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LIV. III, CHAP

2 50. — Conduite que l'on peut tenir avec un voisin qui fait des préparatifs de guerre.

Ceci nous conduit à une question particulière, qui a beaucoup de rap|)ort à la précédente : Quand un voisin,

altère ce système général de l’Europe est trop dangereux, et traîne après soi des maux infinis Toutes les nations voisines sont tellement liées par leurs intérêts les unes aux autres, et au gros de l'Europe, que les moindres progrès particuliers peuvent altérer ce système général qui fait l'équilibre, et qui peut seul faire la sûreté publi(|ue. Otez une pierre d’une voûte, tout l’édifice tombe, parce que toutes les pierres se soutiennent en se contrepoussant... » (Examen de conscience sur les devoirs de la royauté, œuvres de Fénelon, édit, 1835, t. III, p. 361). L’histoire moderne offre de remarquables exemples de cette politique d’équilibre, qui consiste dans une association générale pour la constitution et la garantie en commun d’un certain état de possession territoriale conventionnellement réglé. C’est ainsi que la suprématie de la maison d’Autriche sous Charles-Quint a conduit à la paix de Westphaliecn 1648; que celle de la maison de Bourbon sous Louis XIV, a amené la paix d’Utrecht en 1713, et que les victoires de la République et de l’Empire ont abouti aux traités de 1815 (voir Martens, Précis du Dr. des gens mod. de l'Eur., édit, cit., 1. 1, g 122, p. 314, et la note, p. 316). .OrgâDjsfiX.^nUe-. les nations faisant partie d’un même système, une telle distribution et qnc telle opposition de forces, qu’aucun Etat ne s’y trouve en mesure,, seuljm réuni à d’autres, d’y imposer sa volonté, ni d’y opprimer l’in- ti^cndaiice d’aucun autre Etat ; créer la possibilité d’une opposition col* lective des nations contre tout nouvel agrandissement d’un État déjà redoutable, ou contre le rabaissement d’une puissance qui pouvait servir , de contre-poids ; telle est l’idée qu’on peut se former aujourd'hui de . L’équilibre politique dans son ensemble et dans ses développements historiques (Marte.vs, libr. cit., t. I, ê 121 note o, p. 310 et suiv.; E. Ortolan, Des moyens d'acquérir le domaine international, n“ 263; Revue contemporaine, année 1861, p. 128: Des variations du système d'équilibre en Europe.

La théorie do l’équilibre politique a eu ses détracteurs. Des publicistes l’ont qualifiée de chimérique (ÿnivsjij^Chimaire des Gleiehgewicliti von Europa, Altona, 1758), de charlatanerie politique (Cte de Suuieitow, dans Patriotische Gedanken etnes Dânen überstehende Ueere). Suivant gliihp.r^ ee y prétendu systèmc d’équilibre politique n’est point fondé dans le droit des gens, à moins qu’il ne soit établi par des conventions publiques n ; a il n’est fondé que sur l’idée de la puissance et de la prépon-

au milieu d’une paix profonde, construit des forteresses sur notre frontière, équipe une flotte, augmente ses trou-

déradce; »« une distribution égale des pays, à proportion de leur importance politique {lex agraria gentium), ne s’est faite et ne se fera jamais » {Dr. des gens mod. de l'Eur., édit, cit., I 42, p. 61). « C’est nne pure idée desdiplomates ou politiques, très-vague, simplement fondée dans un sentiment de convenance, et à laquelle manque par conséquent le caractère essentiel d’une source du droit des gens » (fbtd, §6,p. 6 et 7). Un publiciste contemporain (M. L. de Carnél. se demande quels embarras ce système de pondération a prévenus, quelles vues ambitieuses il a pu contenir, à quelle violence et à quelle injustice il a su résister, quelle faiblesse et quel bon droit il lui a été donné de faire triompher en Europe, depuis qu’on eu essaie l’application. « N’est-ce pas au nom de l'équilibre qu’ont été consommés les trois partages de la Pologne? Qu’a dit l’Autriche pour légitimer sa participation, d’abord timide, à un attentat que sa souveraine déplorait comme un crime et comme une faute? Ne s’excusa-t-elle pas sur l’obligation de faire contre-poids à la Prusse et à la Russie, dont les souverains, esprits forts, avaient conçu la première pensée de ce forfait politique ? Qu’a dit plus tard le même cabinet pour défendre aux yeux de l’Europe étonnée l’anéantissement de Venise, et la réunion de cet État à l’Autriche ? N’a-t-il pas établi fort dissertement que cet agrandissement était devenu pour lui une nécessité, depuis que la France avait conquis la rive gauche du Rhin, et que la Prusse, exploitant sa neutralité comme d’autres auraient exploité la victoire, se préparait à profiter des sécularisations ecclésiastiques et du pillage de l’Allemagne ? L’équilibre qui, dans le xvii* siècle, n’avait pas arrêté Louis XIV, qui, au xviir, fut bouleversé par Frédéric II, ne pouvait au XIX* arrêter Napoléon... » (De l’Équilibre européen, Revue des Deux Mondes, 15 nov. 1840, p. 465 et suiv.). L’erreur fondamentale ^ ce système consiste, .il est vrai, à raisonner.sur les nations comme sur des choses inertes, sans^ tenir compte du inouvement qui les mo(fifie in^ ~ cessamment, et des révolutions qu’un homme ou qu’une idée introduisent soudain dans les relations de peuple à peuple. Il ne saurait, en effet, 'comprimer l’essor des forces vives, empêcher tel peuple de prospérer et de grandir, pas plus que tel autre de s’affaiblir et de décroître ; mais quelles que soient ses imperfections, c’est lui qui a le mieux su, jusqu’à nos jours, faire obstacle à ce que le puissant s’agrandisse par la violence, à ce que l’injustice vienne hâter le déclin du faible. On objecte que si l’existence simultanée de quelques grands États, dont les forces s’équilibrent, assure leur mutuelle indépendance, les États secondaires n’en sont ni moins menacés, ni moins dépendants que sous le joug de l’au-

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