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LIV. Il, CHAP. IV

les convertisseurs à pécher contre leur devoir, dans le temps qu’ils croiront faire l’œuvre la plus méritoire. Car enfin, c’est assurément rendre un mauvais office à une Nation, c’est lui nuire essentiellement, que de répandre dans son sein une religion fausse et dangereuse. Or, il n’est personne qui ne croie la sienne seule et véritable et salutaire. Recommandez, allumez dans tous les cœurs le zèle ardent des missionnaires, et vous verrez l’Europe inondée de lamas, de bonzes, de derviches, tandis que les moines de toute espèce parcourront l’Asie et l’Afrique. Les ministres iront braver l’inquisition en Espagne et en Italie, pendant que les jésuites se répandront chez les protestants, pour les ramener dans le giron de l’Église. Que les catholiques reprochent tant qu’ils voudront aux protestants leur tiédeur ; la conduite de ceux-ci est assurément plus conforme au droit des gens et à la raison. Le véritable zèle s’applique à faire fleurir une religion sainte, dans les pays où elle est reçue, à la rendre utile aux mœurs et à l’État ; et, en attendant les dispositions de la Providence, une invitation des peuples étrangers, ou une mission divine bien certaine, pour la prêcher au dehors, il trouve assez d’occupation dans la patrie. Ajoutons enfin que, pour entreprendre légitimement d’annoncer une religion aux divers peuples du monde, il faut premièrement s’être assuré de sa vérité par le plus sé-

prélexte qu’ils refuseraient de se convertir à la foi chrétienne : c’est à Dieu qu’il appartient, disait-il, de juger si ces âmes simples ne sont pas jusqu’à un certain point cxcusaliles de n’avoir pas embrassé la religion de conquérants qui, au lieu de commander le respect par d'cclatantes vertus, ne se montraient le plus sauvent qu’avec un hideux cortège de scandales, d’impiétés et de crimes (Voir notamment la Relectio de Mis, seclin secundo, p. 14). Victoria admettait cependant que l’Evangile devait être prêché librement à ceux des Indiens qui voulaient recevoir la loi nouvelle; mais il avertissait en même temps ses compatriotes de modérer leur zélé, et de ne pas faire servir la religion de masque à des guerres, dont le but réel était de satisfaire leur ambition et leur avarice (Voir aussi de Indù, sect. tert., g 12). P. P. F.

rieux examen. Mais quoi! des chrétiens douteront-ils de leur religion? Eh bien! un mahomélan ne doute pas davantage de la sienne. Soyez toujours prêt à faire part de vos lumières ; exposez nùment, avec sincérité, les principes de votre créance, à ceux qui désirent de vous entendre ; instruisez, persuadez par l’évidence; mais ne cherchez point à entraîner par le feu de l’enthousiasme. C’est assez pour chacun de nous d’avoir à répondre de sa propre conscience La lumière ne sera refusée à personne, et un zèle turbulent ne troublera point la paix des Nations*.

§ 62. — Ce que peut faire un souverain en faveur de ceux qui professent sa religion dans un autre État.

Lorsqu’une religion est persécutée dans un pays, les Nations étrangères qui la professent peuvent intercéder pour leurs frères; mais c'est là tout ce qu’elles peuvent faire légitimement, à moins que la persécution ne soit portée jusqu’à des excès intolérables. Alors elle tombe dans le cas de la tyrannie manifeste, contre laquelle il est permis à toutes les Nations de secourir un peuple malheureux (§ 56). L’intérêt

* M. de Hartens formule, avec beaucoup de netteté, les principes qui doivent dominer en pareille matière. « Chaque état, dit il, ayant le droit de se déterminer sur le degré de tolérance qu'il veut accorder à d'autres religions que celle du pays, les puissances étrangères qui professent une religion différente n'ont aucun droit parfait de demander pour leurs sujets la liberté du culte religieux, à moins qu'ils n'aient des traités à réclamer. Cependant la dévotinn domestique simple, fondée sur la liberté naturelle, doit être censée accordée tacitement à tous ceux auxquels on accorde le séjour. — En vertu du même principe, aucune puissance ne peut, sans violer le droit des gens, se permettre de vouloir introduire sa religion dans un autre Etat contre le gré de celui-ci, ni par la force,... ni par la voie furtive de missionnaires clandestins. La persuasion la plus vive de ce que sa religion est préférable aux autres,.... ne peut pas l'autoriser à violer les droits des autres nations pour y semer ce que, d’après ses lumières, elle prend pour vérité. L’égalité des droits des nations s’étend jusqu’aux égards dus à leurs opinions. » {Précis du Dr, des gens mod. de l'Eur., édit, cit., t. I, g 113, p. 297). P. P. F.

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