LIV. III, CHAP. III
I i'î. — Si l’accroissetnent d’une puissance voisine peut autoriser à lui faire la guerre.
Il se présente ici une question célèbre et de la plus grande irajmrtance. On «lemiuule si l’accroisseinent d’une puissancc voisine, par laquelle on craint d’étre un jour opprimé, est une raison suflisante de lui faire la guerre ; si l’on peut avec justice prendre les armes, pour s’opposer à son agran“ dissement, ou pour l’affaiblir, dans la seule vue de se garantir des dangers dont une puissance démesurée menace presque toujours les faibles? La question n’est pas un problème pour la plupart des politiques; elle est plus embarrassante pour ceux qui veulent allier constamment la justice à la prudetice.
D’un côté, l’État qui accroît sa puissance par tous les ressorts d’un bon gouvernement, ne fait rien que de louable; il Tëtnplil ses devoirs envers soi-méme, et ne blesse
Grotius, servirait de prétexte pour de trop iniques interventions (voir ; Klüber, Dr. des gens mod. de l'Eur., édit, cit., g 237, note e, p. 308; BÉLI.VE Philosophie du droit, t. I, p. 325, et suiv.). La politique du gouvernement français, depuis le rétahlisseinent de l’Eiiipire, a tendu, toutefois, à réhabiliter la guerre dite de civilisation, a Partout où l’on voit passer le drapeau de la France, disait Napoléon III, le 8 août 1860, aux troupes destinées à l'exiiédition de Syrie, les nations savent qu'il y a une grande cause gui le précède, un grand peuple qui le suit. » L’expédition (Tu Liban n’a pas été, cependant, inspirée exclusivement par un élan d'humanité. « Je ne vois pas, écrivait l'Empereur, en 1860, comment résister à l’opinion publique de mon pays, qui ne comprendra jamais qu’on laisse impunis, non-, seulement le meurtre des chrétiens, mais l'incendie de nos consulats, le déchirement de notre drapeau, le pillage des monastères qui étaient sous notre protection» (Lettre à M. de Persigiiy, alors ambassadeur de Erance en Angleterre). Les seules guerres de punition qu'admette la théorie du droit des gens, sont donc celles qui se compliquent d’une question de réparation. Mais, sur ce point, il convient encore que la raison du plus fort ne devienne pas la règle de la matière. Voir: CsL\ O, Reçut il complet des traités de tous les Etals de l'Amérique latine, 1802, t. I, p. xvi et suiv. Comme exemple d’abus, voir les documents relatifs à l'affaire Canstatt (1859-1862), dans les archives diplomatiques, 2* année, 1862, n» 6, p. 398 et suiv. P. P. F.
point ceux qui le lient envers autrui. Le .souverain qui^ar héritage, par une élection libre, ou par quelque autre voie jiistc et honnête, ujiiT a ses États de nouvelles provinces, ([es jroyaumes entiers , use de ses droits, et ne fait tort à personne^. Comment serait-il donc permis d'attaquer une puissance qui s’agrandit par des moyens légitimes? Il faut avoir reçu une injure, ou en être visiblement menacé, pour être autorisé à prendre les armes, pour avoir un juste sujet de guerre (| 2ü et 27). D’un autre côté, une funeste et constante expérience ne montre que trop quênës puissances prédominantes né manquent guère de molester leurs vois.'Mi opprimer, de les subjuguer même entièrement, dès qu’elles en trouvent l’occasion, et qu’elles peuvent le faire impunément. L’Europe se vit sur le point de tomber dans les fers, pour ne s’être pas opposée de bonne heure à la fortune de Charles-Qnint. Faudra-t-il attendre le danger,^ laisser grossir l’orage qu’on pourrait dissiper dans ses commencements, souffrir l’agrandissement d’un voisin, et attendre paisiblement qu’il se dispose à nous donner des fers? Sera-t-il temps de se défen Ire, (|uand on n’en aura plus les jnoyens? La prudence est iin devoir pour tous les hommes, et très-particulièrement pour les conducteurs des Nations, chargés de veiller au salut de tout un peuple Essayons de résoudre celte grande question, conformément aux principes sacrés du droit de la nature et des gens. On verra qu’ils ne mènent point à d’imbéciles scrupules, et qu’il est toujours vrai de dire que la justice est inséparable de la saine politique.
§ 43. — Sent et par lui-mème il ne peut en donner le droit.
Et d’abord, observons que la prudence, qui est sans doute une vertu bien nécessaire aux souverains, ne peut jamais conseiller l’usage des moyens illégitimes, pour une. lin juste et louable. Qu'on n’oppose point ici le salut du peuple, loi suprême de l’État; car le salut même du peu-