LIV. 111, CHAP. Vil
Demi; mais si j’en prenais occasion de déclarer la guerre, je ne serais pas moins condamné par les vrais principes du droit des gens, que par l’usage heureusement établi en Europe. Tant qu’il parait que cette Nation prête son argent uniquement pour s’en procurer l’intérêt, elle peut en disposer librement et selon sa prudence, sans que je sois en droit de me plaindre.
Mais si le prêt se faisait manifestement pour mettre un ennemi en état de m’attaquer, ce serait concourir à me faire la guerre.
Que si ces troupes étaient fournies à mon ennemi par l’État lui-même, et à scs frais, ou l’argent prêté de même par l’État, sans intérêt, ce ne serait plus une question de savoir si un pareil secours se trouverait incompatible avec la neutralité.
Disons encore, sur les mêmes principes, que si une Nation commerce en armes, en bois de construction, en vaisseaux, eu munitions de guerre, je ne puis trouver mauvais qu’elle vende de tout cela à mon ennemi, pourvu qu’elle ne refuse pas de m’en vendre aussi à un prix raisonnable : elle exerce son traüc , sans dessein de me nuire ; et en le continuant, comme si je n’avais point de guerre, elle ne me donne aucun juste sujet de plainte '.
< Piiilieiro-Ferreira fait sur ce paragraphe les observations suivantes :
» Ce que l’auteur dit au sujet des troupes fournies par le gouverne- » ment neutre à l’une des puissances belligérantes, renferme une coni> tradiction p^pable ; car n’est-ce pas se contredire que d’accorder au » gouvernement un pareil droit, sous condition que le nombre des troupes » fournies ne sera pas trop considérable ? Le tort cesse donc d’être un n tort, parce qu’il n’est pas aussi grave qu’il aurait pu l’étre. Où l’auteur » aurait-il pu trouver le principe d’appréciation pour fixer le nombre des » gens de guerre nécessaire pour que la coopération du neutre cesse d’étre » innocente et commence à devenir hostile’? Ne sait-on pas que, dans cer- 0 taines rencontres, un seul bataillon de ces troupes auxiliaires pourra dé- » cider du sortde la guerre, bien plus cflicaccmcnt que dans d’autres occa-
g 111. — Du commerce des Nations neutres avec celles qui sont en guerre.
Je suppose, dans ce que je viens de dire, que mon ennemi va acheter lui-même dans un pays neutre. Parlons
» sions n'aurait pu le faire un corps auxiliaire beaucoup plus considérable.
» On a de la peine à s’expliquer comment une intelligence aussi supé- » rieure, a pu exempter le gouvernement auxiliaire du reproche decoali- I) tion avec un ennemi injuste. On ne peut cependant nier qu'il ne lui prête » les secours convenus, que parce qu’il croit utile à ses propres intérêts » de l'aider à me nuire : c'est dans ses propres intérêts qu'il s'y est » obligé. Il a donc été mù par un intérêt qui m'est hostile, bit pourquoi K ne dois-je pas regarder l'accomplissement de cet acte hostile comme » une hostilité ? Parce que, dit Vattcl avec une singulière bonhomie, i7 » na pas songé à vous en faisant cette convention, et s'il y a songe', il » a eu la modération de ne pas tous faire, de son côté, tout le mal » qu'il aurait pu. Singulière modération que celle de s’arrêter, dans les » hostilités qu'il lui a plu de me faire, tout juste aux termes que ses pro- » près intérêts lui défendaient d'outrepasser !
Il Quant aux prêts d'argent, Vattel confond ici deux sortes de prêts » qu’il aurait dû distinguer ; car ce peut-être un emprunt fait chez la » nation neutre, ou un subside accordé par un gouvernement à l'une des Il parties belligérantes.
n Dans le premier cas, le motif qui notoirement porte les capitalistes Il d'une nation quelconque à prêter de l'argent, n’étant que le principe » même qui est le moteur général de tout commerce, il ne saurait ex- » dure aucune des deux parties belligérantes ; et du moment où les con- » ditions sont égales pour les deux parties adverses, aucune n'a le droit B d’y voir une offense.
Il Puis les préteurs n’appartiennent [las exclusivement au pays où l'em- II prunt a été ouvert, et enfin il n’est pas sûr qu’on le réalisera ou que, » réalisé, il entrera dans les coffres du gouvernement emprunteur. Son B adversaire n’a qu'à attendre les remises sur leur passage, il a le droit » de s’en emparer partout où il les rencontrera. Mais il faut qu’il attende B jusqu’à ce que ces sommes soient devenues la propriété de l’ennemi, et B qu’il soit à même de pouvoir s'en saisir.
» En outre, l’emprunt contracté ainsi n’a pas, en règle, la destina- B tion spéciale d’alimenter la guerre. Il rentre dans la catégorie des den- B rées qui, par leur nature, peuvent être employées aux usages les plus B inoffensifs, et qu’on ne saurait même essayer d’interdire sans révolter » les sentiments les plus respectables de l’humanité.
B C’est différent lorsque le prêt, partant du gouvernement, devient
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