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tieiises, par la moindre injustice qu’elle fera à une autre, toutes les Nations peuvent profiter de l’occasion, et, en se joignant à l’offensé, réunir leurs forces pour réduire l’ambitieux, et pour le mettre hors d’état d’opprimer si facilement ses voisins, ou de les faire trembler continuellement devant loi Car l’injure donne le droit de pourvoir à sa sûreté pour l’avenir, en ôtant à l’injuste les moyens de nuire ; et il est permis, il est même louable d’assister ceux qui sont opprimés ou injustement attaqués. Voilà de quoi mettre les politiques à l’aise, et leur ôter tout sujet de craindre, que se piquer ici d’une exacte justice ce ne fût courir à l'esclavage. Il est peut être sans exemple qu’un État reçoive quelque notable accroissement de puissance, sans donner à d’autres de justes sujets de plainte. Que toutes les Nations soient attentives à le réprimer, et elles n’auront rien à craindre de sa part. L’empereur Charles-Quint saisit le prétexte de la religion pour opprimer les princes de l’empire et les soumettre à son autorité absolue. Si, profitant de sa victoire sur l’électeur de Saxe, il fût venu à bout de ce grand dessein, la liberté de l’Europe était en danger. C’était donc avec raison que la France assistait les protestants d’Allemagne, et elle y était appelée par le soin de son propre salut. Lorsque le même prince s’empara du duché de Milan, les souverains de l’Europe devaient aider la France à le lui disputer, et profiter de l’occasion pour réduire sa puissance à de justes bornes. S’ils se fussent habilement prévalus des justes sujets qu’il ne tarda pas à leur donner de se liguer contre lui, ils n’auraient pas tremblé dans la suite pour leur liberté.
I 4G. — Autres moyens toujours permis, pour se mettre en garde contre une grande puissance.
Mais supposez que cet État puissant, par une conduite également juste et circonspecte, ne donne aucune prise sur lui, verra-t-on ses progrès d’un œil indifférent ; et, trau-
quilles spectateurs des rapides accroissements de ses forces, se livrera-l-on imprudemment aux desseins qu’elles pourront lui inspirer? Non, sans doute, l’imprudente nonchalance ne serait pas pardonnable dans une matière de si grande importance. L’exemple des Romains est une bonne leçon à tous les souverains. Si les puissants de ces temps-là se fussent concertés pour veiller sur les entreprises de Rome, pour mettre des bornes à ses progrès, ils ne seraient pas tombés successivement dans la servitude. Mais la force des armes n’est pas le seul moyen de se mettre en garde contre une puissance formidable. 11 en est de plus doux, et qui sont toujours légitimes. Le plus efQcace est la confédération des autres souverains moins puissants, lesquels, par la réunion de leurs forces, se mettent en état de balancer la puissance qui leur fait ombrage. Qu’ils soient fidèles et fermes dans leur alliance : leur union fera la sûreté d’un chacun.
Il leur est permis encore de se favoriser mutuellement à l’exclusion de celui qu’ils redoutent, et par les avantages de toute espèce, mais surtout dans le commerce, qu’ils feront réciproquement aux sujets des alliés, et qu’ils refuseront à ceux de cette dangereuse puissance, ils augmenteront leurs forces en diminuant les siennes, sans qu’elle ait sujet de se plaindre, puisque chacun dispose librement de ses faveurs '.
* « Le droit de s’opposer à l’agrandissement d’une nation, dit Pin- » heiro-Ferreira, ne peut dériver que de l’illégimilc des moyens qu’elle » emploie à cet effet. Si un gouvernement, se prévalant de la supériorité U des forces qu’il a à sa disposition, envahissait d’autres Etats, et si, » venant à bout de ses desseins, il voulait les conserver sous sa domina- » tion par le prétendu droit de conquête, les autres gouvernements n’au- » raient pas seulement le droit, ils auraient le devoir de former une ligue » sacrée contre cet ennemi commun de l’indépendance des nations.
» Nous rangeons aussi au nombre des motifs d’une juste opposition à » l’agrandissement des nations les soi-disant lois de succession qui ap- » pellent au Irdne un monarque étranger, toutes les fois que, par suite