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LIV. Il, CHAP. IV

rappelons ici que pour en tirer de justes conséquences, dans la conduite que les Nations doivent tenir entre elles

§ 59. — Aucune Nation ne peut être contrainte à l'égard de la religion.

Il est donc certain que l’on ne peut se mêler malgré une Nation de scs affaires de religion, sans blesser ses droits et lui faire injure. Beaucoup moins est-il permis d’employer la force des armes pour l’obliger à recevoir une doctrine et un culte que l’on regarde comme divins. De quel droit des hommes s’érigent-ils en défenseurs, en protecteurs de la

< Pinheiro-Ferreira fait sur ce paragraphe les observations suivantes :

« Vattel, dit-il, parait ne pas avoir compris la nature des conciles de » l'Église. L'ensemble des hommes qui professent une même religion, » reconnaissent une hiérarchie de capacités aux décisions desquelles ils » ont foi. Ces hommes peuvent appartenir à dilTérentes nations, aussi » bien que ces notabilités qu'ils ont prises pour guides de leurs croyances. » Qu’est-ce que la politique a à démêler dans ces affaires de conscience? » De quel droit le gouvernement prussien, par exemple, viendra-t-il dé- » fendre à tel individu ou à tel nombre d'individus dans le pays, de ne » pas s'en rapporter dans leur foi à ce que tel ou tel étranger enseigne » en fait de religion ou de philosophie, et de croire plutôt à ce que le » monarque prussien croit être plus conforme, soit à l'Évangile, soit à la » raison?

n S’il est donc vrai que tout le monde blâmerait la loi qui prescrirait n un pareil asservissement de la conscience, ou même seulement de la » pensée, comment peut-on blâmer que les notabilités ecclésiastiques des » divers pays s’assemblent pour délibérer sur les articles douteux, soit » de leur foi, soit de leur culte?

» Quel rapport y a-t-il entre ces assemblées et les diverses formes de n gouvernement des pays auxquels les notabilités réunies pour délibérer » appartiennent?

» Que les gouvernements condamnent les décisions que ces assemblées » pourraient se permettre de prendre sur des affaires temporelles, qu’ils » fassent traduire en justice les personnes qui s'en serviraient pour trou- » bler la tranquillité publique, rien de plus juste; mais aussi longtemps » qu'aucun citoyen n'est blessé dans ses droits, ni la nation dans ses lé- » gitimes intérêts, ces décisions sont des actes innocents, et, par suite, » en dehors des pouvoirs politiques de l’État a (Note sur le $ 58,

cause de Dieu? Il saura toujours, quand il lui plaira, amener les peuples à sa connaissance, par des moyens plus sûrs que la violence. Les persécuteurs ne font point de vraies conversions. La monstrueuse maxime, d’étendre la religion par l’épée, est un renversement du droit des gens, et le fléau le plus terrible des Nations. Chaque furieux croira combattre pour la cause de Dieu, chaque ambitieux se couvrira de ce prétexte. Tandis que Charlemagne mettait la Saxe à feu et à sang pour y planter le christianisme, les successeurs de Mahomet ravageaient l’Asie et l’Afrique pour y établir le Coran ‘ .

2 60. — Des offices d'humanité en cette matière ; des missionnaires.

Mais c’est un office d’humanité, de travailler, par des moyens doux et légitimes, à persuader une Nation de recevoir la religion que l’on croit seule véritable et salutaire. On peut lui envoyer des gens pour l’instruire, des missionsionnaires, et ce soin est tout à fait conforme à l'attention que tout peuple doit à la perfection et au bonheur des autres. Mais il faut observer que, pour ne point donner at-

< « Il ne faut pas s’y méprendre, dit Pinheiro-Ferreira, le but des n prétendues guerres de religion n’était rien moins que le triomphe de » telle ou telle doctrine abstraite de religion. Ce n’était qu’un mot de » ralliement dont les chefs ambitieux se servaient pour donner le pre- » mier élan aux masses brutes. Mais, à partir de ce moment, le véri- » table mobile du soldat, aussi bien que de ses chefs, n'était autre que > la soif de l’or et du pouvoir, ainsi que de toutes les autres hideuses » jouissances qui donnent tant d’attraits à l’art de la guerre, quelle que n puisse en avoir été la cause première.

» Liez par de sages lois les mains du gouvernement ; mettez des en- » traves légales aux abus du pouvoir ; ôtez aux chefs de la force armée » le moyen de spéculer sur les chances d’une guerre injuste, et soyez » assuré que, quelque zélés qu’ils puissent être pour la religion de » leurs père: ou pour celle que s'avisera de leur prêcher quelque nova- • teur, ils n'iront pas exposer leur vie pour la propager entre des na- » tiens décidées à les repousser <à coups de canon >. (Note sur le J 59, p. ‘^S4).

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