LIV. 111, CHAP. IV
g 56. — Autres raisons qui en rendent la publication nécessaire.
Outre les raisons que nous avons alléguées, il est nécessaire de publier la déclaration de guerre pour l’instruction et la direction de ses propres sujets, pour fixer l’époque des droits qui leur apj'artiennent dés le moment de cette déclaration, et relativement à certains effets que le droit des gens volontaire attribue à la guerre en forme. Sans cette iléclaratioit publique de la guerre, il serait trop difficile (le convenir, dans le traité de paix, des actes qui doivent passer pour des effets de la guerre et -de ceux que chaque Nation peut mettre en griefs pour en demander la réparation. Dans le dernier traité d’ Aix-la-Chapelle entre la France et l’Espagne d’un côté, et l’Angleterre de l’autre, on convint que toutes les prises faites de part et d’autre avaut la déclaration de guerre seraient restituées.
g 57. — La guerre défensive ii’a pas besoin de déclaration.
Celui qui est attaqué, et qui ne fait qu’une guerre défensive, n’a pas besoin de déclarer la guerre, la déclaration de l’ennemi ou ses hostilités ouvertes étant suffisantes pour constater l’état de guerre. Cependant le souverain attaqué ne manque guère aujourd’hui de déclarer aussi la guerre, soit par dignité, soit pour la direction de ses sujets.
g 58. — En (|uel cas on peut l'omettre, dans une guerre offensive.
Si la Nation à (|ui on a résolu de faire la guerre ne veut admettre ni ministre, ni héraut pour la lui déclarer, on peut, quelle que soit d’ailleurs la coutume, se contenter de la publier dans ses propres États ou sur la frontière; et si la déclaration ne parvient pas à sa connaissance avant le commencement des hostilités, cette Nation ne peut en accuser qu’clle-méme. Les Turcs mettent en prison et maltraitent les ambassadeurs mêmes des puissances avec lesquelles ils ont résolu de rompre : il serait périlleux à un
LE DKOiT DES GENS.
héraut d’aller chez eux leur déclarer la guerre. On est dispensé de le leur envoyer par leur propre férocité
' Il est bon de faire remarquer que l’envahissement de l’empire ottoman par les idées et la civilisation occidentales, est un fait acquis à l’histoire du xix‘ siècle. Le traité de Paris, de 1856, a fait entrer la Turquie dans le système politique de l'Europe. Le nouveau Sultan Abdul-Azis (successeur d’Abdul-Medjid, le 27 Juin 1861), a tracé dans une lettre au grand vizir Méhémet-Emin-Pacha (juillet 1861), un programme de son règne, contenant la sanction de toutes les lois précédemment faites sous l'influence européenne, et la promesse de développer ces améliorations. « Pénétré, y est-il dit, de la conviction que je n’ai rien personnellement tant à cœur que de rétablir et d’accroître le crédit financier de l’empire et la prospérité de mes peuples, mon ministère aura à me soumettre les projets de lois et d’améliorations propres à établir une parfaite économie dans la perception et dans l’emploi des fonds publics, et à les préserver de toute malversation... . « Les efforts de mon gouvernement devront tendre à maintenir et à resserrer de plus en plus les relations amicales qui existent entre l’empire ottoman et les puissances amies et alliées. Le plus grand respect sera invariablement apporté aux traités existants. Que dans toutes les branches de l’administration, chacun prenne pour règle de conduite les devoirs sacrés de la loyauté , de la probité, du zèle et de la fidélité à l’empire. Je liens à proclamer également que mon désir pour la prospérité de mes sujets n’admettra aucune distinction, et que ceux de mes peuples de différentes religions ou races, trouveront en moi la même justice, la même sollicitude et la même persévérance à assurer leur bonheur.» — Chaque jour amène une nouvelle conquête de l’esprit européen sur le vieux fanatisme mahométan. L’Empereur des Français et le Czar étant tombés d'accord pour demander l’assentiment de la Porte à une reconstruction de la coupole du Saint-Sépulcre, à Jérusalem, aux frais communs de la France èt de la Russie ; le Sultan, s’associant à cette pensée, a récemment réclamé, en qualité de souverain territorial, le droit de participer aux dépenses quiseront nécessaires (Voir l'Exposé de la situation de l'Empire, présenté au Sénat français et au Corps législatif, janvier 1863, p. 106)
L’année 1863 aura vu une exposition de l’industrie ottomane à Constantinople. L’institution pratique d'une Banque impériale, doit permettre prochainement au gouvernement du Sultan d'accomplir des réformes radicales (voir le journal La Frunce,du 23 févr. 1863). La Turquie parait donc être définitivement entrée dans la voie du progrès général. Sur les bords de la mer Rouge, le génie musulman se plie aussi aux idées européennes. Le Vice-roi d’Égypte, Ismaïl-Pacha, préparerait en ce moment la