‹ 501 pChapitre 196 sur 254 · LIV. III, CHAP. III · texte numérisé non relu

LIV. III, CHAP. III

g 47. — De l'équilibre politique.

L’Europe fait un système politique, un corps où tout est li^ar les relations et les divers intérêts des Nations qui habitent celle partie du monde. Ce n’est plus, comme autrefois, un amas confus de pièces isolées, dont chacune se . ^croyait peu intéressée au sort des autres, et se mettait , rarement en peine de ce qui ne la touchait pas immédiate-., ment. L’attention continuelle des souverains à tout ce qui se passe, les ministres toujours résidents, les négociations ppi^étuelles, font de l’Europe moderne une espèce de répu- ~ blique, dont les membres indépendants, mais liés par l'in- lérêt commun, se réunissent pour y maintenir l’ordre et la liberté. C’est ce qui a donné naissance à cette fameuse idée de la balance politique, ou de l’équilibre du pouvoir. Qn en-

» (le cette disposition, il doit s'opérer une fusion forcée de plusieurs » peuples contraire à la sécurité des autres nations. La raison en est » que ces lois de succession ne sont jamais ou rarement l'expression du » vœu des peuples qui, par ce moyen, se trouveront ne former qu'une » seule nation. Cela n'empéclie pas que si, au moment où la réunion » prevue par la loi doit avoir lieu, la volonté des deux peuples se Irou- » vait d'accord pour l'approuver, la fusion serait légitime, puisque la » légitimité des gouvernements n'a d’autre fondement que la libre vo- » lonté des peuples; et dès lors personne n'aurait le droit d’y mettre le ■ plus léger obstacle.

» Mais il faut raisonner tout autrement lorsqu’une nation n'est deve- » nue puissante que parce qu’elle a réformé sa législation, augmenté son » commerce, fait fleurir chez elle l’industrie. Y a-t-il rien de plus juste » ou de plus louable? De quel droit pourrait-on s’aviser de contrarier » ces moyens d’agrandi.ssement?

» La sagesse du gouvernement, la prospérité toujours croissante de la » nation, engagent-elles des pays voisins à s'associer à un ordre de » choses qui leur promet un avenir plus heureux que celui auquel il >1 leur est donné d'aspirer dans leur état actuel d’isolement? Ces peu- » pics, en manifestant leur vœu, et la nation à laquelle ils veulent se n réunir, en les accueillant, n’ont fait qu'user de leurs droits.

» Encore nul motif de s’op|)oser à ce mode d'agrandissement » (Note sur les i a à 46, p. 380). '

tend far là une disposition des choses, au moyen de laquelle aucune puissance ne se trouve en état de prédominer abso; solument, et de faire la loi aux autres,,

§ 48. — Moyens de le maintenir.

Le plus sùr moyen de conserver cet équilibre serait de faire qu’aucune puissance ne surpassât de beaucoup les autres; que toutes, ou au moins la meilleure partie, fussent à peu près égales en forces. On a attribué cette vue à Henri IV. Mais elle n’eùt pu se réaliser sans injustice et sans violence. Et puis, cette égalité une fois établie, comment la maintenir toujours par des moyens légitimes ! Le commerce, l’industrie, les vertus militaires, la feront bientôt disparaître. Le droit d’héritage, même en faveur des femmes et de leurs descendants, établi avec tant d’absurdité pour les souverainetés, mais établi enfin, bouleversera votre système.

Il est plus simple, plus aisé et plus juste, de recourir au moyen dont nous venons de parler, de former des confédérations, pour faire tête au plus puissant et l’empêcher de donner la loi. C’est ce que font aujourd’hui les souverains de l’Europe. Ils considèrejit les deux principales puissances, qui, par là même, sont naturellement rivales, comme desti; nées àse contenir réciproquement; et ils se jpignen^t^la^us jaible, comme autant de poids que l’on jette dans le bassin le moius chargé, pour le tenir en équilibre avec l’autre. La maison d’Autriche a longtemps été la puissance prévalante; c’est aujourd’hui le tour de la France. L’Angleterre, dont les richesses et les flottes respectables ont une très-grande influence, sans alarmer aucun État pour sa liberté, parce que cette puissance parait guérie de l’esprit de conquête , l’Angleterre, dis-je, a la gloire de tenir en ses mains ja balance politique. Elle est attentive à la conserver en équi-r libre. Politique très-sage et très-ju^e enelle-même» et qui sera à jamais louable, tant qu’elle ne s’aidera que d’al-

Page 1