LIV. II, CHAP. IX
I 122. — Du droit d'enlever des femmes.
Disons un mot d’un cas plus singulier, puisque les auteurs en ont parlé, d’un cas où il n’arrive plus aujourd’hui que l’on soit réduit à employer la force. Une Nation ne peut se conserver et se perpétuer que par la propagation. Un peuple d’hommes est donc en droit de se procurer des femmes, absolument nécessaires à sa conservation; et si ses voisins qui en ont de reste lui en refusent, il peut justement recourir à la force. Nous en avons un exemple fameux dans l’enlèvement des Satines (*). Mais s’il est permis à une Nation de se procurer, même à main armée, la liberté de rechercher des filles en mariage, anëune fille en particulier ne peut être contrainte dans son choix, ni devenir de droit la femme d’un ravisseur. C’est à quoi n’ont pas fait attention ceux qui ont décidé sans restriction, que les Romains ne firent rien d’injuste dans cette occasion (**}.
» à l'une des parties belligérantes, par la raison toute simple que per- » sonne n'est compétent pour savoir laquelle des deux est dans le tort » et, le saurait-on, que rien ne nous oblige à épouser le tort d'autrui, » bien que nous devions en appréhender les préjudices irréparables.
» Nous ferons observer, à cette occasion, qu'il ^ a un autre motif » d'embargo sur les vaisseaux, savoir : pour empêcher que, sortant du » port avant que le gouvernement ne se soit assuré de la réussite de I) quelque projet connu du public, l'ennemi ne vienne à en avoir cou- » naissance par leur entremise.
> O'abord, il ne faut pas oublier que, dans l'état actuel des commu- » nications, cette précaution entraiqe beaucoup plus d'inconvénients au n commerce qu'elle ne peut offrir d'avantages aux gouvernements qui » l'emploient.
n Au reste, ceux-ci poussent l'abus au point de n'accorder aucun dé- » dommagement aux vaisseaux qu'ils ont arbitrairement retenus, quoi- » qu'ils n'ignorent pas que de graves pertes doivent en résulter pour les » intéressés. Aussi, en pareil cas, le commerce prend, à son tour, des n [irécautions qui deviennent onéreuses au pays dont la conduite se » trouve par malheur confiée à des hommes imbus d'une si fausse po- » litique » (Note sur le t 121, p. 330).
(*) Tit. Livius, lib. I.
(•■) Ki'cie WoLFii, Jus jent., f34.
Il est vrai que les Sabines se soumirent de bonne grâce à leur sort; et quand leur Nation prit les armes pour les venger, il parut assez, au zèle avec lequel elles se précipitèrent entre les combattants, qu’elles reconnaissaient vo- Ibntiers dans les Romains de légitimes époux.
Disons encore que si les Romains, comme plusieurs le prétendent, n’étaient au commencement qu’un amas de brigands réunissons Romulus, ils ne formaient point une vraie Nation, un juste État; les peuples voisins étaient fort en droit de leur refuser des femmes; et la loi naturelle, qui n’approuve que les justes sociétés civiles, n’exigeait pas que l’on fournît à cette société de vagabonds et de voleurs les moyens de se perpétuer. Bien moins l'autorisait-elle à se procurer ces moyens par la force. De même, aucune Nation n’était obligée de fournir des mâles aux Amaiones. Ce peuple de femmes, si jamais il a existé, se mettait par sa faute hors d’état de se soutenir sans secours étrangers'.
g 123. — Du droit de passage.
Le droit de passage est encore un reste de la communion
' « La doctrine de cet article, dit Pinheiro-Ferreira, est plus qu’é- » trange; partant d'abord d’un principe absolument faux, elle est absurde » et révoltante. Tout liomme a le droit de s'emparer de force des objets » sans lesquels il ne saurait exister, mais qui lui sont refusés par des » personnes qui pourraient les lui céder sans encourir les risques de se » trouver réduites à une pareille extrémité. Mais aucun homme u’a le » droit de s'emparer de force d'une femme, parce qu’il lui eu faut une, » ou parce qu'il ne veut pas voir finir sa race avec lui. Où Vattel a-t-il » pu trouver le droit d'une nation à forcer une partie d'une autre nation » à faire ce que celle-là exigera, afin qu’après la mort des vivants le » pays soit occupé par leur progéniture ? L’enlèvement des Sabines, le » fait fût-il vrai, ne prouverait pas plus que la fiction d’hommes enlevés » par un peuple d’Amazones, ainsique l'auteur le reconnaît lui-même. » On est peiné de voir un écrivain, tel que Vattel, recourir à des faits, et » à de pareils faits, pour prouver de tels principes « (Note sur le g 122, p. 330). *