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LIV. Il, CHAP. XVllI

de suite, et sans examen, un droit litigieux? Ce serait le moyen de rendre les guerres perpétuelles et inévitables. Les deuxcontendants peuvent être également dans la bonne foi : pourquoi l’un céderait-il à l’autre? On ne peut demander en pareil cas que l’examen de la question, proposer des conférences, un arbitrage, ou offrir une transaction.

I 332. — Des droits essentiels et des droits moins importants.

Dans les contestations qui s’élèvent entre souverains, il faut encore bien distinguer les droits essentiels des droits moins importants. On a à ces deux égards une conduite bien différente à tenir. Une Nation est obligée à plusieurs devoirs envers elle-même, envers les autres Nations, envers la société humaine.

On sait qu’en général les devoirs envers soi-même l’emportent sur les devoirs envers autrui. Mais cela ne doit s’entendre que des devoirs qui ont entre eux quelque proportion. On ne peut refuser de s’oublier en quelque sorte soi-même sur des intérêts non essentiels, de faire quelque sacrifice pour assister les autres, et surtout pour le plus grand bien de la société humaine ; et remarquons même que l’on est invité par son propre avantage, par son propre salut, à faire ce généreux sacrifice; car le bien particulier d’un chacun est intimement lié au bonheur général. Quelle idée aurait-on d’un prince, d’une Nation, qui refuserait d’abandonner le plus mince avantage, pour procurer au monde le bien inestimable de la paix? Chaque puissance doit donc cet égard au bonheur de la société humaine, de se montrer facile à toute voie de conciliation, quand il s’agit d’intérêts non essentiels ou de petite conséquence. Si elle s’expose à perdre quelque chose par un accommodement, par une transaction, par un arbitrage, elle doit savoir quels sont les dangers, les maux, les calamités de la guerre, et considérer que la paix vaut bien un léger sacrifice.

Mais si l’on veut ravir à une Nation un droit essentiel, ou un droit sans lequel elle ne peut espérer de se maintenir ; qu'un voisin ambitieux menaee la liberté d’une république, s’il prétend la soumettre et l’asservir, elle ne prend conseil que de son courage. On ne tente pas même la voies des conférences sur une prétention si odieuse. On met dans cette querelle tous ses efforts, ses dernières ressources, tout le sang qu’il est beau d’y verser. C’est tout risquer que de prêter l’oreille à la moindre proposition ; alors on peut dire véritablement :

Una salus. . . . nullam sperare salutem.

Et si la fortune est contraire, un peuple libre préfère la mort à la servitude. Que fût devenue Rome, si elle eût écouté des conseils timides, lorsque Hannibal était campé devant ses murailles? Les Suisses, toujours si prêts à embrasser les voies pacifiques ou à se soumettre à celles du droit dans des contestations moins essentielles, rejetèrent constamment toute idée de composition avec ceux qui en voulaient à leur liberté : ils refusèrent même de s’en remettre à l’arbitrage ou au jugement des empereurs (*).

I 333. — Conmient on a le droit de recourir à la force dans une cause douteuse.

Dans les causes douteuses et non essentielles, si l’une des parties ne veut entendre ni à des conférences, ni à un accommodement, ni à une transaction, ni à un compromis, il reste à l’autre la dernière ressource pour la défense de soimême et de ses droits, la voie de la force ; et ses armes

(*) Lorsqu’en l’année 1355, ils soumirent à l'arbitrage de Charles IV, leurs différends avec les ducs d'Autriche, touchant les pays de Zug et de Claris, ce ne fut que sous cette condition préliminaire, que l'empereur ne pourrait toucher à la liberté de ces pays-là, ni à leur alliance avec les autres cantons. Tschldi, p. 42y et suiv. Stettler, p. 77. Histoire de la Confédération helvétique, par A.-L. de Watteville, liv. IV, au commencement.

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