquer.

Les coptes ont la prétention de descendre des anciens Égyptiens, quoique leurs traits fins, allongés, et fort rapprochés du type juif» ne ressemblent en rien à ceux des antiques bas-reliefs. Us adoptèrent de bonne heure le christianisme; mais ayant suivi la doctrine d*Eutychès, déclarée hérétique au concile de Ghalcédoine, ils furent cruellement persécutés par les Grecs et les Latins. Leur sang coula à flots; les massacres les décimèrent, et c*est par centaines de mille qu'ils comptent leurs martyrs. Ils appelèrent à leur secours les Arabes, déjà maîtres de la Palestine, et Amrou, général d'Omar, ayant conquis l'Égyple , ils obtinrent d'abord des vainqueurs le libre exercice de leur culte; mais cette tolérance ne fut pas de longue durée, et ils n'eurent guère moins à souffirir des musulmans que des orthodoxes. Aujourd'hui cependant ils ne sont plus inquiétés et pratiquent leur religion en toute sécurité. Us sont même entrés depuis longtemps , et par la force des choses, dans les diverses administrations du pays : car leur capacité est bien supérieure & celle des Turcs, et, bon gré mal gré, l'intelligence reprend toujours ses droits. Toutefois ils jouissent d'une fort petite considération, et les avanies ne leur sont pas épargnées. Leur nombre du reste a beaucoup diminué : de six cent mille qu'ils étaient jadis, ils ne sont plus maintenant quequinze à vingt mille^ dispersés dans toute l'étendue du territoire égyptien.

Quant aux dogmes professés par eux, ils sont atn solument les mêmes qu'à Torigine : ils continuent à être eulychiens, c'est-à-dire qu'ils ne reconnaissent qu'une natiu-e en Jésus-Christ. C'est le point capital qui les sépare de l'orthodoxie romaine. En ce qui touche la discipline, ils admettent le divjorce, le mariage des prêtres, ont quatre carêmes au lieu d'un, et ont pris même des Mahométans, ou gardé des Juifs, la circoncision. Ils relèvent, quant au spirituel, du patriarche d'Alexandrie, qui est élu par le troupeau comme au temps de la primitive Église, et qui né peut être marié. Les* Abyssins, eulychiens aussi, relèvent également de lui, quoique ne participant point à son élection , et reçoivent de sa main leur abonna ou chef spirituel. Les coptes habitent au Caire un quartier particulier, et ont dans presque toutes les villes d'Egypte des églises et des couventsi Le culte se célèbre en copte, langue morte que les prêtres savent lire, mais qu'ils ne comprennent pas, et les fidèles bien moins encore; l'arabe est la seule qu'ils parlent les uns et les autres. Ces prêtres d'ailleurs, j'ai pu m'en convaincre par moi-même, sont très-ignorants et non moins misérables ; ce qui ne les empêche pas d'avoir une grande influence sur leurs ouailles. Elles ne les abordent jamais sans leur baiser respectueusement la main et solliciter leur bénédiction.

La dignité, je puis l'affirmer par expérience, n'est

pas au nombre de leurs vertus, et la discrétion leur est tout à fait inconnue. Arrivé àTatah, mon hôte de Kenné, dont c'était la destination, n'y voulut {dus débarquer et s'obstinait à se faire convoyer» défrayer par moi jusqu'au Caire* Il fallut user, pour vaincre sa résistance, non du eompéUe intrare^ mais du compelle exire. Quand je vous disais que je l'avais trop bien traité I Ce bourg ou village de Tatah est à quelques lieues ati-dessus de la ville de Siout. Les coptes y sont nombreux; ils y exerçaient et y exercent sans doute encore un affreux métier : ce sont eux qui pratiquent l'émasculation des eada* ves, et, malgré leur exécrable habileté, combien de victimes ne périssent pas dans leurs mains! Leur industrie est 4'ailleurs parfaitement légitime, ou du moins légale : Méhémet-Ali leur fit d*un seul coup une commande de trois cents eunuques, dont il voulait faire présent au sultan Mahmoud pour garder ses femmes.

Je n'avais cessé d'être coptrarié par le vent; il soufflait toujours du nord, et devint si impétueux que la rame ni la corde n'en pouvaient triompher. Je perdis ainsi trois jours aux environs d'Akhmim» où il y a, de temps immémorial, une Eglise et un petit troupeau catholiques. Plus bas, je passai, à la lettre et sans figure, sur les ruines d'Antéopolis, Kaou*el- Kebir, englouties dans le Nil, et dont on découvre encore sous les eaux quelques vestiges qu'on pren«

drait potu* le palais des Ondines. Depuis Kenné je n'avais pas ime seule fois mis le pied hors de ma cange. Je m'y trouvais bien; j*y savourais à loisir les douceurs de la yie contemplative, la plus belle des vies, puisqu'elle est celle des élus dans le royaume des cieux. Je m'en arrachai pourtant àSiout, capitale du Saïd» ou Egypte supérieure. Débarqué au village d'fil-Amara, qui en est le port, j'enfourchai un Au ces vaillants baudets qu'on trouve partout eu%yp(e, et me rendis immédiatement à la ville, située à une demi-lieue dans les terres. La route est excellente, très--û^<}uentée, ombragée de saules et d'acacias. Je ne connais rien de plus délicieux quePentrée de cettd ville. A peine en a-t-on franchi la porte qu'on se plongô dans l'ombre épaisse des sycomoi:es. Ce n'est pas le crépuscule, c'est la nuit, une nuit fraîche et profonde au milieu du jour le plus éclatant, le plus brû* lant. Une jolie.mosquée s'élève sous ces magnifiques ombrages , et des derviches agenouillés sur des nattes y faisaient leur prière , le visage tourné vers l'Orient. C'était une page en action des Mille et une Nuits. L'illusion était si complète que, monté sur mon âne, je m'imaglnaîs être un des voyageurs si communs dans ces charmants contes et qui, arri'* vés seuls dans quelque Ville inconnue , y trouvent des aventures merveilleuses.

