LIV. 111, CHAP. III
■lances, de confédérations on d’autres moyens également légitimes.
I 49. — Comment on peut contenir, ou même alTaiblir, celui qui rompt l’équilibre.
Les confédérations seraient un moyen sûr de conserver l’équilibre, et de maintenir ainsi la liberté des Nations, si tous les souverains étaient constamment éclairés sur leurs véritables intérêts, et s’ils mesuraient toutes leur démarches sur le bien del’État. Mais les grandes puissances ne réussissent que trop à se faire des partisans et des alliés aveuglément livrés à leurs vues. Éblouis par l’éclat d’un avantage présent, séduits par leur avarice, trompés par des ministres infidèles, combien de princes se font les instruments d’une puissance qui les engloutira quelque jour, eux ou leurs successeurs? Le plus sûr est donc d’affaiblir relui qui rompt l’équilibreTaussirtr qu’on en trouve l’occasion favorable,, et qu’on peut le faire avec justice (§ 45) ; ou d’empêcher, par toutes sortes de moyens honnêtes, qu’il ne s’élève à un degré de puissance trop formidable, j^ur cet effet, toutes les Nations doivent être surtout attentives à ne point souf- Jrir qu’il s’agrandisse par la voie des armes, et elles peuvent toujours le faire avec justice. Car si ce prince fait une guerre injuste, chacun est en droit de secourir l’opprimé. Que s’il fait une guerre juste, les Nations neutres peuvent s’entremettre de l’accommodement, engager le faible à offrir une juste satisfaction, des conditions raisonnables, et ne point permettre qu’il soit subjugué. Dés que l’on offre des conditions équitables à celui qui fait la guerre la plus juste, il atout ce qu’il peut prétendre, la justice desa cause, comme nous le verrons plus bas, ne lui donne jamais le droit de subjuguer son ennemi, si ce n’est quand cette extrémité devient nécessaire à sa sûreté, ou quand il n’a pas d’autre moyen de s’indemniser du tort qui lui a été fait. Or, ce n’est point ici le cas, les Nations intervenantes pouvant lui
faire trouver d’une antre manière et sa sûreté et un juste dédommagement.
EnGu^ il n’est pas douteux que si cette puissance formidable médite certainement des desseins d’oppression et de conquête, si elle trahit scs vues par ses préparatifs, ou par d’autres démarches, les autres sont en droit delà prévenir; êî, si le sort des armes leur est favorable, de profiter d’une heureuse occasion pour affaiblir et réduire une puis- ’sance trop contraire à l’équilibre, et rciloutable à la liberté * commune.
Ce droit des Nations est plus évident encore contre un souverain qui, toujours prêt à courir aux armes sans raisons et sans prétextes plausibles, trouble continuellement la tranquillité publique '.
' La théorie de réquilibrc domine toute l’histoire moderne de l'Europe; mais l’idée primitive d’un arrangement systémaïiqûe pour garantir aux Elats renfermés dans la même sphère d’action politique, la possession entière de leur territoire et autres droits souverains, est aussi ancienne que la science de la politii|ue même. S’il n’était pas compris en théorle” ■le système d’équilibre des puissances était au moins adopté en pratique parles anciens États de la Grèce et les nations limitrophes (Voir; Xénoi-hon, Hisl., VI, vu; Polybe, Hist., I, c. 83, II, c. 51, V, c. 1Ü4, XXII, c. 33; Hume’s Essays, vu et viii, on lhe balance of power). Le premier exemple de l’application effective du système d’équilibre à cette surveillance perpétuelle, qui a été depuis habituellement exercée sur les forces respectives des États européens, ne peut être distinctement assigné, toutefois, à une époque plus reculée que celle du développement que leur politique a reçu après l’envahissement de l’Italie par Charles VIII, à la fin du XV* siècle (Wheatox, Histoire duprogrès du Droit des gens, 3' édit., t. I, p. 1 10). ^pnjesquieu définissait l'équilibre un «état d’effort de tous contre tous. » (Esprit des Lois. liv. XIII, chap. xvii)t Fénelon en donne une notion exacte: « Cette attention, dit-il, à maintenir une espèce d’égalité et d’équilibre entre les nations voisines, est ce qui en assure le repos commun. A cet égard, toutes les nations voisines et liées par le commerce font un grand corps et une espèce de communauté. Tous les membres qui composent ce grand corps, se doivent les uns aux autres, pour le bien commun,... de prévenir tous progrèsde quelqu’un des membres qui renverserait l’équilibre, et qui se tournerait à la ruine inévitable de tous les autres membres du même catrps. Tout ce qui change ou