‹ 501 pChapitre 21 sur 254 · LIV. Il, CHAP. IV · texte numérisé non relu

LIV. Il, CHAP. IV

teinte aux droits du souverain, les missionnaires doivent s’abstenir de prêeher clandestinement, et sans permission, une doctrine nouvelle à ses peuples. Il peut refuser leurs offices, et s’il les renvoie, ils doivent obéir. On a besoin d’un ordre bien exprès du roi des rois, pour désobéir légitimement à un souverain qui commande suivant l'étendue de son pouvoir, et le souverain qui ne sera point convaincu de cet ordre extraordinaire de la Divinité, ne .fera qu’user de ses droits, en punissant le missionnaire désobéissant. Mais si la Nation, ou une partie considérable du peuple, veut retenir le missionnaire et suivre sa doctrine? Nous avons établi ailleurs les droits de la Nation et ceux des citoyens (liv. I, § 128-136) ; on trouvera là de quoi répondre à cette question ‘.

I Le monarque, en défendant aux missionnaires d'enseigner ce qu'ils croient être la vérité, n'use pas de ses droits, ainsi que Vattel l'avance ici, t'2 en abuse; car la liberté de manifester sa pensée est un droit inhérent à l'espèce humaine, et on ne peut en être exproprié que par la force.

« Mais, ajoute Pinheiro-Ferreira, si ces prédications soulèvent contre » elles les préjugés du peuple et qu'il en résulte des rixes, le gouveriien ment n'est-il pas en droit d'ordonner au missionnaire de s'en abstenir? » Ce que le gouvernement doit, c'est punir ceux qui ont employé la vio- » lence pour empêcher le missionnaire d'exercer un droit qui ne leur » portait aucun dommage.

» Il se peut cependant que le gouvernement ne soit pas assez fort » pour mettre à exécution cet acte de justice. Dans ce cas, le mission- » naire, averti de cela, doit s’abstenir d'un acte devenu impossible, et, » s'il s'obstinait à le pratiquer, le gouvernement est en droit de le faire » comparaître par-devant le pouvoir judiciaire. Hais il ne faut pas » oublier que ce cas est heureusement fort rare. »

Pinheiro-Ferreira termine cette note par les considérations suivantes :

» Depuis les découvertes des Portugais, dit-il, tant en Asie qu'en » Amérique, eux et les autres nations de l'Europe n’ont pas cessé d’en- » voyer dans les pays nouvellement découverts, des missionnaires des » différentes croyances de la religion chrétienne. Chacun de ces mission- » naires a prêché sa doctrine, et, par conséquent, le premier mal qui en » résulte, c’est que l'esprit d’intolérance religieuse de notre Europe, car

I 61. — Circonspection dont on doit user.

La matière est très-délicate; et l’on ne peut autoriser un zèle inconsidéré de faire des prosélytes, sans mettre en danger la tranquillité de toutes les Nations, sans exposer même

n toutes les sectes sont plus ou moins intolérantes, a été inculqué à ces X peuples comme première base de leur civilisation.

» Mais dans les pays où, jusqu'à présent, il ne s'est introduit qu'une » seule confession, et où, par conséquent, l’intolérance ne s’exerce » qu’entre les néophytes et ceux qui sont restés fidèles à leurs anciennes » croyances, ce qu’on observe partout sans aucune distinction, depuis » les catholiques romains jusqu’aux méthodistes, c’est que la fainéantise, X la corruption et la débauche sont les fruits que les missionnaires ont X recueillis de leurs prédications. Ces néophytes ont appris à parler un X jargon qui ressemble à la langue du missionnaire, ils répètent sans les X comprendre soit les prières, soit les passages de l’Écriture qu’ils lisent X ou qu'ils récitent par cœur. Mais ils n’y comprennent rien ; ils n’y X attachent aucun prix, et, par conséquent, ils profanent par cela même, X et surtout par la dépravation de leurs moeurs, la religion que ces X hommes, pour la plupart aussi ignorants que fanatiques, se vantent de X leur avoir apprise.

X Nous n’ajoutons pas entièrement foi à ce que les premiers voyageurs X nous ont appris de la douceur et de l’innocence de plusieurs de ces X insulaires de l’océan Paciflque ; mais ce qui est hors de doute, c'est X qu'après leur conversion au christianisme (s’il est permis de faire un X pareil affront à la plus morale de toutes les religions), les hommes les X plus accoutumés aux scènes de libertinage sont eux-mêmes révoltés de X la dépravation de mœurs qui a remplacé la barbarie chez ces peu- X pies K (Note sur le 2 60, p.284).

Ces observations sont évidemment entachées d'exagération. En supposant même que l’introduction des Européens dans les contrées du nouveau continent ait altéré les mœurs primitives, il n’y aurait aucun rapprochement à faire entre l’enseignement d’une religion spiritualiste et les débordements auxquels Pinheiro-Ferreira fait allusion. Mais il n'est pas prouvé que la vertu la plus pure ait exclusivement choisi pour demeure les savanes de l’Amérique, et que la vie inculte du sauvage soit la condition nécessaire de l’innocence. C’est toujours l’école de Rousseau, la vie de nature. Le meilleur développement de la thèse de Vattel se trouve dans l'opinion formulée au xvi* siècle par Francisco Victoria. Ce dominicain contestait qu'il fut permis de faire la guerre aux infidèles sous

Page 1