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§ 2. — De la guerre publique.

La guerre publique est celle qui a lieu entre les Na^ons |

pectés par tous les peuples civilisés et sauvegardés par la sanction de l'opinion publique. Bélime critique la définition de Pinheiro-Ferreira comme n’indiquant pas le butquel'on se propose par la guerre. A son point de vue, la guerre est Varl de forcer un gouvernement ennemi à faire une paix juste (Philosophie du droit, t. I, p. 321 et 322). Mais la meilleure définition est celle que reproduit M. Massé : « La guerre est un moyen de vider par la voie des armes un dilTérend entre deux peuples, qui n’ont pas de supérieur commun auquel le jugement pacifique de la contestation puisse être remis » (Le Dr. commerc. dans ses rapp. avec le Dr. des gens, 1. 1, p. 103).

Tous les publicistes sont d’accord pour fonder la guerre sur le principe de l’indépendance des États. Le droit de guerre serait aussi indispensable pour la police extérieure des nations, que le droit de rendre la justice est indispensable pour la police intérieure de chaque État (voir Caucht,

Le Dr. nuirit. internat., t. I, p. 18, t. 11, p. 14). a Les sociétés indépendantes d'hommes appelées États, dit Wheaton, ne reconnaissent ni arbitre commun, ni juge, excepté ceux qui sont cunstitiiés par convention spéciale. La loi qui les gouverne, ou qu’ils reconnaissent comme telle, manque de ces sanctions positives qui sont annexées au code civil de chaque société distincte. Chaque État a donc le droit de recourir à la force, comme étant le seul moyen de réparation pour les offenses à lui faites par les autres, de la même manière que les particuliers auraient le droit d’employer ce remède, s’ils n’étaient soumis aux lois de la société civile. Chaque État a aussi le droit de juger par lui-méme de la nature et de l’étendue des offenses qui peuvent justifier de pareils moyens de réparation (Elém. du Dr. intem., 1. 1, p. 274). Voir aussi la note de M. Vergé, sur le g 263 du Précis de Makte.vs, édit, cit., t. Il, p. 198 et suiv.; ÉscHBACH, Introduct. d l'étude du droit , 1856, p' 110. — Les philosophes et les historiens de l’antiquité, témoins des grandes luttes de leur époque, n’étaient pas favorables à la guerre. Aristote recommandait, avec raison, de subordonner la guerre et toutes les autres lois au repos et à la paix (Politique, liv. VII, ch. xvi). Quinte-Curce reprochait à la guerre de renverser même l’ordre et les lois de la nature Oi'’- IA, ch. iv. Voir dans le même sens ; Thucydide, liv. VI; Cicéron, Orat. pro Murenà, cap.xiv;AuLu-GELLE,liv.XX, ch. x;Plutarque, Vie de Pompée, etc. ). Dans nos temps modernes, la guerre a parfois trouvé des panégyristes.

Le chancelier Bacon considère comme « avantageux pour la grandeur d’une nation qu’elle soit presque toujours en armes ; et quoiqu’il en coûte beaucoup pour avoir perpétuellement une armée sur pied, c’est cepen-

OH les sonverains, je fait au nom de la puissance pnbli-

dant, dit-il, ce qui rend un État l’arbitre de ses voisins » {Mélanges de politique). Un philosophe contemporain a même été plus loin encore. A ses yeux, la guerre est « naturelle et sociale ; i> « quand elle est justement agressive, elle développe la civilisation du monde; c’est la persuasion d mat» armée » (Lermi.vier, Philosophie du Droit, p. 60). Au xviii* siècle, toutefois, on déclama beaucoup contre la guerre. On trouvait commode, au milieu de ces mœurs si molles, d’écrire la théorie de la paix universelle. Kant condamnait aussi la guerre, en Allemagne ; il déclarait qu’en droit rationnel elle ne devait pas exister, et il terminait son Droit Naturel par le vœu d’une paix perpétuelle, quelques années avant Pilnitz , la Convention et Napoléon (voir Kant, Éléments de la métaphysique du droit, traduct. de J. Barni ; Martens, Précis du Dr. des gens mod. de l’Eur., édit, cit., t. I, g 17, p. 82, note b, et la note de M. Vergé, p. 84; Bélime, Philos, du Dr., t. I, p. 334). M. Portalis a mieux observé « Résultat inévitable du Jeu des passions humaines dans les rapports des nations entre elles, la guerre, dit-il, dans les desseins de la Providence, est un agent puissant dont elle use, tantôt comme d'un instrument de dommage, tantôt comme d’un moyen réparateur. La guerre fonde successivement et renverse, détruit et reconstruit les États. Tour à tour féconde en calamités et en améliorations, retardant, interrompant ou accélérant les progrès ou le déclin, elle imprime à la civilisation qui naît, s'éclipse et renaît pour s'éclipser encore, ce mouvement fatidique qui met alternativement en action toutes les puissances et les facultés de la nature humaine, par lequel se succèdent et se mesurent la durée des empires et la prospérité des nations » {Delà guerre considérée dans ses rapports avec les destinées du genre humain, Secueil des Séances et Travaux de l’Ac. des se. mor. et polit., t. XXXVIII, p. 45).

De nos Jours, la plupart des difficultés s’aplanissent par la diplomatie. La guerre n'est plus que le dernier recours du droit méconnu ou de l’honneur offensé. Le sang des peuples ne se répand plus légèrement. La philosophie, la civilisation, le crédit, le travail, ont fait de la paix le premier besoin des sociétés modernes. Les communications internationales si rapides, la publicité, ont créé une puissance européenne nouvelle avec laquelle tous les gouvernements sont forcés de compter; cette puissance, c’est l'opinion. Elle peut être un moment ou indécise, ou égarée, mais elle Onit toujours par se placer du côté de la Justice, du bon droit et de l'humanité.

Dans un important travail sur le Parallélisme des progrès de la civilisation et de Tart militaire, M. E. de la La Barre-Duparcq s’est attaché à prouver que la civilisation et l’art militaire « marchent presque toujours parallèlement, et cheminent de pair dans leurs progrès. » Il est arrivé à

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