LIV. H, CHAP. III
lir son conducteur par un titre trop bas; elle doit se garder plus encore de lui entier le cœur par un vain nom, par des honneurs démesurés, de lui faire naître la pensée de s’arroger sur elle un pouvoir qui y réponde, ou d’acquérir par d’injustes conquêtes, une puissance proportionnée. D’un autre côté, un titre relevé peut engager le conducteur à soutenir avec plus de fermeté la dignité de la Nation. Les conjonctures déterminent la prudence, et elle garde en toutes choses une juste mesure. La royauté, dit un auteur respectable, et qui peut en être cru sur la matière, la royauté tira la mainon de Brandebourg de ce joug de servitude où la maison d’Autriche tenait abrs toiis les princes d'Allemagne. C'était une amorce que Frédéric jetait à toute sa postérité, et par laquelle il sembUit lui dire : Je vous ai acquis un litre, rendez-rous-en digne, j’ai jeté les fondements de votre grandeur, c’est à vous d’achever l’ouvrage (*). (Voir suprà, liv. I, g 43)
(*) ifémoires pour servir d l'histoire du hrandehourg.
' L'histoire dira si les successeurs de Frédéric !•' ont réalisé les vues ambitieuses du fondateur de leur couronne. Placée comme un camp au milieu de l’Europe, sans frontières naturelles et sans autre défense que ses soldats, la Prusse a été l'œuvre successive de la politique et des armes, un assemblage de démembrements et de conquêtes. Elle a trouvé dans ses souverains de vaillants capitaines dont les hauts faits ont cru avec leur titre agrandi. Les souverains de l'Europe l’ont opposée aux tendances ambitieuses de l’Autriche. Ses rois ont compris qu’un grand état militaire devait être la première base de sa force. De nos jours la Prusse représente dignement les tendances libérales et progressives de la grande nationalité allemande, qu’elle est destinée sans doute à absorber dans la patriotique synthèse d’une vaste unité. « Ce grand héritage de mes aïeux, disait le roi Guillaume l*% dans le manifeste de son avènement, le 7 janvier 1861, qu’ils ont fondé et augmenté par une sollicitude incessante, en y consacrant toutes leurs forces, et y donnant leur vie, je le garderai fidèlement.... Il n’est pas dans la destinée de la Prusse de se reposer sur lesbiens acquis. C’est, au contraire, dans la mise en jeu de toutes ses forces intellectuelles et morales, dans la réunion de l’obéissance et de la liberté, dans le développement de sa force armée, que résident les conditions de sa puissance. C’est de cette manière seule-
J kl. — Si le souverain peut s’attribuer le titre et les honneurs qu'il veut.
Si le conducteur de l’État est souverain, il a dans ses mains les droits et l’autorité de la société politique, et par conséquent il peut ordonner lui-môme de son titre et des honneurs qui doivent lui être rendus, à moins que la loi fondamentale ne les ait déterminés, ou que les limitations apportées à son pouvoir ne s’opposent manifestement à ceux qu’il voudrait s’attrihucr.Ses sujets sont obligés de lui obéir en cela, comme dans tout ce qu’il commande en vertu d’une autorité légitime. C’est ainsi que le tzar Pierre I", fondé sur la vaste étendue de ses États, se décerna lui-même le titre d’empereur.
§ 43. — Du droit des autres Nations à cet égard.
Mais les nations étrangères ne sont point obligées de déférer aux volontés du souverain qui prend un titre npu- ve^u^ou du peuple qui appelle son conducteur de tel nom qu’iLUii plaît ‘.
ment que la Prusse peut maintenir son rang parmi les États de l'Europe Je veux alTermir et perfectionner le gouvernement du pays d'après son rôle historique Puissé-je réussir à conduire la Prusse à de
nouveaux honneurs. Mes devoirs vis-à-vis de la Prusse sont identiques avec mes devoirs vis-à-vis de l’Allemagne. Comme prince allemand, j’ai l’obligation de fortifier la Prusse dans la position qu’elle doit prendre, pour le salut de tous, parmi les États allemands, à raison de sa glorieuse histoire et de son organisation militaire développée. . » P. P. F.
(•) Cromwell écrivant à Louis XIV usa de cette formule : Olivarius dominus proteclor Angli.r, Scotix, et llihemiie, Ludovico XIV, Franconim régi. Christianissime rex. Et la souscription ; In aula nostra alba, rester bonus amicus. La cour de France fut fort offensée de ce formulaire. L’ambassadeur Boréel, dans une lettre au iiensionnaire de Witt, du 25 mai 1655, dit que cette lettre de Cromwell n’avait pas été présentée, et que ceux qui en étaient chargés l’avaient retenue, de crainte qu’elle ne fut cause de quelque brouilicrie.
< Tmit prince souverain ou tout État peut prendre tel titre qu’il lui jdait, et exiger de ses propres sujets tels honneurs qu’il veut^ mais cela ne suffit pas pour obliger les nations étrangères à les lui accorder de