LIV. III, CHAP. VI
(les Nations! Elle ne pent se soutenir par les principes, et l’usage de l’Europe s’y trouve heureusement contraire. Il est vrai que tout associé de mon ennemi est lui-méme mon ennemi. Peu importe que quelqu’un me fasse la guerre directement et en son propre nom , ou qu’il me la fasse sous les auspices d’un autre. Tous les droits que la guerre me donne contre mon ennemi principal, elle me les donne de môme contre tous ses associés. Car ces droits me viennent de celui de sûreté, du soin de ma propre défense ; et je suis également attaqué par les uns et les autres. Mais la question est de savoir qui sont ceux que je puis légitimement compter comme associés de mon ennemi, unis pour me faire la guerre.
g 9C. — Ceux qui fout cause commune sont associés de l’ennemi.
Premièrement, je mettrai de ce nombre tous ceux qui ont avec mon ennemi une véritable société de guerre, qui font cause commune avec lui, quoique la guerre ne se fasse qu’au nom de cet ennemi principal. Cela n’a pas besoin de preuves. Dans les sociétés de guerre ordinaires et ouvertes, la guerre se fait au nom de tous les alliés, lesquels sont également ennemis (| 80).
i 97. — Et ceux qui l'assistent sans y être obligés par des traités.
En second lieu, je regarde comme associés de mon ennemi ceux qui l’assistent dans sa guerre, sans y être obligés par aucun traité. Puisqu’ils se déclarent contre moi librement et volontairement, ils veulent bien être mes ennemis. S’ils se bornent à donner un secours déterminé, û accorder la levée de quelques troupes, à avancer de l’argent, gardant d’ailleurs avec moi toutes les relations de Nations amies ou neutres, je puis dissimuler ce sujet de plainte ; mais je suis en droit de leur en demander raison, Cette prudence de ne pas rompre toujours ouvertement avec ceux qui assistent ainsi un ennemi, afin de ne les point obliger à se joindre à
lui avec toutes leurs forces, ce ménagement, dis-je, a insensiblement introduit la coutume de ne pas regarder une pareille assistance, surtout quand elle ne consiste que dans la permission de lever des troupes volontaires, comme un acte d’hostilité. Combien de fois les Suisses ont-ils accordé des levées à la France, en même temps qu’ils les refusaient à la maison d’Autriche , quoique l’une et l’autre puissance fût leur alliée? Combien de fois en ont-ils accordé à un prince et refusé à son ennemi , n’ayant aucune alliance ni avec l’un ni avec l’autre? Us les accordaient ou les refusaient, selon qu’ils le jugeaient expédient pour eux-mêmes. Jamais personne n’a osé les attaquer pour ce sujet. Mais la prudence qui empêche d’user de tout son droit, n’ôte pas le droit pour cela. On aime mieux dissimuler que grossir sans nécessité le nombre de ses ennemis.
§ 98. — Ou qui ont avec lui une alliance offensive.
En troisième lieu, ceux qui, liés à mon ennemi par une alliance offensive, l’assistent actuellement dans la guerre qu’il me déclare, ceux-là, dis-je, concourent au mal qu’on veut me faire : ils se montrent mes ennemis, et je suis en droit de les traiter comme tels. Aussi les Suisses, dont nous venons de parler, n’ accordent-ils ordinairement des troupes que pour la simple défensive. Ceux qui servent en France ont toujours eu défense de leurs souverains de porter les armes contre l’empire, ou contre les États de la maison d’Autriche en Allemagne. En Itiii, les capitaines du régiment de Guy, Neuchâtelois, apprenant qu’ils étaient destinés à servir sous le maréchal de Turenue en Allemagne , déclarèrent qu’ils périraient plutôt que de désobéir à leur souverain, et de violer les alliances du corps helvétique. Depuis que la France est maîtresse de l’Alsace, les Suisses qui combattent dans ses armées ne passent point le Rhin pour attaquer l’empire. Le brave Daxelhoffer, capitaine bernois, qui servait la France à la tête de deux cents
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