LIV. 11, CHAP. XVI
nir jusqu’à l’entier accomplissement des promesses dont ils sont le gage. Il peut donc prendre des précautions pour éviter qu’ils ne lui échappent ; mais il faut que ces précautions soient modérées par l'humanité envers des gens à qui on n’est point en droit de faire souffrir aucun mauvais trai-
» (l’exiger d'un autre homme qu’il se livre à l’ennemi comme le bouc » émissaire pour apaiser ou pour arrêter sa colère.
» Mais ce n’est pas seulement une condition illicite, c’est une condition » irrisoire ; car, si le gouvernement qui a donné ces otages n’accomplis- » sait pas le traité, en quoi la détention de ceux-ci réparerait-elle le pré- » judice qui en advient au vainqueur trompé? comment peut-on, sans la » plus révoltante barbarie, les rendre responsables de la mauvaise foi de n ceux (|ui les ont oflerts en holocauste ?
» La seule exception qu’il soit permis de faire aux principes que nous » venons d’établir, c’est que si une nation civilisée se trouvait en guerre » avec une nation barbare, et que celle-ci, à la conclusion d’un traité » ou d’une convention, n'ayant pas d’autre garantie à donner, vînt lui » offrir des otages, cette offre devrait être acceptée, non dans l’inten- » tion de rendre les otages effectivement responsables, si leurs compa- » triâtes manquaient à leurs engagements, mais pour profiter de l'im- » pression sous laquelle une pareille garantie, selon leurs idées, peut » avoir été donnée. Il est presque inutile d’ajouter que la réciprocité ne » saurait jamais avoir lieu en pareil cas Les otages qui seraient donnés » par la nation civilisée, ne pourraient pas compter sur les mêmes senti- » ments d’humanité dans ceux entre les mains desquels ils seraient li- » vrés. Quelle confiance peut-on avoir dans la probité d’un gouverne- » ment capable de s'avilir jusqu'à oublier ainsi ses devoirs?
» Aussi le cas n’est pas rare où l’injustice du traité ou la mauvaise foi » des contractants a constitué les otages des victimes aussi malheureuses n qu’inutiles d’un usage que les siècles de barbarie ont pu seuls enfan- » ter, et dont le sot respect pour tout ce qui est ancien a pu seul conser- » ver le souvenir parmi des peuples civilisés. Cela prouve seulement » qu'on ne l’était pas assez. Espérons que la postérité n'aura pas à nous » adresser un aussi grave reproche » (Note sur le 8 245, p. 55C).
On lit dans Wheaton que le plus récent et le plus remarquable exemple de cet usage arriva à la paix d’Ai.vla-Cbapelle, en 1784, où la restitution du cap Breton dans l’Américiue du Nord, par la Grande-Bretagne à la France, fut garantie par plusieurs pairs d’Angleterre envoyés comme otages à Paris {Loc. ctt.). — Sur les otages, voir aussi Klüber, Dr. des gens mod. de l'Eur., édit, cit., § 156, p. 202, 203, et les auteurs qu’il cite ., notes ri et P. P. F.
tement, et elles ne doivent point s’étendre au delà de ce qu’exige la prudence.
Il est beau de voir aujourd’hui les Nations européennes se contenter entre elles de la parole des otages. Les seigneurs anglais, remis à la France en celte qualité, suivant le traité iV Aix-la-Chapelle en 1748, jusqu’à la restitution du Cap-Breton, liés par leur seule parole, vivaient à la cour et dans Paris, plutôt en ministres de leur Nation qu’en otages.
§ 247. — La liberté seule des otages est engagée.
La liberté seule des otages est engagée ; et si celui qui les a donnés manque à sa parole, on peut les retenir en captivité. Autrefois on les mettait à mort en pareil cas; cruauté barbare fondée sur l’erreur. On croyait que le souveraiu pouvait disposer arbitrairement de la vie de ses sujets, ou que chaque homme était le maître de sa propre vie, et en droit de l’engager lorsqu’il donnait un otage.
§ 248. — Quand on doit les renvoyer.
Dès que les engagements sont remplis, le sujet pour lequel les otages avaient été livrés ne subsiste plus ; ils sont libres,et on doit les rendre sans délai. Ils doivent être rendus, môme si la raison pour laquelle on les avait demandés n’a pas lieu. Les retenir alors, ce serait abuser de la foi sacrée sous laquelle ils ont été livrés. Le perfide Christiern II, roi de Danemarck, se trouvant arrêté par les vents contraires devant Stockholm et près de périr de faim avec toute son armée navale, fit des propositions de paix. L’administrateur Stenon se fia imprudemment à lui, fournit des vivres aux Danois, et môme donna Gustave et six autres seigneurs en otage pour la sûreté du roi, qui feignait de vouloir descendre à terre. Christiern leva l’ancre au premier bon vent, et emmena les otages, répondant à la générosité de son ennemi par une infâme trahison (*).
(•) Histoire des révolutions de Suède,