‹ 501 pChapitre 193 sur 254 · LIV. 111, CHAP · texte numérisé non relu

LIV. 111, CHAP

pie, le salut commun des Nations, proscrit l’usage des moyens contraires à la justice et à l’honnêteté. Pourquoi certaines moyens sont-ils illégitimes? Si l’on y regarde de près, si l’on remonte jusqu’aux premiers principes, on verra que c’est précisément parce que leur introduction serait pernicieuse à la société humaine, funeste à toutes les Nations. Voyez en particulier ce que nous avons dit en traitant de l’observation de la justice (liv. H, chap. v). C’est donc pour l’intérêt et le salut môme des Nations, que l’on doit tenir comme une maxime sacrée, que la On ne légitime pas les moyens. Et puisque la guerre n’est permise que pour venger (a) une injure reçue, ou pour se garantir de celle dont on est menacé (§ 26), ç^est une loi sacrée du droit des .gens, que l’accroissement de puissance ne peut seul, et par. Jui-méme, donner à qui que ce soit le droit de prendre les ^rines pour s’y opposer

(a) Note de l’éditeur de 1775. — Il faut se souvenir que venger, chez notre auteur (| 28 de ce livre), signifie poursuivre la réparation ou la satisraction d'une injure; que, selon lui, cette dernière doit avoir lieu quand la réparation est impossible, et qu’elle consiste en une peine a laquelle une Nation indépendante peut être condamnée et doit se soumettre, le tout pour corriger l’agre.sseur, et le faire servir d'exemple (g 41). Tout cela est bien gratuit. D.

* Montesquieu a parfaitement déterminé les bornes du droit de faire la guerre, lorsqu’il a dit ; « La vie des Etats est comme celle des hommes. Ceux -ci ont droit de tuer dans le cas de la défense naturelle ; ceux-là ont le droit de faire la guerre pour leur propre conservation. » Malheureusement il a ajouté ; « Entre les sociétés, le droit de la défense naturelle entraîne quelquefois la nécessité d’attaquer, lorsqu’un peuple voit qu’une plus longue paix en mettrait un autre en état de le détruire, et que l’attaque est le seul m'oyen d’empécher cette destruction » {Esprit des Lois, liv. x, chap. ii). Suivant cette politique étroite et jalouse, éminemment contraire à l’intérêt bien entendu des nations, dont la prospérité dépend de celle des peuples voisins, la guerre agressive devient juste et nécessaire, lorsque l'Etat limitrophe acquiert trop de puissance pour ne pas donner à craindre ((u’il ne devienne usurpateur. Mais une expérience plus intelligente des choses humaines enseigne que la meilleure manière de ne pas redouter l’envahissement, c’est de s’élever soi-méme par la civilisation dans l’estime des autres nations; de les intéresser, par

^ 44. — Comment les apparences du danger donnent ce droit.

Qn n’a point reçu (Hinjure de celte puissance; la question le suppose. Il faudrait donc être fondé à s’en, croifg

armes. Or, la puissance seule ne menace pas d’injure, il faut que la volonté y soit jointe. Il est malheureux pour le genre humain, que l’on pui«se presque toujours sujtposer la volonté d’opprimer, là où se trouve le pouvoir d’opprimer impunément. Mais ces deux choses ne sont pas nécessairement inséparables; et tout le droit que donne leur union ordinaire, ou fréipiente, c’est de prendre les premières apparences pour un indice sutfisant. Dès qu’un État a donné des marques d’injustice, d’avidité, d'orgueil, d’ambition, d’un désir impérieux de faire la loi, c’est un \oisin suspect dont on doit se garder; on peut le prendre au moment où il est sur le point de recevoir un accroissement formidable de puissance, lui demander des sûretés, et s’il hésite à les donner, prévenir ses desseins par la force des armes. Les intérêts

les avantages d'un commerce lécund en richesses, à sa propre prospérité et de se préparer des alliances utiles par des traités consciencieux. Voilà la politique franche, la vraie politique, qui fait la gloire des nations comme , dans le domaine de la vie privée, elle fait la réputation des particuliers Ces principes ont passé, de la théorie, dans la pratique des Etats contemporains. L’empereur Napoléon lit les a proclamés en ces termes, dans le discours d’ouverture de .la session législative de thOl) : « La France ne menace personne ; elle désire développer en paix, dans la plénitude de son indépendance, les ressources immenses que le ciel lui a données, et elle ne saurait éveiller d'omhrageuses susceptibilités, puisque, de l'état de civilisation où nous sommes, res'sort, de jour en jour plus éclatante, cette vérité qui console et rassure l'humanité, que plus un pays est riche et prospère, plus il contribue à la richesse et à la prospérité des autres » (Moniteur du 3 mars ISüO). — Voir : Caums, De Jur. bel. acpac., lib. I, c. tü, 17 et lih. Il, c. i, 17; Bohmek, Jur. publ. unit. part. spec. lib. Il, c. i,g Ü; Sciiott, Diss. de justis bellum yerendi etinferendi limilibus, jj ; KlCueii, Dr. des gens mod. de l'Dur., édit, cit., é 41, p. bOet suiv., et la note o, p. (il. Dans l’opinion contraire, voir . Hobbes, De cire, c. xiii. P. P. F.

Page 1