LIV. II, CHAP
ridicule au plus faible de vouloir s’opiniâtrer. L’ancienneté de l’État entre encore en considération dans ces rencontres ; un nouveau venu ne peut déposséder personne des honneurs dont il jouit; il lui faut des raisons bien fortes pour se faire préférer *.
' Pinheiro-Ferreira fait sur ce paragraphe l’observation suivante :
U Des deux principes posés par Vattel dans cet article au sujet du droit I) de préséance entre les nations, il n’y a que le prenaier, celui fondé sur » la véritable puissance de chaque nation, qui soit admissible, et il suffit » pour résoudre toutes les questions qui peuvent surgir à cet égard.
» Mais il ne suffit pas d'avoir établi ce principe, il fallait encore indi- » quer la manière de classer les nations d’après leur degré de puissance » respective. C’est ce que Vattel n’a pas fait. Nous allons hasarder d’y » suppléer.
» On peut avancer, sans risquer d’étre contredit, que la nation la plus » riche est la plus puissante. Or, parmi tous les éléments de richesse » nationale, le plus impgrtant est incontestablement la force de la popii- » lation. Celui-ci est aussi le caractère le plus certain de la puissance, n II l'est tellement, qu’en règle il dispense de prendre aucun des autres » en considération ; car l’histoire des peuples nous montre qu'à chaque » époque les nations les plus poi>uleuses ont été les plus influentes, ou » que si, pendant quelque temps, elles n’exercaient pas une influence » proportionnelle à leur force numérique, cela tenait à des circonstances » tellement subalternes que, du moment où elles ont été écartées, la » nation a bien vite repris l’ascendant auquel la force de sa population » lui donnait droit.
» Au contraire, des nations qui, faibles en population, avaient pu » atteindre un haut degré d’importanee, moyennant un sage développcn ment des autres éléments d’une haute civilisation, ont vu disparaître » cette force factice sur laquelle reposait leur prospérité, du moment où n elles ont eu à lutter contre une nation plus populeuse, quoique moins » civilisée.
« Ainsi, sans négliger de mettre en ligne de compte les divers élé- » ments de civilisation, puisqu’ils sont aussi ceux d'une véritable force, » nous plaçons en première ligne la force de la population, alors même » que la civilisation n’y serait pas portée au meme degré. Entre nations n à peu près égales en population, nul doute que celle-là sera plus puis- » santé qui sera en même temps la plus avancée en civilisation.
» Nul doute encore que, lorsqu’une nation moins populeuse qu’une » antre l’emporte beaucoup sur elle en civilisation, cette force factice n peut l’élever au meme rang on la rendre supérieure à la première ;
I 38. — La forme du gouvernement n’y fait rien.
La forme du gouvcruement est naturellement étrangère à cette question. La dignité, la majesté, réside originairement dans le corps de l’État; celle du souverain lui vient de ce qu’il représente sa Nation. L’État aurait-il plus ou moins de dignité, selon qu’il sera gouverné par un seul ou par plusieurs? Aujourd hui les rois s’attribuent une supériorité de rang sur les républiques ; mais cette prétention n’a d’autre appui que la supériorité de leurs forces. Autrefois la république romaine regardait tous les rois comme bien loin au-dessous d’elle. Les monarques de l’Europe ne trouvant en leur chemin que de faibles républiques, ont dédaigné de les admettre à l’égalité. La république de Venise et celle des Provinces-lJnies ont obtenu les honneurs des têtes couronnées; mais leurs ambassadeurs cèdent le pas à ceux des rois.
» mais, si cetie-ci continue à maintenir sa supériorité en population, n la seule marclie des événements généraux Rnira, tut ou tard, par ren- » verser les rôles et par faire prendre à la nation plus populeuse le rang n que la première condition de force, sa population, lui avait garanti. » (Note sur le g 37, p. Î7I.)
La préséance est la primauté de rang; c'est le droit d'occuper la première place, c'est-à-dire celle qui, entre plusieurs, est la plus honorable. Les questions de préséance se présentent ordinairement dans les entrevues personnelles des chefs de nations ou des ministres qui les représentent, dans les visites solennelles, dans les occasions des cérémonies, dans les actes publies de tout genre, et surtout dans le corps et dans la signature des traités internationaux. On entend par le cérémonial étranger, l’ensemble de.-, règles relatives à la dignité, au rang et aux autres marques honorifiques des Etats, de leurs chefs et de leurs représentants. L'observation des préséances repose en général sur les traités. Les puissances qui se sont engagées par cette voie sont désormais obligées, et ne pourraient s’écarter du traité sans injure. A défaut de conventions, on doit se conformer pour le cérémonial à ce qui est établi par un usage généralement reçu. (Voir: Pradier Fodéré, Précis de droit politique et d'économie sociale, p. lli et suiv.) P. P. F.