Les miennes, puisque aventures il y a, sont, hélas 1 des moins romanesques. Je passai la journée chez le

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médecin en chef de la province, un Piémontais qui, bien différent de son collègue de Kenné , m'accueillit, sans me connaître, avec l'hospitalité la plus cordiale. A peine étais- je installé sur son dlTan, que sa femme, une belle Levantine d'Alexandrie, vêtue à l'orientale , entra dans le salon. Sa vue m'éblouit. < Madame, lui dis-je en la saluant avec le plus profond respect, permettez-moi devons embrasser. > Et comme ses grands yeux noirs se fixaient sur moi avec une surprise bien naturelle : « Vous êtes, ajoutai-je pour excuser mon inconvenance, la première femme blanche que je voie depuis six mois. ■ Elle se prêta de bonne grftce à ma fantaisie, et ne s'en montra que plus aimable tout le reste du jour. Elle me fit diner ji ses côtés, chargea Gasparo de provisions de toute espèce , et me força moi-même d'accepter de sa main des essences précieuses qui devaient, suivant elle, me rendre infailliblement la vue. Voilà toutes mes aventures à Siout.

De retour dans ma cange, j'y trouvai tout en révolution. D'abord le mousse , convaincu d'avoir volé de l'argent à Gasparo, venait d'être chassé à grands coups de courbache et remplacé par un autre. Ensuite la barque de l'Anglais, mon ancien compagnon de voyage, s'étant rencontrée au port avec la mienne, ses gens avaient débauché mon Barbarin et Gasparo lui-même. Le premier était ivre-mort, et le second ne valait guère mieux. Or notez que Mohammed

était dévot et professait, en bon mosalman, une telle horreur pour les viandes étouffées, qu'il n'eût jamais porté la dent sur un poulet s'il ne l'eût saigné lui-même; et ce rigoriste si timoré avait bu l'arak à plein verre, contrairement aux prescriptions du Koran. Le rels avait compté ne partir que le lendemain matin. Texigeai qu'on parUt sur l'heure pour couper court à toutes ces tribulations.

Ma conscience de voyageur me contraint à dire que Siout est l'ancienne Lycopolis, la Ville des Loups, où les loups en effet étaient en grande vénération; leurs momies, religieusement embaumées, remplissent encore , confondues avec celles des hommes, les célèbres hypogées du Djebel-Stablantar, mont voisin de la ville. Lycopolis fut la patrie de Plotin, le chef de l'école néo-platonicienne, qui, grAce à lui, eut tant de succès à Rome à la fin du polythéisme. On dit que' l'empereur Galien lui avait permis de bfttir en Gampanie une ville où il devait établir la République de Platon. Les progrès du christianisme firent évanouir tous ces rêves. La cité moderne, peuplée de quelque vingt mille habitants, est en relation suivie avec le Darfour, dont les caravanes la visitent régulièrement, toujours bie^ approvisionnées d'esclaves : aussi le marché de Siout était-il alors, quant à cet article, le mieux fourni et le plus fréquenté de l'Egypte. L'esclavage, dit-on , a été aboli depuis. Je manque de renseignements pré-

cis à cet égard; maisreBcIaYage, d'âillennfortdoiii en Orient, est si formellement sanctionné par le Roran, qu'il est pour ainsi dire à l'état de dogme dans tout l'islam, et il est si étroitement uni à la vie musulmane qu'il en est inséparable ; c'est toute une révolution que de le remplacer par la domesticité, et non-seulement une révolution civile, mais une révolution religieuse. Personne plus que moi ne souhaite la voir s'accomplir ; mais il me reste de grands doutes sur cette réforme, comme sur toutes celles que les turcophiles font miroiter à nos yeux. Le Koran est un cercle de fer dont les Turcs ne peuvent sortir sans cesser d'être mahomëtans, el rien ne prouve qu'ils soient prêts d'abjurer la loi du Prophète.

Il se trouve à l'ouest de Siout un certain nombre d'oasis dont quelques-unes étaient exploitées par un Français à qui Méhemet-Ali les avait concédées, et qu'on appelait pour cette raison le Roi des Oasis. Or ce roi, alors plus qu'octogénaire, était un terro* riste pur sang, un ancien ami de Robespierre, ce qui ne Tavait pas empêché d'accepter et de porter le titre de bey. Ëpave d'un sanglant naufrage, £m- Bey, tel était son nom, s'était retiré en Egypte après la chute de la république selon son cosar; il ne l'avait plus quittée, et s'y était naturalisé au point d'en adopter les mœurs, jusqu'au harem inclusivement. On disait même, mais c'était une calomnie»

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